CANTONNEMENTS
soldats sont logés dans les maisons, les granges, les greniers, les écuries; sur les portes on inscrit le nonibre des honnnes, le numéro de leur compagnie, bataillon et régiment; ils ne peuvent évidemment y trouver des moyens de couchage en quantité suffisante, mais il sera généralement possible de leur procurer de la paille; avec leur couverture ils se compléteront ainsi une installation toujours plus salubre que la tente-abri ou que le bivouac, car ils seront au moins à l'abri du vent et de la pluie.
La saison et le climat joueront du reste un rôle considérable dans la détermination que prendra le commandement; en dernière analyse il subordonnera tous les intérêts à celui qui les prime tous, le succès des opérations militaires.
Échappant aux regards de leurs officiers, les hommes ont une tendance naturelle à se laisser aller à des actes coupables envers les habitants, à négliger leurs devoirs militaires, à commettre ces nombreux délits qui se produisent rarement lorsqu'on les garde sous la main; enfin, il est fort difficile d'éviter l'encombrement, car l'autorité en est amenée à loger, dans chaque iiabitalion, le maximum d'hommes qu'elle peut contenir. Si le cantonnement ne doit pas se prolonger, ceci a peu d'inconvénients ; au contraire, si les mêmes troupes restent quelque temps sédentaires, ou si les mômes locaux sont journellement occupés par des troupes de passage, comme lorsqu'une ar.inée tout entière doit passer par les mêmes routes, il devient indispensable de s'assurer que les règles de police intérieure sont exécutées dans les cantonnements, aussi bien qu'elles le sont en temps ordinaire dans les casernes. C'est dire que les maisons et écuries doivent être nettoyées et aérées chaque jour, que les immondices ne s'y accumulent point, que les cours et les rues ne se transforment point en dépôts de fumier. Sans ces précautions, on verra éclater, parmi les honnnes cantonnés, des accidents morbides dus à l'oubli des règles de l'hygiène; la fièvre typhoïde, en particulier, ne tarderait point à y sévir, ainsi qu'on l'a vue frapper les armées allemandes cantonnées dans les villages autour de Metz et autour de Paris. Dans ces conditions, les médecins devront signaler au commandement le danger qui menace, et ce dernier ne devra pas hésiter à prendre les mesures nécessaires : faire évacuer et mettre en interdit des groupes d'habitations, des villages entiers, les isoler, au besoin, par un cordon de quarantaines. Mieux vaudrait encore exposer les troupes aux dangers d'un campement improvise, que de les mainlenir dans des locaux où les germes morbides sont eii pleine activité.
'l20 HAIUTATIONS DU SOLDAT.
En résumé, le comniandement, éclairé par l'avis des médecins, saura faire varier, suivant les localités et les circonstances de la guerre, le système du cantonnement avec celui du campement, faisant alterner les différents corps de troupes, de façon à maintenir le moins possible les mêmes hommes dans les mêmes en)placements. D'une façon générale, on peut dire que le cantonnement ne peut être appliqué qu'à des troupes bien disciplinées, complètement dans la main de leurs chefs qui, plus encore que dans les camps, devront redoubler de vigilance pour arrêter les abus, et mieux encore pour les prévenir.
§ II. — l.oj^eiiient îles Ii'ouiicm «la un les étlificcs publics. Casernes «le i>assa;$c.
I. Edifices diccra. — Les nécessités du service entraînent souvent, et particulièrement en temps de guerre, l'affectation d'édifices quelconques au logement des troupes. Ce sont, en général, des fabriques, d'anciens couvents, des écoles, des halles couvertes, des salles de bal ou de concert, etc., quelquefois des églises. Lorsqu'une ville doit, en eiïet, donner abri à des corps considérables, il faut, on le comprend, utiliser louies les ressources disponibles. Si l'armée opère en pays ennemi, le commandement préfère même et désigne certains édifices, devenant, de la sorte, presque des ()oints stratégiques, où il groupe sous sa main de fortes unités lactiques.
Si l'occupation ne se prolonge pas, on peut considérer ce système comme analogue, au point de vue hygiénique, à celui du canlonnement; au contraire, lorsque les troupes doivent stationner un certain temps, il devient nécessaire de prendre ces installations en sérieuse considération et d'appliquer, autant que faire se peut, les règles que nous avons plusieurs fois énoncées. Sans se montrer aussi rigoureux au point de vue du cubage atmosphérique, l'on doit cependant répartir les hommes dans les dillérenles pièces, suivant leurs dimensions, régler raéraiion par l'ouverliire à peu près permanente des fenêtres pendarjt le jour, spécifier celles qui ne seront jamais fermées, mèuje la nuit; comme moyen pratique, le plus simple consiste à en briser quelques carreaux, sans quoi les hommes Ips fermeront malgré toutes les prescriptions; en général, ces locaux n'ont point été primitivement destinés à servir d'habitation, ce sera une raison de plus pour se montrer particulièrement rigide pour l'exécution des indications hygiéniques, sur lesquelles les médecins appelleront la vigilance des oflicier.s.
LOGEMENT OLS TROUPES DANS DES ÉDIFICKS PURMCS, /|21
A défaiil de lits, du inoiiis pourra-t-on cheicher à faire établir des lits de camp, avec quelques planches rapidement assemblées, afin que les hommes ne couchent point directement sur le sol ; on réglera les distributions de paille sur le pied de la |)Ius grande abondance possible, en veillant à ce qu'elle soit journellement brassée, aérée et renouvelée par fractions.
Des pièces spéciales étant assignées à la cuisine, on ne laissera point les hommes faire cuire leurs aliments dans les foyers des chambres, s'il en existe, mais on allumera dans ces derniers de larges feux qui activeront singulièrement le renouvellement de l'air. Si celte prescription trouve une application naturelle pendant la saison froide, elle doit cependant être prali(iuée, mèineenété, pour peu que la ventilation naturelle soit défectueuse. Il no serait même pas difficile de transformer alors les cheminées ordinaires en cheminées ventilalrices ; il suffirait de maintenir dans leur intérieur, et à une certaine hauteur, une lampe allumée ou toute autre matière en ignition; au besoin, on percerait pour cela une ouverture à quelque distance au-dessous du i)lafond de la pièce.
Les médecins et les officiers ne doivent point perdre de vue que l'inlluence de l'air confiné s'exerce très-iapidement dans ces conditions de logement, que, s'ils n'y veillent ponctuellement, des accidents nombreux ne tarderont pas à éclater parmi leurs troupes, et que leurs effectifs diminueraient alors plus rapidement qu'après un combat singulièrement meurtrier. Sans pouvoir donc formuler à cet égard des règles qui doivent évidemment varier suivant les circonstances, nous estimons que l'on ne saurait apporter trop d'attention au maintien régulier des lois de l'hygiène dans les édifices accidentellement occupés par les troupes.
II. Casernes de pasmge. — Les casernes de passage sont, comme nous l'avons dit plus haut, des édifices conservés par les nmnicipalités en vue de soulager les iiabilants de la charge du logement militaire. Peu de villes en sont encore pourvues, et pour chacune d'elles les conditions sont différentes. Généralement la ville a fait les premiers frais de l'installation, et rentre dans ses avances en percevant un abonnement versé annuellement par les personnes qui désirent ne point recevoir de soldais; lorsque leur tour arrive, l'homme qui leur aurait été adressé est directement envoyé à la caserne. D'autres fois cette dernière est assez vaste pour recevoir toute la troupe, qui y est alors dirigée en masse.
Le soldat ayant droit à un couchage régulier chez l'habitant doit en
trouver un de même nature à la caserne de passage ; parfois les municipalités dégrèvent du logement militaire les habitants qui ont fourni un lit garni pour la caserne, d'autres fois elles ont fait l'acquisition d'un matériel spécial. Dans ces édifices, la troupe rentre à peu de choses près dans les condiiions générales du casernement, surlout lorsque les compagnies sont réunies. Le bien-être du soldat et la discipline ne peuvent qu'y gagner. Un médecin militaire, le médecin major Potier-Duplessy, a fait ressortir les avantages de ces casernes, dans des termes qui méritent d'être reproduits, car ils peignent aussi, sous dos couleurs très-vives, les inconvénients du système opposé (1) :
« Pour peu, dit-il, que la ville où un bataillon arrive soit considérable, les soldats perdent beaucoup de temps à chercher leur logement. C'est une fatigue nouvelle qui vient inutilement s'ajouter aux fatigues de la route ; la place au feu est souvent illusoire pour eux, et il leur est quelquefois impossible de sécher leurs habits trempés par la pluie. La préf>aration des aliments offre fréquemment de grandes difficultés. Les hommes sont obligés de s'associer au nombre de trois, quatre on plus, et de mettre en commun la somme dont ils dispo.sent pour se procurer un repas convenable. Il peut arriver ensuite que chacun des habitants, chez lesquels sont logés les soldats, s'oppose à ce que le repas commun soit pris dans sa maison. Il en résulte que les soldats vont faire leur repas dans des cabarets qui ont pour spécialilô d'accaparer les passagers. Le bataillon qui arrive au gîte est fréquemment obligé de détacher une ou plusieurs compagnies à quelques kilomètres plus loin. C'est un surcroît de fatigues toujours fort pénible. Il faut s'être trouvé dans ce cas, après une longue étape parcourue par une pluie battante, pour connaître l'effet physique et moral que ces détachements produisent sur les hommes.
» Le service des malades, rendu déjà très-difficile par l'éparpillement des soldats, acquiert de nouvelles difficultés dans ces dernières circonstances. Quels que soient le zèle et l'activité du médecin militaire, il ne lui est pas toujours possible d'arriver assez à temps pour combattre les accidents qui ont pu se déclarer. Fatigué lui-même, obligé de se transporter la nuit dans des Ueux qu'il ne connaît pas, il est dans l'impossibilité matérielle d'être également utile à tous les malades. Il n'est pas sans
(1) Revue scientifique et administrative des médecins des armées , t. I , p. 320.
LOGEMENT DES TROUPES DANS LES CASEMATES. k2'à
exemple non plus ([ue des habitants se soient refusés à loger des honinies indisposés ou sérieusement malades.
» Le bataillon se trouvant disséminé sur plusieurs points, il en résulte un relâchement inévitable dans la discipline. On ignore où les hommes passent la nuit. On ne peut pas toujours les réunir à un moment domié, et s'il y a des retardaires on ne les trouve pas sans peine. »
Dans les casernes de passage, au contraire, « le soldat trouverait toujours une chambre salubre, un bon lit, sa soupe prèle, et toutes les facilités imaginables pour réparer le désordre de son habillement et de son équipe- HR-nt. Il resterait toujours sous la main de ses chefs. Les malades recevraient des secours immédiats. La morale, l'hygiène et tous les services y trouveraient leur profit, et cela s'exécuterait très-facilement, l'avant-garde pouvant suflire à toutes les exigences imposées par ce nouvel ordre de choses. >'
Les essais de casernes de passage sont, jusqu'à présent, restés isolés, mais les municipalités devraient, il nous semble, prendre plus de souci des intérêts des populations.
Au iH)inl de vue militaire, on peut objecter que les changements de garnison devant être utilisés pour former les troupes au service des marches en campagne, il pourrait y avoir des inconvénients à les priver ainsi de Tinstruciiou prati([ne qu'elles acquièrent par le système du cantonnement chez riiabitanl. Si, toujours elles trouvaient à l'étape une caserne prête à les recevoir, elles ne prendraient point l'habitude de cette dislocation qu'il faut cependant savoir appliquer. Il est vrai que les casernes ne sauraient exister dans les petites localités; les grandes villes seules peuvent réunir les fonds nécessaires à leur établissement, eu sorte que ces établissements ne seraient offerts à la troupe que dans les localités populeuses, dans celles où l'intérêt de la discipline et de la santé du soldat fait désirer de ne les point abandonner à eux-mêmes et aux différentes causes nocibles qui les attendent. La question est donc assez complexe, elle mérite d'être sérieusement étudiée et par l'autorité militaire et par la population ellemême, dans la personne des conseils municipaux chargés des intérêts de la collectivité.
§ III. — l.ojs<Miion( (Ion (roiipoN dniiM len ouvrugoN do forlifioaf ion.
Les exigences du service de guerre dans les places fortes, les forts détachés, les forteresses, nécessitent souvent l'abandon des casernes ordinaires.
U2U HAlilTATlONS DU SOLDAT.
des camps, des baia(iuc\s ou autres modes d'habitation, pour forcer les défenseurs de la place à loger dans les abris que l'on a ménagés dans l'intérieur même des travaux de fortification, et que l'on a rendus à peu près inaccessibles aux projectiles de l'assiégeant. En temps de paix même, il n'est pas rare que des fractions de corps soient logées dans ces mêmes abris. Les nécessités de la défense priment, dans ces constructions, à peu près toutes les indications hygiéniques; cependant il ne faut jamais les perdre absolument de vue, et plus ces réduits ont chance d'être insalubres, plus la science a le devoir d'intervenir pour en diminuer le danger.
Ces constructions, faisant partie intégrante des ouvrages de fortification, comprennent les casernes à l'abri de la bombe, les réduits, caponnières, casemates et blockhaus. Nous en donuerons une rapide description, avant de préciser les indications hygiéniques qui doivent y être observées.
Les cose7'nes à Vabri de la bonihe, consistent, en général, en un corps de braiment percé de bout en bout par un corridor, de chaque côté du(|uel se trouvent des chambres d'habitation ; leur résistance aux projectiles est assurée par une plus grande épaisseur de murailles et le revêtement de leur toit. La puissance balistique des pièces d'artillerie tendant à augmenter de plus en plus, les projectiles atteignant des poids fort considérables, on se demande s'il sera dorénavant possible de construire des murs
et surtout des toitures en étatde leur résister, aussi la fortilication moderne doit-elle tendre à modifier prompiement ses types de construction.
Les casernes, au lieu de jouer un rôle purement passif, peuvent se
yy. yy^y, 1 1" a U S fO 1 lUe r C 1 1 C (IS L' /' ïl (.'S
Fig. Gl. — Disposition des cliambres d habitation dans une
caserne défensive, a. Keoiiioiiient des eaux par l'intriipur jouer un i'Ôlc important,
des murs de refend. (Kotii. und Le\.] , ^ i '
^ ' a un moment donne ;
elles sont disposées de façon à abriter des tirailleurs d'infanterie, et dauj^
ce cas, le corridor, au lieu d'être central, se trouve placé sur la face du
bâtiment tourné vers les ouvrages extérieurs, la muraille étant percée
LOGEMENT DES TROUPES DANS LES CASEMATES. /l25
(le meurtrières. Nous empruntons au remarquable ouvrage de "NV. Uolh und R. Lex la ligure 61, ainsi que les suivantes, où l'on peut vérifier ces dispositions (1).
. Comme on le voit, fig. 01, les chambres d'habitation sont percées de fenêtres sur l'inlérieur de l'ouvrage, mais les meurtrières venant s'ouvrir sur le corridor de tir, si l'on maintient les portes ouvertes il peut s'établir un
Fip. 62. — Réduit caseiuah', sans séparation entre le corridor de tir cl les ciianihres d'iiabitation. <i. Issue de la fumée au-dessus, des nieurtri(''res. h. Four pour cuire les aliinenls. c. Cheminée. — Dimensions : 1 2/9' = 0". 381 ; 2' — 0"',63; 3'= 0°',G/i ; /ilM'= 1"',33; 6' = 1,87. (Kotli und Lex.)
courant d'air entre les fenêtres et les meurtrières. Les murailles extérieures présentent, en général, une épais.seur variant entre l'",25 et l'",90, les murailles sur la cour n'ont que K)^^^)h à 1 mètre, les murs de refend 1"',25. Les chambres d'habilation, larges de h à 0 mètres, sont parfois indépendantes, d'autres fois elles communiquent entre elles; leur plafond est voûté et présente une hauteur variant entre 3 et h mètres. Nous ne
(1) W. Roth und R. Lex. , llnndbuch der miliftir Gesundheitspflege. t. I, p. 638. Berlin, i 872.
faisons qu'indiquer ici le type de la conslriiclion, on peut le faire varier suivant la disposition et la forme des ouvrages de défense.
Les /rdif/ts sont ainsi nommés parce qu'ils doivent servir de refuge à la troupe après la prise des ouvrages extérieurs; ils présentent un mur très-épais du côté de Taltaque lig. 62) et un autre moins fort du côté de l'intérieur; ce dernier est percé d'unefenélre. Le mur tourné vers le front d'attaque est percé de meurtrières et assez souvent d'orifices {a, fig. 62) destinés à favoriser l'évacuation de la fumée lorsque les tirailleurs entretiennent un feu continu. Quelquefois les réduits sont, comme les casernes défensives, divisés en chambres d'habitations et corridors de tir, d'autres fois, au contraire, ces deux locaux sont réunis, comme dans la figure 62. Les casemates sont des abris ménagés dans l'épaisseur même des mu-
.lailles d'une fortification; elles sont destinées à loger les défenseurs de la place, en les mettant à l'abri des projectiles. Ces casemates peuvent concourir à la défense, en servant de chambres de tir pour l'infanlerie, ou de batteries couvertes pour l'artillerie. Dans ce cas elles correspondent naturellement à la partie extérieure de la nmraille (fig. 63); on les perce de meurtrières et d'orifices de ventilation , ainsi que nous l'avons vu pour les murs des réduits, mais , comme leurs prises d'air sont fort restreintes, il devient nécessaire d'établir
Fig. 63. — Caseniale dans la partie extérieure du rempart, yj^g cheminée d'évacuatiou pouvant servir a la défense. Dimensions: 2'==0"',63 ; ' 3 3//,'==im,i7j z,'=im^26; 5'=r",56; 5'7"=i",7/i ; remontant clans l'épaisseur
5'8"=1",77; 6'8'=2°07. (Rotli. und Lex.) , , .
de la maçonnerie et venant déboucher au travers des terres, qui constituent le revêtement supérieur de la muraille.
LOGEMKNT DES TROUPES DANS LES CASEMATES. f\21
D'aulros fois, les casemates ne sont disposées (|ue dans la partie de la muraille regardant l'inlérieure de la place (lig. ^U) ; dans ce cas, elles peuvent èlre percées de fenêtres. Néanmoins, quoique la ventilation y soit moins défectueuse que dans les précédentes, elles neJaisscnt pas que d'être fort humides, en raison de la présence des terres qui les entourent sur trois côtés ; aussi a-t-on généralement adniis une disposition reproduite dans la figure et qui consiste à ménager entre les terres et le mur
Ki<;. Gli. — Gasoinaie d'iiabiiation, établie dans la partie intérieure du rempart, a. Disposition du mur eu forme de dos d'âne, h. Ecoulement de l'eau à l'extérieur, c. Corridor d'aération entre le mur et la casemate, avec cheminée d'évacuation verticale. (Rotli. und Lex.J
intérieur de la casemate, une sorte de corridor, sans communication avec celle-ci, mais percé de distance en distance de cheminées d'évacuation. On interpose ainsi une couche d'air entre la terre et le mur de l'habilation. Pour éviter rinfdtration des eaux, qui ne tarderaient point à suinter à travers le mur constituant le plafond, on dispose ce dernier en forme de toit ou de dos d'Ane, et on le garnit d'une épaisse couche de ciment (fig. (jU a), en sorte que l'écoulement de l'humidité peut se faire dans la direction de la flèche 0. En général, les casemates forment des chambres plus ou moins vastes, mais sans communications directes les unes avec les autres.
Les caponnières sont de grandes constructions élevées dans les fossés de la fortification, et devant concourir à leur défense; ce sont simplement des réduits de vaste dimension. Généralement elles sont à deux étages. L'on peut fort bien se les figurer en doublant en hauteur le réduit représenté
fig. 62 et en l'adossant à un autre. Ce sont des ouvrages indépendants et sans communication directe avec le rempart.
Les casemates ou autres abris de ce genre sont essentiellement défectueux au point de vue de l'hygiène, toutes les causes d'insalubrité s'y réunissent à l'envi; les principales sources de danger consistent dans la difTiculté de l'assèchement, de la ventilation, de l'éclairage et du chauiïage.
Le ventilation des casemates ou abris fortifiés est singulièrement compliquée par ce fait que tout orifice peut permettre au besoin l'entrée des projectiles et diminuer la sécurité non moins que la solidité de l'habitation ; en conséquence, les fenêtres, même sur la face opposée à l'attaque, ne sont pas toujours admissibles et sont uniquement remplacées par des meurtrières destinées à la mousqueterie. La ventilation qu'elles procurent étant totalement insuffisante, il est prudent de disposer des cheminées d'appel pour entraîner l'air au dehors ; à l'entrée de ces cheniinées, qui doivent s'ouvrir très-largement, on établira un foyer avec grille ouverte; dans les cas d'encombrement, ou lors(|ue les abris seront remplis de la fumée de la poudre, comme pendant un combat, il sera nécessaire d'y allumer un grand feu pour activer puissamnient le courant ascensionnel. Ces dispositions ont été appliquées avec succès dans certaines constructions militaii es, au fort de Bilche en particulier, où trois étages de casemates se trouvent disposés au-dessous de la plate-forme du fort. Les cheminées d'appel ont fonctionné avec avantage pendant les péripéties d'un long siège (guerre 1870-1871); les quelques casemates pourvues de ces cheminées, avec foyer intérieur, ont toujours joui d'une salubrité pnrfaite, aucun accident d'encombrement n'y a été signalé, et cependant elles étaient habitées par une garnison fort nombreuse ; dans les casemates, au contraire, simplement aérées par les meurtrières, l'on pouvait constater, chez les habitants, des signes non équivoques d'un manque d'air suffisamment réparateur, et ceux de l'empoisonnement par les miasmes humains. Malgré le danger auquel on expo.sait les hommes, il devint indispensable de faire évacuer ces locaux pendant plusieurs heures de la journée.
Le second danger des casemates est constitué par l'humidité, due soit à l'absence de ventilation, soit au mode lui-môme de constriiclion : épaisseur considérable des murs, l'",50 à 3 mètres quelquefois, superposition de masses de terre par-dessus la maçonnerie, etc.. Le constructeur devra donc enduire la surface intérieure d'une couche de ciment hydrofuge, en garnir également le sol ou le recouvrir d'asphalte, en lui maintenant
LOGEMENT DES TROUPES DANS LES CASEMATES. /i29
i;iie inclinaison suflisaLiite pour l'écoulement des eaux, et donner issue à celles-ci par de petites conduites ouvertes à la partie la plus déclive. La grande épaisseur des travaux de niaçonnerie en letarde singulièrement le parfait dessèchement ; aussi ne doit-on habiter les casemates que trois ans au moins après leur conslruciion. Lorsque la troupe y résidera, on aura soin d'y maintenir la proj)reté la plus rigoureuse, les faisant balayer avec soin deux fois par jour, essuyer, s'il y a lieu, avec un fauberl; les immondices devront être enlevées avec exactitude, et ne pas s'accunuder dans les recoins obscurs où l'on n'a que trop de tendance à les refouler. Il serait utile, dans certains cas, de répandre sur le sol une poudre antiseptique, composée de sciure de bois et d'une fiiible proportion d'acide pliénique. Ou détruirait ainsi une bonne partie des matières organiques.
Le chauffage des casemates peut s'opérer, soit au moyen de poêles au bois et au charbon, soit au moyen de larges cheminées ouvertes qui servent également à la ventilation ; ce dernier système est de beaucoup le meilleur, lorsqu'il peut être appliqué; uialheureusemeiil, dans les cas de siège, le combustible manque souvent, ou du moins on le ménage pour le conserver en vue de la cuisson des aliments.
Lu des services les plus importants, au point de vue de l'hygiène, est celui des latrines; dans la plupart des forlilîcations il n'en a pas été tenu compte; aussi l'on en est réduit à faire usage des baquets, source puissante de méphitisme, aussi détestables au point de vue de l'hygiène qu à celui de la décence^ ou bien les soldats doivent, pour satisfaire leurs besoins, gagner l'extérieur et s'exposer ainsi au danger. Dans le fort de Bitche, les choses se passaient ainsi, et plusieurs de nos hommes ont été l.iés en allant dans les fossés satisfaire leurs besoins naturels. Un officier prussien, von Cohausen, n'a pas craint de consacrer de longues études à cette importante (juestion; il conclut à la nécessité d'établir des latrijies spéciales dans les logements des fortifications (1). Le système qu'il propose n'est autre que celui dont nous avons déjà parlé pour les casernes ellesmêmes; les cabinets d'aisances sont placés dans le bâtiment lui-même et communiquent à une première fosse B (fig. 65), où séjournent les matières solides, tandis que les liquides, suivant le plan incliné du fond, tombent dans une fosse C; une cheminée d'appel, ou tuyau d'évent, part de la fosse B
(1) Von Cohausen, Dw Kriegs-Lntrinen {Archiu fiir die Officierc dcr /.-. k. Pn Àtii/lorie nndinycn. Corps), 1870.
^<i^ HABITATIONS DU SOLDAT.
Cl va déboucher au-dessus de la couche de terre recouvrant la toiture; l'appel y est singulièrement activé par la communication du tuyau d'évent avec les foyers D des chambres d'habitation. — Il est évident que les dimensions des fosses doivent être calculées de manière à suffire aux besoins
Fig. 65. — Lalrines a l'abri de la bombe (syMèiuc diviseur). A. OuverLiirc d'entrée. B. Fosse pour les matières solides. C. Fosse pour les liquides. D. Foyers.
de la garnison, même pendant un long siège ; si les dispositions locales permettent d'entraîner les matières liquides et peut-être même les matières solides dans les égouts, ce serait encore préférable, car, plus encore que toutes autres habitations, les ouvrages de fortification ne peuvent que gagner k être pourvus d'un bon système de canalisation.
PUISONS MILITAIRES, ATELIERS DE DISCIPLINE. U'Sl
llaieiiient ou pourra, daus ces locaux, disjjoscr d'uue quanlilé d'eau suffisaiilc pour orgauiser un système de cabinets à water-closets comme ceux dont nous avons parlé plus liaut, page A07; l'oblitération entre le. tuyau de chute et le siège ne saurait avoir lieu, dans ce cas, qu'au moyen de clapets ou de soupapes ; elle ne sera jamais bien complète. Aussi devra-t-on chercher à prévenir les émanations nuisibles, en désinfectant les fosses au moyen d'agents chimiques, de solutions de sulfate de fer, |)ar exemple, ou de tout autre agent, en y projetant du charbon, des cendres de foyer, si l'on ne craint pas de les remplir trop rapidement.
L'éclairage des casemates est toujours insufTisant, pour la même raison (jue la veniilalion ; aussi devient-il nécessaire d'y entretenir presque constamment des lanternes ou autres sources de lumière artilicielle, qui contribuent également à vicier l'atmosphère ambiante; en un mot, toutes les conditions d'insalubrité semblent s'y donner rendez-vous; il importe donc de les combattre avec plus de méthode que partout ailleurs, si l'on ne veut voir la garnison s'alVaiblir par les maladies, tout au moins perdre bientôt cette vigoureuse santé qui est indispensable aux défenseurs d'une place assiégée; c'est aflaire au conunandement et aux médecins de ne négliger aucun détail, fût-il en apparence le plus superficiel. Ils n'oublieront, ni les uns ni les autres, qu'en agissant ainsi, ils contribuent à la défense, d'une façon presque aussi directe qu'en assurant le service de l'artillerie ou celui des approvisionnements.
§ IV. — ■*ri»!ionN milhaircs. afolioi-K île (liNpi|»lino.
Les militaires punis pour fautes graves contre la disci|)line, ou en délentioii préventive, ceux enfin qui sont judiciairement punis de déte.'ition sont renfermés dans des prisons militaires. En réalité, on ne saurait regarder les prisons connue faisant partie des habitations militaires proprement dites, et leur installation rentre- t-elle complètement dans le domaine de l'hygiène publique. Dans im ouvrage d'hygiène applicpiée, comme doit être celui-ci, il n'y a point lieu d'étudier la question de renq)risonnemeut, de chercher quel est, de tous les systèmes, celui qui doit être préféré; que le détenu soit civil ou militaire, les conditions restent les mêmes.
Nous n'avons donc \oulu que poser ici le titre de cette question, sans la résoudre, renvoyant pour ce fait ai'.x nombreux travaux spéciaux publiés sur ce point important d'économie sociale.
Disons seulement que le système cellulaire est, de beaucoup, celui qui
^î32 HABITATIONS DU SOLDAT.
convient le mieux dans les prisons militaires, où le condamné ne fait jamais un bien long séjour ; il est préférable, au point de vue bygiénique^ lorsque les cellules sont sufTisanunent vastes, régulièrement cbauiïécs et ventilées, lorsque le bâtiment lui-même a été pourvu des perfectionnements qu'indique la science moderne, el dont nous avons, en partie, montré les desiderata, en traitant des casernes. Au point de vue moral, il est préférable encore, car il livre l'individu à lui-même et le soustrait à la détestable influence que les détenus exercent les uns sur les autres. Sans aucun doute, on ne parviendra pas à maintenir des prisonniers dans un état de santé aussi florissant que des individus vivant en liberté; le manque d'exercice et l'action dépressive de l'emprisonnement lui-môme sont des causes de souffrances et de maladies, qu'il n'est point possible de faire absolument disparaître.
Aussi, lorsque la peine doit se prolonger, le système cellulaire ne devient-il plus applicable^ el doit-il se transformer, soit en un système de réunion des détenus dans des dortoirs pendant la nuit, dans des ateliers pendant le jour, ou mieux en un système mixte, dans lequel le détenu rentre dans sa cellule pendant toutes les heures où il ne travaille point à Tatelier.
Les condamnés peuvent être employés à des ouvrages entraînant le travail en plein air, comme le sont par exemple les ateliers de travaux en Algérie ; leur santé et même leur moralité peuvent y gagner, mais nous ne voulons pas insister davantage sur ce sujet, qui nous enlraînerail en dehors de l'hygiène militaire proprement dite.
Les hôpitaux constituent une des habitations passagères du soldat; l'importance de cette question est telle, que nous la réservons pour la partie de cet ouvrage, où l'on envisagera spécialement le soldat malade et les soins que son état nécessite.