CRÉTINS
SOURDS-
rlassi'S pur ruppoi't tin noiiihrc
GOITREUX
et
BÈGUES
IDIOTS
MUETS
ic:.
(lécroissatit îles çoîtreiix.
2^ série.
— 23 départements.
Loire
Rhône
Puy-de-Dùine
Haute-Loire
Drùitie
ILiut-Rhin
Meurtlie
Cantal
Haute-Saône
Moselle
Ardèche
Isère
Lozère
Dordogne.
Saône-et-Loire
Hante-Maronne
Mojenne
3® série.
— 13 départements.
Ardennes
Aveyron
Lot
Côte-d'Or
Creuse
Bas-Rhin
Nièvre
Aube
Marne
RECRUTEMENT DES AKMÉES.
DÉPAUTEMtNTo
CUtTlNS
SOURDS-
cIhpsi's par rapport au nombre
GOITREUX
et
BÈGUES
MUETS
iléproispaiit îles goitreux.
IDIOTS
4" série.
— 34 départements.
ÛS
Yonne
Bouches-du-Rhône
Seine-el-Marne
Calvados
Gers
Var
Corse
Indre
Maine-et-Loire
Vendée
Seine
Ille-et-Vilaine
Cher
Pas-de-Calais
50 série. — 9 départements. ■
Indre-et-Loire
Charente-Inférieure
Denx-Sévres
Morbihan
Côtes-du-Nord
INFIRMITÉS RENDANT IMPROPRli AU StllMCE MILITAIRt:. 169
L'examen médical devant le conseil de révision ne saurait toujours suffire pour constater Inexistence réelle de l'idiotie ou du crélinisnie; lorsque l'individu présenté comme idiot ou crétin oITrira les signes pliysi(|ues évidents qui décèlent un arrêt complet du développement des facultés intellectuelles et jiortcra les marques d'une organisation incomplète, ainsi que les altérations caractéristiques de la boîte osseuse du crâne, que nous n'avons pas à étudier ici, l'hésitation pourrait ne pas être permise; dans les autres cas, il y aura lieu de provoquei une enquête dont les éléments ne sont pas, en général, difficiles à trouver.
A fortiori en sera t-il de même de l'aliénation mentale et de ses diverses formes. Aussi les questions de simulation de ces névroses sortentelles ah''o!ument du domaine des conseils de révision, pour appartenir exclusivement à la médecine légale militaire. Ce ne sera donc que par une longue observation et des études fort sérieuses que l'on pourra, dans ce cas, arrivera fixer sun opinion, et bien souvent encore sera-t-il permis à l'expert de rester dans le doute.
Il en est à peu près de même de l'épilepfiie et de la ckorée; malheureusement ces névroses constituent l'une des formes les plus comnmnes de la simulation. Sous le premier Empire, disent Percy et Laurent, elles étaient le grand refuge de tous ceux qui ne voulaient pas aller à la guerre et, sur 100 conscrits, il y en avait parfois 20 qui alléguaient l'épilepsie.
Dans la période de 1831 à 1853, on a compté /i036 372 jeunes gens examinés par les conseils et 6627 exemptions pour cause d'épilepsie, soit 1,6 en moyenne pour 1000.
jNous donnerons ici, à grands traits, les principaux signes qui permettront de reconnaître l'épilepsie simulée de l'éjjilepsie réelle.
Dans la première, la chute s'exécute en général dans des conditions telles qu'elle soit sans danger, et l'attaque ne survient le plus souvent que lorsque l'individu ne se croit pas observé ; le simulateur régularise sa chute et tombe sur le côté, de façon à ne point se faire de mal ; si l'afl'ection est réelle, au contraire, la chute est brusque, avec projection en avant dans la majorité des cas. Tandis que répile|)tique jette un cri rauque, résultat de la contraction tonique de ses muscles thoraciques, le siumiatcur n'en pousse point, ou au contraire, vocifère avec extravagance : il ne peut simuler cette pâleur qui donne à l'épileptiquc un aspect cadavérique, il roidit irrégulièrement ses membres, se livre à des contractions désordonnées, tandis que chez l'épilcptique les convulsions toniques sont, ou lolalement,
no RECRUTEMENT DES ARMÉES.
OU en partie prédominantes d'un coté; cliez ce dernier, le sterno-inastoïdien, en se contractant, fléchit la tête du côté le plus aiïecté el la face se dirige du côté opposé ; lesimulatenr au contraire contracte également les deux muscles.
Après la première période de convulsions toniques chez l'épileptique, les râles sont bruyants et pénibles, la respiration interrompue, les mouvements du cœur très-rapides, mais le pouls reste petit, faible, précipité, l'asphyxie est menaçante, la face se colore et devient livide. Chez le simulateur, il y a impossibilité de figurer l'imminence de suiïocation, aussi le pouls est-il fréquent, développé, la peau chaude, couverte de sueur par suite de l'agitation factice ; la face n'est pas aussi colorée ou bien quelque lien placé autour du cou a-t-il pour but de produire ce symptôme. Chez lui la langue est souvent blessée à cette période, tanrlis qu'elle l'est rarement alors chez l'épileptique.
Dans la période des convulsions cloniqucs, le simulateur exagère les mouvements et les produit aussi bien d'un côté que de l'autre, il ferme les yeux et fait des elforts poiir imiter les mouvemenls convulsifs du globe oculaire ; l'épileptique, au contraire, présente des convulsions plus localisées d'un seul côté, les paupières sont à demi ouvertes, les yeux roulent dans les orbites en ne laissant voir que la sclérotique. Chez le premier, les pupilles sont normales et sensibles à la lumière; chez le second, elles sont insensibles et ordinairement dilatées.
Les convulsions cloniques durent de une à deux minutes dans l'attaque vraie, on les prolonge inlenlionnellement dans l'attaque fausse ; dans le premier cas, la langue est blessée, mais en général d'un seul côté, l'écume n'est pas constante; dans le second cas, la langue est lacérée des deux côtés et une abondante écume à la bouche est provo(|uée avec du savon ou toute autre substance. La peau et les muqueuses sont insensibles dans l'attaque vraie ; dans l'attaque simulée, celte insensibilité ne peut toujours être maintenue.
On attache en général une certaine importance à la position du pouce qui est fléchi dans le creux de la main chez l'épileptique, et au contraire par-dessus les doigts chez le simulateur; dans l'épilepsie vraie, on ne produit point de secousses convulsives dans ce doigt en voulant le défléchir.
A la fin de la période convulsive réelle, la respiration devient large et bruyante, la réaction s'opère avec sueurs, émissions d'urine, de matières fécales et quehjuefois de sperme, la face se décolore et devient pâle ; dans la maladie simulée, on ne saui ait observer en particulier celte émission de
sperme ni la pâleur de la face. Lesiiiuilateiir prolonge la période de stupeur plus longtemps que le vt'ritable épileplique, et ne conserve pas d'ordinaire cette hébétude qui, dans la véritable attaque, dure encore plusieurs heures.
M. Auguste Voisin (1) a fourni un nouvel élément de diagnostic différentiel en appli(juant le sphygmographe à l'élude du pouls chez les épileptiques réels. Chez eux, à la (in de l'attaque et plusieurs heures encore après, on remarque des ascensions très-prononcées du tracé avec un fort dicrotisme (ig. 15).
Fig. 15. — Tracté spliyginographique pris oliez un épileplique réel, vingt-cinq minutes après le début d'une attaque convulsive, pendant le sommeil consécutif.
Lorsqu'on prend également le tracé (fig. 16) du pouls chez un épilep-
Fig. IG. — Tracé sphygmographique pris cliez un épileptique réel aussitôt après une course rapide.
tique qui vientde se livrer à un exercice violent, à la course par exemple, on remarque que, quoique déprimée, chaque pulsation présente encore une ligne ascensionnelle lrès-caractérisée,<'lesvestigesdu dicrotisme», tandis que chez, un homme sain 'llg. 17) dans les mêmes conditions on remarque au
Fig. 17. — Tracé sphygmographique pris chez un individu sain aussitôt après une course rapide.
contraire une dépression beaucoup plus prononcée, les lignes ascensionnelles sont à peine marquées. — M. Auguste Voisin a pu appli(p]cr le sphygmographe sur l'artère d'un individu dont plus tard la simulation fut démontrée: chez lui, après le début de l'attaque, on obtenait un tracé (fig. 18),
Fig. 18. — Tracé sphygmographique pris quatre minutes après le début
d'une attaque simulée.
totalement différent de celui que l'on obtient (fig. 15), dans l'attaque vraie.
(1) Aug. Voisin, De Cépilepsie simulée et de son diagnostic par /es caractère sphygmogrnphiqjies du pouls. {Annales d'hygiène et de médecine légale^ 2° série, t. XXIX, p.
172 RECRUTEMlîiNT DLS ARMÉES.
Chez le simulateur, le iracé est identique avec celui qui décèle une violente dépense de forces conunc celui qui se trouve représenté (fig. 1 7). Ces caractères différentiels n'ont pas encore reçu la sanction d'expériences suffisantes. Boisseau, dans ses recherches particulières, aflirnie avoir obtenu des résultats presque identiques avec ceux de M. Augusic Voisin; il y a donc lieu à faire de nouvelles recherches sur ce sujet.
C'est généralement dans la recherche de l'épilepsie simulée, que l'on avait jadis recours à toutes sortes de moyens violents pour explorer la sensibilité de la peau et des muqueuses. Fodéré et Percy conseillaient le fer rouge, Kirchkolî la cire à cacheter en fusion, d'autres une forte bastonnade ou la flagellation avec des orties, Bnllingalla même proposé d'introduire, sur la muqueuse oculaire, du piment ou du poivre de Gayenne (1). Nous ne saurions assez nous élever contre l'emploi de pareils procédés, qui transforment le médecin en un véritable tortionnaire et déshonorent la science. — L'emploi du chloroforme, que ^loreau de Tours (2) et Fix (3) affirment produire des attaques convulsives chez les épileptiques réels, ne saurait, à nos yeux, être autorisé ; il ne faut point perdre de vue qu'un accès épileptique constitue un danger réel pour l'individu qui le subit; que, même en dehors des chutes ou contusions que l'on pourrait à la rigueur éviter, la mort peut survenir comme conséquence de l'asphyxie déterminée par la contraction tonique des muscles de la poitrine, aussi bien qu'à la période de réaction la congestion jcérébrale peut être poussée jusqu'à la rupture des vaisseaux. — Le médecin n'a jamais le droit d'exposer un sujet à un danger réel dans le seul but d'éclairer son diagnostic. Du reste, cette action du chloroforme, comme déterminant l'accès, a été conleslée par plusieurs observateurs, par Kums (k), Quarin-AVillermier (5) en particulier. Que l'on cherche par des supercheries à surprendre les fraudeurs, passe encore, quoique cela ne soit pas toujours très-digne et que celte lutte d'astuce entre le médecin et le patient touine quelquefois au désavantage du premier. Mieux vaut s'en
(1) G. Ballingall, Out/ines of militanj sur'gerij. 2^ éd., Edimbourg, 1838, p. 529.
(2) Moreau (de Tours), Union médicale, 1847, p. 603.
(3) Fix, Emploi du chloroforme dans les maladies simulées. {Union médicale,, 1848, p. 8.)
(4) Kums, De l'inspiration du chloroforme comme moyen de constater Vexistenca de l'épilepsie. {Archives belges de médecine milit.^ 1853, t. XII, p. 21.)
(5) Quarin-Willermier, Archives belges demédec. milif., 1853, t. XII, p. 25. — Extrait de Repertorium Tydschrift voor de Geneeskunde in al harcn Omvang, 1852.
rapporter aux signes fournis par la vraie science plutôt qu'à ces pratiques douteuses, où l'expert Unit toujours par perdre un peu de sa considération et coniproinetlrc l'art lui-même.
La clm^ée est rarement simulée dans l'armée ; le moyen le plus sûr pour découvrir la fraude consiste à surveiller très-exactement le malade, h son insu, et en particulier |)endant son sonuueil ; on doit se souvenir cependant que, chez les vrais clioréiques, les mouvements convulsifs sont fréquemment suspendus pendant cet acte.
Le somnambulisme allégué comme infirmité devant les conseils de révision ne pourrait jamais être constaté, sinon par une enquête; dans les hôpitaux ou les corps de troupes, une surveillance attentive pourrait déceler la fraude chez un individu déjà incorporé. — On remarquera ([uc le vrai somnambule n'agit qu'à l'aide de ses souvenirs et sans le secours de la vue ; le fourbe au contraire, à moins d'avoir été prévenu, évitera les obstacles (jue l'on aurait opposés à sa marche. Fodéré regardait cosigne comme caractéristi{|ue.
La catalepsie, Vextase sont bien rarement simulées aujourd'hui ; on pourrait arriver à déceler la fraude en recherchant l'état de la sensibilité qui est abolie dans l'attaque vraie, aussi bien que les facultés intellecluclles paraissent anéanlies; du moins, si la perception n'est pas absolument détruite, le cataleptique a-t-il perdu le pouvoir de trahir par des mouvements, même des muscles de la face, l'impression intelleiUuelle qu'il a peut-être éprouvée. Le meilleur moyen consisterait à faire prendre aux membres des positions fatigantes pour un simulateur et que le véritable cataleptique conservera pendant toute la durée de l'accès, quelque pénibles qu'elle puissent être.
Les parahjsies, lorsqu'elles amènent la perte du mouvement de masses musculaires importantes, d'un membre en particulier, sont absolument incompatibles avec toute espèce de service militaire ; lorsqu'au contraire elles n'atteignent que quelques portions de membre, comme un doigt par exemple, elles peuvent autoriser l'admission dans le service auxiliaire, surtout lorsque leur cause sera nettement définie, qu'elles succèdent à la section d'un filet nerveux de peu d'importance. — Nous allons passer rapidement en revue les principales paralysies, surtout au point de vue de leur simulation possible.
Cette classe de maladies est, en elTet, l'une de celles auxquelles les fraudeurs s'adressent de préférence : car, dans beaucoup de cas, elles ne se
Iraduiseiit à l'extérieur par aucun phénomène appréciable à première inspection. D'ordinaire la paralysie est, suivant eux, consécutive à un traumatisme dont on retrouve plus ou moins la trace s'il s'agit d'une section de filet nerveux; dans ce cas, il y a lieu de rechercher, ])ar l'examen de la cicatrice, si la blessure a vraisemblablement pu couper le lilet nerveux correspondant aux masses nmsculaires paralysées, si d'autre part ces dernières sont en voie d';ilroi)hie, ce (|ui arrive presfjuc toujoui s dans les paralysies réelles. — D'autres fois, on alléguera un coup, une chute; on pourra, dans ce cas comme dans le précédent, rechercher au moyen de l'électricité si les muscles ont perdu leur propriété contractile (dans le cas de dégénérescence) ou si, au contraire, tout en l'ayant con.servée, la transmission Jie se fait plus par le principal rameau nerveux; dans ce cas, on en inférerait que ce dernier est i:iterromj)n par section, comprei-sion ou dégénérescence en {juelque point de son parcours.
Certaines intoxications, celles qui sont dues aux composés | lomhiques en particulier, produisent des paralysies localisées à divers groupes de muscles, aux extenseurs du poignet dans le cas de saturnisme ; dans un cas pareil, il y aurait lieu de rechercher si l'individu a pu être soumis à des émanations dangereuses, s'il a eu des accidents primitifs d'intoxication et si ses muscles en dégénérescence ne se contractent plus par le courant galvanique.
Si la paralysie atteint les membres supérieurs, en entraînant l'abolition des fonctions de la main, on ne trouve plus à «a surface les callosités, les indices de travail, mais au contraire une peau lisse, amincie et fort différente de celle du côté sain ou des parties voisines.
L'état de la sensibilité, plus ou moins abolie dans les |)aralysies périphériques, peut quelquefois servir de guide, quoique le simulateur arrive facilemejit à induire en erreur par ses réponses. — La température peut varier d'un demi-degré à deux degrés entre le côté sain et le côté uialade ; d'après les recherches modernes, elle semble être, dans de certaines limites, inversement proportionntlle de l'étal de la sensibilité; quand celle-ci diminue, la température augmente en proportion. — Ce signe appartient principalement aux paralysies d'origine centrales et unilatérales.
\] hémiplégie et la paraplégie do[\ein appeler spécialement notre attention. — Lin individu qui se décide à sinmler une telle affection a évidemment reçu des instructions sur l'ensemble des phénomènes qu'il doit présenter, sans quoi la fraude serait bientôt découverte.
C'est ainsi qu'il allectera de traîner la jambe, et de laisser pendre le bras
li\Fll5MlTÉS RENDANT IMPHOPRE AU SERVICE MIUTAIHE. 175
du côté opposé à la lésion prétextée, s'il simule une chute sur la lèle, il ne manquera pas non plus de dévier les traits du côté sain comme pour alléguer une paralysie faciale unilatérale. — La disposition inverse ne saurait être une preuve de fraude, car, dans les paralysies alternes, ce fait existe parfaitement. L'expert devra donc s'en ra|)j)orter beaucoup plus à l'examen des régions piétendues paralysées, de leiu' peau, de leurs masses musculaires ; il observera si le sujet marche en fauchant ou s'il se contente seulement de traîner le pied sur le sol. L'examen de la température, plus élevée du côté malade que du côté sain, fournira également quelques données, mais en vain rechercherait-on, dans l'exploration galvanique, des renseignements; dans ces cas, elle ne saurait fournir aucun indice; tant que les nmscles ne sont pas atrophiés, ils se contractent sous rinlluence du courant.
lA paraplégie s\mu\èe no. présentera pas moins de difficultés : l'expert devra rechercher avec soin les causes alléguées de la maladie, l'histoire de sa marche, l'ensemble des phénomènes cliniques existants, vérifier s'il se peut l'état de la sensibilité, l'état des muscles, la force des mouvements réflexes qui sont, en général, exagérés dans le cas de paraplégie d'origine médullaire. On notera l'état de la température, élevée dans les membres paralysés, la démarche du sujet, démarche bien caractéristique et qu'il n'est pas facile d'imiter.
Dans l'un et l'autre cas, des examens répétés, inopinés, une surveillance incessante, quelques supercheries serviront à arriver à une quasi-certitude; mais ici, comme nous l'avons déjà dit plus haut, nous répudions toutes ces tentatives violentes, douloureuses, que les anciens mettaient trop sonvent en usage.
Vataxie locomotrice pourrait être simulée par un individu très-intelligent et mis au courant des symptômes à présenter; il est évident que, en pareil cas, l'intégrité du système musculaire ne fournirait rien au diagnostic dilTérenliel, et ce n'est guère que, par une enquête ou une longue observation, que l'on arriverait à un résultat.
L'atrophie mmculaii^e progressive, la paralysie générale progressive, ne pourraient, si elles sont réelles, être méconnues de l'expert ; connue les grandes paralysies dont nous venons de parler, elles entraîneraient absolument l'exemption.
— Affections de l'appareil visuel. — La fonction visuelle est sans contredit l'une [des plus importantes de l'économie; le service militaire et
raccomplissemenl (les devoirs qu'il impose exigent son inlégrilé absolue. Aussi l'examen des organes de la vision doil-il appeler toute l'attention de l'expert, auquel des connaissances assez étendues sont, pour ce fait, absolument indispensables.
Nous nous bornerons à indiquer ici les points spéciaux qui doivent être particulièrement recherchés dans l'examen relatif à l'aptitude physique des jeunes gens devant les conseils de révi.'-ion; mais on ne saurait assez le répéter : le médecin doit se préparer par des recherches très-sérieuses, et pai- de fréquentes observations sur le sujet, à remplir avec discernement le rôle que la loi lui assigne.
Maurice Perrin, dans son remarquable ouvrage d'ophllialmoscopie (1), a consacré un chapitre spécial à l'étude des affections oculaires envisagées au point de vue de l'aptitude au service militaire. Nous engageons le lecteur à s'y reporter fréquemment, nous bornant ici à donner quelques indications générales au sujet des principales affections de l'appareil de la vision, portées à la nomenclature annexe de l'instruction du 3 avril 1873.
L'examen des maladies oculaires devant les conseils de révision nécessite l'emploi de certains procédés et de quelques instruments décrits dans les traités d'optique ; il suffira donc de les rappeller très-brièvement.
Pour l'examen de la cornée, de l'iris et du cristallin, l'éclairage oblique devient de toute nécessité; la figure ci-jointe (fig. 19) suffit pour faire com-
Fig. 19. — Éclairage latéral du globe oculaire.
prendre de quelle façon on doit l'employer pour rendre visibles, par la
(1) Maurice Perrin. Traité d'opfitalmoscopie et d'optométric, 1 vol. avec atlas. Paris, 1872.
formation des ombres, les points qu'un éclairage direct soustrait à la vue de l'observateur.
Déjà, pour les taches de la cornée, on doit recourir à la mesure de l'acuité visuelle, afm d'évaluer en quelle proportion la vision est diminuée. L'acuité visuelle peut se mesurer par la lecture des échelles typograj)hiques de Snellen, Girand Teulon, Maurice Perrin, Galezowski. — On représente cette acuité par une fraction dont le dénominateur étant le numéro d'ordre de la planche, le numérateur sera la distance à laquelle est lu le caractère, distance jusqu'à présent expriuïée en pieds; si, par exemple, les caractères n" 20, c'est-à-dire ceux qui devraient être lus à vingt pieds, ne paraissaient clairement qu'à ciiKj, l'acuité visuelle sera dite deTnr = i- On doit se souvenir du peu de précision que présente cette épreuve, dont le résultat varie singulièrement suivant l'éclairage. Celui-ci doit être aussi net que [x)ssible, sans que la lumière diffuse fatigue le sujet. On peut le placer, à cet elTet, dans une chambre un peu obscure au fotjd de laquelle on le fait, asseoir, l'échelle typographique étant suspendue au mur, et vivement éclairée par les rayons d'une lampe qu'un écran cache aux yeux du sujet. Si l'examiné ne sait pas lire, il convient d'avoir recours aux signes ou figures diverses, représentant des carrés, des triangles, des trèfles, etc. , que .Maurice Perrin a retracés dans son échelle et dont les dimensions sont calculées connue celles des caractères typographiques.
Le procédé du trou d'épingle, percé au travers d'une carte, peVmet de reconnaître l'acuité de h vision en séparant les troubles de la réfraction des alîections orgariiques; ce n'est pas néanmoins une épreuve pratique devant les conseils de révision ; on peut bien savoir si la vue en est améliorée et iissurer alors l'existence de l'amétropie, mais l'acuité visuelle est mal interprétée par ce moyen qui su|)prime trop d'éclairage.
Les maladies comprises dans les paragraphes f.i'2 à de l'instruction, à savoir le strabisme, Vexoplithalmie, la huplulialmie, les h'rat/tcs, sont justiciables du procédé que nous venons d'indi([uer et constituent des motifs d'exemption. Le strabisme fonctionnel, c'est-à-dire avec conservation de toute la mobilité de l'œil, malgré la prédominance d'un quelconque des muscles, qu'il soit monolaléral ou alternant, s'il s'accom|)agne d'amblyopie, est un motif d'exemption. Or, dans la plupart des cas, le strabisme fojiclionnel, nième quand il est alternant, ne permet pas de conserver l'acuité visuelle des deux yeux dans son état normal ; l'aml)lyo])ic arrive sur l'œil exclu delà vision. L'instruction du 3 avril 1873 na point fixé le MOR.vciiE. — Hyg. milit.. 12
degré de celte aniblyopie, parce qu'elle acquiert en général une limite assez élevée et toujours croissante. Le strabisme organique, c'est-à-dire avec atrophie des muscles ou paralysie de tout ou partie des 2*, 3® et 6" paires, doit toujours entraîner l'exemption.
Le paragraphe 5 du tableau n° 2 place dans le service auxiliaire les individus atteints de strabisme léger de l'œil droit ou plus prononcé de l'œil gauche sans diminution notable de la vision. Il est bien évident que l'on n'a pas voulu parler du strabisme latéral qui se déclare dans la vision de près chez les myopes ou les hypermétropes, par l'effort de la convergence et de l'accommodation.
Vexophthalmie Iraumatique ou pathologique, la buphlhalmie, dernier degré de l'iridochoroïdile avec staphylôme antérieur, sont des moiifs, absolus d'exemption. Il faut évidemment ranger dans cette catégorie V/ujdropfithalmie congénitale ; ces deux affections s'accompagnent, du reste, d'une amblyopie incompatible avec le service.
La kéi^atite vasculaire ou panniforme, parenchymateuse, avec modification prononcée et incurable de toute l'épaisseur du tissu cornéen, aiguë ou chronique, compliquée d'altérations profondes, doit toujours faire prononcer l'exemption. La kératite disséminée, rebelle, ordinairement due à des granulations palpébrales, indurées, se rencontrant d'ordinaire cli^z des individus cachectiques, scrofuleux, doit entraîner le même résultat.
Les opacités de la cornée occasionnant une diminution de l'acuité de la vision supérieure à \ 'k ne permettent de lire un texte ordinaire ou l'écriture courante qu'avec difficulté. Le vague même de la circulaire (paragraphe Zi5) montre combien le médecin doit être prudent et se tenir sur ses gardes. La position, la nature de la tache cornéenne sont à étudier; une petite tache centrale d'un côté peut amener la déviation de l'œil sans que l'homme en ait conscience, et par ce fait l'œil arrive à une amblyoi)ie supérieure à ïjk. Si cette tache siège sur l'œil gauche, le service militaire sera encore possible ; si au contraire elle siège sur l'œil droit, la circulaire nous paraît devoir être appliquée dans toute sa rigueur. Quoique cette particularité ne soit pas signalée, nous hésiterions à exempter définitivement du service actif un homme dont l œil droit serait sain et l'œil gauche chargé d'une petite taie même avec une amblyopie égale à 1/4. Il est inutile de dire qu'une taie sur la cornée, quelle que soit son épaisseur, si elle est en dehors du champ pupillaire, ne gêne pas la vision. Dans un Mémoire écrit sur ce
I^FIRM1TÉS RENDANT IMPROPRE AU Sl-RVIGE MILITAIRE. 179
sujet spécial, au point de vue de l'arniée et de la marine hollandaise, Van Dooreniaal établit des conclusions idenliciues avec les nôtres (1).
La cornée coni(/i(i', la cornée globuleuse ou staphylâme pelliicide, le stapliyiôme opaque, sont des affections dont le diagnostic n'offre aucune difficulté.
L'éclairage latéral, dans un cabinet noir, est nécessaire pour se faire une idée précise des exsudais du champ pupillaùr, avec synécliies postérieures, adliéronces à la capsule antérieure. L'instillation d'atropine nous semble parfaitement autorisée pour les reconnaître et pour constater le myosis. L'innocuité de cette manœuvre la justifie en pareille circonstance. Dans tous les cas, l'acuité visuelle ne doit pas descendre au-dessous de l//i; la circulaire n'a pas signalé la complication possible de l'amétropie, elle devrait donc être tout d'abord recherchée au moyen du trou d'épingle, mais dans les cas d'exsndats de l'iris, alors que la vision peut s'opérer par les parties périphériques de la pupille, la luneite panopti({ne serait un mauvais moyen ; l'examen avec les lunettes lèvera la difficulté.
On a séparé des synécliies |)ostérieures'les opacités cristall miennes^ le mot cataracte traumaiique ou congénitale n'a pas même été inscrit; cette dénomination s'appliquant à la totalité de la dégénérescence du cristallin, il en résulte que les opacités môme partielles sont un motif d'exemption ; elles s'opposant en effet à la vision centrale, cependant on rencontre quelquefois, à la capsule postérieure, des opacités parfaitement limitées et non progressives qui, dans l'œil gauche, ne nous paraîtraient pas motiver l'exenq^tion absolue, tout au plus l'admission dans le service auxiliaire.
L'examen oplithahnoscopique est nécessaire pour reconnaître les .sy?2cA2i-/.s', le glaucome, les affections de la choroïde ou de la rétine. — La dureté ou la mollesse du gli)be oculaire, les douleurs du corps ciliaire feront soupçonner une affi clion de la choroïde, et enfin l'absence de ces signes une affection nerveuse: a'rophieou rétinite; mais, devant la crainte d'une simulation, il serait imprudent de ne pas recourir à l'examen oplithalmoscopique. Dans les conseils de révision, dès que l'on se trouve en présence d'un sujet chez lequel on soupçonne une affection profonde de l'œil, il faut lui instiller une goutte de solution d'atropine et demander le renvoi de l'examcn à la fin de la séance. Si, comme il arrive quelquefois en province, on
(1) Van Dooremaal, Dans quelles limites les taches de la cornée remknt-elle^ iml'ivpres au servie militaire. [Arch. de méd. nav. holland. l''" année, 2'' livraison, 1872, traduit par Bassignot, in Arch. de vtédecinc navale, 1873, t. \X, p. 139.
ne peut se procurer de cabinet noir, on pourra procéder à l'examen en se plaçant dans un point moins éclairé de la salle, ou mieux par l'emploi de l'oplilhalmoscope de Poncet (fig, 20, 21, 22), dont le principal mérite consiste précisément à permettre d'examiner le fond de l'œil sans avoir recours au cabinet obscur.
Fig. 20.
OpliUialmoscopc de Poncet (1). — Lcnlille munie d'un manchon.
Fifi. 21. — Boîte renfermant l'oplulialmoscopc.
l'ig. 22. — Coupe verlicale de la boîte.
L'examen au travers de la pupille dilatée ne doit laisser subsister aucun doute chez l'observaicur; les cas où, avec une amblyopie réelle, on ne trouve aucune lésion, soit dans l'œil, soit dans l'état général du sujet, sont
(1) Pour les détails de cet instrument, consultez : Gaujot et Spillmann, Arsenal de la cliirurgie, t. Il, p. 359. Paris. 1872.
k'ilemcîit rares, qu'il faudrait avoir recours à toutes les autres épreuves nécessaires pour déjouer la simulation, avant d'exempter un homme qui, sans lésion des membranes ou des milieux, prétendrait avoir une acuité visuelle inférieure à 1 Jh.
Les maladies de la réfraction se reconnaissent au moyen de verres con vexes ou concaves. Maurice Perrin a combiné dans son optoniètre (lig. 23)
Fig. 23. — Optoniètre do Maurice Porrin et Mascart (i). A. — Vue en plan. — 13. — Elévation et coupe. — G. — Vue de face.
(1) On consultera pour les détails de construction et le mode d'emploi de cet instrument : Maurice Perrin, Traité pratique d'ophthalmoscopie et d'opiométrie f. 302 etsuiv. Paris, 1872.
la marche de deux lenlillcs convexes et concaves de manière à donner immcdialemenl le degré d'amétropic, de myopie, d'hypermétropie ou d'astigmatisme, en déjouant toute tentative de simulation. Cei instrument ne se trouve malheureusement i)as encore à \a disposition de tous les conseils de révision ; du reste, quand il ne s'agit pas de mesurer exactement le degré de la correction à intervenir, mais de savoir seulement si la myopie est égale à 1 //i, l'hypermétropie à 1/6 ou 1/5, les lunettes peuvent suffire. Pour l'hypermétropie en particulier, la lecture avec les verres n° 5 ou n" 6 ne laisse pas de supercherie possible.
Quant à la myopie, il n'en est pas de même ; il est parfaitement démontré, qu'avec un peu d'habitude et un exercice répété pendant le mois qui précède la révision, un jeune homme atteint de myopie n° 8 ou n" 9, de celles qui le placeraient dans le service auxiliaire, peut s'habituer à lire dans les conditions exigées par l'instruction du 3 avril 1873, c'est-à-dire à 5 mètres, avec les verres biconcaves n" Z^, les gros caractères d'imprimerie (le n° 20 de l'échelle typographique) et à 35 centimètres les caractères ordinaires avec les verres n" 6 ou n" 7.
Notons eu outre que le tableau n° 2 place dans le service auxiliaire les hommes alTectés d'une myopie n'atteignant pas le degré motivant l'exemption, mais assez prononcée pour nécessiter le port des lunettes dans le service (1/5 à i/k). Donc^ pour le jeune homme qui lira avec le verre n» U, l'indécision est complète; il sera exempt de tout service ou classé dans le service auxiliaire, suivant la volonté du conseil et l'avis de l'expert. Les myopies qui nécessitent le port des lunettes sont en général plus fortes que 1/8 ou 1/9, elles sont souvent progressives, et le meilleur moyen de les rendre stalionnaires consiste dans l'usage permanent de verres biconcaves.
Pour le diagnostic exact de la myopie l/Zt et au-dessus, puisque l'exercice permet de lire avec les verres n" U les gros caractères à 5 mètres, il est indispensable de faire passer le sujet par l'épreuve de verres plus faibles, sans le prévenir; si, avec les verres (i par exemple il lit le n° 20 de l'échelle à 19, 18 pieds ou moins, on sera autorisé à dire que la myopie est au-dessous de \f^, bien que la lecture soit possible avec les verres n° U.
L'emploi de l'oplomèfre de Maurice Perrin évite toutes ces apprécialions délicaîes ; l'examiné ne sait pas à quel degré de myopie correspond, dans cet instrument, la position des verres, et il est facile de le faire passer par les différents degréci de l'amélropie de façon à dérouter toute idée
(rexagération. Les lunelles à rotation de Galezowski peuvent également rendre, dans ce cas, d'incojiteslables services.
L'examen à l'oplithalmoscope démontre (pie le staphylôme postérieur existe presqne sans exception chez les myopes, même à un degré léger; avec une myopie de 1/5 à 1/6, le croissant se relrouve toujours, l'atrophie choroidienne est nette, et avec une myopie plus élevée, la généralisation de la choroïdite est fréquente.
Les affections du l'orbite et les tumeurs intra-orbit aires qui sont caractérisées par une exophilialinie pathologique et des troubles du côté de la réline entraînent l'exemption.
Il en est de même de la blépharite ciliaire ancienne et rebelle, mais non de la blépharite simple, quoicjue anciemie; celte dernière entraîne simplement le classement dans le service auxiliaire. Vedropion^ Veutropion, le tricftiasis et le distichiasiSy en un mot toutes les déviations du bord libre des paupières avec implantation vicieuse des cils sur une grande étendue, le trie/iiasis de la paupière supérieure, soit par un vice de conformation du releveur, par traumatisme, par résistance de la paupière, soit par l'action (le l'orbiculaire, doivent motiver l'exemption.
La suture des paupières entre elles, anki/loblcpharo7i, ou avec le globe de l'œil, si/nibb-p/iaron, Vepichantm développé, \e'ptérigion, Vencauthus, le xerasis, toutes alTectionsd'un diagnostic facile, doivent entraîner la môme décision.
La dacrijorijstite chronique ou fistule lacrymale entraîne l'exemption, tandis que le premier degré de l'affection ou épiphora range seulement l'intéressé dans le service auxiliaire. Le mot a hstule» doit-il s'entendre ici de la tumeur ulcérée avec fistule cutanée, nous ne le pensons pas ; et, d'autre part, doit-on éloigner du service, même auxiliaire, l'individu chez lequel on fera sortir un peu de pus en comprimant le sac lacrymal, alors que deux jours après, peut-être, l'épiphora seul peut exister? Il y a là une mesure à garder que doit saisir le médecin; pour nous, l'instruction du ;*) avril 1873 a visé surtout les tumeurs rebelles, conlirniées, avec gonflement du sac, sécheresse du nez, etc.
Le n)/stag7nus est rarement isolé, on le rencontre joint à une déviation d'un des deux yeux en dedans; il est inégal pour cha([ue œil, caractérisé par l'oscillation ou la rotation de l'orbite, et se lie à une inflexion continue de la tête. L'acuité de la vision est alors différente, et l'un des veux souvent amaurotique, quoique agité par des convulsions cloniques.
Les alTeclions de l'appareil de la vision sont fréqucinnienl simnlées, d'autres exagérées ou provoquées ; nous ne saurions entrer ici dans le détail de toutes les fraudes qui se sont produites devant les conseils de révision ou dans les salles d'hôpital, et renvoyons pour ce fait aux ouvrages spéciaux, à celui de Boisseau (1) en particulier, ainsi qu'aux divers traités d'ophtlialtnologie.
Néanmoins les affections oculaires acquièrent une telle importance dans les expertises médico-légales, devant les conseils de révision, que nous présenterons ici quelques observations succinctes sur les procédés au moyen desquels on pourra chercher à déjouer la simulation.
La ùlépharoptose, ou chute de la paupière supérieure, peut être obtenue momentanément en maintenant un bandeau sur l'œil pendant quelque temps: l'immobilité prolongée du muscle releveur de la paupière finit par lui enlever une partie de son énergie contractile, le rendre flas(iue, et déterminer un certain œdème sons-cutané ; mais en forçant l'individu à regarder en haut, la paupière supérieure ne tarde pas à s'élever un peu en même temps que le globe oculaire se meut dans le même sens, et cela en raison de l'origine commune des deux rameaux du moteur oculaire commun qui innervent le releveur de la paupière et le droit supérieur de l'œil. De plus, l'abaissement de la paupière est obtenu en partie par la contraction de l'orbiculaire des paupières, contraction qu'il est difficile, en raison de la synergie musculaire, de maintenir lorsqu'on relâche absolument l'orbiculaire du côté opposé pour relever la paupière et regarder en haut.
Le blépharospamie, ou contraction spasmodique des paupières liée à la photophobie, ne se rencontre guère que dans les cas de kératite ou d'aflèction profonde de l'œil ; l'absence de toute lésion réelle et naturelle rendra dès l'abord attentif, et, en plaçant le simulateur dans un endroit relativement obscur, il ne songera pas à cesser ses contractions, tandis que le véritable malade en éprouverait un soulagement marqué. On ne s'en laisserait pas imposer du reste par la présence d'une légère hyperémie ou inflammation de la conjonctive, affection que l'individu a pu déterminer artificiellement et qui ne constituerait pas même, si elle était réelle, une cause d'exemption du service.
Le nystagmus est souvent lié à la chorée, dont nous avons déjà parlé
(1) Boisseau, loc. cit., p. 250.
(p. 473); dans ce cas, sa suspension pendanl le sommeil ne serait pas un motif suflisaiil pour suspecter la simulation ; lié à une dégénérescence inflammatoire des muscles de l'œil, à une lésion de l'organe ou indépendant de semblables altérations, il cesse pendant le sonuneil, dit M. Gadaud (1). Dans lecasoù le nystagmus n'est qu'un épiphénomène secondaire d'une lésion de l'encéphale ou du bulbe racbidien, l'existence de symptômes beaucoup plus graves, dans les fonctions nerveuses, mettrait sur la voie et ne permettrait pas le doute, au moins quant à ce phénomène particulier. Dans ce dernier cas, le nystagmus persiste même pendant le sommeil. Quelle que soit la cause de sa production, il est suspendu pendanl l'anesthésie provoquée, mais c'est un mode d'exploration que nous avons rejwussé de la façon la pkis absolue.
Le strabisme convergent sans taches de la cornée est, le plus généralement, lié à une hypermétropie que l'on constatera d'après les indications indi(iuéos ci-dessus ; en revanche, il est assez facile de le simuler, mais la contraction volontaire, permanente des muscles, est difficile à maintenir longtemps ; on devra donc, s'il se peut, examiner le sujet à dilTérents moments, et s'il s'agit d'un examen devant le conseil de révision, s'en rapporter beaucoup plus au degré du trouble de la réfraction dont il n'est qu'un épiphénomène.
La blépharite ciliaire et la conjonctivite ont été assez fréquemment provoquées au point de vue de l'exemption du service militaire, la première en arrachant les cils et en cautérisant le bord libre de la paupière, la seconde en déterminant l'inll.unmation de la muqueuse au moyen de substances irritantes. On se souviendra que ces inllammations, la première en parlicuiier, sont souvent liées à un élat général du sujet, an scrofulisme; que les blépharites provoquées guérissent rapidement par l'emploi des moyens ralioiinels, tandis que la blépharite symplomatique est particulièrement tenace et rebelle. 11 en est de même de la conjonctivite, qui, si elle est provoquée, présente en outre une rougeur franche, propre aux conjonctivites simples. Marshall (2) a cité des cas dans lesquels le simulateur aurait poussé la vraisemblance jusqu'à provoquer une conjonctivite granuleuse en s'inoculant le pus provenant d'une blénoirhagie ; le remède
(1) Gadaud, Étude sur le iiystarjmus. Tlièse de Paris, 18/i9.
(2) Marshall, On theenlisting, pensionning and discharging ofSoldiers. London,
186 RECaUTEMENT DES ARMÉES.
est pour ainsi dire pire que le mal. Ollivier d'Angers (1) cite en particulier un cas analogue où le nialade paya de la vue el de la vie, en se suicidant, une aussi déplorable supercherie.— Quelques malheureux ont pu, dit H. Gavin (2), qui donne neuf observations de ce genre prises sur des militaires, provo(|uer des cataractes par une légère piqûre du cristallin. Opérés avec succès, les coupables n'en furent pas moins maintenus dans l'arniée, mesure en apjwrcnce irrationnelle, puisque la vision normale était abolie d'un côté, mais néannioins nécessaire pour faire cesser ces coupables tentatives.
VhéméraUipie est une affection fréquemment simulée, en particulier paraît-il, dans la marine; malheureusement, on est encore loin d'être entièrement d'accord sur la lésion anatomi(|ue qui en est l'origine ; les taches argentées signalées par Hubbenol (3), Bilot (/i), Yillemin (5), et d'autres observateurs étrangers ne paraissent pas absolument constantes. D'après des travaux plus récents, l'héméralopic paraît être liée à l'existence d'une réliniie pigmentaire, quelquefois d'origine syphilitique; d'autre part, Poucet (6) a indiqué comme signes ophlhalmoscopiques constants dans l'héméralopie « une anémie des artères de la réline qui deviennent grêles, fines, pâles, blanches, à double contour, avec de l'œdème de la papille et une congestion des veines que l'état de vacuité relative des artères fait ressortir davantage ». Galezowski (7) signale une altération analogue : <' des contractions spasmodiques des artères centrales de la réline ». C'est donc, d'après ces distingués ophlhalmologistes, à l'examen ophthalmoscopique que l'expert devra recourir en pareil cas, bien plus qu'aux procédés divers^ et plus ou moins ingénieux que l'on avait jusqu'à présent conseillés.
La myopie et les autres troubles de la réfraction ont été déjà l'objet de considérations particulières sur lesquels nous n'avons pas à revenir, car l'examen méthodique devant fixer absolument la réalité et le
(1) Ollivier (d'Angers), Mémoire sur les maladies simulées {Ann. cVInjg. ci de médec. léyale. 2" série, t. XXV, p. lO'i).
(2) H. Gavin, Ou fcigned and faditious diseaseSj chielfly on soldiers and seamen. London, 1841, p. 405.
(3) Hubbenett, Annales d'oculisiique, 1860, t. XLIV, p. 293.
(4) Bitot, Mémoire sur une lésion conjoactivale et non décrite, coïncidant avec rhémérnlo/ne (Gaz. hebdomadaire, 1863, p. 284).
(5) Villemin, De l'altération épitkéliale de la conjonclwe occulaire dans l'héméralopie [Gaz. hettdomad., 1863, p. 284).
(6) "Poncet, Gazette hebdomadaire, 1869.
(7) Galezowslii, Traité des maladies des yexix. Paris, 1872, p. 588.
INFIRMITÉS RliNDANT IMPROPRE AU SERVICE MILITAIRE. 187
degré de ces alTections, il n'y a point lien d'admelire comme possible le succès de la sininlalion. La myopie est une des maladies de la vision qui intéresse au plus liant powjl le médecin militaire, en raison de sa fréquence toute spéciale. De 1831 à 18/i9, la proportion des jeunes gens exemptés pour cette infirmité a varié, suivant les départements, entre 51 et 1181 pour 100 000 examinés. Les recherches plus récentes de Maurice Perriii semblent établir que le nombre des individus réellement myopes est infiniment plus élevé, à ce point que le piofesseur du Val-de-Gràce incline visiblement à conseiller l'incorporation de ces jeunes gens, sauf à autoriser le port de lunettes dans le service militaire.
Nous n'avons pas à rechercher ici la cause de cette infirmité, qui, dans beaucoup de cas, paraît liée à la mauvaise disposition des écoles, à ren)j)loi de caractères trop fins et ma! imprimés, mais qui peut aussi, comme l'in-'*diquait Rondin, être une affaire de race. Lagneau (1) partage cette opinion et fait remar(pier que si la fréquence de la myopie était la consé(iucnce de la lecture ou de travaux n)inuiienx, les départements du Doubs et du Jura où la populalio!) se livre presque tout entière aux travaux d'horlogerie, devraient présenter un grand nouibre d'exemptions. Or, on ne trouve dans le premier de ces départements que 15^, et dans le second 307 exemptés pour myopie sur 100 000 adultes, tandis que la proportion des hommes ne sachant pas lire n'y était que de 226 et 370 sur 100 000 en 1866; à la même épo(|ue, pour la France entière, la proportion générale des illettrés était niiilheureusement encore de 2300 sur 100 000 (2).
A côté de ces conclusions, il convient d'indiquer les recherches d'Hermann Cohn (3), qui, sur 10 0(30 élèves des écoles primaires, a trouvé IZoU amétropes, soit 13 pour 100, parmi lesquels lOO^i myopes. Il n'hésite pas à signaler comme causes principales de la myopie : l» la construction vicieuse des bancs qui obligent les enfants à fléchir fortement la tète sur le cou, ce qui a pour elfet de gêner la circulation du système vasculaire de l'œil ; 2° l'éclairage insuffisant des classes; 3" l'usage de lunettes trop fortes ou trop faibles.
Quoi qu'il en soit d'une question que nous n'avons pas à juger ici, la
(1) Lagneau, Remarques ethnologiques su)^ la réparlitwn de certaine} infirmités en France. {Mémoires de l'Académie de médecine, t. XXIX, p. 302 18G!)-1870).
(2) 3Ianier, Carte sur les jeunes yens sac/îant lire en 18G6. Paris, 18G7.
(;{) Hermann Cohn, Vntersuhungcn dcr Augen von 10060 ^huUkindcm. Leipzig, 18G7.
répartilion géogra|)hi(|ue de la myopie oiïre un réel intérêt au médecin mililaire,(iui retrouvera si souvent cette affection chez les jeunes gens présentés à son examen.
Sauf quelques exceptions, la myopie paraît beaucoup plus fréquente dans la partie de la France située au sud de la Durance, du Tarn et de la Garonne, région iirimilivement occu|)ée par les Ligures et les Aquitains de race ibérienne. On constatera facilement ces particularités en se reportant à la carte représentée (fig. 2i!i), où l'on a classé les départements suivant l'ordre décroissant des cxemplions prononcées de 1831 à 18/49; les (léptirtements blancs présentent de 51 ii 251 exemptions sur 100000 examinés, les départements gris de 251,5 à 1181.
Fig. 2ii. — Distribution géographique de la myopie en France, et indication pour chaque département du nombre d'exemptions prononcées à ce titre sur 100 000 examinés (période 1831J U 1849). ,
En classant les départements suivant la race qui les peuple, Lagneau les partage en quatre catégories : 1" départements armorico-bretons du N. O, présentant une moyenne de 106 exeniptés ; 2" départements celtiques du centre à moyenne de 175,6 ; 3° départements belges-normands du N. E. à moyenne de 392 ; et li° départements aquitains-ligures du Midi à moyenne de;M7,8.
Cette immunité relative des départements de la Bretagne tendrait à justifier l'opinion déjà soutenue pai" J. N. Périer, à savoir que la pureté de race constitue parfois une condition d'immunité pathologique.
La question la plus difficile à résoudre, au sujet de la recherche des simulations dans les affections ocuh'ires, est celle de l'amaurose ; en l'absence de lésions anatomiqucs reconnues à l'ophihalmoscope, on aura recours à l'exploration de la sensibihté de la pupille sous l'influence de la lumière; insensible s'il y a amaurose réelle, elle se contracte rapidement devant un éclairage intense lorsque l'afieclion n'existe pas; ce procédé paraît suffisant dans le cas d'amaurose binoculaire, mais, dans le cas d'arnaurose monoculaire, il ne présente aucune certitude: on devra donc recourir à d'autres moyens dont nous citerons les j)riiicipaux.
Usant du procédé de de Graefe, on peut, après avoir examiné les deux yeux à l'oplitlialmoscope et constaté l'état sain des deux papilles, laisser rindi\idu dans la persuasion qu'il en a imposé par sa supercherie, et lui présenter connue complément de recherches un prisme de 10 ou 15 degrés que l'on place en avant de l'œil réputé sain, en tournant sa base, soit en haut, soit en bas. On lui fait en même temps fixer une bougie allumée, et l'on veille à ce que les deux yeux restent ouverts. Si l'un des deux yeux est amauroiique, le sujet ne percevra qu'une seule image au moyen de son œil sain ; si les deux yeux sont bons, au contraire, il en verra fatalement deux. Malheureusement l'examiné peut avoir été prévenu, le procédé avec le prisme étant assez connu ; dans ce cas, Galezowski conseille d'approcher de l'œil donné comme sain une lentille biréfringente d'Arago, Au moyen de celle lentille, on doit obtenir une diplopie monoculaire très-distincte, surtout si le sujet est placé à une ccriaine distance de la bougie. Induit en erreur par le premier examen où il devait voir une seule image, il affirmera n'en voir encore qu'une et dévoilera ainsi sa supercherie.
Le docteur Fies, médecin hollandais (1), propose de reconnaître l'amau-
(1) Docteur Fies, Archives belges de médecine militaire, 1860, t. XXVi, p, 170.
rose simulée au moyen d'un oplomètre qui porte son nom (fig. 25). Il consiste en une boîle carrée TTT'T', de 8 cenlimètres de hauteur, dans laquelle sont disposés verticalement deux miroirs m, m' inclinés sous un
angle de 120 degrés. La boîte est couverte d'un verre dépoli qui ne permet pas de voir dans son intérieur. La paroi T'T' est percée de deux trous; en c et c on place deux objets quelconques, des cartes à jouer par exemple, dont l'image se réfléchit sur les miroirs m et m'.
L'individu regarde à la fois par les deux trous, connue dans un stéréoscope ; or l'image c se réfléchit sur le miroir ru' , l'image c' sur le miroir???; la première sera donc vue par l'œil D, et la seconde par l'œil E.
Supposons que le similateur accuse la perte de la vue à droite, il verra l'image c réfléchie sur m\ mais elle lui paraîtra dans le point F, tandis que l'œil E verra l'image c' en G. Le simulateur, supposant que l'image G de l'objet c' vue à droite doit être perçue par l'œil droit, déclarera ne voir que l'image F, qui, d'après la disposition de l'appareil, aura été perçue cependant par l'œil prétendu amauroiique.
Ce procédé est ingénieux, mais il nécessite l'emploi d'un appareil que l'on n'a généralement pas sousla main; le procédé proposé par Cuignet (1) est plus facile à exécuter.
Sur une feuille de papier, on marque un certain nombre de points numérotés, distants les uns des autres de 1 centimètre environ. On place
Fig. 23. — Oplomètre de l'ies, pour reconnaître l'amaurose simulée.
(1) Cuignet, Sur un moyen de constatation de Vamhhjopie ou de Vamaurosc d'un œil {Recueil des Mém. de médec. mil., 1870).
cet écran à 30 ou .'55 cenlimèlics des yeux, et l'on invile riiulividu à re- <'arder, mais on interpose l'indicateur [perptiidiculaiiemenl à mi-dis-
lance entre les yeux et l'écran, dans l'axe du nez, soit en c (fig. 26). Chez l'individu dont les yeux sont sains, tous les points sont vus distinctement, mais si l'un des yeux est fermé ou inimpressionnable, un certain nombre de points disparaissent ; l'œil gauche étant voilé, le point 3 disparaît pour l'œil droit; si celui-ci est voilé, e point > disparaît pour l'œil gauche. En faisant ra|)plicaiion de ce procédé sur un individu à ainaurose monoculaire, il ne sera pas difficile de constater qu'un certain point disiiaraît constamment, par le fait de l'interposition du doigt ; mais si l'amaurose n'existe pas, le simulateur aura chance de se tronjper sur les points qu'il signalera comme invisibles.
Ce procédé, qui semble n'être qu'un perfectionnement de celui de Javal (1), consistant à interposer une règle entre les yeux et une page d'impression, n'a qu'une valeur relative^ car le sujet soumis à l'expérience peut avoir été mis au courant ; s'il a quelques connaissances des lois de la physique, il peut même deviner immédiatement les réponses qu'il doit faire.
Aussi tous ces moyens ne sont-ils bons que dans une certaine limite ;
Fig. 2G. — Procédé ile Cuigriet pour reconnaître l'aniaurose simulée.
(1) Javal, Compte rendu du Congrès international d'ophthahnologie, p. i'ili. Paris, 1868.
s'ils peuvent donner une conviction relative, ils ne peuvent permettre de formuler une affirmation absolue.
/. — Maladies des organes de l'audition. — L'intégrité du sens de l'ouïe est absolument indispensable pour le soldat, presque au mcMne titre (jue celle de la vue, aussi l'expert doit-il rechercher avec le plus grand soin l'état des organes qui concourent à cette fonction ; c'est à ce titre que l'absence du jMvillon de l'oreille, pouvant amener une diminution de l'audition par la concentration insuffisante des ondes sonores, doit motiver l'exemption, ainsi que les autres altérations du pavillon portant un trouble à l'exercice de celle fonction. Il en est de même des oblitérations complètes ou partielles du conduit auditif, de sa déviation, des polypes ou exostoses qui diminuent ou animlent son calibre. Dans ce dernier cas, on doit prendre en considération toute spéciale l'étal général du sujet, la cacliexie qui a pu déterminer la végétation anormale du périoste. — Néanmoins les po/?/pes très-peu volumineux placés à l'entrée du conduit, pouvant, au moyen d'une opération,, disparaître quelquefois sans récidive, motiveraient un ajournement, dans l'espoir que le sujet se ferait débarrasser de sa légère infirmité. Jl faut remarquer du reste que l'instruction du 3 avril 1873 exige que ces polypes ou autres altérations déterminent une surdité prononcée (§51). — Dans les autres cas, et lorsqu'il sera indispensable de statuer définitivement, l'admission dans les services auxiliaires aurait lieu de plein droit (§ 9 du tableau n° 2), puisque l'on regarde ce service comme compatible avec une légère diminution de l'ouïe.
La myringite cJironique, Votorrhée purulente, entretenues et déterminées par une alfection osseuse, avec écoulement abondant et fétide, doivent évidemment entraîner l'exemption, môme dans le cas, pensonsnous, où il n'y aurait pas encore perforation du tympan. En revanche, cette perforation due à une cause ancienne doit-elle toujours entraîner la même décision? En général, l'ouïe est tout au moins fort diminuée, sinon abolie du côté où existe la perforation; l'instruction de 1873 est moins absolue que celle de 1862, car elle ne parle que de la perforation avec myringile chronique. Néanmoins nous opinons à penser qu'il conviendrait de s'en tenir à l'ancienne manière de voir, et de proposer tout au moins le renvoi dans les services auxiliaires (§ 9 du tableau I), car, en dehors de la cause môme qui a produit celte perforation et qui peut avoir laissé des traces, le libre accès de l'air dans l'oreille interne prédispose singulièrement à l'indammalion de ces régions. — Du reste, l'instruction semble
conduire à celle décision en considérant comme causes d'exempiion, les obstructions, les rétrécissements iXa la trompe d'Euslache, presque inévilablcs lorsque le tympan est perforé.
La surdité peut exister en dehors de toute lésion appréciable à l'exlérieur; congénitale, elle sera toujours accompagnée de mutité ; nous avons déjà montré les rapports qui unissent celle dernière maladie à l'idiotie et à l'endémie goitreuse. — La surdi-mutité est facilement constalable par une onquêle, lorsque du reste elle n'a pas été vérifiée devant le conseil luin)ême ; mais nous entrons ici dans l'un des cas les plus difficiles qui se puissent poser à l'oxperl, celui de l'exisience réelle ou sinmlée de la surdité en général.
Boisseau (1) propose avec raison de se poser, en pareille occurrence, quatre ([ueslions : l''Existe-l-iI une lésion appréciable de l'appareil de l'ouïe? ■J"* Celle lésion est elle suffisante pour déterminer la surdité. 3° La lésion constatée est-elle naturelle ou provoquée? h" S'il n'existe pas de lésions appréciables, l'i-idividu attribue-t-il sa surdité à des causes plausibles? — Déjà nous avons indiqué les principales altérations du conduit auditif qui tendent à diminuer ou abolir la fonction de l'ouïe, ainsi que celles de la trompe d'Euslache concourant au même résultat ; les lésions de l'apophyse masloïdc peuvent également amener des modificalio:is profondes de l'oreille interne.
L'exploration de l'oreille externe et de l'oreille moyenne nécessite l'emploi de spéculums dont il existe de nondjreuscs variétés dans l'arsenal du chirurgien ; celui qui paraîl le plus avantageux, connu sous le nom de spéculum de Politzer (fig. 27), doil faire partie des instruments que l'expert conserve à sa disposition. Il permet de diriger dans le conduit auditif les rayons lumineux solaires, ou, s'ils ne sont pas suffisants, les rayons de lumière artificielle, après les avoir concentrés avec le miroir concave de l'ophihal-
moscope ou, à défaut, avec une simple cuiller d'argent, ainsi que le conseille Menière. L'emploi de stylets pour explorer l'étal de la membrane du tympan ne saurait Cire conseillé qu'avec de grandes précautions, car
Fig. 27. — Spâuilutii de Politzer.
(i) Boisseau, loc. rit., p. 224.
MORACHE. — Hyg. milit.
maintes fois on a pu , de la sorte, aggraver, sinon même produire une altération réelle.
L'examen de la trompe d'Eustache est singulièrement facilité aujourd'hui par la vulgarisation de la rhinoscopie, variété de la laryngoscopie à laquelle le médecin doit être familiarisé. — Politzer, l'inventeur du spéculum dont nous venons de parler, a également introduit un procédé fort simple qui permet de s'assurer de la perméabilité de la trompe d'Euslache; il consiste à concentrer l'air dans la cavité naso-pliaryngienne pendant que le sujet fait un mouvement de déglutition. Cette concentration de l'air s'exécute en introduisant dans l'une des fosses nasales, et à une profondeur de 2 centimètres, l'extrémité d'une sonde à laquelle est adaptée une poire de caculcliouc. La Louche et les narines étant bien fermées, et le n:alade faisant des elforts de déglutition, on presse vivement sur la poire ; si le conduit est libre, l'air pénètre dans la trompe en faisant entendre un petit sifflement, et la membrane du tympan, refoulée, fait entendre un petit claquement. Au contraire, si le conduit est obstrué, ces bruits ne peuvent se produire, mais s'il existe quelque épanchemeiit dans la caisse du tympan, on perçoit un gargouillement plus ou moins prononcé. EnQn^ dans le cas où le tympan est perforé, on entend un silllement prolongé ; on peut l'obtenir plus simplement, en invitant le sujet à souffler fortement après avoir fermé la bouche et les narines.
La réponse à la seconde question : La lésion est-elle suffisante pour déterminer la surdité? rentre complétenient dans le domaine clinique, sur lequel nous ne saurions insister ici; il n'en est pas de même de la troisième : La lésion est-elle naturelle ou provoquée ?
Les simulateurs cherchent fréquenmient à déterminer l'otorrhée à l'aide de substances irritantes de toute nature, à l'aide de corps étrangers que l'on retrouvera même quelquefois comme corps du délit. Généralement, l'inflammation ainsi provoquée est aiguë, franche, et ne présente pas à l'observateur l'aspect de ces irritations chroni(iues dont les produits ont enflammé, quelquefois altéré la peau du pavillon.
Il est des cas où la cause de la surtiité ne paraît nullement à l'extérieur, et que l'on nomme encore surdités nerveuses, faute d'un terme plus précis. Elles sont consécutives à diverses affections du cerveau ou de ses enveloppes, à des maladies pouvant, comme la fièvre typhoïde, présenter des complications cérébro-spinales, à des iraumatismes, des chutes, à l'ébranlement causé par de fortes ou de fréquentes détonations, enfin même à
l'action du froid sur le crâne. Le sulfate de quinine produit également, chez ceux qui en ont pris pendant longtemps, une surdité réelle, mais persistant rarement autant que voudraient le faire croire, bien souvent, ceux qui allèguent cette origine. — Un interrogatoire minutieux du sujet et une parfaite connaissance clinique serviront, on le comprend, à répondre à la troisième question que l'expert doit se poser : Les causes alléguées par Je sujet sont-elles plausibles ?
Quelque soin qu'il mette à son examen, l'expert se trouvera cependant parfois en présence de cas où le doute est permis; il en est d'autres dans lesquels il voudra rendre évidente et faire partager aux assistants la certitude qu'il aura acquise par son examen. — L'élude de la physionomie du sujet peut alors servir utilement ; le faux sourd se donne un air sombre, stupide, il fuit les investigations de ceux qui l'entourent et pourraient le trahir, il prétend du reste ne rien entendre absolument. Le véritable sourd, au contraire, sauf le cas de surdi-mutité, perçoit encore certains bruits. Habitué à chercher sur les lèvres de ses interlocuteurs la figure des sons qu'il n'entend qu'incomplètement, il suit avec attention le mouvement de leurs lèvres, penche la téte en avant et révèle, dans toute sa manière d'être, une tension d'esprit toute particulière. — Nous n'entrerons pas ici dans l'énumération des autres procédés enq)loyés pour dévoiler la supercherie ; moyens ingénieux ou moyens naïfs ils ont tous pu réussir, mais ils échouent fréquemment devant une volonté énergique comme celles que possèdent certains simulateurs. On trouvera dans les ouvrages spéciaux des exemples dont il conviendra de tirer profit, mais ({ui sont rarement applicables dans un examcn aussi rapide que celui des conseils de révision. — L'enquête ouverte •par l'autorité municipale, dans les formes voulues parla loi, sera la dernière ressource à laquelle il est possible d'avoir recours, en se souvenant toutefois que si ses résultats doivent être administrativenient acceptés, elle peut aussi n'en donner que de fort douteux pour le clinicien.
L'instruction du 3 avril 1373 rapproche avec raison la surdi-mutité de la surdité. — Les ouvrages classiques traitant de celte cruelle affection contiennent de nond)reux exemples de simulation déjoués à la suite d'examens attentifs et prolongés. Il semble nécessaire, pour arriver à de semblables résultats, d'avoir longuement étudié la physiologie intellectuelle des sourdsmuets, d'avoir même vécu avec eux, d'en avoir élevés ou instruits. Si le
sourd-muet a, en elîet, reçu une certaine instruction, sa façon d'écrire les mots en employant l'orthographe réelle qui lui a été donnée, tranche avec
196 RECRUTI-MENT D\LS AI1-\IÉES.
rorlliogiaphc incorrecte des simulateurs ignorants; ces derniers font des fautes dont la nature prouve qu'ils entendent évidemment la parole articulée.— Ce sont là, du reste, desdélails dans lesquels nous n'avons pas à entrer ici; ils appartiennent plutôt au domaine de la médecine légale ou de la physiologie spéciale. Au point de vue militaire, si l'on n'est pas arrivé à une conviction par les moyens simples, rapides, comme, par exemple, la nonperception d'un bruit violent solidien que les vrais sourds-muets ressentent par la voie des sensations tactiles et auquel les simulateurs croient devoir rester insensibles, il y aura lieu de recourir à l'enquête. Dans ce cas, on pourra lui accorder toute confiance, car il est peu probable qu'un individu ait pu feindre la surdi-mutité depuis son enfance pour s'exempter évenluellement du service militaire.
g. — Maladies de la face et de la cavité buccale, des fosses nasales et du larynx. — La plupart des affections de celle nature, comprises dans les § 5:) à 67 de l'instruction, ne présentent pas de dilTicultés bien spéciales à l'expert chargé de les apprécier. La fétidité de l'haleine a pu être provoquée artificiellement par l'ingestion ou le maintien dans la bouche de substances odorantes, mais un nettoyage attenlif de la bouche peut la faire disparaître. Dans le cas où ces substances seraient déjà dans l'estomac, il y aurait lieu de prolonger l'observation en surveillant le sujet. Il en serait de même des stomatites, de l'état fongueux des gencives dont nous avons déjà eu l'occasion de i^atlcr à propos du scorbut.
L'état de la dentition doit être pris en très-sérieuse considération, car ces organes jouent un rôle primordial dans les fonctions de la digestion et de la parole, dont l'intégrité est également indispensable au soldat. Avec l'ancien armement, les dents avaient en outre un usage tout spécial, celui de déchirer la cartouche; il n'en est plus question aujourd'hui en raison de l'armement nouveau et de la voie où l'on se trouve de plus en plus engagé, celle du chargement des armes par la culasse, au moyen de cartouches, sinon métalliques, du moins complètement prêtes à être utilisées. — L'instruction du 2 avril 1862 conférait l'exemption, alors même que les gencives et les autres dents étaient en parfait état: 1° Dans le cas de perle ou de carie des quatre incisives de la même mâchoire; 2° de jierle ou de carie des quatre canines; 3° de perte ou de carie d'au moins cinq incisives et canines dans les deux mâchoires.
Moins absolue que l'instruction de 1862, celle du 3 avril 1873 ne confère l'exemption que : 1° dans le cas de perte ou de carie des dents incisives
liNFIlîMlTÉS RliNDAM IMPIÎOPRE AU SERVICE MILITAIRE. 197
et dos dents canines d'une niètiie mâchoire, soit de six dents ; dans le cas de perte ou de carie de la plupart ou d'un grand nombre de dénis, lorsque CCS délabrements s'accompagnent d'état fongueux, d'ulcérations des gencives, que la constitution est faible et détériorée, que les dents existantes sont insufïisnntes pour la mastication ou la prononciation.
Les deux instructions offrent, on le voit, des différences très-appréciables, dont le médecin doit être i)ien pénétré, car, pendant longtemps encore, les membres des conseils de révision, enclins parfois à prononcer l'exemption, auront une tendance à juger d'après l'ancienne instruction (|u'ils avaient l'habitude d'appliquer.
Actuellement, l'expert ne doit envisager qu'une seule question : L'étal de la dentition est-il suffisant pour permettre la mastication et la parole, en tenant compte de ce fait, que le soldat est destiné à faire usage des vivres de campagne, de biscuit en particulier, et accidentellement d'aliments quelconques que les circonstances de la guerre pourront lui imposer. — Le biscuit en particulier, insuffisamment trituré, passe dans l'estomac sans être ramolli, parcourt l'intesiin en irritant la muqueuse comme loferait un corps étranger, et détermine une diarrhée bien connue du soldat sous le nom de diarrhée du biscuit.
Ainsi posée, la question est bien nette; l'expert devra apprécier chaque cas particulier en se basant non pas seulement sur le nombre des dents encore existantes, mais sur l'état général des gencives, sur l'aspect de la dentition, sur les probabilités de caries c]ui pourraient survenir, sur la constitution générale de l'individu.
Du reste, le mauvais état de la dentition ne serait pas un cas d'exemption absolue, mais devrait faire classer le jeune homme dans les services auxiliaires (§ 12 du tableau II). Celte règle est peut-être un peu absolue ; étant donné le rôle que les services auxiliaires sont destinés à jouer en campagne, à la suite des armées, il paraîtrait peu logique d'y faire entrer des jeunes gens qui, par le fait d'une dentition très-mauvaise, ne peuvent que difficilement faire usage des vivres de campagne. En pareil cas, il est rare que l'état général du sujet puisse être parfait; les troubles de digestion, fatalement consécutifs à de pareilles infirmités, ont dû réagir sur la nutrition générale et déterminer une anémie d'origine dyspeptique.
Le mauvais état de la dentition est dû fréquenunent à différentes affections, en particulier à celles des voies digestives, mais il semble être également sous l'inlluence île la race. — Recherchant le nombre des cas
d'exemptions pour mauvaise denture, pendant la période de 1831 à 18/i9, Boudin a calculé que ce nombre varie de 36 à 6760 sur 100 000 jeunes gens examinés dans Irs diiïérents départements; la moyenne est de 785. - Le minimum appartient au Puy-de-Dôme, le maximum au déparlement de la Dordogne. — En classant les 86 départements, suivant l'ordre des exemptions prononcées pour ce fait, on constate que dans 67 départements le nombre des exemptions est inférieur à 1000 ; dans 13 entre 1000 et 2000 ; dans 3, ceux de [\laine-et-Loire, de Seine-et-Oise et de l'Oise, la moyenne varie entre 2000 et 2600; enfin 3 départements présentent une proportion considérable: la Seine-Inférieure 31Zi0; l'Eure 501 '4; la Dordogne 6760. (Fig. 28). Magitot (1) accorde une grande part à l'influence ethnique sur la carie dentaire; au point de vue géographique, dit-il, les minimums d'exemptions forment deux groupes, l'un appartenant en grande partie à la Bretagne, l'autre au i)lateau central de la France en se prolongeant sur la vallée du Rhône pour remonter dans les déparlements alpestres. — Si l'on compare la carte représentée fig. 28 et dans laquelle les départements présentent de 36 à 397 exemptions sont représentés en blanc^ tandis que les autres sont teintés en noir, à la carte représentée page 97, fig. 1, qui donne la répartition géographique des exemptions pour défaut de taille, on constate que ces deux cartes sont presque inverses. Les départements où la taille est la plus élevée présentent en général beaucoup plus d'exemptions pour mauvaise denture que ceux où la taille est petite. La concordance n'est pas absolue, mais elle est très-fréquente. On inclinerait donc à penser que la race celtique, encore fixée aujourd'hui, soit en Bretagne, soit sur le plateau central de la France, en Auvergne et dans les départements alpestres, présente unedcnliiion bien supérieure à 1» race kymrique répandue dans le N. E. de la France et dont l'influence se fait ressentir jusque dans l'ancienne province d'Aquitaine. En considérant en particulier deux provinces voisines, la Bretagne et la Normandie, situées l'une et l'autre vers le nord, au voisinage de la mer, sous la même latitude, on constate cette différence d'une façon encore bien plus prononcée, La Bretagne, presque exclusivement celtique, ne présente qu'un très-petit nombre d'exemptions pour mauvaise denture (le Finistère 60, le Morbihan 119, les Côtes-du-Nord 157), tandis que la Normandie, au contraire, donne dans
(1) Magitot, Recherches ethnologiques et statistiques sur les altérations du sys" tème dentaire {Bulletin de la Société d'anthropologie, 2" série, t. Il, p. 71, 1867).
l'Orne 1555 exemptions, dans le Calvados 1732, dans la Seine-Inférieure 3U0, dans l'Eure 50Ui. La Normandie, connue on le sait, peuplée par une race kymro-celti(iue germanisée, donne une proportion d'exemption
Fig. 28. — Distribution gc'ograpliiquc de la mauvaise denture, et indication imur cliaquc département de la proportion des exemptions prononcées pour ce fait sur 100 000 jeunes gens examinés de 1831 à 1849.
pour défaut de taille de moitié moins forte que la Bretagne celtique. L'usage de boissons acides, du cidre en particulier, pourrait être invoqué comme l'une des causes de la mauvaise denture des populations normandes, mais il est à remarquer que celte boisson est pour le moins aussi connnune dans les Côtes-du-Nord que dans l'Orne et le Calvados. Sans nier absolument l'inllucnce que peuvent exercer le sol, les eaux,
les substances alimenlaii cs, dont l'action est indiscutable pour certains cas particuliers, nous inclinons cependant à partager l'opinion de l^lagitot et à considérer l'induence ethnique comme très-importante, dans le développement et la généralisation de la mauvaise denture parmi les populations françaises.
L'absence de dénis peut être la suite d'une manœuvre coupable, mais on ne saurait, médicalement parlant, en fournir aucune preuve certaine. Il y a probabilité en faveur du réclamant quand les dents qui lui restent sont en mauvais état, que les gencives sont ulcérées, fongueuses, etc., que la constitution générale est faible; mais ce serait à tort que de l'état contraire on tirerait rigoureusement une conclusion opposée. L'aflleurement des racines des dents au niveau du bord des alvéoles ne serait pas non plus, comme on l'a dit, une preuve du délit, car certaines caries ou des accidents peuvent avoir produit cet élat, et l'on sait qu'il existe, sous le nom de découronnement, un mode d'extraction qui a pour but et pour eiïet de laisser la racine en place.
On peut, d'un autre côté, chercher à dissimuler la perle des dents par la substitution de pièces artificielles. La prothèse dentaire a fait de tels progrès depuis quelques années, qu'il faut souvent un examen attentif de la bouche en général et des dents en particulier pour découvrir la fraude.
Les infirmités énumérées aux § 69, 71, 72, 73 de l'instruction du 3 avril 1873 ne peuvent donner lieu à de réelles difficultés, il n'en est pas de même du bégayement et du mutisme^ prévus par le § 70.
Le bégayement, quelle qu'en puisse être la cause, s'il est très-prononcé, doit être une cause de non-acceptation pour le service militaire. Cette infirmité peut compromettre la bonne exécution du service, l'individu qui en est porteur étant dans l'impossibilité de transmettre convenablement un ordre ou une consigne, de crier : Qui vive!.. De plus, elle empêche l'homme de parvenir aux grades, même les moins élevés de la hiérarchie militaire, en le mettant hors d'élat de répéler les commandements avec la promptitude, l'intonation et la dignité nécessaires. On ne peut obliger à servir un sujet auquel une disgrâce de la nature, quoique légère, interdirait l'espoir de l'avancement et les récompenses auxquelles tous sont appelés à concourir. Néanmoins lorsque le bégayement n'est pas excessif, il n'est pas incompatible avec le service auxiliaire.
Le plus fréquemment, le médecin ne trouve dans les organes qui con-
courent à l'CMnissioii de la parole aucune altéraliou spéciale, aussi cette infirmité est-elle bien souvent simulée. Lorsque la chose sera possible, il conviendra de faire observer l'individu suspect à différentes heures de la journée, de lui faire adi csscr la parole par des personnes dont il ne se méfie point. Devant les conseils de révision, une épreuve assez pratique consiste à le faire lire en scandant chaque syllabe, chaque mol, et en l'accompagnant d'un geste, d'un mouvement bien accentué; si, pendant celte épreuve, la difficulté de !a parole augmente, on peut supposer que l'on a affaire à un simulateur. Quelle que soit cependant la force des présomptions suggérées par l'examen le plus scrupuleux, il est rare que celui-ci puisse dispenser de l'enquête.
Nous avons considéré déjà le mutisme comme conséquence de la surdité, mais il peut être accidentel, symptomatique d'une alXcciion cérébrale, le résultat d'une blessure, de l'atrophie, ou de la paralysie de la langue. De ces dernières causes, la dernière seule peut être simulée. Il est nécessaire de rechercher l'origine possible de celte paralysie, de s'enquérir si le réclamant a été précédemment atteint d'une maladie de l'encéphale, s'il a fait une chute, éprouvé quel(|ue contusion. Vap/ionie a été fréquemment simulée depuis quelques années; on devra, dans un cas douteux, rechercher les causes réelles de cette infirmité ; elles siègent : soit dans l'appareil trachéopulmonaire et dans les agents physiques de l'acte respiratoire, dont l'intégrité est indispensable à la bonne émission du son, soit dans le larynx lui-même, soit enfin dans les parties sus-glotUques (ventricules, cordes vocales supérieures, épiglotte, etc.). L'examen laryngoscopiquc est indispensable pour apprécier sainement l'état anatomique de ces régions, les dégénérescences dont elles peuvent être le siège, les productions pathologiques qui s'y sont développées. Les cordes vocales peuvent, en outre, ôire paralysées par la section ou par la compression, par un tiraillement du nerf récurrent.
Rarement l'aphonie est complète dans les cas palhologi(|ues réels, quelques sons plus ou moins distincts sont encore possibles, tandis que le simulateur croil nécessaire d'accuser une aphonie absolue. Vaphasie constitue, au point de vue médico-légal, une forme particulière de la mutité et doit entraîner la même conclusion.
Les difformités du nez, portées au point de gêner manifestement la respiration et la parole, l'oblitération des narines entraînant le même résultat, doivent moliver l'exemption ; leur diagnostic ne présente aucune
difficulté. Les polypes ont quelquefois été simulés au moyen de substances animales ou autres. La conformation anormale :lu nez, le bon état de la muqueuse, enfin l'extraction du corps étranger, dévoileraient la supercherie ; il serait bon cependant de s'assurer que le corps étranger n'est point maintenu au moyen d'un fil passant par l'arrière-bouche, puis fixé à l'une des dernières dents.
La rhinile chronique et Yozène entretenus par la présence de p )lypes ou par une affection des parois nasales donnent lieu à un écoulement abondant, d'une fétidité remarquable; elle doit faire écarter du service militaire l'individu qui en serait porteur. Cette fétidité a pu être artificiellement provoquée par l'introduction de bourdonnets ou d'épongés imbibés de substances odorantes dont l'expert constaterait facilement la présence. Le nasonnement de la voix, l'aplatissement du nez consécutifs h la nécrose des os nasaux, l'état local de la muqueuse, la constitution générale du sujet seront autant de points qui assureront le diagnostic.
Fréquemment liée à la cachexie syphilitique, l'ozène ne nous paraît pas devoir motiver l'exemption définitive, mais, sauf les cas spéciaux, enlrahier simplement l'ajournenient. Il en serait de même dans le cas de polypes pouvant être opérés avec succès, quelquefois sans chances de récidives.
11. — Maladies de la région cervicale. — Dans cette catégorie, on ne peut guère éprouver d'incertitudes que pour les cas de goitre. Nous avons vu plus haut les relations qui unissent celte affection à l'endémie du crélinisme (p. 163). Chez un sujet, du reste bien conformé, et dont les fonctions intellectuelles sont intactes, un goitre léger, sans induration, non enkysté, ne portant aucune atteinle à la respiration, ne saurait entraîner l'exemption. Le changement de climat et de régime peuvent le faire disparaître, et ce serait même rendre service au jeune homme que de le placer ainsi dans des conditions plus favorables que celles où il se trouvait. Dans les cas intermédiaires, on prononcerait l'admission dans les services auxiliaires (§ \k du tableau II).
La simulation du goitre au moyen d'un emphysème artificiel déterminé par l'insufflation d'air dans le tissu cellulaire n'aurait aucune chance de succès. Il arrivait, paraît-il, autrefois que des jeunes gens, bien portants du reste, parvenaient à se faire exempter du service en se faisant naître un commencement de goîlre ; pour y arriver, ils allaient passer quelques mois dans un canton où l'endémie goitreuse est générale. Une semblable
provocation de maladie ne serait pas facile à reconnaître, même au moyen d'une enquête.
/. — Maladies des organes thoraciques. — Les diverses classes de maladies comprises dans le § 79 de l'instruction ne donnent point prise à l'incertitude ; le rétrécissement exagéré des parois de la poitrine a fait l'objet d'une étude spéciale, p. 114 et suivantes, en traitant des rapports qui unissent la taille à la circonférence thoracique. De même, p. nous avons insisté sur l'importance des maladies de poitrine chez les jeunes gens présentés aux conseils de révision et sur leurs rapports avec la tuberculose au début.
La toux, l'asthme, l'hémoptysie, les expectorations pathologiques, ont été parfois simulées, mais quelle que soit l'adresse déployée en pareil cas et l'ingéniosité des moyens dont il serait fait usage, l'expert ne saurait être réellement embarrassé. Familiarisé depuis longtemps à l'examen clinique des organes pulmonaires, il ne pourra conserver aucun doute, soit sur l'authenticité, soit sur l'absence des lésions analomiques qui peuvent faire naître ces divers symptômes. Les seules circonstances où l'incertitude est permise sont ceux où, à côté de signes locaux peu développés, on observe cependant une toux persistante ou des hémoptysies plus ou moins légères. L'état général du sujet, celui de sa nutrition, le développement de sa poitrine serviront de guide pour proposer l'ajournement.
Il en serait absolument de même dans les cas d'affections cardiaques. L'histoire de ces maladies est trop connue, leurs symptômes trop familiers au médecin pour qu'un imposteur parvienne à lui en imposer. Nous n'insisterons donc pas davantage sur cette classe d'infirmités.
j. — Affections des régions abdominales et des organes abdominaux. — Au point de vue du recrutement les maladies les plus communes de celte région sont, sans contredit, les hernies, car sur l'ensemble de la population, elles présentent une fréquence remarquable. En France, d'après Malgaigne, on compte 1 hernieux sur 20 individus de tout âge, les hernies étant quatre fois plus communes chez l'homme que chez la femme. Quant à la répartition de leurs formes, l'ancienne Société des bandagisles de Londres a trouvé sur UZQl hernies :
Hernies inguinales cliez l'homme .. . 2567 à droite 1469 à gauclie.
— chez la femme. . 20 — Mi — Hernies crurales chez l'homme 47 — 38 —
— chez la femme. .. . 139 — 93 —
'2()k RECRUTEMENT DES AHMÉES.
La nouvelle Société a iiouvé sur 2837 liernies :
Hernies inguinales chez l'Iiomme. . . 1563 à droite 927 à gauctic,
— chez la femme. . . 51 — 34 — Hernies crurales chez l'homme 19 — 11 —
— chez la femme. ... 139 — 93 —
Ceci semblerait prouver, en outre, que les hernies chez la femme sont encore loin de représenter le 1/5' du nombre total, mais il faut simplement en inférer que les femmes à Londres, du moins, vont moins fréquemment consulter les bandagisles que les hommes.
Quoi qu'il en soit, de 1831 à 18^9, la moyenne générale des exemptions, calculée par Boudin, s'est trouvée de 210-'i sur 100 000 examinés; remarquons qu'il ne s'agit que des hommes de vingt ans, et que la fréquence des hernies croît en raison directe de l'âge. A 20 ans elle ne serait que de 2 pour 100, de 35 à /iO de 11 pour 100, à 50 ans de 10 pour 100, de 60 à 70 ans de 25 pour 100.
Boudin a également calculé pour la période de 1831-18'i9, la réparlilion des hernies dans les différents départements, d'après le nombre des exemptions prononcées sur 100 000 examinés, et en a donné un tableau, d'après lequel a été dressée la carte représentée (fig. 29), que nous empruntons à Lagneau (1). Le minimum appartient au département de la Meuse avec 217 exemptions, le maximum à la Vendée avec 5120. Le minimum est donc au maximum dans le rapport de Dans la plupart des départements, il semble y avoir peu de rapport entre la généralisation des hernies et l'ethnologie de la population. Cependant, tandis que pour la France entière, la moyenne {,'énérale est de 210fi, les cinq départements bretons: llle-ct- Vilaine, Morbihan, Côles-du-Nord, Finistère et Loire-Inférieure ne donnent ensemble que 1025 de moyenne; de même les départements celtiques du centre, Ardèche, Avcyron, Creuse, Puy-de-Dôme, Lozère, Lot, Loire, Haute-Loire, Cantal, Indre^ Allier, donnent seulement 1300 de moyenne.
En opposition, les départements kymro-germaniques de Normandie, la Manche, la Seine-Inférieure, l'Orne et l'Eure ont une moyenne de 2190.
Sans aucun doute le climat, le sol, les localités, les industries des populations jouent un rôle très-important dans la fréquence et la répartition des hernies; sauf exceptions, les hernies sont plus fréquentes dans les pays
(1) Lagneau, loc. cit., p. 306.
(le plaine que dans les montagnes ; mais néanmoins, ainsi que le pensent Boudin et Lagneau, il y a véritablement lieu de supposer que la race entre pour une part dans leur étiologie, suivant une proportion que des recherches ultérieures arriveront sans doute à déterminer.
La hernie inguinale est considérée comme incompatible avec le service
Fig, 20. — Distribution géographique des liernie», et Indication pour cliaqiie département de la proportion des exemptions prononcées pour ces infirmités sur 100 000 jeunes gens examinés de 1831 a 1849.
actif h cause des accidents nombreux auxquels elle expose, accidents plus fréquents encore à l'âge du service militaire, et survenant comme conséquence de circonstances analogues à celles auxquelles les soldats sont naturellement exposés. L'instruction est très-sévère sur ce point; les pointes de hernies même doivent enl rainer l'exemption du service actif, mais non la
simple prédisposition caractérisée par une dilatation de l'anneau. En revanche, nous lie saisissons pas pourquoi la hernie acquise pendant la présence du militaire sous les drapeaux n'entraîne la réforme que lorsqu'elle est volumineuse, difficile à réduire ou à maintenir réduite; elle doit également atteindre ce degré de gravité pour mettre un obstacle à un réengagement.
Le tableau 2 de l'instruction classant dans les services auxiliaires les individus atteints de hernies réductibles, il semblerait logique d'y renvoyer les hommes chez lesquels une hernie se développe pendant la durée de leur service actif. On pourrait toujours prendre en considération les fonctions et le grade de l'intéi essé, et n'agir, par conséquent, que dans les cas véritablement indispensables ; mais il nous semble peut-être dangereux de forcer à l'équilalion ou à la marche un individu dont le bandage peut se briser inopinément sans qu'il soit assuré d'en avoir un autre au moment mêmCj alors que, dans l'intervalle, et par le fait même du service, des accidents indammatoires peuvent se développer. La hernie crurale doit être en tout assimilée à la hernie inguinale; il en serait de même des autres formes de hernie, beaucoup plus rares, il est vrai, chez l'adulte.
La simulation de la hernie n'est point possible; il est utile cependant de prévenir que les fourbes ont cherché à en imposer, pour l'existence de cette infirmité, en portant un bandage, même vieux et usé, quoiqu'il n'existât aucune apparence de descente. L'emploi de cet appareil laisse sur la peau, particulièrement aux points d'appui sur les reins et au niveau de l'anneau, des traces de compression que l'expert serait tenté de regarder conmie preuve de la réalité de l'aiïection. L'examen méthodique et régulier de l'anneau et du canal, dans les conditions classiques, ne devra jamais être négligé.
Les hémorrhoï des internes ou externes, ulcérées ou non, quand elles sont très-volumineuses, entraînent l'exemption absolue; il en est de même de la chnie du rectum et des fistules ou fissures anales^ pour ces dernières si elles sont profondes, de mauvais caractères et liées à une maladie chronique. D'après Percy et Laurent on a imité les bourrelets hémorrhoïdaux au moyen de petites vessies de rat ou des vésicules natatoires de poissons, fixées dans l'anus au moyen d'un petit ressort. De même la chute du rectum a pu être simulée au moyen de boyaux frais d'animaux introduits en partie dans le rectum. Il suffit d'être prévenu de la possibilité de pareilles fraudes pour ne s'y point laisser prendre. Les fistules peuvent être artili-
ciellemcnt provoqu(îes en faisant à la marge de l'anus une incision dans laquelle on enlieiient une inflanunation chronique au moyen de substances àcrcs ou irritantes.
/,-. — Affections des organes génito-ur inaires. — L'armée ne saurait, pour une iiilinilé de raisons aussi pliysi(iues que morales, admettre des individus dont la virilité n'est pas absolue. C'est à ce titre que le § 87, considère comme causes d'exemptions V hermaphrodisme quelle qu'en soit la forme, la po-te des organes génitaux, la pe/-te des testicules, leur atrophie ou leurs altérations, la spermatorrhéc. Néanmoins les monorchides, conservant la faculté génératrice et même les cryplorcliides, s'ils portent dans leur constitution les attributs de la virilité, doivent être admis. Lorsque les teslicides sont retenus dans l'anneau, cette disposition devenant une cause de douleur, d'irritation, d'alrophie, ne paraît pas compatible avec le service actif; il y aurait liea de proposer, soit l'exemption absolue, soit le classement dans les services auxiliaires suivant la gravité de chaque cas spécial. La spermatorrbée ne saurait être constatée devant les conseils de révision; aussi lorsqu'un individu, se disant atteint de cette infirmité, présentera les signes évidents de l'anémie qu'elle entraîne toujours, devra-t-on proposer d'abord l'ajournement, puis, à la limite extrême l'exemption, mais en s'appuyant tant sur l'état général du sujet que sur l'atrophie des testicules, conséquence fatale d'une spermatorrbée prolongée.
Les allVctions graves des voies urinaires prévues pir les §§ 85 et 86 du tableau n" 1 sont pour la plupart faciles à constater, sauf pour l'incontinence d'urines, dont la réalité ne saurait être acceptée d'emblée, mais bien à la suite d'une longue observation après l'incorporation de l'individu. Souvent les individus porteurs de cette infirmité sont, du reste, anémiques, et pourraient être ajournés pour ce fait, si les symptômes de cette faiblesse générale étaient caractérisées.
Vhj/drocèlc ne devrait entraîner, suivant nous, que l'ajournement ; du reste l'instruction exige qu'elle soit volumineuse pour devenir un cas d'exemption. Comme toutes les autres affections qui peuvent disparaître radicalement à la suite d'une opération, l'hydrocèle ne paraît pas devoir entraîner le rejet définitif. On attendra la limite extrême, avec l'espoir que le jeune honnne préférera se faire opérer que de conserver une infirniité aussi répugnante, surtout à cet âge. Elle a été simulée par l'introduction d'air ou de liquide dans le tissu cellulaircrdes bourses, mais, dans ce cas, il €st facile de constater que la tunique vaginale est indemne et que l'on est
en face d'une hydropisie partielle, aiïection généralement consécutive à une lésion organique grave qu'il conviendrait de rechercher dans les reins ou le cœur. ^
La varicocèle ou cirsocèle entraîne l'exemption du service actif quand elle est, dit l'instruction, très-considérable, douloureuse, et se gonflant par la station debout. Il y là une question d'appréciation qui devient, devant les conseils de révision, l'objet de fréquentes discussions. En principe la varicocèle ne justifierait l'exemption que si elle est assez volumineuse pour porter obstacle à la marche, aux manœuvres et constituer une difformité choquante, ou enfin, si elle avait entraîné l'atrophie des testicules. En fait, il est peu déjeunes gens qui à vingt ans n'aient pas les vehics du cordon un peu dilatées et rien n'est plus facile que d'exagérer cette disposition réelle au moyen de bains prolongés, de Iraclions, de marches ex;)gérées par un tenjps chaud, etc. Sans nous dissimuler que telle n'est point l'opinion de tous les médecins militaires, nous ne proposons l'exemption du service actit, que lorsque la varicocèle semble liée à une disposition générale du système veineux se traduisant par d'autres varices, particulièrement aux membres inférieurs. Ceci n'est pas une règle invariable, sans exceptions, mais elle nous semble pouvoir servir de guide. L'obligation de porter un suspensoir, appareil dont tous les cavaliers devraient du reste faire usage, n'est pas comparable à l'obligation de porter un bandage herniaire; le suspensoir ne se brise pas ou peut être réparé par l'homme lui-même. Si l'on ne fixe pas une règle précise, on rentre dans le domaine d'une incertitude pénible pour soiméme, pour les membres du conseil, en un mot on va à l'aventure.
Étudiant le nombre des exemptions prononcées pour le fait de varicocèle dans la période 1850-1859, Sistach (1) trouve que la moyenne des exemptions sur 100 000 examinés varie suivant les déparlements de 317 ù 2882, le minimum appartenant à la Lozère, le maximum aux Ardennes. En divisant les déparlements en deux séries, la première à teintes blanches pour ceux qui offrent de 317 à 715 exemptions, la seconde h teintes grises de 715 exemptions à 2882, on peut dresser la carte (fig. 30) empruntée à Lagneau (2), et sur laquelle il est facile de baser quelques conclusions.
On constate tout d'abord que la varicocèle est relativement fréquente
(1) Sislach, Tableau des exemptions pour varicocèle de 1850 à 1859 {Gazette médicale. Paris, 1863, p. 853, etc ). •
(2) Lagneau, /oc, c//.,p. 307.
dans les d«î parlements du \ord-Ksl occupés par la population kynniquc ou belge. En revanche les déparlenients celtiques de Bretagne, du plateau central de la France et des Alpes sont beaucoup moins atteints.
Comme point spécial de con)paraison, si l'on rapproche, comme nous l'avons fait pour les hernies, la province de Bretagne de celle de Normandie, on voit que les cinq départements bretons, Finistère, Morbihan, Côtcsdu-iNord, Loire-Inférieure et Ule-et-Vilaine donnent une moyenne dc^t53, tandis que dans la Manche, le Calvados, la Seine-Inférieure, l'Orne et l'Eure, où la population est d'origine kymro-germani(iue, la moyenne est de 1783. De plus les dix-sept départements qui forment le centre delà France : Lozère, Ilaute-Loire, Tarn, Aveyron, Puy-de-Dôme, Charente, Ardèche, Loire, Creuse, Corèze, Canial, Indre, Ilautc-Vienne, Lot, Nièvre, Cher et Allier ne donnent qu'une moyenne de 570, qui s'éloigne considérablement de la moyenne des départements kymriques.
Il ne s'agit point dans ce cas d'une localisation spéciale à l'appareil veineux du cordon et de ses annexes, mais bien d'une disposition plus générale, portant sur l'ensemble du système vasculaire veineux.
En ell'et, si l'on recherche dans les mêmes termes la répartition des varices, dans les différents départements et pendant la même période, l'on arrive à des résultats à peu près identiques.
Sur 100 000 jeunes gens examinés de 1850 à 1859, la moyenne des exemptions pour varices a varié entre 6Zil dans le département de la .Corse et ^4689 dans les Ardenncs. La carte (fig. 31) dressée dans ces conditions nous fait voir que les cinq départements bretons cités plus haut donnent 1228 en moyenne, les cinq départements normands 3007; seize départements celtiques du centre ont une moyenne de 1370, ce sont : le Tarn, l'Ardèche, la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme, la Loire, l'Aveyron, la Lozère, la Ilaute-Vienne, le Lot, l'Allier, la Corrèze, la Creuse, la Dordogne, l'Indre, la Vienne et le Cantal. En comparant ces deux cartes on peut voir qu'elles sont à peu près identiques dans leurs dispositions. La race celii([ue serait, d'après ces faits, beaucoup moins sujette aux varices et aux varicocèlcs ((ue la race kymrique ou belge.
Les varices ne doivent faire exempter du service actif que lorsqu'elles sont multipliées, douloureuses, disposées en paquets volumineux, exposées à s'ulcérer, qu'elles remontent au-dessus du creux poplilé et atteignent même la cuisse, souvent Jusqu'au pli de l'aine. Parfois on observe un engorgement du membre inférieur qui n'a d'autre cause que la présence de MORACHE. — Hyg. milit. 14
varices profondes, généralement liées à une aiïeclion interne grave ; tlans^ ces cas on peut et l'on doit même prononcer suivant le degré, soit l'admission dans le service auxiliaire, soit l'excmplion absolue. Quelques simulateurs cherchent parfois à provoquer la formation des varices en comprimant le membre au moyen d'un lien circulaire et en portant ainsi obstacle à la progression du sang veineux; à moins de pousser la fraude jusqu'à se
Fig. 30. — Distribution géographiques des varicocèles, et indication pour chaque département de la proportion des exemptions prononcées pour ces infirmités sur 100 000 jeunes gens examinés pendant la période de 1850-1859,
soumettre longtemps à l'avance à un"pareil trailement, il est difficile de produire autre chose qu'une stase momentanée; elle disparaît avec la compression qui l'a produite. Plus souvent, des individus atteints de varices légères chercheront à les augmenter par la marche, la station verticale prolongée, les bains chau ls. Ils pourront bien ainsi augmenter le volume
(les varices dont ils sont porteurs, mais ils ne sauraient les faire remonter, comme il est dit plus haut, jusqu'à la cuisse ou jusqu'au pli de laine. Du reste, si la chose est possible, une observation prolongée pendant quelques heures et la position horizontale suffisent pour faire juger ces cas à leur juste valeur.
l.— Maladies des membres. — Déjà, pages 115 et suivantes, en parlant des
Kig. 31. — Distribution géographique des varices, et indication pour chaque département de la pn)i)ortion des exemptions prononcées pour ces infirmités sur 100 000 jeunes gens examinés pendant la période 1850-1839.
maladies des organes du mouvement, nous avons indiqué quelques points spéciaux des affections ou des modificalions que peuvent présenlcr les membres; il a été répondu delà sorte à plusieurs cas spéciaux énumérés dans les §^ 88 et suivants de l'instruction.
Le» déformations, les incurvations, les allongements, etc., doivent,
212 RLCRUTEMENT DES ARMÉES.
suivant le cas, entraîiier rexcniplion absolue ou simplement l'envoi aux services auxiliaires. Chaque cas particulier sera l'objet d'une appréciation motivée de la part de l'expert, appréciation dans laquelle il sera guidé par la somme de mouvemenis qui persistent encore, le volume des masses musculaires et par l'origine de l'infirmité. Elle peut être congénitale, consécutive à un accident fortuit, ou due enfin à une maladie générale du sujet, ayant déterminé des modifications de nutrition dans le squelette. Il est à peu près impossible de tracer une règle générale sur ces infirmités; l'insli uclion du reste laisse une grande latitude au médecin |iour apprécier l'ensemble du si)jet.
Les mutilations des doigts et des orteils sont parfois le résultat de manœuvres coupables tendant à faire écarter le jeune homme du service ou à le faire réformer sïl est déjà sous les drapeaux. Dans ce dernier cas, en temps ordinaire, la provocation ne pourrait guère passer inaperçue, en raison des circonstances qui peuvent produire de pareilles blessures; en temps de guerre, la surveillance est moins active, surtout pendant le combat; il est malheureusement exact que des soldats, perdant tout sentiment de l'honneur et du devoir, ont pu chercher à se soustraire aux dangers du service .'ictif en se mutilant volontairement, généralement par coup de feu. La situation de la blessure peut, en partie, concpurir à la précision du diagnostic, mais les blessures par coup de feu sont parfois si singulières et leurs elTeis si inattendus qu'on peut rester embarrassé. La présence de grains de pondre sons la peau, au pourtour de la blessure, est un indice certain que le coup a été tiré à bout portant, mais, dans une mêlée, ce phénomène peut s'expliquer à l'honneur du blessé. Au reste, les incertitudes n'existent pas dans celle forme devant les conseils de révision et,' pour tous h!s cas de ce genre, il peut être bon de réclamer une enquête • sur la nature des causes productrices de la mutilation.
L'inslruction est très-catégorique sur les cas de mutilations des doigts • qui doivent motiver l'admission dans les services auxiliaires, sans entraîner l'exemption définitive; nous renvoyons donc au § 95 du tableau n« 1 eti au § 21 du tableau n" 2.
On donne le nom générique de pieds plats à ceux dont le squelette esti conformé de telle sorte que, pendant la marche, le sommet de la voûte plantaire touche le sol dans toutes ses parties. Mais ici, une distinction trèsimportante doit être faite : tantôt il y a simplement aplatissement, tantôt aplatissement avec déviation. Le pied plat et dévié , le seul qui gène
réellomeiu la marche, consiste non-seulement dans l'effacement de la concuviié inférieure du j)ied et dans l'aplalisscmcnt de sa face supérieure, mais encore dans son inclinaison anormale ; la malléole interne descend alors très-bas et fait saillie, l'astragale est inclinée en dedans et l'axe de la jambe ne tombe plus sur le milieu de la ligne passant par les deux malléoles, mais sur un point plus rapproché de la malléole interne. Les deux malléoles internes sont exposées à se heurter douloureusement pendant la marche, ou à être meurtries sur un terrain inégal. Le pied plat et dévié pourrait être considéré comme un diminutif du pied L'exemption du service actif ne doit être prononcée que dans les cas de pied plat et dévié, avec déformation très-notable du squelette; le renvoi dans le service auxiliaire (§ 22 du tableau n° 2) est indiqué dans les cas de gravité moyenne. Quant aux individus porteurs de pieds plats, mais non déviés, ils p?uvent faire d'excellents marcheurs; beaucoup d'habitants de la campagne, de montagnards habitués à marcher pieds nus ou avec des espadrilles, |)résentent celle disposition, due en grande partie à une hypertrophie de la ouche miisculo-cutanée plantaire ils n'en présentent pas moins toutes les quilllés physiques nécessaires au service militaire.
En terminant ici les quelques remarques que nous avons cru devoir faire au sujet des infirmités de nature à rendre impropre au service militaire, nous tenons à établir qu'un grand nombre de cas particuliers ont été laissés de côté, car notre but était simplement d'insister sur les infirmités les plus fréquemment observées devant les conseils de révision. L'instruction du 3 avril 1873 étant prise pour base de la législation médico-milituire dans la question du recrutement, il demeure nécessaire de recourir encore à celle du 2 avril 1862, qui n'a pas été et ne saurait être abrogée |)uisqu'elle n'a jamais été présentée comme une régicmentalion invariable, mais simi)lement connue un guide. L'expert y trouvera de précieuses indications, ei, désireux d'être toujours à la hauteur de sa mission, ne manquera pas de s'y préparer en étudiant théoriquement, s'il le peut cliniquement, les différentes classes d'infirmités dans leur rapport avec l'aptitude au service militaire.