VICIATIONS DE L'AIR DANS LES CASERNES
la l)()iiclie nolaininciit. Pelleiikofer (1) a démontré que l'air coiilenaiU un rY:'n//mr d'acide carbonique est presque iiitoléral)le lorsque ce gaz provient de la respiration, tandis qu'au contraire, si cet acide carbonique a été obtenu artificiellement, on peut séjourner dans un pareil mélange sans éprouver aucune impression désagréable. Celte action est vraisemblablement liée à la présence de matières organiques, facilement décelées par l'analyse cbimique. En plus, l'air expiré contiendrait, d'après Wiederli(>ld :2), du cblorure de sodium, du sulfate d'aamioniaque, de l'acide uriquc, des urales de soude et d'ammoniaque (pii seraient abandonnés par le sang à l'épiihélium des extrémités bronchiques, et entraînés, avec les cellules épithélialcs, par le courant de Icxpiralion.
Telles sont donc les modifications qu'entraînent dans l'air les phénomènes de la respiration; on conçoit sans peine que, dans une atmosphère confinée, cet appauvrissement de l'air comme agent de la vie doive aller en augmentant d'une façon rapide.
II. (\mses amenant la viciât ion de l'air (d.uu les casernes. — La respiration de l'homme est, sans conteste, la principale cause de la vicialion de l'air, mais elle n'est ptis la seule cependant.
I/homme exhale une certaine quantité de matières organiques par la >urface pulmonaire; il en disperse encore par la peau, au moyen de la transpiration cutanée, |)ar la destruction des couches superficielles de l'épiderme, dont les détritus (lottent dans l'atmosphère ambiante, par les gaz sécrétés sur la muqueuse intestinale, par les divers produits d'excrétions qui séjournent plus ou moins sur ses vêtements, sur le sol des chambres. — Les vêtements sont imprégnés de substances organiques en voie de fermentation; ils sont incessamment balayés par l'atmosphère ambiante qui -lissout les produits solubles, maintient en suspension les matériaux solides et va les faire pénétrer dans l'organisme humain à chaque mouvement de respiration.
L'homme joue donc un rôle capital dans la viciation de l'air, et l'on peut aflirn'.er que, dans nos casernes, celle vicialion est poussée à un degré exce^siL Qui n'a été frappé de l'odeur parliculièremciil fétide que l'on perçoit en |)énélrant la nuit dans les chambrées et même le jour lorsque
(1) Pelenkofei-, Annalen der Chemie and l'/iarrmcie. Suppl. Il Band, 1 Heft,
(2) VViederliold, Axmd(f.idii;ni fe^tev Slo/p; durch din Lungcn. {Deidsche KIloili. 18.>(), n" 18.)
29fl HAHITATIONS DU SOLDAT.
les fenêtres ne sont point grandes ouvertes ? Cette odeur provient de la présence d'une quantité énorme de matériaux organiques, dont l'existence n'est pas déceiée par les seules sensations, mais bien par des expériences directes.
Recherchant la nature des miasmes fournis par le corps de l'homme en santé, miasmes physiologiques dont l'existence était démontrée tliéoriciuement depuis longtemps, Lcmaire entreprit récenunent l'analyse de l'air contenu pendant la nuit dans les chambres des casernes. Il opéra au fort de l'Est (Paris), dans des chambres où l'air exhalait une odeur très-désagréable; la température marquant 18", il condensa, au moyen d'un appareil à réfrigération, la vapeur d'eau contenue dans l'air et obtint 6 gr. de liquide. Cette eau examinée deux heures après sa condensation, contenait de petits corps diaphanes, sphériques ou cylindriques (microphyles et microzoaires en voie de développement). Six heures plus lard, ces corps diaphanes étaient en bien plus grand nombre; on y trouvait également des infusoires {Bacterium punctum, Bacterium iermo^ Vibrio lineola, du genre Leptothrix), des monadrens et des spores. — Par contre, la vapeur d'eau condensée h l'air libre dans la cour voisine, et recueillie à la même hauteur que dans la chambre, ne contenait, au bout de quarante-huit heures, ni spores, ni monadiens, mais simplement queliues Bacterium, termo. — On sait le rôle important attribué aux vibrioniens dans l'évolution des maladies sepiiqucs; destructeurs énergiques des principes immédiats dans les tissus et les humeurs des êtres organisés, ils jouent essentiellement le rôle de ferments. Nous n'avons point à insister ici sur cette question, encore controversée, de ph3siologie pathologique.
L'atmosphère des chambres de casernes est encore viciée par l'action du mode de chauffage actuellement en usage et sur lequel nous aurons à revenir ; en outre, dans beaucoup de cas, par la propagation jusque dans leur intérieur des gaz méphitiques provenant des fosses d'aisances. En tous temps ces gaz sont irrespirables et môme toxiques; mais si l'on admet, ainsi que tout le démontre aujourd'hui, la possibilité de propagation de certaines maladies inrectieuses (choléra, lièvre typhoïde, dysen-
(I) Voy. Canonge. Considérations sur l'ht/gicne de Vinfantcrie à l'intérieur, thèse de Paris, i 869. — Voy. aussi sur ce point spécial et pour la question des casernes en général. Boisseau, article Caserne in Dictionn. encyclop, des se. médic., ■f* série, t. Xit; et A. Marvaud, Etude sur les casomes et les ca7nps permanents {Ann, d'hyg. pvhl. et de médec. légale, 2<' série 1873, t. XXXIX).