VACCINATION
divisent et fixent les ferments urinaiies, rendus de la sorte beaucoup plus actifs. Le moyen le plus efficace de prévenir ces cristallisations consiste h établir un courant d'eau continu sur la surface où tombent les urines ; lorsqu'elles sont produites, on les enlève facilement avec de l'eau chaude, aiguisée d'acide chlorliydri(|ue.
Une excellente mesure, largement mise à exécution pour les urinoirs pu blics à Paris, consiste à répandre des fragments de chlorure de chaux sec au pied des urinoirs ; le chlore se dégage lentement et détruit^ au fur et à mesure de leurs productions, les gaz ammoniacaux de l'urine.
Les liquides des égouls, C(>nlenant des détritus et des excréta de toute nature, sont le siège de fermentations très-complexes que viennent encore activer les concrétions cristallisées sur les parois des égouls, analogues à celles que déterminent les dépôts urineux. Ces fermentations sont une source de méphitismc, autant que de propagation des germes infectieux, et la désinfection des égouts, des drains, des liquides qu'ils renferment, devient une nécessité de premier ordre.
On peut employer pour cet usage les solutions des sels métalliques cidessus indiqués, les antiseptiques et en premier lieu tous les composés phéuiques, enfin le charbon. Ces procédés doivent se combiner avec un lavage énergique au moyen des chasses d'eau disposées à cet effet. Nous n'insistons pas davantage sur ce point, quoiqu'il ait une importance capitale, mais parce qu'il ressort bien plus de l'hygiène urbaine que de l'hygiène militaire proprement dite (1).
ARTICLE II. — Prophylaxie de quelques maladies spéciales.
I. Variole.— Une expérience, presque séculaire aujourd'hui, démontre l'efficacité de l'inoculation vaccinale en vue de la préservation relative de la variole. Nous n'avons donc pas à en discuter ici la vaiciu-. liln vertu des articles 75 (cavalerie) et 61 (infanterie) du règlement du 2 novembre 1833 sur le service intérieur, les médecins des corps de troupes doivent vacciner tous les hommes de recrues, dès leur arrivée au corps et avant même d'être soumis à aucun exercice. Depuis 1858 {note ministérielle du 31 décembre 1857; les revaccinations doivent être également pratiquées sur les jeunes militaires, qu'ils portent ou non des traces de vaccine antérieure. Il
(1) Voy, J.-B. Fonssagrives, chapitre la ville souterraine de son remarquable ouvrage : Hygiène et nssninissement des villes^ p. 217. Paris, 1874.
est recommandé aux médecins militaires d'opérer autant que possible la vaccination debras à bras et, h ceteiïet, de se pourvoir de vaccine en adressant une demande à l'Académie de médecine de Paris ; il est évident que cette disposition ne serait pas applicable, si les médecins des corps de troupes peuvent se procurer sur place un vaccin dans de bonnes conditions.
Les résultats de ces heureuses mesures sont probants en ce qui concerne l'armée ; tandis que, jusqu'en 1857, la mortalité par variole atteignait le chiffre moyen de 30 pour 1000 décès, elle tombait à 13 dès 1864 et n'est l)lus aujourd'hui que de 7 à 8 pour 1000 en moyenne (7,3 en 1872). Les épidémies varioliques sont à peu près inconnues dans l'armée, et l'on n'y observe guère que quelques cas isolés ; cependant, les mobilisations opérées pendant la guerre de 1870-1871 donnèrent lieu à de graves manifestations de variole; elle sévit épidémiquen]cnt à Paris, dans les différentes villes investies et même sur les armées en campagne. Nul doute que la réunion de milliers de jeunes gens, sur lesquels la revaccination ne put, faute de temps, être opérée, n'ait donné lieu à celte recrudescence du fléau qui, après avoir sévi pendant les années 1869 et 1870, avait déjà subi une notable diminution lorsque la guerre vint à éclater.
Des faits à peu près indiscutables tendent à prouver que l'inoculation du virus vaccinal peut entraîner, d'un individu infecté à un individu sain, le transmission d'affections virulentes, de la syphilis en particulier. Il ressort de ce fait l'indication bien nette de se montrer très-difficile sur le choix de l'individu aux pustules duquel le médecin militaire ira prendre le fluide vaccinal, et d'éviter absolument, dans cette petite opération, l'écoulement du sang qui semble être l'agent direct delà propagation virulente.
IL Maladies vénériennes. — La syphilis et les maladies vénériennes en général constituent, ainsi que nous le verrons au livre suivant de cet ouvrage, l'une des grandes influences morbides auxquelles les militaires se trouvent soumis. La société civile accuse d'autre part les soldats d'être des agents actifs de la propagation de ces maladies.
Quoi qu'il en soit, il n'en demeure pas moins évident que nulle part plus que dans l'armée il est possible d'assurer aux vénériens un traitement immédiat, en les obligeant h venir déclarer leur maladie dès qu'ils en ont connaissance, en vérifiant leur état sanitaire au moyen de visites corporelles fréquentes et sérieusement exécutées (voy. p. 887). Autrefois, par un reste de souvenir du moyen âge, on infligeait une punition aux mihlaires atteints de mal vénérien (un mois de consigne) ; cette mesure av tiit
PHOPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIEMNES. 973
pour effet direct de porter les soldats à ne point recourir aux soins du médecin. Plus logique aujourd'hui, on punit de la même peine ceux qui, se sachant malades, ne viennent point déclarer leur situation. Un arrêté ministériel en date du 10 mai 1842 règle les conditions des visites corporelles que doivent subir les militaires, soit mensuellement et d'une façon régulière, soit au moment de leur départ en congé, en permission, de leur arrivée ou de leur rentrée au corps, des changements de garnison. Le litre même de la pernussion ou du congé doit porter le visa du médecin, attestant que le titulaire « n'est atteint d'aucune affection contagieuse ».
Ces mesures prophylactiques ne sont réellement efficaces que si elles se combinent avec un service local, parfaitement assuré, en vue de la visite régulière, complète, des lilles soumises, et surtout en vue de la répression de la prostitution clandestine. Malheureusement ce service sanitaire est loin de fonctionner également dans toutes les villes de garnison, dans quelques-unes il s'exécute avec une négligence des plus regrettables. D'après le même arrêté du 10 mai 18/i2,les médecins militaires peuvent concourir, avec les médecins civils, à la visite des filles soumises. Cette disposition ne peut être appliquée qu'en vertu d'un accord entre les généraux commandants territoriaux et les préfets; elle est inutile si le service des dispensaires fonctionne régulièrement; elle semble indispensable dans les autres cas.
Quelquefois on a voulu obliger les militaires à déclarer le nom de la femme avec laquelle ils ont eu des rapports suivis de contamination. Prise dans le but de réprimer surtout la prostitution clandestine, cette mesure n'a pas donné de résultats probatoires ; cette délation répugne en général à l'homme cl peut donner lieu à des erreurs parfois regrettables.
Il va de soi que les chefs de compagnie, les officiers cl sous-officiers doivent profiler de leur autorité pour faire comprendre à leurs hommes les dangers de toute nature auxquels ils s'exposent en se laissant aller aux actes de débauches, en fréquentant des femmes perdues de mœurs. Ils leur rappelleront que, dans de pareils contacts, l'homme perd toujours une partie de sa dignité, qu'il court le risque de contracter des maladies dont ses enfants pourront être un jour victimes, qu'enfin la chasteté fait partie des vertus militaires, tandis que la débauche n'a jamais produit que de mauvais soldats, impropres à supporter les fatigues connue aux grands dévouements, pour lesquels tout militaire doit toujours se trouver prêt.
m. Maladies cutanées. — La pro|)l)ylaxic des maladies cutanées, au-
Irefois si fréquenles dans l'armée^, réside tout enlièrc dans une propreté méticuleuse, aussi bien que dans les visites fréquentes opérées par les médecins. Nous n'avons pas lieu de revenir sur ce point, déjà suffisamment indiqué.
IV. Maladies épidémiques. — La prophylaxie des maladies épidémiques doit préoccuper les médecins militaires et les chefs de corps, avec d'autant plus de gravité que, par leur agglomération dans les casernes ou les camps, les corps de troupes subissent avec une intensité toute spéciale rinfl.uence des grandes manifestations morbides qui sévissent sur l'ensemble de la population. Ces questions appartiennent à l'histoire même des épidémies bien plus qu'à celle de l'hygiène militaire proprement dite. Quelque importance qu'elles possèdent, nous sommes donc forcé de renvoyer le médecin aux traités spéciaux afférant à ces matières; en pareille circonstance, les chefs de corps devront provoquer de la part des médecins placés sous leurs ordres une instruction spéciale qui, portée, par la voie de l'ordre, à la connaissance des troupes, sera exécutée à la lettre, sous la direction et le contrôle des officiers et des sous-officiers ; la non-exécution des règles édictées devenant une faute contre la discipline, les contrevenants devront être d'autant plus sévèrement punis qu'ils portent préjudice à leur corps de troupes tout entier, plus encore qu'à eux seuls. Dans l'armée, l'hygiène peut et doit se transformer en prescriptions officielles, tel est le seul moyen d'en assurer toujours et partout la rigoureuse exécution.