I5GANISATI0N DES ARMÉES, PRINCIPES DE LEUR RECRUTEMENT
L'armée d'un pays, prise dans les rangs de la population, suit en général un développement proporliomicl à son degré de civilisation, à sa vitalité, à son organisation sociale. 11 importe que l'hygiéniste auquel les grandes lois qui règlent la marche du progrès ne sauraient demeurer étrangères apprécie celle siuiation dans son cnsemhlc ; il importe aussi qu'il ne se hornc pas à connaître ce qui se passe dans l'armée et le pays auxquels il appartient, mais qu'il n'ignore pas les grands traits de l'organisation des armées étrangères, avec lesquelles les événements de la guerre peuvent le mollre éventuellement en contact; il y trouvera, sans aucun doute, des points de comparaison dont il devra profiter lui-même et faire profiter son armée.
En ce qui touche l'armée française, nous chercherons à retracer brièvement les transformations que sa conslitutiou a dû subir aux diverses périodes de notre histoire. En cela nous n'avons pas la prétention de faire œuvre historique, niais simplement de montrer les rapports qui existent entre l'organisation de l'armée, son chiiïre, son mode de recrutement et la Constitution de la société civile; ces données appartiennent à l'économie sociale que l'hygiéniste et le militaire ne doivent pas ignorer s'ils veulent remplir dans la société le rôle que leur position et leurs devoirs imposent naturellement.
MOKAClit. — Ilyg. iiiilit. 1
ARTICLE — l'armée française depuis la fondation
DE LA MONARCHIE JUSQU'A LA RÉVOLUTION § I. — Uc Van StO sk répuqiic de liouvois.
L'existence de la France indépendante ne date véritablement que de l'an 540, époque de la cession faite par Justinien aux fils de Clovis de tous les droits de l'Eujpire Romain sur la Gaule. Établis dans ces magnifiques provinces qu'ils avaient conquises, les Francs eurent le mérite de ne point trop modifier les institutions politiques romaines encore existantes; ils conservèrent les divisions administratives et territoriales, en substituant seulement leurs ducs et comtes aux agents romains. Le duc ou comte, placé à la tête de chaque cité, avait le droit de faire prendre les armes à tous les citoyens valides, lorscjue le territoire du comté ou du duché était envahi ; dans ces armées régionales prenaient place les descendants des anciennes légions romaines qui, après la conquête, avaient préféré rester dans le pays où ils avaient contracté de nombreuses alliances avec une population dans laquelle ils se fondaient de plus en plus.
Les Francs, de leur côté, conservant encore leur première organisation germanique, se réunissaient sous forme de bandes autour du chef dont ils suivaient la fortune. Peu à peu cependant, les Francs ne tardèrent pas à se fondre aussi dans la population gallo-romaine, caria bande organisée pour la guerre permanente ne pouvait subsister indéfiniment; les chefs francs eux-mêmes, mis en possession de vastes domaines, cherchèrent à créer des centres de populations autour de leur concession ou fé od. Quoique, dans le principe, ces concessions territoriales ne fussent que temporaires, cependant les bénéficiaires tendaient de plus en plus à s'immobiliser sur le sol en se dégageant peu à peu des obligations militaires qu'ils avaient à remplir au service du souverain.
Jaloux de maintenir son droit de commandement sur les habitants de ses provinces, Charlemagne chercha k leur imposer un système militaire se rapprochant singulièrement de l'organisation romaine ; la propriété devint la base du service militaire; l'honime possédant un fonds de terre représentant quatre manses (600 fr.) devait s'équiper h ses frais et servir pendant trois mois, mais il pouvait être retenu jusqu'à la fin de la guerre (Capitulaire de 803); l'homme possédant douze manses (1800 fr.) était levé pour la cavalerie. Moyennant le versement d'une somme de cinq sous
1,'AR.MÉli FRANÇAISE JUSQU'A LA RÉVOLUTION DE 1789. 3
(78 fr.), on pouvait s'exonérer du service pour une année. L'état des hoinnics à fournir par chaque comté était dressé par ordre de l'Empereur ; les comtes gardaient un double de cette liste alin de vérifier la présence des hommes appartenant à leur commandement.
D'après les Capitulaires de Charlemagne, les mend)res du clergé ne devaient pas servir en personne, ils étaient seulement obligés de payer une certaine somme pour l'enlretien de l'armée, mais en revanche nul ne pouvait entrer dans les ordres sans l'autorisation de l'Empereur. Les jeunes mariés étaient exemptés de la campagne qui suivait leurs noces, et à un autre i)oint de vue, les hommes condamnés pour crime, ainsi que les serfs de la glèbe ne pouvaient faire partie de l'armée. Comme tous les conquérants, Charlemagne avait fatigué le pays par ses guerres continuelles, et l'empire qu'il avait réuni dans sa main de fer ne larda pas à se diviser. La féodalité s établissait peu à peu par l'indépendance de plus en plus grande ({u'allirmaient les comtes en cherchant à grouper autour de leurs châteanv le plus grand nombre possible de vassaux. Ils montraient pour ces derniers la plus grande tolérance à l'endroit du service militaire, tandis qu'ils le faisaient poser durement sur les possesseurs d'alleux ou biens héréditaires, (\ni persistaient à demeurer indépendants. Le sentiment d'une conunnne défense contre les Normands détermina bientôt beaucoup de petits propriétaires à i<e grouper autour de leur seigneur.
La dynastie des Capétiens eut, comme on le sait, la plus grande peine à maintenir l'intégrité du pouvoir royal. Chaque duc ou comte prétendait avoir sur son domaine les mêmes droits que ceux exercés par le roi dans le duché de France et même dans les /m'es d'obéissance ou roi; les vassaux du roi mettaient du reste fort peu d'empressement h lui fournir les contingents de soldats. Néanmoins, dans le cas d'une guerre défensive et nationale, le roi pouvait convoquer ses arrière-vassaux en appelant directcmenl aux armes tout homme libre.
Pendant toute la durée de la féodalité, le service militaire était donc en partie basé sur la possession territoriale, du moins en ce qui avait trait au service véritablement national, celui qui était dû au roi; les seigneurs, toujours en querelle, levaient fréquemment leurs vassaux pour marcher contre un seigneur voisin. Le mécanisme de la levée générale était trèssimjile; lorsqu'une expédition allait être entreprise, le roi avertissait les grands vassaux, ceux-ci convoquaient à leur tour les arrière-vassaux.
Peu h peu les comtnunes, parvenant à se soustraire à la hiérarchie féo-
4 OllGANISATrON DES ARMÉES.
dale, afTirmaient leur exislencc propre en restant alliées à la royauté comme à un seigneur naturel. Bientôt apparurent les milices communales, en mênjc temps que dans l'ordre politique naissait le tiers qui figura pour la première fois comme élément militaire à la bataille de Bouvines (121/i). Le service militaire des communes était calculé, comme celui des fiefs, sur l'importance de la propriété territoriale. Quand le ban féodal était convoqué, chaque commune se faisait représenter par un certain nombre de soldats; quand le roi appelait ram'èré'-i^an, chaque homme valide devait marcher.
Telle fut l'origine de l'armée française ; la milice communale représen' lait la nation elle-même, l'élément plébéien, dans l'armée royale.
Au milieu des événements si graves qui accompagnèrent l'envahissement de la France par les Anglais, après l'écrasement de l'armée et surtout de la noblesse aux funestes batailles de Crécy (13A6), de Poitiers (1356), d'Azincourt (l/il5), les états généraux posèrent un principe nouveau : celui de l'obligation du service pour tout Français, mais avec exonération possible au moyen d'une prime en argent. Les sommes qui en résultaient servaient à enrôler les volontaires. Celte contribution fut quelquefois portée jusqu'au cinquième ou au quart du revenu; c'est alors qu'apparurent dans nos armées ces troupes des francs archers ou francs arbalétriers de telle ou telle ville, ces corps plus ou moins réguliers, connus sous le nom de 'routiers, et qui se recrutaient parmi les Génois, les Italiens, les Brabançons. Ils firent presque autant de dommages au pays lui-même qu'ils pillaient impitoyablement, qu'aux Anglais dont bien souvent ils servaient la cause ; aussi Charles Yll se hâta-t-il de les dissoudre dès que cela fut possible, en les renvoyant chez eux moyennant une assez forte somme. Il fit adopter par les étals généraux de 1^39 la création d'une véritable armée régulière et permanente, composée dès le principe de quinze compagnies de cent lances (six hounnes et six chevaux chacune). Les compagnies, formées par le roi et entretenues par la province où elles tenaient garnison, recevaient leurs officiers de la nomination royale; elles étaient fréquemment inspectées au point de vue de l'effectif en hommes et en chevaux.
L'infanterie restait à créer. Charles VII, Louis XI, Charles VIII, essayèrent d'organiser une infanterie régionale, fournie par les paroisses proportionnellement au nombre de leurs feux. Nommées francs archers sous Charles VIII, plus tard légions, sous François l"", ces troupes n'eurent jamais grande cohésion ni grande instruction militaire; en vain chercha-t-on à les augmenter par des engagements soi-disant volontaires, mais
J.'AKMfiE FRANÇAISE JUSQU A LA lU'.VOI^UTION DE 1789. 5
qui n'éiaieiil en somme autre cliose qu'un véritable racolage. Aussi devint-il nécessaire d'introduire de nouveau l'élément étranger dans l'armée royale; les Suisses, les Écossais, fournirent des gardes à Louis XI, les Allemands des lansquenets à Charles VIII et Louis XII, les Italiens des troupes à François P'. Ces corps, en général, braves et disciplinés, rendirent de grands services à la royauté, mais ils avaient les inconvénients communs à tous les corps mercenaires, en particulier celui de coûter fort cher.
Les guerres religieuses eurent pour effet de militariser tout le pays eu mélangeant les diverses classes sociales sous les drapeaux de la Ligue ou sous ceux des Huguenots, dont les bandes, d'abord irréguliéres, finirent cependant par tenir lete aux solides fantassins espagnols. Henri IV, réunissant sous son conuDandement tous ces éléments divers, les fondit en quatre régiments permanents, qu'on appelait les quatre vieux, Picardie, (Champagne, Piémont et Navarre; il en existait d'autres, mais provisoires, et que l'on licenciait à la fin de chaque campagne. Sous Louis XIII, Richelieu, corrigeant les abus non^brcux que faisait naître le manque de discipline et de contrôle, s'acharnant à briser les derniers vestiges de l'élément féodal, donna à l'armée une cohésion qu'elle n'avait point encore comme, mais ne l'augmenta pas sensiblement; elle tendit même h décroître sous Mazarin, qui laissa reparaître les malversations et l'indiscipline que la main ferme de Richelieu avait rendues de plus en plus rares.
§ II. — Depuis Lauvois jus<|n''jk la Révolution de f ÎS».
En 16G6, Louis XIV confia à I ,ouvois la direction des affaires militaires ; dès le débutcc dernier monlra, dans leur organisation, cette volonté énergique et ce génie qui ont fait de ce ministre le véritable créateur de l armée française. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de toutes ses créations, car il faudrait passer en revue tons les services de l'aruiée. En dehors des questions de commandement, de fonctionnement inférieur des corps, en dehors des règles précises qu'il institua pour l'avancement, les exercices, l'uniforme, nous lui devons les premiers hôpitaux miliiaires, les casernes, les magasins de vivres, l'institution des Invalides, la création du corps et des écoles d'artillerie, du corps du génie, etc. Il eut l'incontestable mérite de s'entourer d'inspecteurs généraux qui tous sont restés célèbres. Martinet pour l'infanterie, Oumetz pour l'artillerie^ Vauban pour le génie.
L'armée de Louis XIV, ou plutôt celle de Louvois, ne se recrutait que
6 ORGANISATION HES ARMÉES.
par des engagements volontaires. Aussi, lorsqu 'après de longues années de guerres, les rangs des régiments commencèrent à s'éclaircir, on dut chercher à réorganiser les milices en les recrutant d'abord (1688) par la désignation des autres habitants de la même commune, puis (1()90) par le tirage au sort.
Bientôt ces éléments ne sufTirent plus, et l'on songea à convoquer l'arrière-ban, tentative dont il fut impossible de tirer un nombre d'hommes suffisant, et qui eut simplement pour effet de remplir les caisses du trésor de l'armée avec les sommes versées sous le titre d'exonération. En 169/i, 1695 et 1703, la pénurie du trésor força de recourir à ce moyen. Sous le ministère d'Argenson (1757), les cadres, fortement ébranlés par les guerres de la fin du règne de Louis XV, reçurent une organisation nouvelle, et le service de santé fut définitivement constitué, mais le nombre des soldats légèrement réduit.
Le gouvernement avait fait rendre en 1726, puis compléter en 177^1, une ordonnance qui organisait les milices provinciales; tout en restantdans leurs foyers, elles devaient être exercées aux manœuvres, et le furent elfectivement, en sorte que l'on put en détacher des bataillons et des régiments entiers pour combler les vides de l'armée régulière. Le recrutement de la milice était basé sur un tirage au sort annuel entre tous les individus âgés de seize à quarante ans, chaque individu faisant successivement partie de tous les tirages au sort. Les homnies mariés ne devaient partir qu'après les célibataires, et il existait, en outre, de nombreux cas d'exemption pour les fonctionnaires du gouvernement, les ecclésiastiques, les chefs de culture.
ou d'industrie, ctc L'opération du recrutement commençait par la
visite médicale, puis les inscrits tiraient au sort en présence des magistrats municipaux. Le classement !ie s'opérait point par voie des numéros, mais par la désignation, au moyen de bulletins blancs ou noirs mis en certaine proportions dans l'urne où chaque individu venait puiser.
L'organisation de la milice demeurait assez peu populaire dans les campagnes, d'autant plus que la loi était appliquée avec une grande régularité. Aussi, en 17 75, Louis XVI essaya-t-il de la supprimer, mais pour y revenir dès 1778. Le ministère du comte de Saint-Germain avait été marqué par de grandes modifications dans le cadre des états-majors, par l'organisaliou des troupes en corps et divisions permanentes, par de notables améliorations apportées à l'instruction et à la discipline intérieure des corps; aussi l'armée de Louis XVI offrait-elle un degré de perfection très-réel. On put
l.'AKMÉli FHANÇMSE SOUS LA UÈVOLUTION LT l7l'.\Il>ll\i;. 7
s'en apercevoir, (|iielques années après, lorsqu'elle servit de cadre pour la fornialion des nouvelles armées que la France dut mettre sur pied pendant la période des guerres de la Révolution ; on fut heureux de pouvoir puiser dans ses rangs des officiers, souvent fort instruits, dont beaucoup ne tardèrent pas à devenir d'illustres généraux.
ARTICLE II. — l'ahmée française depuis la révolution jusqu'à l'époque actuelle
§ I. — l*éi-îo<Ic réYolutionnairc
Lorsque la Constituanle, après avoir aboli les privilèges, voulut aborder la reconsiitulion de l'armée, dont les cadres avaient été complètement désorganisés par l'émigralion, elle dut abandonner le tirage au sort, que la plupart des cahiers signalaient comme un emblème de corruption, d'arbitraire et d'abus; l'Assemblée chercha vainement un mode de recrutement qui pût satisfaire la nation, et n'arriva pas à organiser de système pratique. La formation des gardes nationales lui semblait pour le moment répondre aux besoins les plus pressants, ceux de la révolution intérieure; mais lorsqu'elle vit la France menacée d'une grande guerre étrangère, elle dut décréter, en 1791, la mobilisation des gardes nationales, en admettant (jue certaines légions sédentaires resteraient dans leurs départements respectifs, tandis que des corps détachés iraient seconder les troupes de ligne aux armées actives (^i-12 août 179!).
I. — Appui au peuple. — Enrôlements. — Réquhit'um permanente. — La mobilisation de 1791 s'effectua très-incomplétenient, et, devant la marche envahissante de l'ennemi, l'Assemblée lança, le 8 juillet 1 792, l'appel au peuple et l'orgam'sation des bataillons de volontaires auxquels on confiait, ainsi qu'aux légions de garde nationale, le droit d'élire leurs officiers (6-20 juillet 1792).
iMalgré l'enthousiasme officiel que l'on déploya à ce sujet et que la passion politique a prolongé jusqu'à nos jours, les enrôlements volontaires furent loin de donner ce que l'on avait cru y trouver: après avoir fait appel à la bonne volonté, au patriotisme, il devint nécessaire de revenir à des procédés infiniment moins libéraux, mais plus pratiques, que l'ancien régime n'eût certes jamais osé appliquer, c'est-à-dire à la réquisition perm.ancnle; le 2^ février 1793, la Convention appelait aux armes 300 OQO honuiiesde
dix-liilit II quarante ans, qui devaient être recrutes : \° par des engagements volontaires, 2" par des enrôlements forcés dont elle abandonnait le principe et le mode d'application aux autorités de chaque district.
En niême temps, la Convention, comprenant enfin, à la suite de cruelles expériences, que les armées hc s'improvisent pas et que l'enthousiasme n'est pas suffisant pour remplacer l'instruction, rendait un décret fusionnant les bataillons de volontaires avec les régiments de ligne, sous le nom de demi-brigades; les soldats de la ligne devaient servir jusqu'à la paix, les volontaires pendant une campagne seulement ; de plus le principe de l'élection des officiers était singulièrement modifié, le ministre de la guerre devant choisir les officiers de chaque grade sur la liste de présenlation faite par les officiers du grade immédiatement inférieur.
II. — Levée en masse. — La ré((uisition permanente donna lien à de nombreux désordres et ne suffit pas à combler les vides de l'armée ; dès le 27 août 1793, la Convention dut proclamer la levée en masse de tous les hommes de dix-huit à vingt-cinq ans. Grâce à l'activité et au génie de Carnot, cette mesure fournit enfin des contingents sérieux, puisque, en février M9U, 1 200 000 hommes se trouvaient sous les armes, dont 700 000 complètement organisés. L'unité et la force du commandement étaient rétablies parla suppression du principe de l'élection, parle recrutement des officiers au moyen de l'École de Mars et de l'École centrale préparatoire qui devint bientôt l'École polytechnique, par l'organisation des divisions permanentes, imitation heureuse de la légion romaine que M. de Saint-Germain avait déjà introduite dans l'armée française.
Après tant de désordres et de maliieurs, l'armée française se trouva constituée sur des bases solides, du jour où l'on comprit que la discipline et l'instruction sont le fondement de toute organisation militaire. La nouvelle armée ne tarda pas à consacrer ces principes par la plus éclatante des démonstrations ; elle chassa l'étranger, sauva la patrie et imposa au monde étonné l'acceptation de cette république française, qui, sans elle, n'eût pas tardé à succomber, en entraînant peut-être dans sa chute la France tout entière.
Avec le succès et la paix, avec l'apaisement des passions politiques, l'ordre et la méthode rentrant dans les esprits, on comprit le besoin d'organiser un recrutement régulier et permanent ; les enrôlements volontaires ne pouvaient suffire, les enrôlements à prix d'argent ne pouvaient reparaître, on en revint à l'idée de la conscription que la Constituante de 1789
L'aRMÉIv KHAN(;A1SI: sous la r.ÊVOIAlTION I-T IVEMPlIlli. 0
avait cependant considérée comme contraire à la liberlé des citoyens. Le général Jonrdan enl l'honneur de présenler et de faire adopter la loi qui a été le poiîitde départ de toute notre législation sur l'armée.
f; II. — Période de réoriranîsatîon.
I. — l^oi (le Can VI et modifications à cette loi m Van VII quant au remplacement — ^ La conscription, d'après cette loi, portait sur tous les Français de l'âge de vingt ans à celui de vingt-cinq ; ils étaient divisés en cinq classes, nominativement enrôlées, et n'avaient point la facullé de se faire remplacer; les classes ne pouvaient du reste être mises en activité de service qu'en verUi d'une loi. Les moins âgés dans chaque classe étaient alors appelés les |)remiers pour rejoindre les drapeaux. Enfin, dans la prévision de grands dangers, la loi de l'an VI replaçait toute la population mâle jusqu'à ([uaranle ans sous le coup de l'obligation militaire, et admettait par conséquent le principe de la levée en masse.
iMalgré la prescription bien nette qui, dans la loi de l'an VI, ne permettait pas aux conscrils de se faire remplacer, le principe du remplacement reparut dans la loi du 28 germinal an VII^ dans celle du 1 3 ventôse an VIII, dans le décret du 18 fructidor an XIII, qui substitua le tirage au sort pour les conscrits au mode d'après lequel les plus jeunes de chaque classe devaient être appelés les premiers sous les drapeaux. Le décret du 18 fructidor an XIII établissait en principe que le remplacement devait être admis seulement pour les individus reconnus incapables de soutenir les fatigues de la guerre et pour ceux gui seraient jugés plus utiles à VÉtat en continuant leurs travaux ou leurs études; de plus, alors que depuis l'an VII la taille niinimum de l'armée était abaissée à l"',5/i/i, les remplaçants présentés devaient avoir au moins l"',r)51 .
Ce système fonctionna pendant tout riùnpire; mais à proi)orlion que la consommation des hommes vint à augmenter, que les générations s'épuisèrent, il fallut, surtout pendant les dernières luttes de 1812 à 1815, revenir en arrière sur les classes précédentes, et d'un autre côté engager l'avenir, en appelant deux ou trois classes par avance; nombre déjeunes gens fournirent quatre et cinq remplaçants, et durent partir eux-mêmes om s'engager comme gardes d'honneur dans la grande levée de 1813. En même temps, les gardes nationales avaient été réorganisées, en englobant tous les Français de dix-huit à soixante ans ; les grenadiers et chasseurs, pris jusqu'à quarante ans, étaient seuls mobilisés; la France fut donc pressurée jusqu'à
10 Or.GANISATlON DES ARMÉES.
son dernier soldat, et le régime de la conscription rendu odieux aux populalions parles illégalités réelles qui en dénaturaient le principe (1); aussi
(1) On appréciera davantage la quantité de force vive que le pays a dû dépenser pendant la période de la République et de l'Empire, en se rendant conipte des levées opérées de 1791 à 181 /t.
M. Germain Sarut, cité par Boudin {Recueil de Mémoires de médec, et de chi" rurgie milU., 3'' série, t. XVIII, p. 08, 1867), en donne ainsi qu'il suit le relevé;
Levée du 2 juin 1791 , 150 000 h.
Levée de septembre 1792 100 000
Levée du 24 février 1793 300 000,
Levée du 16 avril 1793 30 000
Réquisition du .16 août 1793 1 050 000
Conscription du 3 vendémiaire an YIl 190 000
du 28 germinal an VII 150 000
— du 24 messidor an \11 110 000
— du 28 fioréal an X 120 000
— du 5 floréal an XI 120 000
— du 5 floréal an XII 60 000
— du 8 nivôse an XIII 60 000
— du 27 nivôse an XIII 00 000
— du 2 vendémiaire an XIII 80 000
— du 15 décembre 1806 80 000
— du 7 avril 1807 80 000
— du 21 janvier 1808 80 000
— du 10 septembre 1808 80 000
— du 12 septembre 1808 80 000
— du l*"- janvier 1809 80 000
— du 25 avril 1809 40 000
— du 5 octobre 1809 30 000 '
— du 13 décembre 1809 (deux décrets) 100 000
— du l"!' septembre 1812 120 000
— du 11 janvier 1813 350 000
— du 3 avril 1813 180 000
— du 24 août J813 30 000
— du 9 octobre 1813 280 000
— du 15 novembre 1813 sur toutes les classes anté-
rieures 300 000
TOTAi 4 556 000 h.
Il est évident que ces 4 556 000 b. ne représentent pas le nombre des individus réellement partis, mais de ceux demandés ; il y eut toujours un grand écart entre le nombre des appelés et celui des incorporés, les réfractaires étant nombreux. Néanmoins ces chiffres sont instructifs à plus d'un titre.
l'armée française de 1815 A 1855. 11
en pénétrant en France, les alliés proclaniaient-ils partout l'abolition de la conscription, principe que Louis XVIII s'empressa de consacrer par l'article xii de la charte du 13 juin ISih. « La conscription est abolie, le mode de recrutement de l'armée de terre et de mer est déterminé par la loi. >)
ir. — /Première pérmk' de la Restauration. — Légions départementales. — Après une glorieuse et sanglante épopée, l'Empire était tombé, le mouvement patriotique et la levée des cent jours s'éteignirent dans le sombre drame de Waterloo, mais la France vivait encore quoique, pour un temps, paralysée par l'impitoyable invasion qui, en 1815, moins encore cependant qu'en 1871, lui lit payer bien cher ses succès d'un moment, sa richesse, son génie qu'on se llatle en vain d'étoulTor à jamais. Le gouvernement de la Ucstauration, avec un patriotisme reni.arciuable, résolut d'entreprendre, sans tarder, la réorganisation d'une année dont un instant elle pensa avoir encore besoin \wnr assurer l'indépeiulance du pays. Après avoir licencié les armées impériales, on essaya de constituer les légions départementales^ en y faisant enirer tous les hommes encore liés au service, et ceux qui s'engageraient volontairement. Mais l'insuffisance du recrutement par voie d'enrôlements ne larda pas ù se montrer une fois de plus; il devint nécessaire de recourir à un moyen régulier et certain d'avoir des soldats. Le maréchal Gonvion Saint-Cyr, illustre comme général et comme écrivain, eut le courage et le mérite de faire accepter par les Chambres et le gouvernement la loi du 10 mars 1818, à laquelle son nom est irrévocablement attaché.
Iir. — Loi du 10 mars 1818. — L'effectif de l'armée fut fixé à 2.'i0 000 hommes, recrutés par des ap|)els annuels de AOOOO hommes servant pendant six années; le contingent se trouvait réparti entre tous les départements et le tirage au sort désignait, dans chaque canton, ceux qui devaient faire partie de l'armée. En outre, dans le but de créer une force éventuelle, qui, en cas de grande guerre, pût soutenir l'armée active, la loi de 1818 organisait une réserve avec tous les soldais rentrés dans leurs foyers après avoir achevé leur temps de service ; désignés sous le nom de vétérans, les liommes de la réserve servaient également pendant six années.
La loi de 1818, dans le but de peser moins lourdement sur la population, acceptait le principe du remplacement et celui de la substitution entre gens de la même classe; elle admettait, en outre, les cxe-nplions fondées sur les infirmités, sur le défaut de taille, et sur ces situations spé-
12 ORGANISATION DLS ARMÉES.
ciales, qui scmbicnl iiuliquor que les individus auxquels elles s'appli(|ueut ne peuvent elre séparés de leur famille sans y laisser un vide considérable.
Oes dispenses étaient enfui accordées aux hommes que la société désire voirconlinuer leurs éludes, aliii d'entrer dans des carrières où ils doivent rendre au pays des services lrès-iuipor(anls, comme l'inslruclion par exemple.
Sous l'empire de la loi de 1811^, comme plus tard sous celui de la loi de 1832, les exemptions ne devaient pas entraîner des pertes pour le contingent; les jeunes gens exemptés étaient remplacés par d'autres, dans l'ordre des numéros subséquents de tirage, et obtenaient une libération définitive; les dispenses, au contraire, venaient en déduction du contingent; dans certains cas, elles n'étaient même accordées qu'à titre provisoire, et sous la condition que celui qui en était l'objet contractât l'engagement de suivre la carrière en vue de laquelle ses éludes étaient commencées. En même temps (31 octobre 1820), les 94 légions départementales furent supprimées. Leur recrutement avait accusé des inconvénients déplus d'un genre, en particulier celui de produire des différences considérables au point de vue de l'inslruclion entre les diverses légions. Elles furent constituées en 80 régiments d'infanterie, dont le recrutement s'effectua indilTéremtncnt sur l'ensemble du territoire.
On ne larda pas à voir (jue le système des vétérans laissés dans leurs foyers après six années de service ne donnerait pas les résultais que Ton en avait attendu ; aussi, sans toucher aux principes de la loi de 1818, une nouvelle loi, promulguée le 0 juin 1824, vint-elle porter le contingent annuel à 60000 honmies au lieu de 40 000, et le service à huit ans au lieu de six. Le gouvernement reslail, du reste, le maître de n'appeler sous les drapeaux (pi'une }>artie du conlingent annuel, mais les 60 000 hou)tnes étaient, une fois pour toutes, mis tous les ans à sa disposition, en vertu de la loi de 1824, et sans que les Chambres fussent appelées à se prononcer sur le contingent annuel. Ce dernier principe n'enlra dans notre législation qu'en 1830 (loi du 11 octobre 1830).
IV. Loi du 22 mars 1831. — Cette loi avait pour but de réorganiser la garde nationale ; elle admettait, en principe, (|ue la milice citoyenne était destinée non-seulement à maintenir l'ordre à l'intérieur, mais à défendre les frontières et les côtes, à assurer l'indépendance de la France et l'inlégriié de son territoire.
En conséquence, elle admettait la formation des corps détachés, recrutés
l'armée française dk 1815 A 1855. 13
par voie d'engagements volonlaires, puis par la voie de l'obligation, en prenant d'abord les célibataires, après eux les veufs sans enfants, les veufs avec enfants, les hommes mariés sans enfants.
Les circonstances n'amenèrent jamais la mobilisation de cette partie de la garde nationaie ; elle n'eût vraisemblablement pas rendu les services que l'on se croyait, à cette époque, le droit d'en attendre.
V. — Loi du 2î mars 1832. — Cette loi, sauf quelques modifications sur lesquelles nous allons revenir, devait subsister jusqu'au 31 décemjjre 1872; elle était basée sur les mêmes principes que la loi de 1818; le contingent annuel levé par voie de tirage au sort se trouvant déterminé, chaque année, par une loi, l'armée se composait : l«de l'effectif entretenu sous les drapeaux ; T des hommes laissés ou envoyés en congé dans leurs foyers. — La loi de 1832 admettait le remplacement, la substitution, les exemptions et les dispenses en déduction du contingent; elle exigeait sept années de service, au lieu des huit inscrils dans la loi de 1818.
Depuis 1832 jusqu'à 1856, les conlin<,'ents volés parla Chambre ont été de 80 000 hommes, puis ensuite de 100 000, 5 l'exception des classes 1856, 1855 et 1858, sur lesquelles il a été levé 140 000 hommes (guerres de Crimée et d'Italie). Malheureusement, avec l'augmcnlation de la richesse publique, le nombre des remplaçants s'accroissait de plus en plus; leur recrutement était devenu un véritable commerce scandaleux; les industriels qui l'exerçaient et en tiraient souvent des bénéfices considérables, connus du reste du public sous le nom de marchands d'hommes, ne craignaient pas de faire ajipel aux plus basses passions, aux vices les plus honteux pour attirer dans leurs agences les malheureux qu'ils destinaient à leur trafic; ils venaient poursuivre les honnnes libérables jusqu'à la porte des casernes ; à Marseille, ils attendaient au débarquement les soldats revenant de l'armée d'Afrique avec un congé de libération, les attiraient de mille manières, leur offraient, avec de l'argent, tous ces plaisirs grossiers dont ils avaient été privés, devenaient leurs amis jusqu'à ce qu'ils en eussent fait leurs débiteurs pour des sommes importantes. Ces malheureux n'avaient bientôt plus d'autres ressources que de se vendre pour payer des billets qu'ils avaient souscrits, le plus souvent en élat d'ivresse. — Ces faits et d'autres plus graves encore révoltaient la conscience des honnêtes gens ; le gouvernement cherchait à y porter remède, mais il le pouvait difficilement, car il restait olficiellement étranger à la présentalion des remplaçants; il ne se prononçait que sur leur admission. — D'un autre côté, on pouvait constater que, sauf
d'honorables exceptions, les reniplaçaiils fournissaient une proportion beaucoup plus considérable que les appelés dans la slalisliquc des condamnations pour insubordination, désertion et même pour délits généraux; ils étaient mauvais soldats, rebelles à la discipline, enclins à la simulation, qu'ils étaient en un mot ce que l'on peut attendre do déclassés venus dans l'armée pour quelques centaines de francs gaspillés en débauches.
11 convient de faire une réelle exception en faveur des remplaçanis fournis par quel([ues départements populeux de la France, par ceux de l'Alsace en particulier; nombre de fils de cultivateurs nés dans cette patriotique province venaient servir pendant sept années dans l'arujée, y donnaient l'exemple du courage et de la discipline, puis retournaient au pays, emportant leurs économies, et devenaient ensuite de bons et braves paysans, d'honnêtes ouvriers, comme leurs pères l'avaient été avant eux. Si l'armée n'avait eu que des remplaçants alsaciens, elle n'eût jamais songé à s'en plaindre; mais telle n'était pas l'immense majorité des remplaçants, dont le nombre arrivait à constituer presque le quart de l'effectif des contingents annuels.
VI. — Loi du 26 avril 1855 sur la dotation de l'armée. — L'opinion publique accepta avec satisfaction la loi du 26 avril 1855, par lacjuelle les jeunes gens compris dans le contingent annuel ou incorporés pouvaient s'exempter du service au moyen d'un versement fait à la caisse de la dotation de l'armée; celle-ci, d'autre part, payait une prime fixe et une haute paye journalière aux soldats qui, parvenus à la fin de leur service personnel, désiraient se réengager. La caisse de la dotation soldait également une prime d'engagement aux jeunes gens libérés du service militaire par leur numéro, qui venaient néanmoins contracter un engagement; on appelait ce système le remplacement par voie admiiiistradve. (blette mesure s'écartait singulièrement des principes admis par la loi de 1832 et la loi de 1818; sous leur empire, l'appelé devait servir en personne ou par la personne de son supj)léant; il en restait responsable pendant toute une année, à ce point i\uc si le remplaçant venait à déserter ou à décéder avant cette époque pour une cause étrangère au service, le remplacé devait marcher à sa place ou fournir un nouveau suppléant. Avec la loi de 1855, le gouvernement intervenait lui-même dans le rem|)lacement, et, quoique la chose fût peut-être moins directe, il n'en résultait pas moins que, moyennant une somme versée à la caisse publique, le jeune Français pouvait se dispenser du premier de tous les devoirs, celui de la défense de son pays.
l'armée française, loi DL 1855 SUR LA DOTATION. 15
Des arguments assez sérieux plaidaient néanmoins en faveur de la loi sur la dotation de l'armée. On pouvait espérer que les anciens soldats, réengagés avec prime, devicndraienl le noyau d'une armée solide, de vétérans analogues à ceux du premier Empire. ^lis à leur aise par suite de la haute paye et de i'esjioir d'une somme assez ronde, résultat de deux ou trois réengagements, ils prendraient goût, disait-on, à la vie militaire, et le jour de leur retraite enfin arrivé, ils pourraient jouir d'une aisance relative. Ces conjectures étaient assez vraisemblables, malheureusement l'expérience est venue démontrer que l'on avait commis une faute capitale en acceptant la loi de la dotation.
Celui que l'on nomme un vieux soldat, dans la vraie acception du mot, n'est point Fhonune qui, vieilli sous le harnois, a passé de longues années dans les casernes, mais bien celui qui, au bout de deux ou trois ans de service, a accjuis le maximum de l'instruction militaire, est rompu à la discipline, chez lequel les idées de devoir et de patriotisme ont acquis celte iiauicur que l'on trouve plus prononcée peut-être dans l'armée que partout ailleurs. Les vieux soldats du camp de Boulogne, avec lesquels Napoléon put faire ses plus belles campagnes, ces vieux soldats de la grande armée, ces héros des campagnes du Uhin, d'JÈgypte, d'Italie, avaient au plus vingt-huit à trente-deux ans; ils provenaient des levées de 1793, 179/i, 1795. — Plus tard, le légendaire vétéran, le vieux grognard brûlant sa dernière cartouche à 'NVatcrIoo, après avoir reçu le baj)tème du feu à Jemmapes ou à Fleurus, était devenu un être absolument exceptionnel. Tous ces soldats du premier jour dormaient ensevelis sous les tertres des champs de bataille ou sous les neiges de la Russie!
Le vieux soldat, dans le sens militaire du mot, est un homme jeune au point de vue de l'âge, parvenu à l'apogée de son développement physique et intellectuel. Les vieux soldats, restés au service pour bénéficier delà loi sur la dotation, étaient au contraire des hommes âgés, que la vie militaire, cette vie qui vieillit si vite ceux qui la suivent, avait usé prématurément. La garde impériale en renfermait naturellement un grand nombre ; les inspecteurs généraux d'armes, aussi bien que les médecins, signalaient avec insistance les dangers du vieillissement de ce corps d'élite; aussi, dérogeant au principe même qui avait présidé à la formation de la garde, le gouvernement se décida-t-il à y introduire des hommes du contingent pour les années 1867, 18(i8 et 1869.
Les réengagements se produisaient en nombre si considérable que, sur
16 ORGANISATION DES ARMÊliS.
32 000 sous-officiers, 23 000 étaient réengagés avec prime, tandis qu'avant 1855 le nombre des sous-oiïiciers réengagés ne dépassait pas 3000 ou ^000. Il résultait en outre du nombre des engagements et réengagements avec prime que, pour se renfermer dans les limites budgétaires, on ne pouvait plus incorporer dans l'armée que quelques mille hommes du contingent volé! Le jeune Français en arrivait à perdre l'habitude de servir sa patrie, et l'on peut juger de cette situation morale vraiment déplorable en jetant les yeux sur le tableau suivant, emprunté à Michel Lévy (1).