‹ Traite d'hygiene militaireChapitre 32 sur 241 · TABLEAU N · texte numérisé non relu

TABLEAU N

Nomenclature des maladies, infirmités et difformités qui sont incompatibles avec le service actif ou armé, et qui ne rendent pas impropre au service auxiliaire.

1° L obésité, quand elle n'est pas trop prononcée ;

2° Une légère incurvation du rnchis, ou une gibbosité peu accusée ;

3° Une légère claudication;

à" La calvitie ou l'alopécie ;

5° Le strabisme léger de l'œil droit, ou plus prononcé de l'œil gauche, sans diminution notable de la vision ;

6" La nijjopie qui n'atteint pas le degré qui motive l'exemption, mais assez prononcée pour nécessiter le port des lunetlcs dans le service (celle de 1/5 à 1/4) ;

7" La blcpkaritc s,im\>\e, quoique ancienne;

8*' L'épip/iora ;

9° Un léger affaiblissement de l'ouïe, avec ou sans perforation de la membrane du tympan ;

10" La surdité d'un seul côté sans catarrhe ; 11° Le bec-de-lièvre peu étendu;

12" La perte ou le mauvais état d'un grand nombre de dents ; 13" Le bérjnyement, quand il n'est pas excessif:

14'^ Le goitre confirmé, quand il n'apporte pas de gêne dans la respiration ; 15° La hernie inguinale ou crurale peu développée, et facile à maintenir réduite avec un bandage (3) ;

d'exemption. Le changement d'état suflit pour les amoindrir. Du reste, les sujets qui les présentent peuvent être classés dans les diverses com(iagnics d'ouvriers militaires.

(1) Les pieds plats sans déformation des os et simplement larges n'excluent pas du service.

(2) Des pieds dont les orteils sont légèrement incurvés et superposés n'excluent pas du service dans la cavalerie ou dans l'artillerie à cheval.

(3) A moins qu'elle ne soit très-difficile à réduire ou à maintenir réduite, elle n'est pas un empêchement à un rengagement.

K'iO REGRUTE.MENT DES ARMÉES.

1G° La cirsocèle et la vcu icocèle, les varices, à moins qu'elles ne soient très-développées ;

17" La faiblesse d'une articulation consécutive à une entorse ou à une luxation ;

18° V inégalité ou raccourcissement peu prononcé du membre supérieur, ou Ciirvation dans l'articulation du coude, sans gène dans les mouvements;

lO"* Vincnrvativn d'un ou de plusieurs doigts, la flexion permanente ou Vankrjlose d'un doigt qui ne s'oppose pas au travail du service spécial auquel le sujet sera employé ;

20° L'incurvation des jambes, à moins qu'elle ne soit très-prononcée;

21° Les mutilations de doigts on d'orteils par suite d'amputation de phalanges;

22" Les pieds plats et peu déviés;

23" L'ongle incarné, complique de fongosité des chairs;

24° Les difformités gênant le port du casque ou du shako et de l'équipement.

Les précédentes nomenclatures doivent servir de point de départ aux études des médecins appelés devant les conseils de révision. Nous les ferons suivre de quelques considérations spéciales sur certaines infirmités, leur importance et leur simulation; elles pourront avoir leur utilité; en y joignant, autant que possible, des résultats statistiques relatifs à la fréquence et à la répartition de certaines classes d'infirmités en France, nous ne nous écartons point du cadre où doit rester un traité d'hygiène militaire; le recrutement, en appelant devant les conseils de révision la totalité de la population masculine, est à peu près le seul moyen mis à notre disposition pour établir la valeur sanitaire de cette population.

II. — Maladies générales. — Faiblesse de constitution. — La faiblesse de conslituiion est un terme général que l'on cnjploie trop souvent devant les conseils de révision. L'instruction du 3 avril 1873 spécifie bien que cette dénomination ne doit s'appliquer qu'aux cas où il n'existe pas de lésion organique spéciale, où l'ensemble de l'individu laisse seul a désirer, où le développement physiologique semble avoir subi un temps d'arrêt. — Il est cependant évident que l'on pourrait diflicilement s'en passer, car avec la rapidité d'examen imposée devant les conseils de révision, on ne saurait exiger que le médecin puisse toujours arriver îi un diagnostic précis. — Sans aucun doute, le terme faiblesse de constitution s'emploie fréquemment pour désigner des individus atteints de scrofulose, de tuberculose au début, d'anémie consécutive à de longues maladies, à des privations, aux mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles se sont trouvés les jeunes gens pendant les années précédentes. Il faut néanmoins, autant que possible, distinguer {anémie passagère, résultat d'une affection grave, récente

OU encore existante, de celle (|ui est au contraire plus profondôiiieni enracinée chez le sujet, et tient à des causes anciennes qui modifient quelquefois à jamais la santé d'un individu. — La première peut disparaître rapidement ; elle n'est pas incompatible avec l'admission immédiate du jeune homme dans l'armée; si elle est trop prononcée cependant, mieux vaudra proposer l'ajournement, ce que l'on fera toujours dans le second cas. 8i l'on est arrivé à la hmitedes ajournements, l'exemption définitive sera indiquée, et non point l'admission dans les services auxiliaires, où de pareils malingres ne pourraient en aucun cas être utilisés.

Le terme faiblesse de constitution deviendra de moins en moins commun, car les procédés d'investigation et le niveau général de la science font certainement des progrès. Autrefois, on l'appliquait, coumie terme générique, presque à toutes les infirmités, il est encore fréquemment employé aujourd'hui. De 1831 à 1853 inclusivement (vingt-trois années), sur k 036 372 jeunes gens examinés par les conseils de révision, 378 160 ont été exemptés pour faiblesse de constitution, soit 9,37 pour 100 (1).

Dans les vingt années qui se sont écoulées de 18/i8 à 1868, le nombre des exemptés pour faiblesse de constitution a été le suivant :

Exemptions pour faiblesse de constitution de 1848 à 1868

Jeunes p;ens réellement examinés par les conseils de révision.

Exemptés sous le titre

classes.

de faiblesse de cons;titntion.

Total

(1) Boudin, Géographie et statistique médicales. Paris, 1857, I. II, p. 454.

Soit en moyenne, 11,57 pour 100 sur le nombre des jeunes gens réellement examinés, nombre calculé, il est vrai, comme il est dit p. 102.

La faiblesse de constitution peut être simulée; les jeunes gens savent qu'ils arrivent à se donner un aspect misérable en se soumettant pendant quelque temps à im régime pénible, en faisant des excès de fatigue, des excès vénériens. — Quelques-uns j>rennent, dans ce but, des médicaments assez actifs tels que les purgatifs répétés, les vomitifs; ils ingèrent nne certaine quantité de tabac ou même une infusion de digitale dans le but de ralentir le pouls et de décolorer la face. — Aussi, le médecin ne doit-il pas attacher une trop grande importance à cette pâleur, souvent provoquée, de la face que Ton peut encore obtenir en s'exposant aux vapeurs d'acide sulfureux. Considérant l'ensemble de l'individu, le développement de son système musculaire, ainsi que celui du squelette, l'intégrité des appareils pulmonaires et cardiaques, il pourra passer outre avec grandes chances de ne se point tromper.

Scrofulose. — La scrofulose ne saurait être toujours une cause d'exemption du service militaire; si elle est peu développée et constitue plutôt une disposition qu'un état confirmé, si elle semble résulter des mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles Thomme a été placé, on peut espérer que le changement de vie, l'exercice, une alimentation meilleure pourront transformer le jeune homme. Il convient néanmoins de se montrer, en pareil cas, très-prudent; car, dans un grand nombre de cas, la scrofulose est l'avanl-coureur de la tuberculose ou tout au moins d'une des formes les plus graves de la phthisie, la phthisie scrofuleuse. Nous ne voulons point soulever ici la question bien des fois agitée de la relation anatomique existant entre ces deux piocessus; mais, cliniquement, il est admis que, bien souvent, les scrofuleux deviennent phlhisiques vers l'âge de vingt à trente ans.

Devant les conseils de révision, le diagnostic général scrofulose se confond souvent avec celui de ses manifestations dans le tissu osseux ou dans les parties molles, le système ganglionnaire en particulier. Nombre de cas d'exemption pour défaut de taille, pour incurvation des membres, pour adénites, se rapportent à des scrofuleux. — Néanmoins, les recherches de Boudin (1) sur la répartition de la scrofulose en France mériient de fixer l'attention. De 1831 à 1853, sur h 036 372 jeunes gens examinés, il a été prononcé, par

(1) Boudin, Géographie et statistique médicales^ i. H, p. 698.

les conseils de révision, /|0 065 exemptions ponr causes de scrofules, soit, en moyenne, 9,92 pour 1000. — Par rap|)()rt aux doparlenients, la proportion, sur 1000 examinés, varie entre 1,1 S et 29,01 pour 1000, le minimum appartenant au Pas-de-(^alais, le maximum au département de la Nièvre.

En divisant les départements en cinq séries relativement au nombre de cas d'exemption pour scrofules, on obtient le tableau suivant :

10 départements comptent de 1,18 à 6,00 pour 1000 cas d'exemption.

En classant les départements par rapport au nombre de cas de scro-

Fig. U- — Carte indiquant la distrilMition géographique des scrofules dans les 86 départements classés suivant l'ordre croissant des exemptions prononcées à ce titre.

fuies, les (léparlenienls les plus clairs étant sous ce rapport les mieux partagés, Boudin a dressé la carie spéciale représentée p. l/i3 (fig. A).

La distribution géographique des scrofules est assez irrégulière, néanmoins on remarque certains groupes qui méritent d'èire notés. Six départements, le Rhône, la Loire, la Haute-Loire, le Cantal, la Lozère et l'Aveyron, forment un groupe compacte où l'on compte de 11,53 à 26,83 sur 1000 examinés. Par contre, le littoral méditerranéen forme un groupe de départements à teintes claires. — On remarquera que deux départements voisins, le Pas-de-Calais et le Nord, forment contraste : le premier, classé n° \, avec 1,18 pour 1000; le second, classé n" 85 avec n° 29 pour

Les manifestations extérieures de la scrofule ont été quelquefois simulées; on a imité les cicatrices en cautérisant la peau avec des caustiques, le gonflement spécial des narines, des paupières et de la lèvre supérieure par des applications de suc d'euphorbe. — L'expert ne se laissera point prendre à de pareilles supercheries; il remarquera que les ulcérations scrofuleuses ont un fond paie et blafard avec décoloration et amincissement des bords; les cicatrices qui leur succèdent sont profondes, souvent adhérentes aux parties sous-jacentes, violacées quand elles sont récentes, d'un gris jaunâtre quand elles sont anciennes; elles sont de plus inégales, couturées, fragiles, et placées sur le trajet des ganglions lymphatiques. — Ce que le simulateur ne pourra jamais feindre, c'est l'adénopathie généralisée, la tuméfaction des ganglions cervicaux, axillaires, inguinaux que le médecin ne manquera point de rechercher.

Lors(iu'elle est arrivée à ce point, la scrofulose doit entraîner l'exemplion absolue aussi bien du service armé que du service auxiliaire.

Tuberculose. — La tuberculose généralisée doit toujours motiver l'exemption, mais bien rarement le médecin aura l'opportunité de prononcer un pareil diagnostic. — Ou l'aiïection sera encore à l'état embryonnaire, et ce n'est point au conseil de révision qu'il pourra s'en assurer, ou elle sera au contraire localisée dans les grands appareils, le poumon, les plèvres, le péritoine, le tissu osseux; et, dans ce cas, l'expert devra porter le diagnostic anatomique spécial. — Dans tous les cas pour lesquels il aurait le moindre doute sur la posbibilité d'une tuberculose au début, il fera bien de proposer l'ajournement pour faiblesse de constitution plutôt que de prononcer un mot bien connu aujourd'hui dans la population, et qui, évidemment, porterait l'effroi dans le cœur de l'intéressé.

INFIRMITÉS RENDANT IMPROPRE AU SERVICE MILITAIRE. 1^l5

La tuberculose généralisée entraîiicrail falaleiuenl rexemplion absolue; dans ce cas, la simulaliou n'est pas à craindre.

Les comptes rendus du recrutement contiennent bien rarement l'indication de (iiberculose, nous venons dédire pourquoi; aussi ne doit-on attacher aucune importance à la proportion des p!)tliisi(iues, indicjuée par les comptes rendus, sur 1000 hommes examinés; en s'en tenant à ces indications, on arriverait à prouver que, sur 1000 jeunes gens, il n'y aurait que 0,7, pas même 1 individu atteint de tuberculose, ce qui contraste absolument avec le cliilTre de décès qu'entraîne cette maladie dans la population, où elle cause, au bas mot, les UJIO de la mortalité totale.

Mais, si au lieu de s'attacher absolument au mot pluhisie /juhnonaire ou tuberculose, on considère l'ensemble des exemptions pom- maladies de poitrine, on arrive à de tous autres résultats. Or, il est bien évident que, dans l'immense majorité des cas, le diagnostic maladie de poitrine doit se rapporter à des localisations du processus tuberculeux ou à désaffections chroniques dont la phthisie est la conséquence fatale; que le médecin trouve au jeune homme une pneumonie chronique ou une pleurésie, au fond le résultat en est le même.

Boudin a trouvé que, sur une période de treize années, de 1837 à 1849 inclusivement, le nombre des exemptions pour maladies de poitrine a varié, pour les départements, entre 0,51 et 11,16 pour 1000 jeunes gens examinés. A nos yeux, ces résultats sont loin d'être absolus; ce qui l'est bien davantage, c'est la répartition des maladies de poitrine suivant les zones territoriales; que devant les conseils de révision on exempte comme faibles de consiituiion bien des jeunes gens destinés à devenir phthisiques, peu imjiorte en ce moment, l'erreur est sensiblement la même dans tous les conseils; mais, précisément alors, la proportion entre les cas d'exemption sera, à peu près, toujours la même pour les différents départements, elle ne variera pas sensiblement, et l'on pourra dès lors attacher une réelle valeur à la carie dressée par Boudin sur la distribution géographique des maladies de poitrine constatées devant les conseils de révision.

Divisant les départements en cinq séries, il trouve que :

15 départements présentent moins de 1 exempte sur 1000 jeunes gens examinés.

18 » » de 1 à 2 » » »

23 I» » de 2 à 3 » d »

18 ») » de 3 à 5 » » »

12 » » de 5 à l 1 , 16 » » »

MORACUE. — Hyg. milit. 10

l/:6 RECRUTEMENT DES ARMÉES.

On remarque sur la carte roprésenléc fig. 5 que les déparlemenis classés avec les numéros 1,2, 3 et 10 appartiennent à la péninsule de Bre-

Fig. 5. — Carte indiquant la distribution géographique des maladies de poitrine dans les 86 départements classés suivant l'ordre croissant des exemptions prononcées k ce titre.

tagne, tandis que l'on trouve en Provence les numéros 72, 73 et 75, et en Corse le numéro 78. Les déparlements montagneux du Jura, de la Haute-Saône et des Vosges ont pour numéro 5, 6 avec 0,65 exemptions pour 1000 seulement, tandis que le Var, avec le numéro 72, en présente k,l, le Vaucluse, numéro 73, en a ù,9, les Bouclies-du-Rhône, numéro 75, en offre 5,1. — La Seine occupe le numéro 60 et présente 3, U exemptions pour 1000 ; le Nord et le Pas-de-Calais sont les départements les plus maltraités, avec 10,30 et 11,16 exemptions pour 1000. Le diabète, les autres cachexies caractérisées par des altérations orga-

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niques profondes, les productions pallio!ogi(incs comprises sous les dénominalionsde cancer, de cancroïdes, de tuiiteurs fibro-plastiques, ncsanraien en aucune façon êlre compatibles avec un service militaire quelconque; il en serait de même du scorbut, dans le cas où la débililalion de l'organisme serait très-prononcée, ou lorsque des lésions locales, en particulier celle des gencives, auraient amené des désordres tels, que les fonctions de nutrition fussent compromises.

Le diabète peut cMre simulé par l'adjonction frauduleuse de sucre dans les urines, et le simulateur pourrait au besoin pousser la précision jusqu'à y introduire de la glycose, ce qui rcuilrait l'examen chimique fort délicat ; mais on devrait, le cas échéant, attacher une grande importance aux phénomènes généraux, à l'état de la nutrition générale qu'un diabète prononcé et durable ne larde pas à nïodilier profondément. — Le scorbut a été également simulé, surtout quant h ses manifestations buccales, en déterminant une inflanmiatioii plus pu moins vive des gencives à l'aide de substances corrosives, en les faisant saigner artificiellement. Les taches ecchymoliques ont été simulées dans quelcpies cas, soit par une grossière application de matières colorantes facilement reconnaissable, soit en produisant de véritables ecchymoses par des contusions provoquées. Des ligatures appliquées aux membres inférieurs ont également pu produire un œdème artificiel. Un examen rigoureux du sujet, de son développement musculaire, la recherche de ses antécédents pathologiques, une enquête au besoin pourront mettre l'expert sur la voie de la vérité.

Victéricic chronique et Vanasarque sont une manifestation extérieure d'affections profondes, organiques des organes de la digestion, do maladies du foie en particulier; elles sont souvent consécutives à une affection du cœur, à des maladies chroniques des organes circulatoires, à des dégénérescences anatomiquesdes reinsou de la rate. Autant l'ictère transitoire, lié à un embarras gastrique et l'anasarque consécutif à quelque influence passagère comme celle d'un refroidissement subit, la peau étant en transpiration, ont par eux-mêmes peu d'importance, autant au contraire ces sytnpiômes sont graves lorsqu'ils sont persistants et que, par suite d'un examen méthodique, le médecin est autorisé à supposer qu'ils sont liés à une affection organique, à une dégénérescence auatomique. On devra, en pareils cas, prononcer toujours l'exemption ab-;olue, et s'il reste un espoir ou une hésitation, demander l'ajournement à un an.

L'ictère a été maintes fois simulé en colorant la peau avec de l'eau de

suie, une infusion de racine de curcuma, le suc de la grande cliélidoine, la teinture de rhubarbe. Vn lavage énergique siifïira pour décéler la fraude. Plus difficile serail-ii de simuler la coloration jaunâtre de la conjonctive; on a cependant cberclié à l'obtenir artificiellement en y déterminant une ecchymose par une violence extérieure, mais, dans ces cas, la conjonctive palpébrale participe fatalement à la lésion, et la coloration du sang épanché ne ressemblera point à celle teinte jaune si nette, si uniforme chez les vrais ictériqurs. Quelques sinuilateurs ont obtenu la coloration grisâtre des selles en ingérant de petites quantités d'acide chlorhy(ir:que, ils ont produit la teinte janne-brun des urines par l'usage interne de la rhubarbe. Les réactifs chimi(iues, l'acide nitrique en particulier, |)ermettraient, dans ces cas, de reconnaître la fraude, car on n'obtiendrait point par leur action les séries de teintes défélant la présence des matières colorantes de la bile dans les liquides excrétés.

6. — Maladies de la peau ou à manifestations cutanées. — Les affections cutanées ciîroniques doivent entraîner l'exemption, car elles sont incompatibles avec un état de santé parfait et procèdent en général d'une cachexie dont l'influence est de longue durée. L'expert médical devra donc, en pareil cas, tenir grand compte de l'étal général du sujet, de l'étendue et de la nature des lésions. Tandis que le pityriasis, Vherpès, Vacné n'ont aucune gravité par eux-mêmes, Veczéma, Vect/ujma, le pempliigus en ont au contraire souvent, alors suitout qu'ils sont Irès-étendus ; le lupus et les ulcérations auxquelles il donne naissance ne sauraient en auCun cas être compatibles avec le service militaire. — Une exacte connaissance des symptômes et de la marche des affections cutanées est donc indispensable à l'expert pour trancher les questions relatives à cette forme de maladies, qui, du reste, sont assez fréquemment simulées.

On a tenté d'en imposer aux experts en provoquant des érythèmes plus ou moins étendus par l'application de substances irritantes sur la peau (farine de moutarde, ail pilé, euphorbiacées ou renonculacées, cantharides, pois de Bourgogne, etc. , etc.. .), on a simulé l'érysipèle en déterminant un érylhème vésiculeux au moyen du thapsia(l) garganica, les éruptions pustuleuses par l'application d'huile de cade ou de tartre stibié, le pemphigus en introduisant sous l'épiderme des parcelles de cantharides, par l'appli-

(1) Cliassagne, De la simulation de l'érysipèle par des frictions de bou-nefu [thapsiu (jarganica). — Reaœil de Mém. de méd. et de chirurg. mil. 3'^ série, t. XVIII, p. 150.

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cation (ratniDoninquo, d'acide acéliquc, do i)oniniade au garoiî. — Le nitrate d'argent en solution étendue a été utilisé pour produire des taches à teinte violacée simulant des papules sypiiilitiques en voie de disparition.

L'urticaire, affection sans gravité du reste, a été siniuîée et obtenue artiliciollenieut au moyen de l'urtica uvens ; l'action prolongée des bains alcalins ou de pommades alcalines détermine une petite éruption papuleuse qui disparaît rapidement. Le soufre, la térébenlliitie, les préparations mercurielles, les emplâtres en général peuvent servir à la production d'éruptions vésiculeuscs, les composés arsenicaux et l'acide azotique à déterminer de vraies pustules.

La cyanose a été simulée par l'emploi de la teinture d'iiidigo, ou même en enrayaui la circulation veineuse au moyen de liens portés sur les membres, la maladie bronzée en colorant la peau au moyen de teinture de brou de noix, la chromidrose par l'application de charbon ou d'indigo sur la partie cutanée de la paupière inférieure. II est vrai ([ue cette dernière simulation d'une maladie, très-rare par elle-même, a été observée principalement sur des femmes, et point encore sur des hommes devant les conseils de révision.

Dans beaucoup de cas, l'expert arrivera rapidement à découvrir la fraude, s'il a du reste l'habitude de voir à l'état pathologique les diverses manifestations des maladies cutaiiées; dans quelques cas, au contraire, sotî embarras peut être très-grand ; il le sera d'autant plus que l'instruction du 28 avril 1873, § 68, lui refuse la faculté d'envoyer le jeune honxme à I hopital, et que l'enquête prescrite en pareil cas par le § 67 peut souvent être plus illusoire que réelle.

La peau du crâne peut être le siège de lésions dont quelques-unes entraînent fatalement l'exeuiplion,

La perte totale de cheveux sur une étendue considérable, constituant la calvitie ou alopécie, ne saurait être, en particulier, compatible avec le service militaire, elle s'oppose au port de la coiiïure militaire, du casque principalement. Cet accident, chez le jeune homme, est toujours consécutive à quelque affection morbide, générale ou locale, à une fièvre typhoïde, une scarlatine, à la goutte, la phthisie pulmonaire, la syphilis ou à une maladie de la peau elle-même dont on retrouve en général des traces.

Dans le premier cas, l'alopécie est également disséminée sur toute la surface du crâne, la peau du crâne est lisse, intacte; dans le second, l'alo-

pécie est moins générale, souvent disséminée par plaques et elle aiïecte dans queiijues cas une disposition particulière. Dans l'alopécie, suite de favus, « les cheveux sont clair-semés, secs, le cuir chevelu luisant, blanchàlre ; dans l'herpès tonsurant, on trouve des plaques arrondies sur Ies(iuelles les cheveux sont cassés, tortillés, lecouverts d'une poussière blanchâtre, le cuir chevelu dans ces endroits présente un aspect muqueux, n)ameloininé et une teinte ardoisée; dansla pelade emln, la peau est lisse, décolorée; un peu déceloréc par plaques nettement dessinées et, sur ces plaques, on ne trouve qu'un duvet à \winc sensible » (î).

On cherche généralement à simuler l'alopécie en se faisant raser la peau, mais cette fourberie est facilement reconnue par la présence d'im |)ointillé bleuâtre, semblable à celui de la barbe fraîchement faite. Plus dilïicile serait-il de reconnaître l'épilaiion faite à la pince ou au moyen de substances dépilatoires, connue le sulfhydrate sulfuré de calcium par exemple ; la séquestration pour un homme incorporé, une enquête pour un individu de la classe serviraient évidem.ment à faire reconnaître la vérité.

Peu étendue, l'alopécie ne saurait être incon)paiible avec le service armé ou tout au moins le service auxiliaire.

Les affections du cuir chevelu parasitaires, le faous, Yherph tonsurans, le porriçjo decalvans, le sycosis, nous semblent devoir presque toujours entraîner l'exemption ou mieux l'ajournement, car elles sont curables, mais seulement si l'inléressé veut se soumettre à un traitement bien dirigé; tant qu'elles existent, on ne saurait incorporer le sujet qui serait un objet de danger et de dégoût pour ses camarades. Le favus a été simulé par de petites cautérisations à l'acide nitrique qui donnent lieu à la formation de croûles jaunâtres; par l'emploi de cet acide en solution, on obtient une éruption pustuleuse (2) qui s'ulcère rapidement ; mais dans lous les cas ces éruptions i)rovoquées ne ressemblent point aux godets du favus au fond desquels on trouve, après avoir fait tomber les croûtes, une surface excoriée, érodée, sm* laquelle les croules caractéristiques ne tardent pas à se reproduire. Dans l'ulcération artificielle, on trouve au contraire une ulcéralion du derme, avecaréole rouge, indaunnatoire, et les croûtes jaunes ne se reproduisent plus. Dans le premier cas, les cheveux sont secs, rares, cassants, lanugineux, mais ils existent, tandis que l'acide azotique les fait

(1) Boisseau, Loc.a't., p. 195.

(2) Bazin, Leçons théoriques et cliniqnes sur les affections cutanées artificielles , p. 126. Paris, 1862.

LNFIK.MITÉS HENDANT IMPUOPRi: AU SERVICE MILITAIRE, 151

disparaître parloiil où il les toiiciie. Dans le faviis, il y a un engorgement ganglionnaire persistant et la sanlé générale du sujet estsouvent assez délabrée, cliez le simulateur, qui a fait usage du caustique, l'état général est au contraire ou peut être bon, l'engorgement ganglionnaire n'a ni l'intensité, ni la persistance du premier.

L'examen microscopique rendra en pareils cas de grands services; en délayant une très -minime (inanlité des croûtes du favus dans de l'eau ou de la glycérine, et procédant à un examen microscopique avec un grossissement de 300

à 500 diamètres, on reconnaît les diverses Fig. 6. — Filaments sporifères rami- , , , , . ri, lît's, non articulés, ayant 0""'.003 de

parties du végétal parasite nomme Acho- diamètre. iMycùHuin de l'adiorion.

rion SrhœnU'inii, (jui se com|)osent du (^'i- l^o'^i". Végétaux pam.^ites.) mycélium, des réceptacles et des spores. Le mycélium (fig. 6) est formé de ubes llexueux, cylindriques, ramifié;;, vides on ne contenant que quelques granulalinns moléculaires et d'un diamèlrc de 0"',003 environ. Les réceptacles ou sporopliores (fig. 7) sont aussi des tubes, mais droits, volumineux, de diamètre diirérent, ils contiennent dans leur cavité <les spores. Celles-ci se présentent sous forme de corpuscules légèrement ovoïdes ou même triangulaires; les uns sont isolés, d'autres groupés comme les grains d'un chapelet (fig. 8). Dans une môme préparation, on trouve souv(Mit leS trois formes du végétal, mais surtout des spores sans tube, en quantité considérable.

Il va de soi que, dans un cas de simulation , l'examen microscopique serait absolument négatif.

Les caractères microscopiques du tricophyton tonsurans, parasite végétal des

l'"ig. 7. — Filaments sporopliores de l'aclioi ion, variant de 0",00/| ii O'°,005 en largeur, de longueur variable, composés entièrement on en partie de cellules ovales on arrondies, articulées bout a bout {fi, a); ijucbiuefois non articulées, niais renfermant de petits globules sphériqnes de 0"",002 a 0",003 environ, qui sont probablement des spores en voie de développement {h, b). Ils sont quelquefois ramifiés. (Uobin.)

herpès parasitaires, V herpès circiné, Vhcrpk tomuram et le sijcosis ne

sont pas moi iis iirécis. Ce végétal est formé uniquement de spores, rondes ou ovales, incolores, à surface lisse, d'un diamètre variant entre 0'°,003 et O^.OOS (Robin). Il se rencontre surtout dans l'intérieur du poil dont il

Fig. 8. — Poussière faveuse : — «. sporules isolées, — h. en chapelet, — c. tubes formés de sporules unis bout à bout. (Bazin.)

écarte les fibres et à l'extérieur dans les plaques épidermiques qui entourent le cheveu à son insertion. Si on examine au microscope un cheveu

Fig. 9. — Herpès tonsurant, gaîiie épidermique recouvrant le clieveu et contenant des spores. (Hardy, Clinique -photographique.)

ni

Fig. 10. — Herpès tonsurant avec de nombreuses spores a l'intérieur du cheveu.

malade, on ne tarde pas à constater des altérations importantes ; la racine est aplatie, irrégulière, quelquefois détruite, le poil est crevassé^ fendu;

dans son intérieur (fig, 0) oussi bien que dans l'épidémie ; dans les squames qui i'entourcnl on reiroiivc une quantité de spores (fig. 10). Ces mêmes altérations se retrouvent dans le si/cosis, qui ne diffère de l'herpès circiné et de l'herpès tonsuranl que par son siège dans les poils et les follicules pileux de la barbe.

Quelques individus, pour pousser la simulation dans ses dernières limites, n'ont pas craint de s'inocîder le favus. Ces coupables manœuvres, qui se pratiquaient il y a quelque trente ans, ont été assez répandues pour que, dans une instruction du 1 1 septembre 1828, le ministre de la guerre ait cru devoir appeler sur ces faits l'attention des conseils de révision; il les invitait à déclarer bons pour le service les jeunes gens reconnus atteints de teigne faveuse provoquée, sauf à les faire entrer à l'hôpital, une fois admis dans l'armée, et à ne les diriger sur leurs corps qu'après guérison complète. Dans le cas où celle-ci se serait fait trop attendre et où la maladie aurait paru rebelle à tout traitement^ on devait envoyer les jeunes gens dans leurs familles, mais sans délivrer un congé de réforme, réservant ainsi l'avenir.

L'expert ne doit point perdre de vue qu'un grand nombre de professions exposent ceux qui les exercent à des éruptions diverses, par suite du contact fréquent de substances irrilanlcs. Chez les épiciers, on remarque fréquemmentune éruption spéciale, mélange de lichen et d'eczéma, qui porte le nom de gale t/cs épiciers; les cuisiniers sont atteints d'une éruption eczémateuse; les boulangers offrent une maladie de peau improprement nommée psoriasis des bo^dangers; de même les ouvriers qui travaillent l'arsenic, le plomb, le mercure, la quinine, etc., et leurs composés ofîrcnt des éruptions diverses, témoignages honorables de leur travail, qu'il faut se garder de considérer connue susi^ectes.

Le médecin ne saurait non plus oublier que certaines substances médicamenteuses, ingérées dinsun but thérapeutique, donnent lieu à des éruptions, telles sont la roséole du cubèbeou du copahu, l'érythème de la belladone, l'eczéma mercuriel, les éruptions iodées, l'érythème, les papules, l'acné que déterminent les préparations ferrugineuses (1), D'autres fois ce sont des substances alimentairesqui produisent quelque éruption passagère, érytlîémateuse généralement; les crustacés elles mollusques présentent surtout cette particularité.

(Ij Frémont, Des Eruptions cutanées viédkanicnieuscs. — Th. de Strasbourg,

15^1 RECRUTEMliNT DES ARMÉES.

Les ulcères anciens, dit l'instruclion, ainsi que les fistules liées à une affeclion organique grave, sont incompatibles avec le service militaire. Ils sont en elîet les manifestations d'un état diathésique persistant, de cachexies; souvent ils accompagnent une lésion osseuse ou périostique sousjacenle, ils sont occasionnés par la dilatation variqueuse des veines (rarement chez le jeune homme, il est vrai). Une ulcération superficielle est peu de chose par elle-même, un ulcère persistant décèle toujours quelque allération grave de la région ou (juelque diatlièse générale.

Les ulcères sont très-fréquemment provo(iués et l'industrie des ulcères artificiels est aussi ancienne que la mendicité dont elle est un puissant auxiliaire. Toutes les substances irritantes maintenues longtemps au contact de la peau finissent par provoquer des ulcères, telles sont en particulier, la clématite dite même herùe aux gueux, plusieurs renonculacées (renoncule acre, scélérate, l'anémone pulsaiile), des euphorbiacées, les racines de bryone, les semences de ricin, la grande chélidoine, le gratiole. En dehois des substances tirées du règne végétal, d'autres agents chimiques plus ou moins caustiques sont encore employés pour la production et l'entretien d'ulcères; les acides, la chaux dans le premier cas, les cendres, l'urine, l'eau-de-vie, le sel marin, l'acétate de cuivre, dans le second.

Parvenus à un certain degré de chronicité, il est parfois fort difficile de distinguer les ulcères provoqués des ulcères spontanés, cependant lorsque l'ulcère a été entretenu artificiellement par une irritation constante, ses bords sont entourés d'un cercle inflammatoire bien prononcé, tandis que les bords calleux d'un vieil ulcère ont une teinte violacée qui va en se fondant peu à peu avec la peau saine; le fond d'un ulcère entretenu frauduleusèment est rouge intense, les bourgeons sont saignants, parfois on retrouve sur la peau saine la trace de phlyctènes produites par la substance irritante.

L'expert attachera une grande valeur à la recherche de la cause pathologique qui peut entretenir l'ulcération. Les individus atteints d'ulcères chroniques vrais sont en général cachectiques; leur peau est sèche, écailleuse; le membre où siège l'ulcère est atrophié; la circulation y est entravée, quehjuefois il y a de l'œdème. Dans les cas d'ulcère provoqué, au contraire, l'ensemble du sujet semble protester par ses caractères de santé contre la lésion (|ue l'on simule.

Du reste, il est à rcmarcjuer ((u'en dehors de causes pathologiques, la profession des individus peut éclairer sur l'origine des ulcères aux jambes. Les ouvriers des ports, les débardeurs, les teinturiers, les mégissiers, et en

général tous ceux ([ue leur inélier appelle à manier l'eau en toute saison, ou (les solutions chargées de principes minéraux, peuvent être atteints de semblables accidenis.

Les cicatrices, les nœoi malenii, les tumeurs vasculaires, ne doivent entraîner l'exemption que lorsqu'ils consliiuent une gène pour les mouvements ou (|u'ils déterminent une dilTormilé repoussante; leur siège, et, pour les cicatrices, l'épaisseur du tissu de nouvelle formation, son adhérence aux couches osseuses sous-jacentcs, seront pris en considération. Dans beaucoup de cas, de |)areilles inlirmités ne peuvent exempter que du service dans l'armée active, et autorisent l'admission dans le service auxiliaire; il ne peut être fourni sur ce point d'indications bien précises; l'expert appréciera pour chatiue cas pariiculier.

VuOésité n'autorise l'exemption que lors(iu'clle est, comme le dit l'instruction, exagérée et morbide, lorsqu'elle semble devoir mettre un obstacle sérieux à la marche ainsi ([u'aux obligations variées du service mi- Utaire. Ou devra vérifier avec soin lelat et la force du système musculaire, la nutrition des muscles des membres, essayer leur résistance, voir eu un mot si cet embonpoint ne Ci;che pas une grande vigueur. Dans ce cas, l'excès de tissu adipeux sous-cutané ne saurait être un obstacle, car la vie active, les exercices multipliés serviront à faire disparaître celle hypernutrition, résultat d'une vie trop sédentaire ou d'une alimentation spéciale (garçons bouchers, marchands de vin, etc.).

c. — Maladies des organes du mouvement. — Une gène sérieuse dans les fonctions du mouvement, une déformation congénitale ou acquise du squelette, les affections articulaires sont absolument incompatibles avec le service militaire, mais ici encore se pose la question d'intensité, en vue de l'admission au service auxiliaire. Les ankijloses et les rétractions ou contractions musculaires, lorsqu'on n'en saisit point immédialenK'nt la cause, peuvent être un sujet de diagnostic douteux, car elles sont fré(iuemmcnt simulées et méritent un examen approfondi.

Les contractures musculaires peuvent êire simulées par le seul fiul de la volonté, et si la simulation est soutenue pendant un certain temps, elles peuvent devenir déhniiives, et déterminer une inlirmilé incurable. Boisseau (1), auquel nous em|)runtons du reste de nombreuses indications sur les maladies simulées, donne ainsi qu'il suit les moyens de distinguer un

(1) Boisseau, Loc, cit.^ p. 408 et suivantes.

lorlicolis vrai d'un torticolis simulé. Dans le cas de torticolis paralytique^ la tète est penchée du côté sain, el la face regarde le côté malade; le muscle sain, qui entraîne la tète de sou côté, est loin de présenter la roideur d'un muscle conlracluré; le muscle paralysé, au contraire, l'este flasque, inerte; dans le cas de torticolis par contracture, le muscle conlracluré forme sous la peau une corde tendue, et résiste énergiquement à toute tentative de moiivomcnt imprimée à la tète. — Les simulateurs cherchent en général à imiter le toriicolis par contracture; ils ne peuvent que difficilement tourner les yeux du côté opposé à la courbure, tandis que dans la maladie réelle ceux qui en sont atteints peuvent voir les objets placés plus latéralement. — Le simulaicur o|)pose une résistance énergique à toutes tent;ilives de redressemeni, el. feint de vives douleurs, niais sa résistance ne peut durer longtemps, el au besoin, eu l'observanl pendant son sommeil, on peut s'assurer (juc la contracture fait alors absolument défaut.

Les déviations du raclm sont fréquemment simulées dans leurs trois formes : cyphose ou déviation en arrière, lordose, déviation en avant, ou scoliose, déviation latérale.

On reconnaîtra généralement la cyphose simulée en faisant coucher horizontalement le sujet sur un plan uni, le plancher par exemple; souvent il s'y laissera prendre et s'étendra; si au contraire il garde sa position première, les épaules ne peuvent être maintenues relevées qu'au prix d'efforts musculaires, impossibles à soutenir bien longtemps. Les aneslliésiques pourraient être employés en pareil cas, mais ce moyen est inapplicable devant les conseils de révision.

La lordose peut être simulée en portant fortement le tronc en arrière et en cambrant la colonne vértébrale. Dans un cas de ce genre, on parvint à dévoiler la fraude en faisant coucher le sujet sur deux chaises assez éloignées pour (pie la tète seule et les pieds puissent y prendre un point d'appui; la fatigue vint bientôt forcer le simulateur à quitter cette position.

Les déviations latérales ou scolioses ont été fréquemment simulées devant les conseils de révision, et plus fréquemment encore par des individus déjà incorporés pour obtenir leur réforme. Déjà Bégin (1) avait nettement indique les caractères auxcjuels on peut reconnaître une scoliose simulée d'une scoliose vraie, en se basant sur ce fait que, dans la scoliose, les courbures réelles de l'épine n'existent jamais isolément, et que « toujours la

(1) Bégin, [article WÉfORm. Dictionn. de médec. et <te chiyurg. prcdique^ 1835).

INFIUMITÉS IIEINDAJNT IMPROPRE AU SERVICE MILITAIRE. lf)7

déviation du racliis dans un sens est accompagnée d'une contre-courbure en sons opposé, placée au dessus ou au-dessous de celle qui fixe principalement l'auenlion. Or, celte contre-courbure n'existe pas chez les individus qui simulent la maladie. » — Nous empruntons à un mémoire de J. Guérin (l) et à l'ouvrage de Boisseau les figiu-es ci-jointes (|ui font nettement ressortir ces caractères dilîéreniiels.

l' ig., 11. — Scoliose réelle. — 1, sommet de la courbure supérieure, convexité il aauclie ail niveau de la région cervico-dorsale; 2, sommet de la courbure iiiovenue convexité à droite, au niveau de la région dorso-lombuire; 3, sommet de la coui'bure 'inférieure convexité a gaucbe, au niveau de la région lonibo-sacréc ; /(, région sus-scainilaire gauche, plus saillante que la région sus-scapuiaire droite : 6, moilié droite de la région dorsale inférieure formant une gibbosilé considérable avec l elief des côles • 1 parties correspondantes à gauche, fortement déprimées; 8, relief considérable fo'rm'é par la masse commune gauche soulevée en arrière par suite de la torsion des vertèbres lombaires- 9, masse commune droite, plus courte que la précédente et plus déi)rimée, quoiciuè nlus fortement tendue. ! '

Dans la figure 11, représentant une scoliose réelle, on constate des courbures multiples, une torsion des vertèbres avec saillie anormale des masses

(1) J. Guérin, Mémoire sur les rléviatims simulées de la colonne vertébrale et les moyens de les distùujuer des déviations pathologiques, présenté à l'Académie de médecine le 31 mai 1836. Paris, 1839.

musculaires. Il en résulte une gibhosilé, mais l'ensemble du tronc est à peu près maintenu dans la verticale en raison do la formation des courbures de compensation; de plus, la peau présente de nombreuses saillies, des replis profonds, inditiuant que ces altérations sont anciennes. Enfin, fait des plus importants, les hanches sont à peu près horizontales. C'est en effet au moyen d'une obliquité du bassin que les simulateurs cherchent à obtenir la scoliose. On voit nellement cette obliquité dans la scoliose^simulée représentée, figure 12.

Fig. 12. — Scoliose simulée. — 1, sommet de la courbure unique réporidant an niveau desll'^ et IS'' vertèbres dorsales; 2, inclinaison très- prononcée de la colonne vers le bassin, se passant presque exclusivement dans l'articulation lombo-sacrée; 3, replis cutanés formes dans la concavité de la courbure ; [i, niasses communes sacro-spinales égaleuient saillantes des deux côtés; 5, omoplates, celle du côté gauche descend beaucoup plus bas que celle du côté opposé ; 6, verticale abaissée de la proéminente; 7, ligne veriicale passant par rarticulation sacro- vertébrale. Cette ligue montre le degré d'inclinaison du tronc, elle rencontre la ligne 6,6 figurant l'axe du tronc sous un angle de 1/(0, mesurant son degré d'inclinaison.

Ici tout diffère de la scoliose réelle; la hanche droite est fortement élevée pour obtenir une scoliose avec convexité du même côté,''mais aussi point de courbures de compensation, la ligne des vertèbres forme une courbe bien régulière; les côtes et les muscles du côté droit ne présentent point de saillies anormales; il y a bien des sillons et des replis cutanés, mais si

on les exaiDiiiait sur le sujet, on remarquerait que la peau de l'inlérionr du sillon a le uiLMne aspect que la peau voisine, qu'elle n'a point revêtu cette apparence de muqueuse que deux feuillets de peau prennent toujours lorsqu'ils restent en contact et en frottement prolongé.

Ces caractères diiïérentiels ont été, après Bégin, mis en lumière par J. Guérin, dans le mémoire précité, et ne sont point infirmés par les remarques de i^lalgaigne (I), qui, en constatant que dans l'âge adulte, la moitié des individus présentent, du côté droit de la poitrine, des indices de torsion, fait remarquer aussi que. dans les cas de simulation, on doit trouver souvent, outre la courbure latérale, cette faible torsion qui est pour ainsi dire pliysiologique.

Sans discuter cette assertion, on peut dire que, dans ces cas, cette torsion physiologique ne serait jamais aussi prononcée que la torsion pathologique réelle, et nullement en rapport avec le degré de courbure.

Une déviation latérale du rachis existant chez un sujet à un degré peu prononcé, celui-ci peut chercher à l'exagérer. D'après J. Guérin, dans toute déviation ainsi exagérée, on constate, ainsi qu'il est facile de le remarquer dans la figure 1 3 : 1° les traces de deux ou trois çourbures primitives avec les caractères de la torsion qui les accompagne; T la flexion de la totalité de la colonne au niveau de la région dorsale inférieure avec plis à la peau du côté de la concavité; 3° un défaut de rapport entre la flèche de la courbure principale et le degré de torsion; h° une inclinaison du sommet du tronc qui le maintient en dehors de la verticale d'une quantité incompatible avec le maintien de l'équilibre.

Les contractures des membres peuvent être simulées en maintenant longtemps le membre dans une même position et en cherchant h obtenir un certain degré d'atrophie des muscles par une pression longtemps exercée, mais cette atrophie artificielle ressemble difficilement à celle qui accompagne la contracture réelle. C'est ainsi que l'on peut bien simuler une flexion permanente des phalanges, mais que la simulation ne saurait obtenir cette i()rme effilé^, si caractéristique des doigts, les altérations de la peau de la main, l'empreinte des ongles, que l'on ne manque pas de trouver dans la maladie réelle.

En examinant les muscles prétendus contracturés, on les sent durs, résistants, animés de contractions fîbrillaires; lorsque l'on tente d'imprimer

(1) Malgaigne, Leçons d'orthopédie, p. 373. Paris.

au membre un mouvement, on perçoit dans les muscles une résistance opiniâtre, on a la sensation d'elîoi t en un mot, tandis que dans la contracture vraie, la résistance est nette, brusque, et généralement sans douleur. Percy a proposé diflérenls moyens assez simples pour déceler la fraude.

Fig. 13. — Scoliose exagérée. — 1, sommet d'une courbure unique, artificielle, au niveau tic la région dorso- lombaire, entée sur la courbure moyenne de la déviation pathologique : 2, inclinaison prononcée de la région lombaire sur le sacrum ; 3, masse commune du sacro-lombaire et du long dorsal du côlé gauche, plus saillante que celle du côté opposé, quoique située du côté concave de la courbure apparente, a cause de la courbure palhologinue masquée par la courbure simulée; li, masse commune droite, moins saillante, quoique placée du côté de la convexité de la courbure artificielle, mais correspondante à lu concavité de la courbure pathologique ; 5, plis cutanés dans le flanc gauche, résultant d'une forte flexion latérale du tronc ; 6, angle posléro-supérieur de l'omoplate droite, plus élevé que le point correspondant a gauche par suite de rnii'liuaisou du tronc, mais formant une saillie moins prononcée; 7, point correspondant du côté gauche, saillant en arrière a cause de la torsion dépendant de la courbure supérieure; 8, région sus-scapulaire droite ; 9, région sus-scapulaire gauche plus saillante, il cause de la projection en arrière des deux premières côtes; 10, angle inférieur de l'omoplate droite saillant par suite du bombement des côtes correspondantes; 11, angle inférieur de l'omoplate gauche déprimé a cause du refoulement des côtes correspoadafites comprises dans la concavité de la courbure moyenne.

tels que de faire porter sur le membre, dans le sens d'action des muscles conlraclurés , un poids peu élevé, 3 ou i kilogrammes environ; au bout de quelque temps, le muscle finit par céder à la fatigue; on peut encore, suivant un conseil de H, Larrey, imprimer simultanément au membre sain et au membre suspect les mêmes mouvements, la synergie muscu-

laire ne tardera pas à produire dans ce dernier les mêmes actions qne dans l'autre.

Fréquemment on observe la simulaiion de Vanhylose; tout d'abord l'examen anatomique de la région, les antécédents de l'individu, des lésions concomiiantcs feront parfois reconnaître si l'ankylose existe réellement. — Les mouvements ou tentatives de mouvement sont alors le plus souvent sans douleur, tandis que le simulateur croit devoir jeter les hauts cris. — De plus, dans l'aukylose réelle, les mouvements possibles ont toujours, soit dans le sens de la flexion, soit dans celui de l'extension, une même étendue, et ils s'arrêtent brus(iuement, comme si l'on se heurtait à un obstacle. Dans l'ankylose simulée, au contraire, comme l'individu ne la maintient qu'au prix d'efforts musculaires, on sent très-bien les muscles roidis, en action ; leur limite de résistance varie sensiblement, car le fraudeur parvient diiricilement à toujours produire l'arrêt sous le même angle.

L'observation du sujet, pendant le sommeil, au besoin les anesthésiques, serviraient également à déceler la fraude.

La <?/fl^^(/^'£'a//o;2 est un cas assez fréquent d'exempt ion ; sur3 295 202jeunes gens examinés de 1831 à 18^9, Boudin a trouvé 16 734 exemptions pour ce fait, la moyenne aimuelle étant de 507 environ, le maximum 608, le minimum ^i35. — La distribution géographique de cette infirmité ne semble pas donner lieu à des déductions bien précises: cependant, en thèse générale, elle semble plus fréquente dans le midi de la France et dans les régions montagneuses. Elle peut du reste tenir à une infinité de causes différentes, à des affections des membres pelviens, du bassin ou du rachis; elle est en général acquise, maisquelquefois congénitale. Dans beaucoup de cas, elle est liée au rachitisme, dont nous aurons à parler plus loin. Le raccourcissement du membre peut être réel, comme dans les cas de fractures vicieusement consolidées, de luxations non réduites, d'ankylose articulaire nu de fausse ankylose; il peut être apparent, et l'altération porter sur le bassin ou sur la colonne vertébrale, sur l'articulation sacro-iliaque.

Dans tous les cas, une claudication réelle doit motiver l'exemption absolue, à moins que, très-légère, elle ne paraisse coiîipatible avec le service auxiliaire, et encore doit-on se montrer bien réservé sur ce fait ; car, quelle que soit la spécialité d'un militaire, l'intégrité de la locomotion doit lui être assurée.

En cherchant;! simuler la claudication, les intéressés prétextent de vives

MORACHE. — Hyg. milit. 11

douleurs dont on ne retrouve pas la cause, ou bien ils ont eu réellement une fraclure ou une luxation, mais ils en exagèrent singulièrement les résultats. Les cas les plus difficiles de claudication sus»pecte sont ceux où j'on suppose la possibilité d'une coxalgie au début, affection dont le diagnostic est alors très-difficile, d'autant plus que l'on est en suspicion des sensations douloureuses que le patient affirme ressentir. La possibilité d'une névralgie scialique doit également être envisagée; dans cette dernière, on retrouve les points douloureux à l'émergence du nerf, au niveau de l'anneau des adducteurs, ainsi que le point péronier; la pression au niveau du grand trocbanler n'éveille point ces douleurs intolérables qu'elle cause dans la coxalgie. L'examen du malade couché et les mensurations permettront de constater si le raccourcissement est réel ou apparent, s'il ne tient pas à une flexion du bassin sur la colonne vertébrale.

La sciati'que, comme les autres névralgies, ne serait un cas d'exemption que si, déjà ancienne, elle avait amené une atrophie musculaire très-appréciable. Dans d'autres cas, elle motiverait l'ajournement.

d. — Maladies de V innervation centrale ou périphérique. — Le crétitinisme, V idiotisme, Vimbécillité, formes congénitales de l'aliénation mentale sont évidemment de nature à faire repousser de l'armée tous les individus qui en sont atteints, môme à un degré peu avancé ; il ne faut point cependant confondre l'imbécillité avec la faiblesse intellectuelle apparente, résultant de l'absence de toute éducation, l'isolement ou autres conditions intellectuelles fâcheuses dans lesquelles a pu se trouver l'individu; la vie militaire et l'instruction générale qu'on y donne serviront au coiîtraire puissanunent pour éveiller un cerveau que l'on n'a point encore cultivé.

L'enquête statistique entreprise sous la direction du comité consultatif d'hygiène de France et les documents fournis par les comptes rendus du recrutement ont permis au rapporteur du comité, Baillarger, de présenter dans un mémoire d'ensemble (1) des renseignements précis sur la répartition de l'endémie du crctinisme en France et ses rapports avec l'endémie goitreuse.

Il résulte de ces recherches que le nombre des cas d'idiotie et de crétinisme peut être évalué pour toute la France à plus de 120 000, ce qui donne pour la population totale une moyenne de 3,2 pour 1000; mais si,

(1) Baillarger^ Rappoi'tde l'enquête sur le goitre et le crétinisme, in Recueil des travaux du comité consultatif d'hygiène de France. Paris, 1873.

tic l'ensemble des départements, on retranche les Hautes-Alpes et la Savoie, dont les proportions exceptionnelles doivent vicier le résultat général, on trouve que la proportion moyenne des cas d'idiotie et de crélinisme est en réalité de 3,1 pour 4000 habitants.

L'endémie du crélinisme sévit surtout dans les deux dé|)artements des Hautes-Alpes et de la Savoie; dans le premier la proportion est de 22 pour 1000, dans le second de 16. — Dans la Haute-Savoie, les Basses-Alpes, l'Isère, l'Ardèche, la Drôme, les Alpes- Maritimes, les Hautes-Pyrénées^ l'Ariége, la Haute-Garonne, l'existence du crétinisme endémique est attestée en même temps par l'enquête statistique et par les tableaux du recrutement ; la proportion des idiots s'y élève de à 6 pour 1000. — Le crétinisme endémi(iue existe encore, mais à un degré beaucoup moindre dans un certain nombre de départements, jiarmi lesquels on peut citer l'Aveyron, ic Lot, la Huiite-Loire, les Vosges, le Puy-de-Dôme, les Pyrénées-Orientales, l'Oise, l'Aisne, la Meurthe, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Moselle et la Haule-.Marne.

Les variations de l'endémie du crélinisme n'ont pu jusqu'ici, faute de documents, être étudiées comme l'ont été celles du goitre avec lequel le crétinisme paraît avoir des ra|)poris, sinon constants, au moins probables. 11 existe en effet à ce sujet deux doctrines très-différentes : la première, qui a pour défenseurs Fodéré, le cardinal Billiet, Morel, Lourdes, Fabre de Mayronnes, Chabrand, etc., tend à prouver que les deux maladies, dues à une même cause spécifique, ne seraient par conséquent que deux manifestations d'une seule et même endémie; les auteurs qui professent la seconde doctrine, et parmi eux se trouvent Ferrus, Parchappe, Kœberlé, Morétin, etc., soutiennent au contraire que les deux maladies seraient entièrement distinctes; quelques-uns môme, avec le ra|)porteur de la connnission de Piémont, vont même jus(|u'à déclarer que la concomitance fré(|uenle du goîlre cl du crétinisme est purement accidentelle.

A l'appui de la première opinion, on peut invoquer cinq fails principaux dont l'exaclilude ne paraît pas pouvoir être contestée.

1° L'endémie du crétinisme n'existe jamais sans l'endémie du goitre; 2" les endémies graves du goitre sont toujours accompagnées d'une tendance à la dégénérescence de la race, attestée par les cas disséminés de crélinisme ou tout au moins par des cas plus nombreux d'idiotie, d'arrêt de développement, de surdité, de bégaiement; 3° les crétins sont atteints de goitre dans une proportion considérable et tout à fait exception>ielle ;

16ii RECRUTEMENT DES ARMÉES.

^1° les parents goitreux engendrent des enfants crétins dans une proportion considérable et tout à fait exceptionnelle comparativement aux parents exempts de goitre; Dedans les contrées atteintes de l'endémie goitreuse, les cas disséminés de crétinisme con)parés jusqu'ici à la population générale, ont été considérés, avec juste raison, comme ne formant qu'une proportion très-faible, mais ils doivent surtout être comparés à la population goitreuse dans laquelle ils se trouvent, au contraire, dans une proportion très-forte. i Le nombre total des cas de goitre relevés dans les 89 dé|)arlemenls s'élève à 37^1 0Zi3, la proportion générale pour la France est de 16 pour 1000. -9 En divisant les 89 départements en cinq séries par rapport au nombre proportionnel des goitreux, on trouve que : I

l''^série. Dans 10 départements, la proportion s'élève au-dessus de 50 pour 1000.

2^ série. Dans 23 — — varie de Zi9p. lOOOà 20 pour 1000.

S'' série. Dans 13 — — varie de 17 p. 1000 à 9,7 pour 1000.

série. Dans 34 — — varie de 9 p. 1000 à 1,6 pour iOOO.

5« série. Dans 9 — — varie de 0,8 p. 1000 à 0,2 pour 1000.

Nous empruntons au rapport de Baiilarger la carte ci-joinle (fig. Ik) qui met en lumière la répartition géographique de l'endémie goitreuse dans les 89 départements, divisés comme il vient d'être dit en cinq séries à teintes d'autant j^lus foncées que les cas de goitre sont plus fréquents.

En étudiant cette carte, on constate que les Zi5 départements où le nombre des goitreux s'élève au-dessus de 10 pour 1000 constituent un ensemble affectant une forme assez remarquable.

« L'endémie commence par une simple ligne continue représentée par les déparlements de l'Aisne, de l'Oise et des Ardennes ; puis cetteligne s'élargit, et l'on trouve une agglomération des huit départemenis de la Meuse, de la Moselle, de la Meurihe, du Has-Rhiii, du Haut-Rhin, de la Haule-Marne et de la Haute-Saône. C'est au milieu de cette agglomération qu'est placé le département des Vosges, l'un des plus gravement atteints. En allant toujours du nord au sud, la ligne se rétrécit et n'est plus formée que par la fin de la Haute-Saône, du Doubset le commencement du Jura, (^e dernier département est situé au sommet d'une seconde agglomération bien plus considérable que la première et qui alTecle une forme à peu près triangulaire. Elle est composée de 21 départements parmi lesquels se trouvent ceux où sévit la maladie avec le plus d'intensité. Ce sont à droite la Savoie, le

Rhùne, l'Jsère, la I.oire, elc. Le côlô gauche du Iriaugle est formé par es dépariemeiits de SaOne-ei-Loiie, de l'xMlier, delà Corrèze, du Puy-de-Dôme et do la Dordognc. Au centre et à la base se trouvent la Loire, la Haute- Loire, l'Aveyron, le Cantal, l'Ardèche, etc.

» Il reste un troisième groupe, séparé des deux précédenls par les dé-

Fip. — Carte indiquant la répartition géographique de l'endémie goîircuse en France, les départements étant classés suivant l'ordre de proportion décroissante des cas de goître.

parlements relativement indemnes de Tarn-et-Garonne et du Tarn. Il se compose de cinq départements qui sont, en allant de l'ouest à l'est, les Basses et les Ilautcs-Pyrénées, la Haute-Garonne, l'Aricge et les Pyrénées- Orientales.

» En suivant sur la carte les départements atteints, on constate ce fait

I(i6 RECRUTEMEiNT DES ARMÉES.

singulier que le goitre épargne les départements du centre, mais bien plus encore ceux de l'ouest. Il en résniie que l'endémie, dans son ensemble, présente jusqu'à un cerlain point la forme d'un fer à cbeval, l'extrémité de la branche sujiérieure étant fournie par l'Oise, celle de la branche inférieure par la Dordogne et la partie courbe par les départements des Hautes- Alpes, du Jura et de l'Isère, etc. L'intérieur du fer à cheval et son ouverture sont remplis par les départements du centre et par la frontière de l'ouest dans lesquels la njaladie n'existe pas. » (1)

Nous donnons ci-apjès pour chaque déparlement le nombre proportionnel des cas de goitre, des cas d'idiotie ou de crétinisme, en y joignant à titre de renseignement le nombre proportionnel des cas de surdité et de bégaiement. Ces deux dernières infirmités semblent avoir avec le goitre et le crétinisme un rapport véritable, mais, pour que l'enquête fût complète, il fàlidrait distinguer les cas de surdité et de bégayement qui se trouvent dans les familles atteintes de goitre et de crétinisme, de ceux (jue l'on observe dans celles qui en sont exemptes. Alors, sans nul doute, le rapport apparaîtrait très-tranché; mais un pareil travail n'a pas été fait jusqu'à présent.

Nombre proportionnel des cas de goitre, d'idiotie et de crétinisme, de surdité et de bégayement dans les 89 départements de la France.

Les nombres proportionnels sont tous établis pour 1000 habitants.

DÉPARTEMENTS

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