‹ Traite d'hygiene militaireChapitre 55 sur 241 · VICIATIO.NS DE L'AIII DANS LES CASERNES · texte numérisé non relu

VICIATIO.NS DE L'AIII DANS LES CASERNES

tcrie...)par la voie des malières fécales, on conçoit sans peine que leurs émanations, se répandant en toute liberté dans les corridors et les chambres des casernes, viennent jouer un rôle bien direct dans la production des maladies. Il n'est pas besoin, du reste, de ces cas exceptionnels pour rendre l'air confiné dangereux à ceux qui y sont plongés.

III. Action (le l'air confiné sur rorganisme lamain. — Par air confiné, nous entendons en ce moment l'air modifié par l'action de la respiration, et non point celui qui tient en suspension des gaz ou des matériaux provenant d'un voisinage spécialement nuisible.

L'analyse de l'air confiné traduit naturellement les résultats de la respiration humaine, il ne contient plus les 208 wn/Z/CT/îe-s d'oxygène, mais 180, 170, 160 seulement ; au lieu de k dix-millièmes d'acide carbonique, il eu renferme 30, 35 ou AO dix-millièmes (soit 3 à pour 1000). Leblanc (l), dans une salle d'asile, a trouvé 3 millièmes d'acide carbonique et k millièmes dans une salle de spectacle (Opéra-Comique, à Paris), il notait le fait, juscjuc-là dénié, de l'accumulation de l'acide carboni(|ue dans les parties supérieures de la salle, malgré la densité plus grande de ce gaz comparativement à l'air. Les couches supérieures de la salle en contenaient U^h millièmes, les couches inférieures, '2,3. M. Lassaigne, analysant l'air de son amphithéâtre après une leçon, a trouvé sur 1000 parties à -f 19** de température et 0,764 de pression :

Ces faits ne doivent point être oubliés, lorsqu'il s'agit d'établir la ventilation dans les chambres occupées par un grand nombre de personnes.

II est assez difficile d'établir exactement à quel degré la présence de l'acide carbonique commence à devenir une cause de malaise; Leblanc a vu des troubles se manifester sur les habilaiKs d'une école où l'air contenait 10 millièmes d'acide carbonique ; d'autres observateurs ont noté des

(1) Leblanc, Rechercher sur la cotnprmtSon de l-air ronfiné in Annnles de diiinie et lie phijsique, 3« série, 18/j2, t. V, p. 223 ; et Rapport on minisire de la guerre relativement au volume d'air à assurer aux hommes de troupes dans les chambres des casernes. {Ihidem, t. XXVII, p. 373, 1819.)

(2) Lassaigne, Recherches sur la composition fjue présente l'air recueilli dans une <nUe close oii ont respiré beaucoup de personnes. {Ann. d'hyg. et de médec. légale^ J"'" série, t. XXXVl, p. 296, 18'i6.)

[Oxygène 19,80

! Azote 79,58

( Acide carbonique 0,62

Î9fi HAIiHAriONS nu SOLDAT.

symptômes de malaise dès que In vicialion de l'air se traduit par (i ou 7 millièmes; du reste, l'acide carbonique n'est pas le seul élément qui doive être pris en considération. Péclet (i) suppose que l'air devient nuisible dès qu'il ne se trouve plus en proportion suffisanie pour dissoudre les vapeurs produites par l'expiration; il fixe sur ce principe la quantité d'air à introduire pour organiser une bonne ventilation.

Quoiqu'il en soit, la vicialion de l'air peut agir sur l'organisme humain d'une façon aiguë et se traduire par un action rapide et énergique.

Tout d'abord on observe un malaise général, de la céplialagie, des verliges, des nausées, des syncopes et les symptômes de début d'une asphyxie, puis, peu à peu, ces accidents s'aggravent, les sueurs deviennent abondantes, la soif inextinguible, la suffocation inuninente, le sujet tombe dans une stupeur léthargique avec périodes de délire violent, et succombe (2). — L'histoire des campagnes niilitaires fournit quelques exemples remarmarquablcs d'asphyxie produites dans ces conditions. Dans les Indes, 1/|6 prisonniers furent enfermés dans un cachot (Biack-Hole de Calcutta) de vingt pieds carrés où l'air n'arrivait que par deux petites fenêtres donnant sur une galerie étroite. Bientôt il y eut une chaleur insupportable, les prisonniers éprouvaient une soif inextinguible^ se battaient pour approcher des soupiraux où les plus robustes seuls pouvaient atteindre; au bout de huit heures il n'y en avait plus que vingt-trois de vivants. — Pendant les guerres du premier Empire, après la bataille d'Austerliiz, on commit l'inhumanité de renfermer 300 prisonniers autrichiens dans une cave; 260 y succombèrent en peu de temps.

L'action lente de l'air confiné, pour se traduire d'une façon peut-être moins dramatique, n'est cependant pas moins nuisible. C'est un empoisonnement lent que celui qui se produit alors, mais il agit à coup sûr et ses effets n'en sont que plus désastreux. — Dans quelques cas, l'action de l'air confiné se combine avec celui des professions sédentaires; il en est ainsi dans les ateliers, les écoles, les prisons; la note dominante semble être un défaut d'oxydation du sang, un affaiblissement graduel par atonie, une disposition au lymphatisme et aux scrofules. — Nous avons déjà indiqué, plus haut, que la fièvre typhoïde et les autres affections infectieuses sont

(1) Péclet, Traité de In chaleur considérée dans ses applications, 2*édit., 1843, t. II.

(2) Percy, Exemples remorqiiahles d'asphyxie in Journ. de médec. de Corvisart, t. XX, p. 378, 1818.

VICIATIOMS nii I/AIU n.ANS LES CASliniNKS. 291

iiuiinemciU liées à IViicomhreiMOîil, mais pcul-êlre, en ce cas, csl-co moins l'air coiiliné qui agit, ([u'uii ensemble d'auti'es causes; les Anglais regar dent au contraire la pluliisie puliuonaire comme directement causée par la respiration d'un air conliné, sans alfirmer cependant que telle en est la cause unique.

A l'appui de cette opinion que soutiennent Henry Mac-Cormac, dans un travail 's^)écial sur l'étiologie delà pluliisie, Greenliow dans ses comptes rendus sur la santé du i)eupleen Angleterre, Parkes dans soiù'emarquable traité d'hygiène militaire, les écrivains anglais font valoir tout d'abord ce fait, que ;la plilhisie pulmonaire est la principale cause de décès dans toutes les armées européennes ; d'autre part, ils constatent la diminution de cette grave maladie dans les garnisons où le casernement a subi des modilicalions radicales. Eu raison de la variété des lieux où se trouvent dispersés leurs régiments, dans des climats et sous des latitudes essentiellement différents, il n'est guère, dit Parkes, de condition, partout existante, autre que le casersiement, qui puisse produire de tels effets. — C'est à cette même cause qu'il faudrait allribiier également la fréquence de la pluliisie pulmonaire dans la marine de guerre, aussi bien que dans la marine marchande, fréquence qui sur certains bâtiments prend /é'.s- proportions d'une épidémie, la maladie semblant se transmettre d'individu à individu (i).

A la prison de LéojX)ldstadt à Vienne, où la ventilation était fort mauvaise, sur ^i280 détenus, de 183't à 18^7, 378, soit 86 pour 1000 succombèrent à diverses maladies, et sur ces 378, "220, soit pour 1000 par le fait de phihisie pulmonaire. Au contraire, dans la même ville do Vienne, à la maison de correction, sur 30:]7 prisonniers de 18r)0 à l85Zi, on n'observa que ^i3 décès, soit Ki pour 1000, et sur ces ^i3 décès 'l'i ou 7,9 pour 1000 |)ar plilhisie pulmonaire. Paikes fait du reste remarquer avec raison qu'il y aurait lieu de tenir compte, en pareil, cas de la durée de l'emprisonnement, quoique dans son opinion la durée seule no saurait jusiilier une pareille différence.

La production artificielle de la phtliisic chf/, les animaux semblerait confirmer ces vues, et Arnold y trouve l'explication de la mortalité extraordinairemenl fréquente par phthisie chez les singes enfermés dans les cabanes des jardins zoologiques,

(1) Stntistical reporta; on the health of the >wv!/,el plus particulièrement Gavia Milroy, The /fçlth of f/»' r<,i/ol om-i/, [HQ'2, p. et ô'i.

Les auteurs fiançais accordent un grand rôle à l'air confiné dans la propagation de la philiisie, à supposer qu'elle ne puisse se développer sous sa seule influence. Si, avec Villemin et son école, ou legarde le tubercule connue agent spécifique, virulent, par conséquent transmissible et inoculable, on arrive à expliquer très-facilement le rôle du confinement dans l'étiologie de la tuberculose pulmonaire (1). — Villemin admet et semble démontrer que les crachats des plilliisiques contiennent le principe virulent; si ces crachats sont abandonnés sur le sol et se dessèchent, la poussière qui en résulte va, en se mélangeant à l'atmosphère ambiante, pénétrer dans les voies aériennes des individus sains et leur inoculer la tuberculose. — Nulle part, dit-il (2), les conditions favorables à cette transmission ne se trouvent réunies plus que dans les casernes, les prisons, les ateliers (lieux où l'on respire du reste un air confiné). « Qu'on se représente les demeures du soldat, dont le plancher noir et crasseux est inondé de toutes les expectorations. Une ou deux fois le jour, un grossier balai met en mouvement la poussière qui résulte de la dessiccation des substances incrustées dans le sol. Le nuage poudreux qui s'élève du lit d'un tuberculeux est-il toujours innocent pour ceux qui le respirent, pour ceux qui en avalent les particules tombées sur le pain, déposé sans protection sur une planche? )

Nous n'avons pas h discuter ici la grave question de la tuberculose, de ses rapports avec la phlhisie pulmonaire. Toutes les phthisies sont-elles tuberculeuses, et même eu admettant la doctrine de Villemin, doit-on nier absolument la possibilité de phthisies succédant à des inflammations chroniques et non spécifiques du poumon? Peu importe eu ce moment, et quelque théorie que l'on admette, aucun pathologiste ne saurait nier actuellement] l'action particulièrement nuisible de l'air confiné sur l'hématose; s'il ne peut produire la phlhisie à lui seul, au moins aide-t-il singulièrement à sa propagation. Au point de vue de l'hygiène, cela suffit amplement pour nous indiquer la nécessité de combattre ce confinement, à la fois par l'augmentation du cubage atmosphérique dans les habitaîions et par l'application d'une ventilation aussi abondante que possible.

IV. Fixation du cubage atmosphérique dans les casernes. — Nous avons

(1) Voy. Villemin, Étndes sur la tuberculose, preuves ratinnnclle.<i cl expèrimcntnlca de sa spécificité et de son moculnbilité ^ Paris, 1868 ; et du même, T)c la propagation de la phthisie, mémoire lu àl'Acacl. de médec, le 13 avril 18G9, in Gaz, hebdomad., 18G9.

(2) y'xWQmn, De la propagation, etc., \\. \h.

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