LOCAUX DISCIPLINAIRES
les écuries , tendre à une application restreinte du principe des fosses mobiles, tel (lu'il est en usage pour l'enlèvement des déjections huniaines.
ï,es auges-abreuvoirs pour les chevaux doivent avoir en général 0"S(i() de largeur et 0"', 50 de profondeur dans œuvre, leur hauteur est de 0'",80; leur surface intérieure étant complètement imperméabilisée et cimentée, elles doivent otïrir pour l'eau un écoulement facile. En raison de l'espace à réserver pour la libre circulation autour d'elles, les anges-abreuvoirs dans un quartier de cavalerie, occupent une superficie de 7^0 mètres carrés environ.
Les manèges peuvent être considérés counne annexes des écuries, ainsi (jue les promenoirs couverts dans certains dépôts de remonte. Les vastes dimensions nécessaires aux premiers, la disposition en hangar des seconds leur assurent une aération suiïisanie et l'hygiène n'a point à formuler d'indication spéciale à leur endroit.
§ IX. — Eiocaux disicipliaaircs.
Ces locaux comprennent une salle de police pour les sous-officiers, une salle de police pour les caporaux ou brigadiers, une salle de police pour les soldats; il existe en outre une prison pour chacune de ces catégories et enfin trois cellules par bataillon d'infanterie, une cellule par escadron [art. 2'i du rbalement du 30 juin 1856).
Au point de vue de l'hyyiène, comme à celui du droit, il faut bien établir que si la discipline militaire est une des bases de l'existence môme de l'armée, les mesures nécessaires pour la maintenir ne sauraient être telles que la santé des militaires soit exposée à en souiïrir.
Le commandant a le droit de posséder et le devoir d'appliquer des mesures très-énergiques, mais elles ne sauraient, on le comprend, du reste, se transformer en peines corporelles. Tels sont les principes (jui dominent dans l'armée française depuis près d'un siècle.
Il serait donc inhumain de ne point apporter, dans la construction et l'aménagement des locaux disciplinaires, toutes les améliorations dont l'hygiène moderne permet de disposer. On objectera, il est vrai, que l'incarcération elle-même est une peine corporelle; cela est exact lorsciu'il s'agit de détentions prolongées, mais ne doit pas l'être lorsqu'il s'agit de mesures disciplinaires subies dans les corps de troupes.
\j instruction complémentaire alloue à chaque homme 9 mètres cubes
UOO HAraXATIONS DU SOLDAT.
dans les salles de police et prisons ; cette lixation est notoirement iiisuflisantc, aussi esl-elle sensiblement dépassée dans la plupart des casernes; il convient de fixer un minimum au moins triple de celle donnée, en réclamant 30 mètres cubes environ, ou un peu moins lorsque l'on aura adopté un système de ventilation.
Sur ces bases, les salles de police ou prisons consisteront en vastes locaux réunissant toutes les conditions de salubrité en temps qu'exposition, assècliement, éclairage et ventilation. Les règles énoncées plus haut pour les chambres mêmes des hommes ne sauraient êlre non plus méconnues pour les locaux disciplinaires. Elles y sont toutes applicables et nous n'avons point h y revenir.
Dans plusieurs armées, on lend à remplacer le système des salles de police ou prisons communes par celui de l'isolement dans les cellules. En France, la cellule existe également, mais comme mesure disciplinaire ex trème, plus grave que les deux autres. L'adoption de l'encellulement pour tous les degrés de la répression disciplinaire aurait l'avantage de rendre la punition beaucoup plus effective, en permellant aussi de soustraire le militaire à la déplorable influence qu'exercent sur lui ses camarades également punis; quelques meneurs particulièrement rebelles et indociles suffisent pour corrompre les autres. « Les chambres de correction, disait déjà Biron en 1815, dont la nécessité est indispensable pour maintenir l'ordre dans l'intérieur des corps de troupes, ne sont pas tenues comme elles devraient l'être; le soldat vit dans l'oisiveté et l'insouciance, et comme il y est envoyé pour les fautes les plus légères, il s'y accoutume à la paresse, à la malpropreté et y prend le germe de vices honteux et de passions viles qui le conduisent souvent à des fautes plus graves, quelquefois même à des crimes.
» C'est dans ce lieu même, établi pour la conservation de la discipline, que s'exalte le plus souvent l'esprit d'indiscipline et de mécontentement. C'est là que se forment les projets de déserlion et les moyens de les exécuter. Il importe donc de surveiller ces salles de détention sous le rapport jnoral, d'y mettre en vigueur des moyens suffisants de police et de salubrité, et d'obliger les militaires qui y sont enfermés, à se livrer à quelques occupations journalières qui puissent les distraire et calmer leur imagination exposée à s'exalter; c'est un des objets les plus importants sur lesquels les officiers supérieurs doivent diriger leurs vues paternelles et leur active sollicitude. »
LOCAUX DISCIPLINAIRES. UOl
Les vœux exprimés par Biron, s'ils ne sont poiiil ciilièremciit comblés, ont cëpendanl reçu une certaine satisfaction ; dans l'état actuel de notre réglemenlalion, les hommes punis de salle de police ne sont dispensés d'aucun service et assistent à toutes les classes d'instruction auxquelles ils sont allachés; ils sont en outre exercés deux fois par jour, et pendant deux heures, au peloton de punition; ils ne le sont qu'une fois les jours d'exercice du régiment. Les hommes détenus à la salle de police sont employés aux corvées de (juartier. Les caporaux, brigadiers ou soldais punis de prison ne font pas de service, mais ils assistent, pendant trois heures le malin et trois heures le soir, à un pelolon de punition spécial ; les soldats sont en outre employés aux corvées les plus pénibles de propreté du quartier [art 287 infan. et 350 caoal., du règlement du 2 novend)re 18;i3, modilié par le décret du 10 août 1872).
Funi de salle de police ou de prison, le soldat est néanmoins employé trés-activemenl , et sa santé ne peut qu'y trouver bénéfice; le reste du temps pourrait donc, sans inconvénient, être passé dans une cellule.
Actueliement la celhde de correction est considérée, nous Tavons dit, connue peine grave, le décret du 10 août 1872 (même article du règlement) établit que le soldat puni de la sorte ne recevra comme nourriture que (' le pain et la soupe une fois par jour ». Malgré le respect que la loi nous inspire, nous ne saurions, comme hygiéniste, approuver une telle mesure, car elle porte une atteinte directe à la santé de riiomme. La cellule de correction ne doit, il est vrai, être appliquée que pour des fautes trèsgraves, particulièrement pour celles qui sont commises pendant un service armé, ou en état d'ivresse; \e colonel ne peut l'ordonner que pour une durée maximum de huit jours. Évidemment le chef de corps doit posséder des moyens de répression irès-énergiques, et l'aggravation qu'entraîne l'ivresse nous semble fort justifiée, nous regrettons néanmoins que cette aggravation |)orte sur l'alimentation. La salle de police peut être ordonnée pour trente jours, la prison pour quinze au maximum.
Actuellement, le militaire, en entrant à la salle de police, emporte une couverture et y trouve une paillasse sur un lit de camp, semblable à ceux des corps de garde; dans les prisons et les cellules il n'a point de paillasse, mais une couverture; néanmoins, dans les circonstances exceptionnelles de température, le chef de corps peut y faire ajouter la paillasse de couchage et une demi-couverture {arf. 287 ùif. et 350 cavaL). Dans les
MORACHE. — liyg. milit. 26
limites maximum (le temps fixées par le règlement, ces dispositions ne présentent rien d'anti-hygiénique.
Avec le principe de la cellule pour toutes les punitions, il serait facile de conserver la même réglementation ; elle introduirait une suffisante aggravation entre les trois degrés de peines disciplinaires.
Dans l'état actuel des choses, les locaux disciplinaires laissent sijigulièrement à désirer; généralement situées au rez-de-chaussée, humides, mal éclairées, peu ou point ventilées, les salles de police voient leur insalubrité encore augmentée par la présence d'un baquet aux immondices, destiné aux besoins des détenus. Cette dernière disposition est révoltante au point de vue de l'hygiène comme à celui de la décence, aussi doit-elle disparaître absolument. Si l'on conserve les salles de police ou prisons communes, on y adjoindra un cabinet d'aisances commun, disposé ainsi qu'il va être dit au paragraphe suivant; si on admet l'encellulement, on sera conduit à établir dans chacune d'elles un siège spécial à l'anglaise, ainsi qu'oji en a établi dans toutes les prisons cellulaires modernes; bien construits, ils ne laissent passer aucune émanation insalubre.
En outre, les médecins-majors des corps de troupes, l'adjudant-major de semaine, sous ses ordres l'adjudant, devront veiller à ce que ces locaux soient tenus dans le plus grand état de propreté, que les planchers et lits de camp soient fréquenmient balayés et complètement asséchés lors des lavages, que les murs soient blanchis ;» la chaux, avec addition d'acide phénique, plusieurs fois par an. Ils veilleront à ce que l'on n'y renferme pas un nombre d'hommes supérieur à la capacité hygiénique du local, que du reste la salle de police et la prison soient entièrement évacuées pendant plusieurs heures de la journée, et que, pendant toute cette période, les portes et fenêtres restent largement ouvertes.
Le médecin-major ne perdra point de vue que le règlement (art. 55 inf. et 70 caïKiL] l'autorise et même VoOlige à passer journellement dans les lieux de discipline et à demander au lieutenant-colonel la sortie de prison « des hommes qu'il ne juge ne pouvoir y rester sans dangers pour leur santé, et qui cependant ne sont pas dans le cas d'entrer à l'hôpital «.
Grâce au concours de tous, les salles de police et prisons actuellement existantes peuvent être singulièrement améliorées au point de vue hygiénique, en attendant que leur construction et leur aménagement soient complètement modifiés dans les nouvelles casernes.
LIEUX d'aisances, UKINOIKS.
% KL. — Ijieux (Vaiïianceïi, urinoirs.
L'établissement de locaux spéciaux destinés à recevoir les produits de déjection excrémentielle, leur aménagement et leur disposition constituen line des plus graves questions à résoudre lorsque l'on envisage l'habitation au point de vue hygiénique.
On peut dire, d'une façon générale, que la solution de ce problème es loin d'être encore résolue d'une façon avantageuse dans l'innuense majorité de nos maisons et en particulier dans nos casernes. Jadis on y professait une sorte de mépris pour de telles questions, aussi la décence et l'odorat le moins délicat étaient-ils soumis à de rudes épreuves, mais depuis (jue les travaux de la science moderne ont montré l'influence capitale qu'exercent les dépôts de matières fécales, dans ie sous-soldes habitations, au point de vue de l'insalubrité, de la propagation des épidémies et en résumé de la mortalité des habitants, il ne doit plus être permis de rester indifférent. II faut^ par tous les moyens que la science et l'industrie nous fournissent, savoir préserver nos soldats de ces causes de maladie, il faut que nos casernes ne soient pas plus mal pourvues que ne le sont les hôpitaux et les prisons, asiles de la misère ou du crime. Telle est cependant la situation actuelle. Nous n'avons point à en présenter ici l'horrible tableau, à montrer qu'en conservant le système des latrines à la turque, il est absolument impossible de garantir une propreté suffisante, que les fosses fixes dégagent des torrents de gaz délétères par des orifices que les conduits d'évent sont insuffisants à ventiler, qu'elles déterminent des infiltrations dans le sol, le pénètrent de produits fermentescibles et vont corrompre les eaux ; ces faits, chacun les connaît et les peut apprécier.
La décence et l'hygiène s'accordent pour exiger une réforme complète, radicale, basée non pas sur l'entretien d'une propreté illusoire et de convention, dans les latrines ou leurs abords, mais sur l'adoption de systèmes entièrement nouveaux.
Un adulte rejette en moyenne 1600 à 1500 gramuiesde matières excrémentielles parjour, dont 1200 à 1300 grammes d'urines, 120 à 200 de matières fécales. Si l'on admet un minimum de 1 000 hommes par caserne, il en résulterait une moyenne de 1600 à 1500 kilogrammes par jour pour l'ensemble, et 511 000 à 567 500 kilogrammes par an. Ces matières mélangées les unes avec les autres, entrent en fermentation et fournissent des
UOU IIAIÎITATIOINS DU SOLDAT.
tonciils du gaz aiiunuiîiacaiix ou de gaz hydrocarbonés, fétides el dangereux à lous les chefs.
A priori, il paraît donc plus qu'irrationnel de conserver dans le soussol des habitations une pareille source de niéphilisine. Aussi se Irouve-t-on de suite en présence de deux systèmes opposés, l'ancien, celui des fosses fixes, le nouveau celui des fosses dites mobiles.
Dans ce dernier système, les matières, en descendant par les tuyaux de chute provenant dos cabinets d'aisances, sont recueillies dans des caisses méialliqucs que l'on enlève dès qu'elles sont remplies el que l'on emporte au loin, dans les dépotoirs, après les avoir hermétiquement fermées. Ce système a l'avantage de ne donner lieu à aucun dégagement d'odeur, d'épargner les frais de construction, d'entretien et de curage de la fosse, et de ne pas menacer d'infiltrations dans le sous-sol. Lors donc qu'une caserne se trouve dans une ville pourvue d'une entreprise de fosses mobiles, c'est ce système qu'il convient d'adopter à l'exclusion de tout autre. Il serait môme logique de rechercher si, pour une place contenant un grand nombre d'habitations militaires, il n'y aurait point lieu d'organiser un matériel militaire spécial, dans le cas où l'on ne trouverait point une compagnie qui en soit pourvue.
A défaut de fosses mobiles, il faut se contenter de fosses fixes. La première condition consiste à les construire très-solidement, afin que, sous l'elTort du poids du bâtiment, il ne se produise point de fissures, puis de les revêtir d'une forte couche déciment, de les rendre absolument étanches. La seconde règle hygiénique doit être de déterminer dans l'intérieur même des fosses et dans les tuyaux de chute, une ventilation suffisante pour entraîner les gaz dans l'atmosphère et les empêcher ainsi de pénétrer dans l'habitation elle-même (1). A cet effet, on peut établir un tuyau d'évent partant de la fusse même et remontant jusque au-dessus de la toiture; quelcpiefois, il est vrai, la ventilation s'y renverse en ce sens que l'appel se fait de l'extérieur vers l'intérieur, cela dépend absolument de la température atmosphérique, des conditions et de la direction du vent. La ventilation des fosses peut être singulièrement activée si l'on détermine un ajipel au moyeu de l'échauffement de l'air dans le tuyau d'évent. (ïette condition peut être obtenue, soit en accolant ces tuyaux à ceux des cheujinées,
(1) Voyez en particulier deHennezel, VentikUion des fosses et assainisscinenl des cabinets d'aisances {Ann. d'iojfj. et de méd. lérjale, 1868, 2"^ série, t. XXX, p.2^!i6).
LIEUX D'AISANCKS, URINOIRS. ?i05
soit en faisant déboucher les tuyaux d events dans l'inlérieur niGnie des tuyaux de foyers où existe un feu à peu pi ès constant, couiiue celui des cuisines ou des établissements industriels, soit enlin en déterniin:uit un aj)pcl au moyen de becs de gaz, comme nous l'avons vu pratiquer pour la ventilation des chambres de caserne. Dans les casernes où le gaz existe, il sera toujours facile de faire concourir les becs d'éclairage à la ventilation, en recevant les gaz de la combustion dans un luyau, débouchant dans le tuyau d'évent et pourvu d'une toile métallique.
A défaut d'appel produit par la chaleur, on peut également adopter des ventilateurs mécaniques, mis en mouvement par un ressort ou parla chute d'tm poids comme celui de Toussaint-Lemaislre, ou bien enfin utiliser la force du vent, en adossant à l'extrémité supérieure du tuyau d'évent un ajutage qui transforme le courant atmosphérique horizontal en courant vertical, par conséquent dans le sens du tuyau. La commission des logements insalubres de l'aris signale, comme particulièrement utilisables dans ce sens, l'a^opareil Leroy et la girouette à gueule de loup du général iMorin (1).
Ces dernières dispositions n'existent point dans les casernes, mais les fosses d'aisances y sont généralement pourvues de tuyaux d'évenis; c'est môme pour activer la ventilation dans ces tuyaux que l'on avait accolé les latrines aux cuisines.
Un système intermédiaire entre les fosses mobiles, c'est-à-dire le principe de l'enlèvement des matières, et les fosses fixes, c'est-à-dire leur maintien dans le sol, consiste à séparer les liquides des matières solides ; les ])remières sont alors dirigées sur l'égout, les secondes tombent dans la fosse. C'est ce qui.' Ton nomme le système mis en application dans beaucoup
de villes, nolamnicntà Psris. Il est incontestable que l'infection du sous-sol et les dégagements anmioniacaux sont alors beaucoup moins intenses, car l'on sait que ces gaz proviennent en grande partie de la transfoi'mation des principes azotés contenus dans les urines.
Quoi qu'il en soit du système adopté dans une caserne, tant pour l'enlèvement des matières, que pour leur division ou leur maintien dans les fosses, on doit apporter une grande attention à l'établissement des tuyaux de chute, surtout lorsqu'ils traversent en hauteur une partie du hàtiment. Les moindres fissures déterminent des infiltrations aussi dangereuses
(l) Potier, Moyens de combnttrn le mépliitisme des fosses d'aisances {An». d'Injg. et de méd. légale. 2" série, t. XXXVIII, p. 89, 1872).
pour la solidité de la constriiction que pour les iiabitauts ; enfin, la disposition des orifices, celle des water-closets méritent de nous arrêter quelque temps; on conçoit en eiïet que ces orifices, conununiquant directement avec les fosses ou les tonneaux recevant les déjections, avec les tuyaux de chute dont les parois retiennent toujours une certaine quantité de matières, sont autant de bouches d'où s'échapperaient des torrents de î^az délétères s'ils n'étaient oblitérés avec soin.
Dans les casernes actuelles, nulle précaution n'est prise à cet égard, puisque l'on fait uniformément usage de latrines dites à la turque, consistant en orifices largement ouveris, au-dessus desquels l'homme doit s'accroui)ir en prenant point d'appui sur deux semelles en pierre légèrement plus élevées que la dalle elle-même. Dans quelque cas, on a muni ces orifices de clapets automatiques, destinés à les obturer ; ces derniers fonctionnent quelque temps, puis le ressort se brise ou se détend, ou bien des matières s'introduisent entre la soupape et l'anneau sur lequel elle devait s'appliquer, en sorte que l'orifice reste cunstannnent ouvert et que les gaz méphitiques se déversent librement à l'extérieur. Enfin, dans ce système il est impossible d'obtenir une propreté même rudimentaire; les bords de l'orifice sont incessamment souillés, les liquides urinaires stagnent et forment des ruisseaux infects ; d'autrefois les tuyaux de chute se bouchent au voisinage de l'orifice, en un mot ces latrines réalisent toutes les conditions de l'insalubrité et de l'indécence.
Il est évident qu'une semblable situation ne peut durer; en Angleterre, nous l'avons déjà dit plus haut, les casernes sont toutes pourvues de waterclosets de dilTérents systèmes, en particulier de celui connu sous le nom de de Jenmng's&\.cc\\\\ de Mac-farlane. En France, l'industrie pourrait nous offrir des types non moins nombreux, les conditions à imposer devant être : 1° obturation complète de l'orifice par interposition d'une couche d'eau entre l'orifice des latrines et le tuyau de chute : 2° nettoyage automatique, complet de la cuvette après chaque fonctionnement; 3° précipitation des matières dans le tuyau de chute et disposition de ce tuyau pour que les accumulations n'y soient pas possibles.
Dans cet ordre d'idées, on en serait conduit à adopter le système Jenning's qui réunit ioutes ces conditions (fig. 56). La cuvette est en faïence blanche et présente la forme d'un cône recourbé ; son ouverture mesure de 0"',40 à 0"',35 de large; au-dessous, et faisant corps avec elle, existe un siphon renversé aboutissant au tuyau de chute. La commu-
LIEUX d'aisances, URINOIRS. ^07
nicalion entre la cuvette et le siphon est interceptée pai- un tampon que l'on soulève facilement au moyen d une tige aboutissant à un boulon. La cuvette est maintenue pleine d'eau, aussi les matières y tombent-elles sans souiller les parois, et celles-ci restent-elles constamment blanches et propres. Lorsqu'on soulève le tampon, l'eau de la cuvette se précipite dans le siphon, puis dans le tuyau de chule, en entraînant les matières, sans que les gaz du luyau puissent pénétrer à l'extérieur. Lorsque le tampon se referme, la soupape d'admission de l'eau s'ouvre d'elle-même et la cuvette se rempht à moitié. Ce système, on le voit, intercepte absolument toute communication entre le tuyau de chute et la cuvette; il répond à toutes les indications. Malheureusement il consomme environ 7 à 8 litres d'eau par fonctioimement, ce qui est considérable; de plus, la cuvette et le siphon
Fig. 56. — Watei-closet système Jenning s. — Disposition primitive.
étant en porcelaine et d'un seul morceau sont d'une construction difficile et assez fragile.
On a récemment modifié en France le système .Teiming's, en remplaçant le tampon de fermeture par une valve qui vient s'appuyer sur la cuvette elle-même (fig. 57); le volume d'eau est ainsi réduit de 3 ou /i litres et le départ dos matières n'en est pas moins coujplet. Dans ces nouveaux appareils, le siphon et le cylindre dans lequel se meut la tige sont en fonte galvanisée, La cuvette seule est en porcelaine et se trouve mastiquée dans une rainure ménagée dans la fonte. On obtient ainsi le double avantage
'l08 HABITATIONS DU SOLDAT.
d'avoir des appareils plus solides et d'une fabrication moins compliquée. Ces appareils ont été introduits et fonctionnent, à la satisfaction de tous, dans plusieurs hôpitaux civils de la ville de Paris et grâce aux rapports d'inspection de Michel Lévy dans quelques hôpitaux militaires, en particulier au Val-de-Grâce; dans les hôpitaux civils ils ont été adoptés, sur l'instigation du directeur de l'Assistance, A. Ilusson, qui en a décrit l'aménagement dans un mémoire auquel nous empruntons les figures ci -jointes (1).
Fig. jT.. — Wiilei'-closel sysU'itit' Jt'iiiiing's luoililit'.
Urs cabinets d'aisaiices doivent exister aux dillércnls étages dos cas'.M ncs, alin d'éviter aux hommes des ailées et venues nocturnes dans les cours, bien souvent causes de refroidissements et de maladies; ils doivent être assez multipliés pour que l'encotiibrement ne s'y produise jamais. L'installation complète de chaque cabinet doit comprendre : 1° un ou plusieurs cabinets avec siège et cuvette; 2" un certain nombie d'urinoirs; 3° au bcsoiîî un vidoir pour les eaux ménagères. On pourrait, à peu de choses près, reproduire dans les casernes la disposition adoptée dans les hôpitaux ci-
(1) A. Husson, Notice sur les lieux d' aiscmces perfectionnés^ in Ann. d'h/g. et de méd. légale, 2« série, t. XXXIII, p. 297, 1870.
LIEUX d'aisances, UKINOIRS. /|09
dessus indiqués; comme on le voit dans la fig. r)8, chaque cabinet renferme deux peliis cabinets, contenant chacun im siège avec water-closeï, fermés par une porte retombant antoinali<iuement, un vidoir et deux urinoirs On peut voir lig. 59, le plan et toutes les indications nécesssaires pour l'intelligence des positions relatives des sièges, du vidoir cl des urinoirs. Chaque siège se trouve dans un petit cubinei de 0"',85 à 0'",90 de largeur sur 1"',20 de profondeur; le siège est en chêne et doit èire enlre^ tenu avec soin ; les parois des cabinets sont en faïence, sur ()"',(Sr) de liaiilonr, la faïence surmoMlt'e d'une rhiison en chOne de lt,i,.">0; !( s j).)rles et les c'oisoii:.
(le séj)aration des cabinets ne de scendcni pas jusqu'au plancher ; le vide qui est ainsi ménagé près du sol, a pour but de permettre la libre
i-i' js.
Giihiiic!s avoi; walor-closels. uiiiioiis cl vidoii's (pers|ie(;livc').
circulation de l'air. La hauteur totale des cloisons est de r",70 (A. Husson).
Les vidoirs ne sont point indispensables dans tous les cabinets des casernes, si l'on a adopté des lavabos permettant l'écoulement des eaux de toilette, mais ils seraient indispensables dans les infirmeries afin de recevoir
'llO HABITATIONS DU SOLDAT.
les (lifférenls liquides des vases de service, notamment les urinoirs des hommes restés couchés. Ces vidoirs, dont l'orifice inférieur est obturé par un clapet automatique, communiquent avec un siphon recourbé contenant toujours une certaine quantité d'eau, lequel se termine par un tuyau menant directement dans le conduit de chute des latrines.
Les urinoirs peuvent être construits sur différents modèles, dont le plus
i''ig. 59. — Cabinets avec water-closels. urinoirs et vidoirs (plan).
connu et l'un des plus avantageux est constitué par des parois verticales en ardoise ou en fonte, le long desquelles l'eau coule constamment. Les urines sont alors immédiatement entraînées au travers d'un orifice grillé, disposé à la partie inférieure et conduisant à Tégout. Tel est le système adopté dans différents lieux publics ou gares de chemins de fer; on peut le modifier de différentes façons, mais l'écoulement permanent de l'eau est assez dispendieux; on serait donc conduit, par la raison économique, à adopter le modèle mis en usage dans les hôpitaux de Paris. Une cuvette en faïence, de forme appropriée, est fixée à la hauteur convenable sur un fond en ardoise; sur tout son pourtour existe une sorte de boudin creux, dans lequel l'eau arrive pour être projetée par de très-petits orifices sur les parois de la cuvette et les laver (fig, 60). Pour s'approcher de la cuvette, il faut moniei' sur une plaque en fonte cannelée qui s'abaisse de 1 centi-
LIEUX l)'AISAiNCES, URINOIRS. hii
nièlre environ sous le poids du corps. Ce léger mouvemenl suffit pour (lélerininer l'ouverlure du robinet qui projette l'eau à l'intérieur; lorsque l'hoainie se retire, le robinet se reforme. L'eau arrivant en grande abondance lave complètement les parois de la cuvette en entraînant l'urine. Comme la consommation de l'eau n'a lieu (jue pendant la durée de la station de l'homine sur la pla(|ue, la dépense totale est beaucoup moins considérable, et le résultat obtenu est cependant préférable parce que le lavage est mieux fait.
Les perfectionnements susindi(|ués pour la disposition des latrines et des urinoirs ne peuvent évidemment être introduits dans les casernes qu'avec une dépense assez considérable, nous ne l'ignorons point; mais il semble toutefois que ces dépenses doivent être classées parmi les plus utiles et les plus urgentes. Ces améliorations font partie de cet ensemble de petits moyens dont la résultante sera une diminution de plus en plus grande de la mortalité dans l'armée, diminution que Ton ne pourra obtenir qu'en prévenant le développement et la propagation des maladies in • feclieuseset zyuïotiques, maladies dans lesquelles, nous l'avons déjà vu, l'habitation joue un rôle de premier ordre.
On objectera sans doute que l'adoption d'appareils perfectionnés, exigeant une propreté rigoureuse de la part des hommes, n'est pas compatible avec les habitudes des classes de la société parmi lesquelles se recrutent le plus grand nombre des soldats ; cette objection avait déjà été faite lorsqu'il
Fig. fiO.
Urinoirs ii l'coulemcnt d'eau intcniiittont.
'il '2 HABITATIONS DU SOLDAT.
s'est agi d'iiitroduirc les water-closels clans les hôpitaux; l'expérience a prouvé que rien n'est plus facile au contraire que d'amener les natures les plus priuiitivesetles moins civilisées à contracter l'habitude decette forme de la propreté, pour peu qu'on leur facilite les choses et qu'on veuille bien exercer une certaine surveillance. Si les sièges sont toujours propres, les hommes n'auront pas de tendance à y monter pour s'accroupir; s'il suffit de tirer un boulon pour dégager la cuvette, ils l'auront bientôt appris. I/expérience est concluante, du reste, puisqu'elle a été faite dans les hôpitaux militaires, sur les mêmes hommes que ceux habitant les casernes.
Les cabinets d'aisances doivent être largement éclairés, de jour comme de nuit ; sans éclairage, pas de propreté possible. Il va de soi qu'ils seront également pourvus de vastes fenêtres constamment ouvertes.
Dans l'état actuel des choses, et on attendant que les casernes aient été pourvues d'appareils semblables ou analogues à ceux que nous décrivons, on n'en doit pas moins fiiire tous ses efforts pour combattre l'épouvantable méphitisme des latrines et des urinoirs. Déjà, dans une circulaire du 2 mars 1857, le ministre de la guerre a prescrit l'emploi du sulfate de fer en solution au 1/100, dans le lavage des murs et du sol des latrines; antérieurement par la circulaire du 1k avril 1855, il avait posé les bases de la construction et de l'aménagement intérieur des latrines, mais ces mesures ne sont point assez radicales, l'hygiène moderne a d'autres exigences auxquelles on ne saurait se soustraire.
Il va de soi (|u'avec les latrines actuellement en usage disparaîtraient également les baquets, diis Ijaqucts de projjrrté, destinés à recevoir les urines; malgré tous les badigeonnages et tons les désinfectants possibles, ces récipients sont toujours un foyer de méphitisme. Des urinoirs pourraient être disposés en divers emplacements des cours, en plus de ceux existant dans les cabinets; plus on multipliera les uns et les autres, et plus on diminuera les chances d'encombrement et d'infection déterminés par l'accunuilation locale des matières nuisibles.
GlIAPlTRIi) il