AMENAGLIMKNIS DU SOL DES CASERNES
(le monlagiics ies hounasquos qui suivent le cours des vallées, soiil autaul tl'éléuienls à proiulre eu considéraliou, alin de protéger s'il se peutlacaserue de leur action directe, sans porter cependant atteinte aux grandes indications de la ventilation naturelle. A défaut d'une orientation spéciale de la caserne, sufTisanle pour la mettre à l'abri, un rideau d'arbres de haute taille, plantés à une certaine distance des bâtiments, remplira au besoin le rôle d'un écran.
§ II. — ^'alure et aiuénageuient du »iol.
L'étude du sol, dans ses rapports avec les habitations, est du domaine rie VHiigiènr fjétiérale et ne saurait être abordée ici d'une façon complète ; \ en sera du reste fait mention spéciale au chapitre des Camps, car si l'autorité militaire peut choisir à peu près l'emplacement où elle veut élever un camp, il n'en est plus de même de celui des villes où doivent s'élever les casernes; dans ce dernier cas, elle subit une situation et peut tout au plus chercher à modifier ce qu'elle y trouve de défectueux.
I. /hoif/i'rs f/'un sol humide. — L'influence du sol sur la salubrité des habitations est capitale en ce qu'elle est permanente; d'une façon générale, la salubrité d'un terrain est inversement proportionnelle h la quantité d'eau qu'il renferme. L'eau n'agit pas seulement comme source d'humidité et comme agent de réfrigération, mais bien aussi comme véhicule des matières organiques et comme agent favorable à leur décomposition. Il est donc évident ([ue, toutes choses égales d'ailleurs, on préférera, pour l'établissement d'une caserne, un sol sec et calcaire; les terrains d'alluvion, les terrains boueux, marécageux, doivent être évités avec le plus grand soin. Toutes les fois que l'on s'est déj)arti de cette règle, les troupes logées dans les casernes ont été éprouvées, et ont traduit leur souiïrance par des manifestations pathologiques diverses; il en est ainsi dans certaines casernes d'Ostende, élevées sur des terrains humides et où les hommes sont, en grand nombi e, atteints de la fièvre.
IL Travail.!- rie dra/migc à oitreproidrc — Quelle que soit, du reste, la nature du sol, et même s'il paraît parfaitement sec, il est désirable que des travaux de drainage très-complets soient entrepris avant l'établissement de la caserne. La présence seule de la caserne; et des habitants tend h faire pénétrer dans le sol une certaine humidité; il faut en outre assurer l'écoulement régulier d*' '^)us les excréta, des eaux mé-
WoiiACHK. - Wyj,. iiiiliL 17
258 MARITATIOiNS DL SOLDAT.
nagéres, etc. Ces travaux de drainage seront reliés au système des égouls de la ville, si elle en possède déjà; dans le cas contraire, il convient d'en établir de spéciaux, pour servir de déversoirs aux conduites provenant du sons-sol de la caserne. Les ingénieurs ou officiers du génie détermineront évidemment le nombre des conduits de drainage, la profondeur à laquelle ils doivent être enfouis, la dislance qui les doit séparer. Cette profondeur peut varier, en moyenne, de à 3 mètres, et la distance entre h et
6 mètres.
Les conduits de drainage ont pour but d'entraîner l'humidité des couches profondes, ils sont indépendants des autres travaux, entrepris à la surface, pour empêcher la pénétration des eaux pluviales et de l'eau accidentellement répandue tous les jours. Dans le but de favoriser cet écoulement, il est bon que la surface du terrain présente une légère inclinaison naturelle ou artificielle, et quelle nombreuses rigoles de pierres cimentées, de béton aggloméré ou de pierres massives reçoivent les eaux et les conduisent en dehors de la caserne, ou mieux encore les déversent dans les conduits de drainage et dans les égouls souterrains. L'ensemble des terrains non recouverts de bâtiments doit être imperméabilisé par un pavage très-serré ou par le moyen d'empierrements, disposés sur une couche très-épaisse, fortement tassés, et constituant de la sorte une véritable croûte, difficilement perméable à l'humidité.
Ces travaux sont faciles à exécuter lorsciu'il s'agit d'établir une nouvelle caserne, mais on ne doit pas hésiter à les entreprendre même dans les casernes anciennes. Au moyen d'un bon système de drainage, et souvent avec des dépenses relativement peu considérables, on peut obtenir, même sur les plus mauvais terrains, des résultats à peu près inespérés,
IIL Etablissement des conduites d'eau, — En préparant le sol pour la construction des casernes, il y a lieu de disposer également, soit des pompes si l'eau de la couche souterraine présente toutes les qualités re(|uises pour les usages alimentaires, soit des conduites d'eau pour assurer une large distribution de ce liquide sur un grand nombre de points. Autant l'eau sta-* gnante, celle qui s'immobilise sur le sol et le pénètre peu à peu, est dangereuse au point de \'ue de l'hygiène des habitations, autant cette dernière est heureusement influencée par l'abondance de l'eau mise à la disposition des habitants, tant pour les besoins de propreté personnelle que pour celle du bâtiment, des écuries, des cours, etc. On trouvera, dans un article ^spécial, quelques considérations sur l'étude de l'eau au point de vue de
AMÉNAliEMLiN I S DU SOL DES CASEKINES. 259
ses usages alimentaires; nous nous bornons pour le moment à poser une indication.
Dans les habitations, l'eau n'est pas seulement utilisée pour le lavage du linge et des effets, pour l'entretien d'une propreté rigoureuse dans les différentes parties du bâtiment, mais, en lui assurant un écoulement régulier, on empêche la stagnation des détritus organiques dans les ruisseaux des cours, dans les conduits de drainage, dans les égouts, on crée un courant c ontinu qui entraîne au loin tous les princi|)es fernicnlescibles. Si, en raison de conditions favorables, il était possible de maintenir une eau courante dans toutes les rigoles d'une caserne, soit en captant des sources voisines, soit en mettant à prolit les ressources hydrauliques de la ville, on contribuerait puissanuneiit à l'assainissement de l'habitation. Dans le cas où la chose est dillicile, en raison de la rareté de l'eau, du moins peut-on, en ouvrant tous les robinets des prises à certains moments de la journée, ou en faisant pomper partout à la fois, obtenir, pour (|uelques instants, ce courant énergitiue qui enlèvera tous les détritus sur son passage.
En résumé, la préparation du sol destiné à servir pour la construction d'une caserne présente trois indications principales : 1° drainage et assèchement bien eniendu du sous-sol; 2" in)perméabilisation de la surface; .')" neitoNage facile et prompt de toutes les rigoles au moyen de courants d'eau, permanents s'il se peut, temporaires tout au moins, et déversement du liquide dans les conduites souterraines.
AlUlCLli 11. — Disposition générale des mtiments.
§ I. — iCteniluc et contenance ties casernes
\. hangi'rs dr l'accuniulafioii. — Il est un principe que l'on ne saurait nier aujourd'hui et dont la vérité reçoit à chaque instant de nouvelles sanctions, c'est que : dans la limite des données hygiéniques, l'homme est un danger pour l'honune; il joue vis-à-vis de son semblable le rôle d'un agent producteur d'insalubrité, aussi bien en lui disputant la ration atmosphéri(|no indisjiensable à l'entretien de la chaleur et par suite de la vie, (|u'en répandant dans cette atmosphère des produits gazeux ou solides qui contribuent à ta vicier. Partout où un certain nombre d'hommes se trouvent agglomérés, cette influence nuisible réciproque ne tarde pas à se montrer, non pas en déterminant toujours des effets immédiatement perceptibles,
260 HARIIATIONS ftU SOLDAT.
ceci dépend de I iiilensilé de Paggloméralion, lout au inoins en se traduisant à la longue pnr des variations fâcheuses de !a sanlé.
Il n'est pas besoin que les organismes animaux soient déjà malades pour réagir ainsi les uns sur les autres, les organismes les plus sains ne tardent pas à s'altérer dans ce contact mutuel. La condition de maladie est néanmoins un élément particulièrement défavorable, elle doit sérieusement entrer en ligne de compte lorscpi'il s'agit d'une grande réunion d'hommes, car, comme chacun sait, la transmission des maladies infectieuses, zymotiqueSjS'y trouve ainsi singulièrement favorisée; pour peu qu'un agent morbilique vienne à se fixer sur l'un des organismes, il a grande chance de se multiplier, en proportion directe du nombre des organismes, sains d'ailleurs, qui se trouvent dans le même milieu.
Étant donnée, par conséquent, l'obligation de réunir des hommes dans un domicile commun, plus le nombre en sera grand, moins les conditions sanitaires seront favorables. La raison de cette progression n'est pas constante, mais croît dans une proportion encore indélernn'née; c'est ainsi que de deux braiments, l'un étant double de l'autre, la population du premier étant également le double de celle du second, le plus vaste sera, toutes choses égales d'ailleurs, moins salubre que le premier qui, relativement à son étendue, renferme cependant la même population. L'expérience des faits observés tous les jours dans les hôpitaux, les casernes, les prisons, confirme cette donnée théorique, après avoir contribué du reste à l'établir.
On peut donc poser en principe que les casernes sont d'autant plus snlubres qu elles renferment moins de soldats. — La commission anglaise de 1861 estpartiedecettedonnéepourproposer lesmodificationsà introduire dans l'assiette des casernements parmi les troupes britanniques; en France, nous avons au contraire suivi depuis quelques années une voie diamétralement inverse. Tandis qu'en 1851, d'après le général Bardin, il n'y avait sur tout le territoire que six casernes où l'on put loger un régiment entier, et sur les vingt-quatre casernes de Taris, neuf qui pussent contenir plus d'un bataillon, on a élevé successivement de grands établissements militaires destinés non plus à loger un régiment, mais quelquefois une brigade tout entière, La caserne JS'apoléon, placée au centre de Paris, doit contenir 2230 honmies; la caserne du Prince-Eugène, à l'entrée du faubourg du Temple, 32:55; la caserne Saint-Charles, à Marseille, 2250; la Part-Dieu, à Lyon, 5 000 environ.
Sans doute, en agissant de la sorte, on a obéi à des nécessités militaires
OIMKNSIONS DKS CASERNES. '261
devant lesquelles l'Iiygiéniste doit souvent s'incliner, on a été guidé par des considérations d'ordre économique qui ont une valeur indiscutable, mais l'erreur antihygiénique n'en existe pas moins. Bientôt les faits sont venus démontrer la faute commise; à Paris, les casernes Napoléon et du Prince-Eugène, la première surtout, présentent en tous temps un état sanitaire inférieur à celui de casernes anciennes, mal construites, humides, de celles qui semblent au premier aspect devoir être bien moins salubres que leurs gigantesques rivales.
L'augmentation de la morbidité à la caserne Napoléon et au Prince- Eugène porte précisément sur les aiïections zymotiques, sur celles qui procèdent de l'évolution de ferments, encore inconnus dans leur nature, mais essentiellement diiïusibies, la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives en particulier. Lorsque éclatent dans Paris des influences épidémiques spéciales, ou môme cha((ue année lors de la reprise de l'endémo- épidémie typhoïde, ce .sont toujours ces casernes qui, proportionnellement, fournissent le plus grand nombre de malades.
Lorsque, dans une autre partie de cet ouvrage, nous chercherons à apprécier le chiffre absolu et les chiffres proportionnels de la mortalité des armées, nous verrons deux grands éléments dominer la pathologie militaire et peser lourdement sur la mortalité : le groupe des maladies zymotiques d'une part, et dans ce nombre la fièvre typhoïde comme dominante, de l'autre la j)hlhisie pulmonaire dans leur ensemble, ces affections déterminent .')0 à 60 pour 100 du total des décès, et notre armée n'est pas la seule chez laquelle on observe pareil phénomène ; il en est de même en Prusse, en Autriche, en Belgique, il en était de même en Angleterre jusqu'à ce que l'on ait modifié l'assiette des casernements.
Dans la population civile il est loin d'en être ainsi ; sans doute la phthisie pulmonaire et la fièvre typhoïde y causent de cruels ravages, mais dans des proportions infiniment plus restreintes. Dans un remarquable travail (1) antérieur à la pui)lication de la statistique militaire officielle, M. Laveran établissait que 259 décès par fièvre typhoïde dans l'armée correspondent à 137 dans la population civile; 39 par variole c'i 6 ; 7,7 par scarlatine à 3; "27 par l ougcoleà 0,8. D'autres observateurs sont venus confirmer ces résultats, que
(1) I.averari, Recherch-a sfntistiqnps .mr lefi cames fie la mortaliti- dp P année servant à l'intéripur {Annnlcs (ThfiiW'np pyliliquc pf île médppine lô-jnlr^ 2"' série t Xlil, 1860).
démontreiil de plus en plus les statistiques oUicielles récentes. Or, les données les plus modernes de l'épidéiniologie permettent de regarder la fièvre typhoïde comme le type des maladies d'hab/tatinm, c'est-à-dire de celles qui sont pins intimement liées à l'inobservation des règles de l'hygiène enceqni louche la disposition des logements, en particulier à leur drainage défectueux ; pour la phthisie le problème est plus complexe, mais qu'avec Viliemin et l'école de la spécificité on admette la contagiosité du processus tuberculeux, ou bien qu'avec l'école anglaise dont H. Mac (lormac s'est récemment fait l'écho, on suppose la phthisie déterminée par l'accumulation dans le sang de matériaux carbonés résultant d'une respiration incomplète dans une atmosphère insuffisamment renouvelée, il n'en résulte pas moins que le confinement est la cause principale de production ou de propagation de la tuberculose. Comme la fièvre typhoïde, elle serait donc aussi plus ou moins une maladie d'habitation.
Bien avant les travaux récents sur la tuberculose, Tholozan (1) rapportait déjà à l'agglomération, à l'encombrement, à la vie en commun dans les casernes, la raison de la fréquence de la phthisie dans l'armée, fréquence qu'il avait également démontrée. Il en lirait même celte conclusion, qu'il faudrait considérer la phthisie des armées plutôt comme une maladie spécifique, infectieuse, quecomme une aflfection organique, diathésique, héréditaire. Cette opinion n'est point du reste l'apanage d'un petit groupe d'observateurs; en France elle a trouvée pour défenseurs les voix autorisées de Michel Lévy, de Boudin, de Godélier, et de presque tous les observateurs modernes; en Angleterre elle est partagée par les membres de la Conmiission d'enquête de 1861 sur la salubrité des casernes, et dans toutes les armées par les médecins militaires, à peu près unanimes sur cette grave question.
En vertu de ces principes, le casernement doit être regardé comme l'une des causes directesde la fréquence des affections zymotiques et de la phthisie pulmonaire dans l'armée, par suite, de la proportion plus grande des décès dans la population militaire que dans la population civile. Le casernement est donc en soi-même une circonstance défavorable, comme il en est d'autres dans la profession militaire, avec lesquelles il faut compter et dont il faut chercher à atténuer les effets.
(1) Tholozan, De l'excès de In morfalité due à In profession militaire (Gazette médicale, 1859, p. 369 et /i10\
niMI NSIONS DLS CASERNES. 203
Dans le casernement, l elônienl le plus dangereux esl l'aggloni^ralion, c'est donc à cette aggloniéraliou qu'il faut s'en prendre : 1" en posant le principe des casernes à elTectif restreint, ainsi que nous le disions plus haut ; 2'' en donnant dans ces mêmes casernes le plus d'espace possible aux individus qui les habitent. On en arrive naturellement à considérer le rapport qu'il convient d'établir entre le nombre des habitants el la surface du sol sur lequel ils sont fixés.
II. Hai>ports à établir entre la mrface des lmthnent>i et le nombre des habitants. — L'instruction complémentaire du règlement du 30 juin 1850 indique ;5""i-,75 par fantassin el U mètres carrés par cavalier comnie moyerine de la surface îi allouer par homme dans les casernes; en fait, dans la caserne Napoléon à Paris, à chaque honmie correspond 3"', 70 de terrain bâti et non bàli, à la caserne Saint-Charles de Marseille, 9"',/»3, à la caserne d'Aumale (Algérie), 9'", ^4, à la caserne B à Lons-le-Saulnier, 1^'",92. En Angleterre, la CiOunnission avait trouvé que dans la caserne des Horse-Guards à Hyde- Fark, chaque homme ne correspondait qu'à /4'",2r) de la superficie; à la caserne AVellington, avec une population militaire de 1530 honnnes, on constatait une densité de jxjpulation double de celle des quartiers les plus peuplés de Londres. Celte Commission estimait h 9 mètres de terrain bàli, le miniuHJtn de suface à allouer à chaque homme, tout au moins dans les climats chauds. Du reste, c'est bien moins la (piestion de surface (|u'il faut envi.sager, que celle du cube d'air dévolu à chaque habitant; nous y insisterons spécialement en parlant des dimensions à donner aux chambres d'habitation.
Nous constatons avec satisfaction que dans (|uclques-unes de nos casernes, ces desiderata sont atteints, n)ais pour ces rares exceptions combien n'en est-il pas où l'on est loin d'en approcher. Il y a lieu de tenir con)pte du reste, dans ces évaluations, non pas seulement du nombre d'houunes a|)pelés à loger dans la caserne, mais aussi des autres personnes et plus encore des chevaux. Kniin la construction même du bâtiment peut être un puis.sant correctif au défaut de surface, de même que sur un terrain, a.s.sez vaste cependant, des batiuients mal aménagés peuvent annihiler tous les avantages qui résulteraient d'un espace, même considérable, alloué à chacpje habitant.
§ II. — Plan.** «rciiNfîiiililc (lofi cnNcrneR.
I" Utilisation de rieu.r édifieps. — Un trc.s-grand nombre de casernes n'ont point été primitivement construites pour remplir la destination (prou
'26^1 HABITATÎONS DU SOLDAT.
leur attribue aujourd'hui. A la révolution de 1793, les biens du clergé ayant été confisqués, le njinistèrc de la guerre se fil attribuer des couvents et des églises pour le service de l'ariuée; les premiers furent transformés en casernes ou en hôpitaux, les seconds en magasins. Les édifices religieux ont été rendus, en général, aux municipalilés pour les affecter de nouveau aux cultes, mais les couvents soJit restés à la disposition des troupes. D'autres casernes ne sont autre chose que des bâtiments quelconques, achetés jadis pour faire face à un besoin inuiiédiat, urgent; dans les casernes construites par les municipalités pour servir de logenjent aux troupes, on semble u'avoir pas eu d'autre idée que celle de tirer parti du terrain, en y élevant des constructions arbitraires, sans se préoccuper en aucune façon de la question hygiénique.
Les anciens couvents ne sont pas, en principe, dans de très-mauvaises conditions, car leurs premiers fondateurs les avaient en général placés, avec raison, dans de bonnes conditions telluritiues et avaient appoi-té beaucoup de soin à leur construction ; les matériaux en étaient bons, les assises solides, les murs épais, les escaliers larges et faciles; lorsqu'il est possible de modifier profondément l'assiette intérieure, de percer les murs de larges orifices en opposition, d'ouvrir dans l'intérieur de vastes corridors, on peut encore tirer un assez bon parti de ces bâtiments, à moins qu'ils appartiennent à ce type des couvents italiens ou espagnols formés par quatre bâtiments, se rencontrant à angle droit, avec une petite cour intérieure et un cloître au rez-de-chaussée, type que le vieux bâtiment du Yal-de-Gràce présente dans toute son originalité. Ce genre de casernes est alors une aggravation du type des casernes Vauban dont il va être question, et doit être regardé comme éminemment défavorable.
Quant aux bâtiments quelconques, plus ou moins adaptés au logement des troupes, il est difficile de les rattacher à un type défini, en raison de la grande variété de dispositions qu'ils présentent. On ne saurait formuler par conséquent à leur endroit de règles précises, ils rentrent de près ou de loin dans les types dont il va être question.
2" Ccmrues type Vauban. — Nous avons dit plus haut que Vauban, le premier, construisit dans ses places fortes des casernes à l'usage des troupes; il adopta malheureusement un type défavorable, celui de quatre corps de bâtiment se reliant à angle droit avec cour intérieure, et, en raison du respect profond que nos ingénieurs militaires ont conservé longtemps pour l'un des créateurs de leur science, ce type s'est malheureusement perpétué
PLANS DES CASEUNKS. — rVl'K VAUBAN. 205
aussi bien dans nos casernes que dans beaucoup d'hôpitaux. Vauban acconiplif, pour son épo<iue, des progrès que l'on ne saurait trop admirer, mais la science a singulièrement avancé depuis le wiir' siècle, et il est bien certain (|u'avec son génie il n'cùl |)as nian(iué de modifier profondément ses idées ; mais ainsi qu'il arrive souvent, les élèves oîit marché dans la voie tracée par le maître sans s'en écarter autant qu'il l'eût fait lui-même. Toujours est-il que les casernes Vaiiban dont la caserne IVapoléor), à Paris, la caserne de l'artillerie de la garde (régiment Fmpereur-Alexandnî), à Berlin, nous oITrent un parfait exemple, ne sauraient être assez condamnées par l'hygièiK^ moderne. La cour intérieure, absolument mise à l'abri des courants atmosphéricpies, d'autant plus privée de soleil que les bâtiments sont plus élevés, ne peut être jamais asséchée complètement; si même la surface du sol paraît au premier abord relativement sèche, le sous-sol demeure constamment humide. Enfin, grâce à cette disposition, il devient h peu près impossible d'assurer une ventilation suffisante dans l'inlérieur du bâtiment; on aurait beau y multiplier les procédés de ventilation artificielle, OM s'est privé comme à plaisir du meilleur procédé, celui de la ventilation directe par les fenêtres; celle-ci ne s'exécute en effet normalement que lorsque l'air et le soleil peuvent largement se répandre sur les deuvfares du bâtiment.
On atténuerait les inconvénients du type quadrnngulaire en laissant à cliafjno angle un large intervalle vide; les bâtiments se trouvant alors isolés les uns des autres, ou réunis tout au plus par une galerie au rez-de-chaussée, l'air peut ainsi pénétrer par les quatre angles et balayer le sol, le soleil n'en pénèîro pas beaucoup plus cependant.
3° Casernes type linéaire. — En suppi imant un des quatre corps de logis on passe à nn type préférable et qui peut le devenir encore beaucoup plus si l'on allonge le corps de logis central. On arrive ainsi au type de casernes linénires composées d'un grand bâtiment central accosté de deux ailes en retour, dont la saillie est |)lus ou moins prononcée, mais ne doit |)as atteindre le tiers de la longueur du bâtiment principal, Slromeyer (1) ne voudrait pas que cette saillie dépassât 25 pieds.
(;e type linéaire constitue la meilleure disposition qu'on puisse donner à une caserne, lorsque les circonstances obligent à adopler le principe des grands bâtiments à plusieurs étages. Il a été appliqué avec succès dans plu-
(IjL. Slromeyer, Maxùnen dcr Kricqs-Uflilkunst. 2''i'dil., t- 1|. Uaiiovre, 1860
sieurs rascrnes de France on d'Allemagne, pai mi lesquelles nous en citerons deux des plus récentes : la caserne Saint-Charles à Marseille et la caserne des fusiliers [Scldllzen) à Dresde.
h° Caserne Suint-Chnrles, à Marseil/e, présentée comme modèle du type linéaire modifé. — La caserne Saint-Charles, à Marseille, est loin de réaliser l'idéal de la caserne-ty|)e, et cependant, malgré les critiques de détail qui peuvent lui être adressées, elle constitue un progrès Irès-considérahle sur les autres casernes construites avant elle, aussi n hésitonsnous pas à en donner une rapide description qui familiarisera le lecteur avec ce genre de constructions (fig. 33 et 2,k).
La caserne Saint-Charles prend son nom du mamelon sur lequel elle a été bâtie et qui se trouve situé en arrière de ia gare commune des chemins de fer de Lyon et de Toulon, à l'ouest de l'embranchement du port de la Joliette. L'emplacement mis à la disposition de la Guerre présente une superficie de 2 hectomètres carrés, /iO ares, 50 centiares. La nouvelle caserne est complètement isolée de toutes parts et cependant reliée à la ville par des avenues larges et commodes; elle domine tous les établissements militaires qui l'environnent. La position qu'elle occupe est l'une des plus salubres de la ville; on découvre une grande partie de la mer et sa cour principale est abritée, par la niasse des constructions, contre le vent de mistral, si fréquent et si redouté à Marseille.
Le site et la forme du terrain, le tracé des communications avoisinautes, enfin l'effectif à loger ont déterminé le plan de masse du nouveau quartier et l'orientation du bâtiment principal. Ce bâtiment est adossé au mur nord du terrain, à peu de distance de celui-ci, et sa façade est dirigée vers le sud; il mesure 155 mètres, et comprend un rez-de-chaussée surmonté de deux étages et de mansardes. Il est terminé par deux ailes en retour, ayant sur la façade sud une saillie de 52 mètres. En avant de ces constructions s'étend une cour de 75 mètres de profondeur, fermée par une grille qui ne s'arrête qu'au prolongement des façades extérieures des deux ailes, de manière à démasquer complètement aux vues du dehors les constructions dont il s'agit; dans le même but, on a réduit autant que possible les dimensions des deux pavillons élevés à droite et à gauche de l'entrée du quartier et qui sont affectés au corps de garde de police et au logement du casernier.
L'aspect général de la caserne est donc monumental; on a apporté un soin tout particulier dans l'ornementation extérieure, en exécution du traité conclu le 10 octobre 1859 entre la ville et l'Élal, dans le(|uel traité,
PLANS OKS (;ftSER^ES. — I VI'I l.liM^AlKh.
après (liver.sfs clauses relatives à des écliaiiges de terrain el d'immeubles, la ville s'engageait à mettre à la disposition du département de la Guerre une somme de k M 950 fr. pour la construction d'une caserne d'infanterie de 2600 honuues, d'une caserne de cavalerie pour deux escadrons, d'une caserne d'artillerie de deux batteries, etc., à charge pour le ministère de la guerre de donner h la caserne d'infanterie un aspect monumental alin de contribuer à l'end)eliissemenl de la ville.
Les cuisines, les locaux disciplinaires, l'écurie des chevaux des officiers, supérieurs ont trouvé place dans la partie est du quartier. Ils occupent deux petits pavillons à simple rez-de-chaussée. Les latrines sont placées dans les angles de la cour.
Le bâtiment du corps de logis principal comporte en son milieu uu pavillon monumental avec dôme et fronton, et, à sa jonction avec les deux ailes, deux pavillons d'angle qui se répètent aux extrémités de ces ailes. Le pa\illon central, dont la largeur est de 20 mètres et reulrc-axe de 6'", 50, est lra\ersé au rez de-chaussée par un passage de k'",5() (|ui sépare deux travées auxquelles on a donné une largeur sufïisantc pour pouvoir y placer deux rangées de lits. Les pavillons des angles, de même que ceux des extrénnlés des ailes, (|uoique ayant une moindre largeur que le pavillon du centre, sont divisés d'une njanière h peu près semblable. iNéanmoius, dans les pavillons des extrémités des ailes, les chambres réservées au casernement de la troupe sont accolées, et la travée la plus étroite est adjacente au pignon, contre lequel on a disposé l'escalier qui doit les des.servir. On remarquera qu'en plaçant cet escalier entre ces deux grandes chambres, on aurait facilité les communications à tons les étages et l'on eût rendu plus habitables les deux grandes pièces du quatrième étage qui eussent toute-, flenx été bien éclairées, tandis qu'aujourd'hui la pièce centrale n'a pu l'être (jue par des chà.'>sis à tabatière, à cause du fronton des grandes lucarnes de l'étage inférieur.
Dans le corj>s de logis principal, une paierie à arcades de 3 mètres de profondeur règne au rez-de-chaussée, sur le pourtour de la façade de la cour, et ne s'arrête qu'aux pavillons des extrémités des ailes.
Les chambres destinées au logement de la troupe ont une largeur uniforme de io mètres avec des hauteurs sous plafonds de S"", 90 au rez-dechaussée, /j'",52 au premier étage, 6"", 03 au deuxième, et 3"', 83 à l'étage niaihsardé. Les grandes chambres, destinées à recevoir hommes, ont une longueur de 15 mètres, ce (|ui assure à chaque individu une surface
270 HAHHAT10IN.S DU SOLDAI.
de .)'",00 L'L une capacilé cubique variant snivanl les étages de 13'"" , 800 à 16"",670. En raison de la largeur de ces chambres et pour ne placer les lits contre les murs, où ils auraient été trop serrés en rendant également plus dillicile Taccès des fenêtres, on a élevé au centre de la pièce, et perpendiculairement à son grand axe, une cloison de 2 à 3 mètres de hauteur, s'arrêtant à r",10 des façades de façon h ménager im passage. Des quatre rangées de lits que contient la chambre, deux sont adossées à la cloison centrale et sont garanties des courants d'air allant d'une fenêtre à l'autre au moyen de demi-stalles placées aux extrémités de la cloison centrale. Quant aux deux autres rangs qui sont appuyés contre les murs transversaux, et qui sont abrités par le plein des trumeaux, on n'a pas eu à prendre de précautions analogues si ce n'est à droite ou à gauche des portes d'entrée lesquelles sont placées du reste sur l'axe longitudinal du bâtiment.
i\ous nous réservons d'apprécier plus tard cette disposition en traitant de l'aménagement intérieur des chambres dans les casernes. Constatons pour le moment qu'on attribue à ces dispositions l'avantage de bien soustraire les rangées de lits aux courants d'air directs qui se produisent entre les deux façades, de rendre facile l'accès des embrasures des fenêtres, de conduire à adopter un entre-axe qui est d'un bon effet archileclonique, enfin de donner aux cages des escaliers une largeur convenable, eu égard à la contenance des chambres qu'ils desservent, ce qui permet d'en multiplier le nombre pour rendre les con)munications des plus commodes.
A la caserne Saint-Charles, sans admettre, commeon l'a fait dans (|uelques établissements de création plus récente, qu'un escalier serait adossé à chacun des murs de refend qui limitent les chambres des soldats, on a tenu cependant à ce qu'une chanibre ne fiU séparée de l'escalier le plus voisin, qu'au plus par une travée de peu de largeur, occupée par des chambres de sousofficiers.
Les fenêtres mesurent au rez-de-chaussée 3'", 50 de largeur sur 3"*, /i8 de hauteur, les fenêtres du premier ont 'l'",;i0 sur 2'", 89, celles du second 1"',ZjO sur 2'", 50.
Trois cuisines sont installées dans des bâtiments annexes li et C, et l'on a disposé dans ce dernier le magasin des ordinaires avec les accessoires qu'il comporte. Les locaux disciplinaires sont réunis dans le bâtiment B. Munis chacun d'un cabinet renfermant des baquets de propreléj ils sont indépendants les uns des autres. J\»nr qu'ils fussent bien aérés et éclairés, on a disposé des châssis à tabatière et des évenls dans la couverture en
■-'72 HABl^ATlo^s du soldat.
oiiiic des baies dcini-circulaires qui sonl pialiquécs dans les façades.
Les latrines sonl élablics aux angles de la cour, dans de petits bâliments doubles contenant deux rangées de sièges ainsi que des cabinets particuliers i)our les officiers et pour les femmes logées au quartier. Leur sol se trouvant à ou 5 mètres au-dessus de celui des rues avoisinantes, on a profite de cette circonstance pour organiser une fosse double dans le sens vertical. La fosse inférieure qui est seule destinée à contenir les matières, se trouve au-dessus du sol des rues; la fosse supérieure permet de faire la vidange sans avoir à entrer dans la cour et, au besoin, d'y disposer un système de tinettes mobiles.
Nous avons déjà dit que dans celle caserne, à cbaque homme correspond en surface 9""i-,/43 de terrain bâti ou non bâti; il n'en a que 8""f-,76 par surface d'élage et 5""i-,59 par surface de locaux utilisés. Non compris les acquisitions de terrain, la construction de la caserne Saint-Charles a coûté une somme de 2 013 000 fr.; elle doit contenir 2250 hommes dont l/i6 sous-ofliciers, chaque place d'homme revient donc à 7H9 fi-. ^1 cent., le mètre superficiel de surface d'étage à 90 fr. 15 cent., le mètre superliciel de local utilisé à fr. 23 cent.
5 ' Casernes des Scindzen à Dresde, tj/pe linéaire. — Nous ne pouvons entrer dans les niêmes détails relativement à la caserne des Schiitzen (fusiliers), à Dresde, que "NV. Rolh présente comme un type de caserne à plusieurs étages et du reste comme l'une des meilleures de l'armée allemande.
Elle présente une disposition qu'on ne saurait trop approuver ; les mêmes pièces ne servent pas à la fois de chambres à coucher, salles à manger, salles d'études comme dans les casernes françaises; pendant le joiu* les hommes se tiennent dans les ;< Wohnraume » disposées au rez-de-chaussée et dans les deux premiers élages; ils y ont des tables et des hanrs sur lesquels ils peuvent lire, écrire, travailler, sur lesquels ils prennent leurs repas; ce sont des chambres d'habitations. Pour se coucher ils ont des dortoirs « Schiafsaaie « disposés au deuxième et au troisième étage de la caserne.
L'administration a ses bureaux au rez-de-chaussée, les magasins et services de propreté sont relégués dans le sous-sol ; les latrines (fosses mobiles avec système diviseur) sont placées dans un bâtiment spécial accolé au bâtiment principal.
La ligure 35 et la légende permettront de se rendre compte de ces dis-
PLANS d'ensemble. TYPE A PAVILLONS. 27o
positions et de constater la grande similitude existant entre celle caserne de Dresde et celle de Saint-Charles à Marseille, tout au moins comme plan gt'uéral de l'édilice, avec celte dilîérence en faveur de la caserne allemande, que les ailes en retour y ont une saillie beaucoup moins fortes que dans la caserne Saint-Charles.
6" Casernes anglaises modernes « Jilock System >k — En Angleterre, à la suite de l'enquête de 1861, la Commission spéciale n'eut pas de peine à démontrer les vices du système de casernement jusque-là en usage, les dangers des casernes à la Yauban, ceux moins prononcés mais réels cependant des casernes monumentales mC'me suivant le type linéaire. Elle prolH)sa et fit adopter, pour la construction des nouvelles casernes, le système des bâtiments multiples. Ces bâtiments sont disposés de telle façon que la ventilation soit très-facile, chaque pavillon possédant des fenêtres sur ses deux façades, que l'air puisse librement circuler entre les pavillons et qu'ils ne se fassent point ombreà eux-mèmesj dans chaque pavillon lui-même, il ne peut se produire d'encombrement, en raison du petit nombre de soldats appelés à y loger et de l'application du principe de ne jamais autoriser l'érection de bâtiments à plus d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée.
Ce système, connu sous le nom de Block System, est actuellement en usage dans le Royaume-Uni et dans les nombreuses colonies de l'empire britannique; il constitue, au point de vue de l'hygiène, un progrès immense et mérite d'être étudié dans son ensemble; nous désirons vivement le voir adopter en France, pour la construction des établissements militaires qui devront s'élever à l'avenir.
Les nouvelles casernes anglaises sont formées de bâtiments isolés, mesurant, d'après les prescriptions de la Conniiission, l^iO pieds (/i2 mètres) de longueur sur 22 pieds ((3"',60) de largeur; l'intervalle compris entre les pavillons ne peut être moins de 6û pieds (19'", 20) et varie suivant la hauteur du bâtiment. Cette hauteur change elle-même, en raison de la disposition du bâtiment qui, dans certaines casernes, ne comprend qu'un rezde-chaussée, dans d'autres un rez-de-chaussée et un premier étage.
Nous empruntons à Parkes les plans représentés fig. 36, 37 et 3S; ils présentent trois types de pavillons existant en Angleterre, dans des casernes de nouvelle création.
A la caserne de Colchester, les pavillons n'oIVreni qu'un étage (fig. 36); ils comprennent deux chambres de 25 hommes chacune, séparées par deux chambres de sous-oflicicrs. I/entrée du pavillon est au centre
MORAOHE. — Hyg-. Illilit. .jy
IIAIUTAIIONS DU SOLDAT.
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Fig. 38.— Pavillons a rcz-de-cliaii^ sée et un étage, mais reliés les uni aux autres de la caserne de Cliel sea. — • A, A. Chambre de sous- Fig. 37.— Pavillon a rez-de-chaussee officiers. b,h. Lavabos. c,c. Uri et un étage de la caserne de cava- j^oj^s. g^e. Closcts. lerie de York. A. A, Chambre des sous-officiers. B. Galerie couverte menant aux écuries.
PLANS DES CASERNES. — TYl'E A PAVILLONS. -75
correspolulaiit avec ces deux cliaiiibres. A l'autre extrémité, un étroit passage mène à une petite pièce où sont disposés des lavabos et des urinoirs.
Les pavillons de la caserne de cavalerie de York (fig. 37) comprennent un rcz-de-cliausséc et un premier; l'entrée principale est au centre, elle domie, d'une part dans une galerie couverte qui mène aux écuries, de l'autre dans un corridor en face de l'escalier; de chaque côté, existe une chambre de sous-officiers. Les chambres de soldats contiennent 25 hommes. A leur extrémité, dans une petite pièce spéciale, se trouvent également des lavabos et des urinoirs.
A la caserne de Chelsea (lig. 38\ les pavillons sont disposés sur une seule ligne, se louchant par leurs extrémités. Cette disposition a nécessité le déplacement de la chambre de toilette, qui se trouve alors placée au centre en b; elle communique avec le cabinet où sont les urinoirs. Des closeis sont ménagés de l'autre côté du corridor central.
En exécution des conclusions de la Commission de 1861, les chambres des hommes sont calculées de façon à assurer 600 pieds cubes (16 mètres cubes environ) à chaque hidividu ; aussi les pièces destinées à contenir 25 habitants mesurent-elles au minimum 60 pieds (18 mètres) de long, sur 20 pieds (6 mètres) de largeur, et 12 pieds (3"\60) de hauteur; en général, on donne aux chambres 2 pieds de plus en longueur (0'",60) afin de compenser l espace occupé par les eflels des hommes et les objets mobiliers.
Parkes (1), auquel nous empruntons ces documents, regarde avec raison cette disposition des pavillons comme excellente; peut-être pourrait-on l'améliorer cependant par l'adjonction d'une verandah ou galerie couverte, placée à la face ouest ou sud du pavillon ; elle servirait aux hommes de lieu de repos, ils y nettoieraient leurs habits, etc.
Dans des pavillons spéciaux sont disposés les logements des hommes ma^ riés, à raison de sept par compagnie de 100 hommes; ceux dessous-officiers qui n'habitent pas dans les pavillons de la troupe, le mess des sous-officiers, les cuisines, les corps de garde, les ateliers, etc.» enfin tous les services accessoires d'un casernement, sans oublier les salles d'école, bibliothèques, et les « Day-rooms » , chambres de jour oii le soldat peut se tenir pour
(1) Edmund A. Parkes. Â Mnnunl of praclicnl hygvmc iiitended especialljj fur incdiuil o/ficers of the armij and for civil médical officer s ofhealth. k'^ éd. London 1873, p. ôOO et suiv. '
276 IIABITATJOAS DU SOLDAT.
lire, écrire ou Iraviiillcr. La Commission de 1855 avait reculé devant la dépense qu'occasionne l'installation de ces day-rooms et ne demandait que des salles à manger au voisinage des cuisines, maisTavis de la Commission de 1861 semble avoir prévalu, et l'on ii ouve de ces day-rooms dans un certain nombre de casernes nouvelles, à Chelsea, à Gibraltar, etc.
Les chambres isolées destinées aux sous-officiers mesurent iU pieds (4"', 20) sur 12 (3'", 60), et 10 pieds (3 mètres) de haut, soit 1680 pieds cubes (45 mètres cubes); les sergents -majors , adjudants, sous-officier payeur, sous-officier infirmier, sous-officiers attachés aux écoles ou à d'autres fonctions spéciales ont droit à deux chambres, dont une sert de cuisine. Parkes trouve ces fixations trop restreintes ; les sous-officiers ont en effet, dans l'armée anglaise, une situation et im rôle plus important que ne l'ont, à tort peut-être, leurs collègues dans l'armée française; ils sont mariés, pères de famille, et, en raison des services qu'ils rendent, doivent être traités avec beaucoup de considération; il serait bon de leur procurer, dans leur logement, un confortable égal à celui que l'on donnerait, par exemple, à des contremaîtres dans un établissement industriel.
Les hommes mariés ont droit à une chambre de même dimension que celles des sous-officiers. Cet espace est regardé par Parkes comme insuffisant pour loger deux adultes et plusieurs enfants, il voudrait voir donner deux chambres à chaque soldat marié.
Les chambres des casernes sont chauffées au moyen des cheminées ventilatrices du capitaine Douglas-Galton; elles offrent l'avantage de chauffer à la fois par la chaleur rayonnant d'un foyer ouvert et par l'introduction d'air chaud dans la pièce; en traitant des procédés de chauffage^ nous reviendrons avec détails sur ce système de cheminée.
I,es soins de propreté personnelle sont garantis dans les nouvelles casernes anglaises par l'existence des « abluiions-rooms » où les soldats trouvent des lavabos en ardoise ou en fer, à raison d'un par quatre hommes ; dans quelques-unes il existe même des baignoires. Les urinoirs sont maintenus en état de propreté au moyen d'un robinet d'eau; ils ont avantageusement remplacé les vases de nuit que l'on portait autrefois tous les soirs dans les chambres. Les latrines sont situées, dans quelques casernes, en dehors des pavillons, mais souvent elles communiquent alors avec eux par un passage couvert; dans d'autres casernes, comme à Chelsea, au contraire, elles se trouvent au centre des pavillons. La Commission de 1861 a conseillé l'emploi des water-closels, à défaut celui des fosses mobiles: on
PLANS DES (;asi-;hni:s. — type a pavillons. 277
a adopté un système spécial connu sous le nom de Jenning's ou Macfarlane's sysiem ; il consiste à recevoir les matières dans un récipient de métal ou de terre aux deux tiers plein d'eau ; deux fois par jour une trappe s'ouvre et tout le contenu se trouve précipité dans un égout collecteur. On a soin de placer un réservoir à peu de distance des latrines et, au moyen d'un tuyau de caoutchouc qui amène l'eau, il devient facile d'entretenir sur le siège et sur le sol la propreté la plus rigoureuse. En traitant plus loin des différents appareils à introduire pour les latrines des casernes, nous aurons l'occasion d'indicjuer les perfectionnements apportés en France au système .lenning.
7° Comparaison des divers sysfèines de casernes. — Nous avons domié une certaine extension à l'élude du casernement suivant le système moderne adojHé en Angleterre; il méritait, en effet, une mention spéciale, car, d'accord avec les principaux hygiénistes militaires, nous n'hési- ■ tons pas à le regarder comme le plus conforme aux données de la science moderne. Il forme, pour ainsi dire, la limite entre la caserne urbaine et la caserne baraquée ; il n'est autre chose qu'un camp rendu stable, permanent, un camp dont les constructions ont pris un caractère définitif et peuvent, par conséquent, être pourvues de tous les aménagements perfectionnés que l'on ne peut toujours introduire dans les camps; ceux-ci ne doivent durer que quelques semaines ou quelques mois au plus, sous peine de perdre toute la salubrité que leur confèrent leur situation et leurs plus vasle's dimensions.
Si donc, au moment d'entreprendre la construction d'une caserne, on est en possession d'un terrain suffisamment vaste, il ne saurait exister aucune incertitude sur le plan à adopter : ce serait celui des pavillons isolés, à un étage au plus, séparés par de grands intervalles où l'air et la lumière peuvent circuler à profusion.
Si le terrain mis à la disposition de l'autorité militaire est fatalement resserré et qu'il soit indispensable d'y élever une caserne, on doit encore s'inspirer de ces règles en ne la destinant qu'à un effectif très-restreint ; le bataillon de 600 à 800 hommes paraît être un maximunj à ne jamais dépasser dans une caserne construite suivant l'ancien système; dans ce cas, faut-il encore n'adopter que le type linéaire, accosté, si l'on veut, de deux ailes en retour, n)ais très-courtes par rapport à la longueur du bâtiment.
Jusqu'ici nous n'avons envisagé que les données hygiéni(pies, il en
est d'autres nialhcnrciisementdont il faut tenir grand comple; la plus difficile, sans nul doule, est la question économique. Évidemment, les casernes à pavillons isolés et largement espacés coûtent beacoup plus cher ((ue les casernes massives et monumentales. Nous n'avons pas à iiidi((uer quelle est exactement la dilTérence du prix de revient dans l'un et l'autre système; trop de circonstances la peuvent faire varier, et l'ingénieur peut seul trancher la question pour chaque cas particulier. ■ — (^etle augmentation du prix de revient tient principalement aux dimensions plus vastes du terrain , et, pour im même espace de locaux utilisables, à la plus grande étendue des surfaces en fondations et en toiture. D'un autre côté, avec des constructions moins massives, on peut ne donner aux fondations, aux murs extérieurs et aux murs de refend qu'une épaisseur beaucoup moins considérable; on peut employer une toiture beaucoup plus légère. Il existe donc, dans ce cas, une balance à faire; peut-être même des ingénieurs habiles et dévoués, comme le sont les officiers du génie, arriveront-ils à compenser les excédants de dépenses par des économies sur d'autres chapitres du devis, tout en donnant cependant aux constructions une solidité suffisante pour garantir leur durée. Les progrès des sciences appliquées sont tels aujourd'hui, qu'il ne faut jamais désespérer.
Il est un autre élément cependant, dont personne ne songe à contester l'importance, cet élément c'est la santé du soldat. On ne saurait assez le répéter : la société réclame de chacun de ses enfants le service obligatoire et personnel, elle entretient d'une façon permanente 650 000 hommes, l'élite de sa population, pour constituer le noyau de son armée et former un cadre suffisant à l'instruclion militaire de la nation, mais elle n'a pas le droit de placer ses soldats dans des conditions permanentes telles, que leur santé et leur vie soient compromises. Si, malheureusement, même en dehors de la période de guerre, la vie militaire a ses dangers auxquels certains succombent, cela est triste sans doute, mais lorsque rien n'a été négligé pour prévenir ces dangers ou les diminuer, personne n'a de reproches à s'adresser. Dans le cas contraire, il y a violation des règles de l'équité et la société doit être regardée comme responsable. C'est à dessein que nous disons ici : la société, considérée comme colleciivité des individus à la protection desquels l'armée est nécessaire, car le commandement militaire ne doit pas être regardé comme responsable en pareil cas. Les ministres de la guerre, les généraux n'hésiteraient jamais à porter toutes les améliorations possibles dans la vie du soldat, s'ils n'étaient enchaînés eux-mêmes
MATÉRIAUX Dli LA CONSTRUCTION. 279
par les chapitres d'un budget, qu'on voudrait quelquefois diminuer au delà des limites raisonnables.
C'est donc à la société elle-même, dans la personne de ses mandataires, cîouvernemenls exécutifs ou parlements, de savoir si elle veut posséder une armée et, dans ce cas, ne pas hésiter devant les dépenses justes et nécessaires. Ces dépenses, elle les compensera bien au delà par la consertion des individus, qui, vis-à-vis de la collectivité, sont de véritables valeurs, des capilaux produclifs. Qu'un homme, arrivé à la pleine maturité de ses facultés intellectuelles et physiques, vienne à disparaître de la société, celle-ci fait une perte sèche, absolue, que rien ne compense; cet homme, cet être productif, a été enlevé au moment même où, par son travail, il allait pouvoir rendre à la société ce qu'il lui avait coûté pendant son enfance et sa jeunesse encore improductive ; sa mort est une banqueroule sans espoir de dividende. — Dans notre société actuelle, on commence à comprendre ces grandes vérités économiques, on les comprend même fort bien lorsqu'il s'agit des animaux, considérés comme des capitaux vivants; mais lorsqu'il s'agit des hommes eux-mêmes, on semble en nïoins apprécier l'importance et surtout on ne pousse pas la logique jusqu'à l'application.
Ces considérations nous entraînent un peu loin de la question des casernes, mais elles devaient être cependant signalées à cette place, une fois pour toutes. Oans la vie civile, l'application des règles de l'hygiène est nn devoir, sans doute, mais chacun est libre cependant et, s'il ne porte préjudice à l'intérêt de tous, on ne saurait l'obliger à vivre de telle ou telle façon, à suivre telles ou telles règles ; dans la vie militaire, il n'en est plus de même : en levant des armées pour notre défense, nous, société, contractons des obligations envers elles, et ces obligations sont précisément d'accord avec nos intérêts généraux, nous devons donc les remplir, quelques charges apparentes qu'elles entraînent.
Au point de vue des habitations, la science démontre les dangers de l'agglomération, l'innuencc qu'elle exerce sur la mortalité du soldat ; il est donc indispensable de la combattre avec résolution ; l'armée ne marchande jamais devant ses devoirs, ne lui marchandons pas la santé.
§ III. — I>étailN K<^néranx de la coiiNtrnclion.
T. Matpriav.r de la construction. — Les matériaux de construction les plus avantageux sont ceux qui, réunissant la solidité à la légèreté, sont
280 HAmTATlON'S DU SOLDAT.
mauvais conducteurs du calorique, nullement hygroscopiques, ni susceptibles de donner lieu à un dégagement de gaz délétères. — La France est heureusement riche en matériaux de ce genre, et en les combinant avec soin, on*arriveh utiliser leurs propriétés respectives. Les granits de Cherbourg, de la Bretagne, de l'Auvergne, du Midi, etc., servent, en vertu de leur grande cohésion, à la construction des soubassements, des 'assises, des pierres angulaires, des parties exposées au choc des gros projectiles, des conduites d'eau à ciel ouvert, etc. ; les calcaires des terrains secondaires, relativement assez durs à la taille, conservent la vivacité de leurs arêtes et sont bien appropriés aux parties qui doivent recevoir des ornements ; les calcaires des terrains tertiaires, et parmi eux la pierre meulière, sont moins durs, mais encore très-solides ; on les trouve partout en abondance, ils fournissent aux constructeurs les moellons et pierres de taille. Les grès, à l'exception du grès rouge vosgien, offrent, en général, trop de dureté ou, au contraire, trop peu de résistance ; dans certaines parties de la France méridionale, on emploie certaines variétés de craie qui présentent assez de cohésion. — D'une façon générale, il convient de n'utiliser les matériaux, les calcaires en particulier, qu'après les avoir laissés pendant quelques semaines ou quelques mois à l'exposition de l'air et du soleil qui les dessèche, sans quoi ils se fendent à la première gelée ; tel est, en particulier, le calcaire de la vallée de la Seine (pierres gélives). Kuhlmann a trouvé le moyen d'améliorer la nature de la pierre et de la préserver du salpètrage en l'arrosant et en l'imprégnant de silicate de potasse ; par ce procédé, la - pierre tendre devient d'un aussi bon usage que la pierre dure. La silicatisation d'une siu'face ne coûte que 1 fr. 50 par mètre carré.
Les briques, bien travaillées et sèches, constituent d'excellents matériaux, ainsi que le témoignent les anciennes constructions romaines, et plus encore les magnifiques ruines des grandes villes préhistoriques de l'Asie, du Cambodge en particulier, toutes construites en briques. Elles sont infiniment préférables, par conséquent, aux moellons ordinaires, qui, à h longue, finissent par s'effriter. I,es briques tubulaires, mieux cuites, grâce à leurs vides, sont à la fois plus légères, plus solides, et l'on ne saurait assez en généraliser l'emploi.
Les pierres de taille, les moellons et les briques sont réunis par des mortiers ou ciments dont les matériaux doivent être choisis avec soin. Le mortier ordinaire, formé de chaux (carbonate de chaux) et de sable, offre
.MATÉRIAUX DE LA CONSTRUCTfON. '2»S1
d'autant plus de résistance ([uc la chaux n'aura été employée que mieux éteinte et que le sable aura été privé avec plus d'attention de toute matière étrangère. Les pierres de taille laissent entre elles un intervalle très-étroit, il convient de le remplir avec un ciment composé de sable très-lin (sable : 3; chaux : 1). La chaux hydraulique doit seule être admise dans les parties du bâtiment qui sont exposées à rhumidilé.
Les plâtres convenant le mieux aux constructions sont ceux qui, à poids égal, exigent le moins de volmne d'eau pour se gâcher. Le plâtre (sulfate de chaux, gypse cristallisé), se rencontre avec la môme composition chimique, sous des formes très-dilîérentes suivant les gisements; ils donnent lieu à la diversité de ses conditions plastiques. Le genre de plâtre que l'oq trouve en gisements énormes dans le terrain tertiaire inférieur de Paris, se caractérise dans sa texture par des cristaux grenus plus ou mains serrés", avec interposition dè carbonate calcaire, d'argile et de quelques matières organi(|ues. Calciné et mis en poudre, il absorbe l'eau modérément et se prend en masse dense et solide; les plâtres à structure compacte, fibreuse ou lamelleuse, absorbent rapidement une plus forte proportion d'eau et font une piise bien moins résistante. Presque toujours, en effet, on délaye trop le plâtre pour la consiruclion ; il renferme alors les de son poids d'eau et devient une cause d'humidité pour les murailles sur lesquelles on l'applique en couche épaisse. On doit éviter aussi de l'employer trop près du sol, car alors il se nitrifie et devient également source d'humidité; il faut, dans ces emplacements, lui préférer la chaux et les ciments dont elle fait partie.
Comme couche de revêtement sur les murailles, principalement sur les cloisons de briques, il vaut mieux substituer au plâtre différents stucs qui offrent beaucoup plus de résistance. Le stuc à la chaux s'obtient en mélangeant de la chaux éteinle, provenant de bonnes pierres, avec de la poudre de marbre blanc. Le stuc au plâtre est formé de plâtre choisi et pulvérisé avec soin, gàclié avec de l'eau tenant en dissolution de richthyocoile ou de la colle forte. Ce stuc est susceptible de recevoir un beau poli ; il est plus dur que le précédent, mais il ne peut être employé qu'à l'intérieur des habitations; au contact de l'air humide, il s'altère facilement.
Les différentes espèces de bétons entrent de plus eu plus dans les constructions modernes; ils offrent, en effet, de grands avantages; tout d'abord, eux seuls permettent de construire facilement sous l'eau et dans les fondations profondes, puisqu'il suffit de jeter et de lasser le béton dans
une cavité quelconque pour qu'il en garde la forme. Ensuite, dans les parties qui demandent le plus de solidité, comme, par exemple, les voûtes des caves, il donne la facilité d'utiliser des pierres de petite dimension, que l'on est souvent obligé de rejeter quand on emploie du mortier ordinaire; enfin le béton est excellent pour durcir le sol des écuries, des magasins, des hangars et ne présente aucun des inconvénients inséparables du pavage et de l'empierrement. Les éléments essentiels du béton sont la chaux, le sable et la pouzzolane ou, à défaut de cette dernière, l'argile cuite et la brique concassée; on y ajoute ordinairement des recoupes de pierre ou des cailloux qui diminuent le tassement et augmentent sensiblement la force de résistance. Le béton de Coignet, composé de cailloutis, graviers, terres passes et chaux, s'emploie, comme le pisé, au moyen d'encaissements; un autre béton du même inventeur, composé de cailloux, de sable, de terre cuite pilée, de cendre de bouille et de chaux hydraulique, a la dureté de la pierre détaille et coûte huit fois moins.
Le bois entre dans la construction des casernes sous formes de charpentes, d'escaliers, de planchers, de portes, etc. Malheureusement, il s'altère assez vite par suite des fermentations complexes produites parle concours de l'oxygène de l'air, de l'humidité et des ferments que fournissent ses matières azotées, grasses et salines. Lessusblances azotées se putréfient, les substances à base de cellulose se convertissent en alcool, acide acétique, acide lactique, etc.. C'est surtout à l'aide de cette substance azotée que naissent à la surface des bois les végétations cryptogamiques, moisissures, champignons, etc. ; c'est elle qui sert de pâture k divers insectes, scolytes, saperdes, termites, etc., qui envahissent les bois et finissent par les pulvériser.
La science de la conservation des bois a fait de notables progrès dans ces dernières années, mais elle n'est point récente cependant. Dès 1813, Champy essaya l'immersion des bois dans un bain de suif bouillant ; il ne faisait lui-même qne perfectionner des tentatives plus ou moins heureuses, entreprises surtout par les ingénieurs des constructions navales. Les procédés actuellement mis en usage sont basés sur l'expulsion de la séve et des gaz contenus entre les fd)res du tissu ligneux, et sur leur remplacement par des substances anti-fermentcscibles, parmi lesquelles : le sulfate de fer, les sulfates de cuivre et de zinc obtenus neutres, le pyrolignate de fer, le tannin, le goudron, leshuileset résines, la créosote, le chlorure de zinc neutre, etc. .. A défaut de substances conservatrices, on pourra se contenter
MATfilîlAUX Dl- TA CONSTIIUCTION. 283
(lo la dessiccation lente et graduée dans nne étuve à couiant d'air brfdé, mêlé à la fumée dn combustible, opération complète par nne carbonisation de la surface du bois dans une épaisseur deZi à 5 millimètres au moyen par l'aclion directe de la llamme ; ce procédé s'emploie surtoïit pour les parties de bois qui doivent pénétrer dans le sol, on fait bien de les recouvrir encored'un enduit imperméable, en les trempant dansdu goudron bouillant.
Les bois les plus estimés pour la charpente des habitations sont le chêne et le cliàlaigiiier, à défaut, le piu et le sapin, l'érable, le tremble et même le peuplier. La menuiserie emploie les bois qui se travaillent facilement au rabot, le chêne, le hêtre, le platane, l'orme, le noyer, le sycomore, le merisier, le frêne, le pin, le sapin, le peuplier, etc.
L'emploi des métaux dans la construction des habitations prend tous les jours une extension plus considérable ; l'hygiène ne saurait qu'y applaudir, car elles deviennent ainsi sensiblement plus salubres ; dans la coiislruction des casernes en particulier, il y a tout avantage à n'employer que la fonte ou le fer pour les colonnes et charpentes. En augmentant ainsi l'espace disponible, on laisse pénétrer plus d'air et de lumière ; l'exagération de sonorité, due à l'emploi des métaux dans la construction, peut être combattue avec avantage, et même absolument annulée, par divers procédés qui sont du ressort des architectes ; nous n'y insistons pas. Le fer, sous forme de tôle, peut être substitué au bois pour les portes à claire-voie, les persiennes de fenêtres, etc. ; sous forme de plaques très-minces, on en fait également des marches d'escalier; en supprimant presque entièrement le bois, on réduit singulièrement les frais généraux et l'on éloigne toutes chances d'incendie. Pendant la guerre des Indes de 1857, on a même tenté de construire des murailles en fer, mais on a été obligé d'y renoncer en raison de la trop grande conductibilité du métal pour le calorique et, par suite, de l'échaulTement excessif des habitations ; dans un |)ays froid, le phénomène inverse, c'est-à-dire le refroidissement, se produirait avec la même intensité. INéanmoins il semble que des nnu'ailles en tôle assez épaisse conviendraient pour certains magasins ; aux Ktals-Unis, nous avons pu voir de grands dépôts construits dans ce système, on en semblait fort satisfait.
Le fer paraît devoir entrer dans la construction de certaines parties des fortifications, sous forme de blindages, de voûtes blindées, etc.; mais comme ces locaux servent pour le moment à protéger des pièces de canon bien plus (pi'à loger des hommes, nous n'avons pas à nous en occuper
encore. Pout-êue, cepeiularu, en \iejKlra-t-()n à cuirasser entièrement les forts, comme on cuirasse les navires; de récents travaux publiés en France et à 1 elranger semblent indiquer que telle est la voie fatalement imposée par les progrès de l'artillerie; dans ces conditions, un tel revêtement aurait une certaine action sur la salubrité de ces forteresses.
II. Fondations. Sous-sols. Ii.ez-de-c haussée. — Les premières assises des fondations doivent être solides et réfraclaires à l'huniidilé. Ces qualités s'acquièrent par la nature même des matériaux employés, parmi lesquels le béton et le ciment bydraulique tiennent la première -place : en second lieu, elles dépendent du point d'appui pour lequel on doit cliercher une surface incompressible. Si on ne la rencontre point à une profondeur convenable, on bâtit sur pilotis ou sur couches de maçonnerie encaissée. Il faut à tout prix empêcher que l'eau des nappes souterraines ne puisse pénétrer par capillarité jusqu'aux murs mêmes du biilimentet ne gagne ainsi toute l'habitation. On y parvient tout d'abord en drainant suffisamment le sol, ainsi qu'ila été dit plus haut, en n'employant que des matériaux hydrauliques, en ménageant enfin sous la caserne de grandes caves voûtées, largement ventilées par de nombreuses et grandes prises d'air, à sol imperméabilisé par unecouchedebétons agglomérés. Ces caves constiiuentd'excellenls magasins, servent de refuge en cas de bombardement de la place, et l'on met ainsi la caserne à l'abri certain de l'humidité, grâce à la présence de celle uappe d'air circulant au-dessous des logements les plus inférieurs.
C'est également dans le sous-sol que doivent être disposées les fosses d'aisances, dans le cas où l'on adopterait encore ce déplorable système; en tous cas, on y dispose les locaux destinés à recevoir les fosses mobiles. Mous reviendrons avec détail sur cette question, l'une des plus graves au pointdevue de l'hygiène des habitations.
Dans certaines casernes, on a cru pouvoir, à l'imitation de quelques constructions civiles, placer les cuisines dans les sous-sols; celle disposition est fâcheuse h tous les points de vue; tout d'abord, elle n'est pas favorable pour les cuisiniers et gens de service, qui vivent dans une demi-obscurité; mais elle est, en outre, incommode au point de vue du service, nécessite un va-et-vient continuel dans les escaliers, entraîne la n)alpropreté, entrave la surveillance et ne saurait jamais être acceptée en principe.
Les rez-de-chaussée doivent s'élever sensiblement au-dessus du sol des cours, surtout lorsqu'on n'a pas ménagé des caves dans le sous-sol, ce qui arrivera fréquemment dans les casernes h pavillons multiples; dans tous