DÉSINFECTION DES HABITATIONS, BARAQUES, WAGONS, ETC
général, et, s'il y a lieu, peuvenl même procéder imiiiédiateiTient à la revaccination. Après cette visite ils passent dans la pièce M où ils retrouvent leurs effets. Ceux-ci ont été portés dans la chambre I et soumis à une désinfection radicale par la chaleur. A cet effet on a disposé en ce point un appareil (fig. \U5) consistant en un générateur de vapeur communiquant avec deux cylindres métalliques à double enveloppe. L'eau, avant d'être introduite dans le générateur a été additionnée d'acide phénique, sa vapeur en contient par conséquent. Les vêtements sont introduits dans la partie intérieure du cylindre, la vapeur circule tout autour, les pénètre complètement et les porte déjà à une haute température, en les imbibant de vapeurs phéniques. Au sortir des cylindres, les vêtements, complètement mouillés, sont introduits dans un séchoir H, où de nombreux becs de gaz maintiennent une température voisine de 100° ; en trois minutes ils sont absolument secs et passent en cet état par la lucarne K pour aller rejoindre leurs propriétaires. Ceux-ci les revêtent et, avant de gagner l'intérieur, séjournent dans la pièce N, afin de perdre l'excès de chaleur qu'ils ont absorbé et de supporter, sans inconvénients, la transition avec l'air extérieur.
§ IV. — Désinfection ûcs hal»itation.<«, baraque<$, -wagons, et^!.
La désinfection doit être rigoureusement appliquée aux habitations ou à tous autres emplacements, occupés par des hommes ou des animaux atteints d'affections contagieuses ou infectieuses ; elle doit être plus strictement exécutée lorsque les parois des habitations sont de bois, comme les baraques, navires ou wagons de chemin de fer, car le bois, étant plus poreux que la pierre ou la brique, retient davantage les germes morbides qui arrivent même à le pénétrer et l'infecter entièrement.
La désinfection doit être précédée par une large et i)ersistante ventilation; puis toutes les surfaces, celles du sol, des murs et des plafonds sont badigeonnées avec une solution d'un agent antiseptique, hypochlorite de chaux, chlorure d'alumine, acide phénique, etc.; le contact est prolongé un temps suffisant, la couche de badigeon renouvelée même; on procède
Fig. Ii5. — Appareil s])écial de désin fection pour les vûtements.
ensuite à un lavage, à l'eau bouillante, avec une solution do carbonate de soude pour enlever les impuretés et les matières grasses. Dans cette eau, il est encore bon d'ajouter de l'acide phénique.
Lorsque les parois de l'Iiabitation sont de plâtre, on doit les gratter jusqu'à une profondeur d'un centimètre environ, tout au moins de 5 millimètres; si elles sont de bois, on doit, ainsi que le planclier, les gratter également. On peut aussi procéder à une carbonisation superficielle de leur surface, au moyen d'une lampe à alcool, dont un courant de vapeur projette la flamme horizontalement. — Cette carbonisation a été appliquée avec quelque succès à des navires devenus des foyers de fièvre jaune.
Lorsque le nettoyage est ainsi complet, on laisse l'habitation largement ouverte pour permettre à l'air et au soleil d'y pénétrer et de balayer l'atmosphère ambiante. Avant de la faire occuper de nouveau, les parois et le plafond sont badigeonnés avec une eau de chaux phéniquée, légèrement additionnée de gélatine. Cette couche sèche en quelques heures.
Ces procédés de désinfection ont été maintes fois utilisés et ont obtenu la sanction de la pratique. Pendant la guerre 1870-71, les baraques du camp de Sathonay près de Lyon, occupées successivement par des mobiles et des mobilisés, étaient devenues de véritables foyers varioliques, infectant rapidement les hommes appelés à y loger. Surla proposition et la direction du docteur Servier, médecin en chef des camps de Lyon, les baraques furent désinfectées d'après cette méthode, et, quoique rcoccupées immédiatement après, ne donnèrent plus lieu à un seul cas de contagion variolique (1). Nous avons personnellement appliqué, à la même époque, ces procédés pour la désinfection de wagons de chemins de fer ayant servi au transport de varioleux, et le succès n'a pas été moins absolu.
Lorsque, pour des motifs quelconques, il est impossible de gratter les murs et d'enlever ainsi la couche superficielle, vraisemblablement pénétrée de germes organiques, on peut tenter la désinfection à l'aide de l'acide sulfureux, oxydant énergique, comme chacun sait. A cet effet, toutes les ouvertures étant hermétiquement fermées, on place des morceaux de soufre, ou de la fleur de soufre, sur des plateaux métalliques, on l'arrose d'un peu d'alcool et l'on met le feu. La porte est refermée, les fentes oblitérées à l'extérieur et l'on abandonne la pièce pendant trente-six à quarante-huit heures. — Four obtenir un dégagement suffisant d'acide sulfureux, on
(1) Communication du docteur Servier, agrégé libre du Val-de-Grdce.
nllSlNFl-CTION DES LATIUNES, MATlI-RES FÉCALKS, F.TC. V}()W
doit employer environ 1 kilogramme de soufre pour 60 mètres cubes d'espace à désinfecter.
§ %\ néNinfcction des latrines, matière» fécales, é{;outs, etc.
En étudiant les dispositions des latrines dans les casernes (p. ^12) et dans les camps (p. 545), nous avons dit quelques mots des procédés sommaires de désinfection que l'on doit appliquer aux matières fécales et aux urines. Cette opération présente une importance fort considérable, car ces excréta dégagent des torrents d'acide sulfliydrique et d'ammoniaque, gaz irritants et presque toxiques, et, d'autre part, les recherches épidémiologiques modernes nous apprennent le rôle que jouent ces matières dans la propagation de certaines maladies infectieuses, le choléra, la fièvre ty- |)hoï(le. la dysenterie en particulier.
La désinfection des excréments est complète seulement, lorsque toute fermentation putride y est arrêtée par la destruction de la matière organique fermenlescible ; les substances qui en absorbent les gaz délétères ne sont que des palliatifs, el non des désinfectants réels; néanmoins, on a fait déjà beaucoup lorsqu'on est parvenu h arrêter le déversement à l'extérieur des gaz délétères.
Le charbon, la terre marneuse desséchée, ont, comme il a été déjà dit, la propriété d'absorber les gaz jusqu'au moment où ils sont eux-mêmes saturés. Ils trouvent donc un emploi rationnel dans la désinfection des latrines ou urinoirs où leur action se combine heureusement avec celle des agents chimiques, tels que les sels de fer, de manganèse ou de zinc, dont le rôle est double en pareil cas. En premier lieu ils décomposent les sulfhydrales et carbonates d'ammoniaque et arrêtent ainsi le dégagement des gaz ; en second lieu ils agissent à la manière des agents antiseptiques en détruisant par oxydation la matière organique.
On cniploie d'ordinaire, parmi les sels de fer, le sulfafe de fer du commerce, produit impur, chargé généralement de sels de cuivre ou de zinc, ou bien un mélange boueux d'acétate de protoxyde et d'acétate de sesquioxyde de fer, connu sous le nom de pyrolignite de fer, parce qu'il a été préparé avec l'acide pyroligneux. Il faut remarquer cependant que l'emploi de ce dernier agent pourrait s'opposer à l'utilisation ultérieure des matières excrémentitielles dans l'agriculture. Les sels de zinc sont d'un usage de plus en plus fréquent et se substituent aux sels de fer dans la
désiiifeciion des matières fécales, en raison de leur bas prix; on les oblieiil en elîet par la dissolution, dans les acides, des oxydes de zinc gris, impropres à la peinture, des rognures de zinc, ou par la saturation, au moyen de ces bases, des eaux fortement acides provenant de la fabrication industrielle de la nitro-benzine, l'un des intermédiaires de la préparation des couleurs d'aniline. Les chlorures, azotates ou sulfates de zinc peuvent donc être largement utilisés dans la désinfection ; lorsqu'ils proviennent de l'industrie de l'aniline, ils dégagent même une odeur prononcée d'amandes amères, en raison de la présence d'une certaine quantité de nitrobenzine. Les sels de plomb et les sels de cuivre sont en général d'un prix trop élevé, ces derniers même doivent être laissés de côté en raison des accidents qui peuvent être la conséquence de leur emploi (1).
Le meilleur désinfectant des matières fécales consiste dans un mélange de poudre de charbon et de sels de fer ou de sels de zinc, dont on ajoute un excès pour arrêtiôi' les fermentations ultérieures.
Lorsqu'on veut opérer une désinfection préventive, pour ainsi dire, on place une solution de l'un de ces sels métalliques dans les vases où seront reçues les déjections ; la matière organique est donc détruite au moment même où elle est projetée à l'extérieur.
Les agents antiseptiques, comme l'acide phénique, n'ont pas une action marquée sur les matières fécales, car s'ils arrêtent les fermentations, ils ne détruisent pas les gaz sulfhydriques ou ammoniacaux déjà produits. On les emploie, au contraire, conjointement aux sels métalliques pour la désinfection préventive des excrétions des malades. Dans ces conditions, une solution de sulfate de fer ou de sulfate de zinc impur, additionnée d'acide phénique, constitue le meilleur liquide à placer dans les vases.
L'urine humaine, reçue dans un vase parfaitement propre, ne fermenterait pas rapidement, mais si elle tombe sur le sol ou dans un vase mal nettoyé, elle y trouve des ferments, se décompose rapidement et dégage de l'ammoniaque. La production de carbonate d'ammoniaque, résultat de la transformation de l'urée, précipite à l'état de phosphate ammoniaco-magnésiens, de phosphate et de carbonate calcaire, les sels de magnésie et de chaux contenus dans l'urine, il se forme alors sur les récipients, les dalles de pierre, etc., des cristallisations qui augmentent rapidement d'épaisseur,
(1) Voyez sur ce sujet Roussin, article Désinfectants {Nouv. Dicfion. rle mé<Iec. et de chir. prniiq., t. XI, p. 224, 1869).