‹ Traite d'hygiene militaireChapitre 74 sur 241 · ET LE CAMPEMENT · texte numérisé non relu

ET LE CAMPEMENT

Depuis que les armées existent, elles ont naturellement été soumises aux mêmes vicissitudes, cl les exigences du service en campagne sont encore sensiblement les mêmes qu'aux temps les plus reculés de l'histoire. Les camps des armées modernes sont donc naturellement reliés h ceux des

MOHACHK. — Hyij. milit. 28

armées de l anliquité, et l'on ne saurait mieux procéder à leur étude qu'eu moiUraut par quelles transformations successives ou en est arrivé à l'état de choses actuel, peut-être mènie peut-on trouver, dans les systèmes de campement des anciens, quelques préceptes, aujourd'hui tombés en désuétude et qu'il importerait de faire revivre.

^ I. — rcs famps et le eani|>ement aux tllverse»» éi»oi|ue>< de riiistoir4>

de» armées.

Les premières indications ayant' trait à la disposition des camps et même à leur hygiène sont consignées dans les lois de Moïse, conservées dans le Deutéroiiome; elles furent avec raison transformées par lui en préceptes religieux, alin de les faire respecter davantage. Les camps des Israélites n'étaient cependant pas, à vrai dire, des camps militaires. Les preuners dont nous retrouvons l'histoire sont ceux des Grecs, ainsi que l'indique le poète historien de ces temps héroïques, Il&mère, dans son Iliade. Plus tard, pendant les guerres si nombreuses de la période historique précise, on voit les Lacédémoniens adopter pour leurs camps la forme circulaire, les Macédoniens porter assez loin l'art d'établir des camps retranchés et de s'y fortifier; les Perses, d'après Xénophon, pratiquaient également ce système, indispensable lorsqu'on opérait en pays ennemi. Déjà les armées possédaient dans leurs bagages des tentes de campement ; faites de peaux d'animaux, elles étaient vraisemblablement assez primitives dans leur ensemble, quoique les tentes des chefs, celles des Alexandre, des Darius et des autres princes militaires, fussent au contraire pourvues de tout ce que l'art et le luxe peuvent rassembler de plus beau et de plus somptueux.

La castraméiation ne pouvait être négligée par un peuple qui fit de l'art delà guerre sa principale science, par les Romains, auxquels les modernes pourraient encore emprunter dans Tordre pratique, bien des institutions militaires. Les camps romains n'atteignirent point de prime abord le degré de perfection auquel ils arrivèrent plus lard ; au début, on bivouaquait et l'on s'abritait le mieux possible sous des huttes de feuillage, système auquel les armées actuelles savent encore recourir; puis ces abris devinrent plus résistants, et à l'imitation des Grecs et des peuples pasteurs, les soldats romains se formèrent des tentes avec des peaux d'animaux ; de là vient l'expression sub pellibus ire, sub pellibus hiemare, en souvenir d'un hiver

LES CA:\IPS AI X DIVERSES ÉPOQUES DE L'HISTOIRE DES ARMÉES. llZ5

passé dans ces condilions au siège de Veies (3Zi9 U. €.) (1). — Avec les progrès de la science militaire, les règles du canipemenl devinrent plus précises et sont retracées avec détail par divers écrivains militaires, en particulier par Vitrine, Végèce, Polybe, Josèplie et Hygin.

Avant l'établissement de l'empire romain, les camps étaient commandés par des consuls, d'où le nom de camps consulaires; mais après l'abolition du consulat, le commandement appartint aux imperatores ou à leurs généraux ; les détails du campement ressortaient des prœfecti castrorum. — Les camps de voyage ou d'invasion, assis sur le sol étranger, j)lacés aux nœuds principaux d'un admirable réseau d'étapes, prenaient la dénomination de castra peregrina, par opposition aux camps fixes, castra prwtoriana, véritables casernes-forteresses, établies au voisinage du séjour des empereurs ou des gouverneurs de province.

La forme des camps varia avec les époques ; sous la République ils aiTectèrentla forme carrée, mais sous l'Empire il veut des camps triangulaires, ronds, ovalaires; leur forme dépendait du nouveau système de manœuvre auquel l'ancien campement ne convenait plus. Les Romains varièrent également la forme des camps suivant la nature du terrain, ainsi que le conseille Végèce dans un ouvrage que nous avons déjà eu l'occasion de citer. — A la longue, les camps devinrent souvent de véritables villes d'où les troupes partaient pour des expéditions, en en confiant la défense à des vétérans ; c'est ainsi que Cologne fut originairement une colonie de ce genre ; mais, même pour un séjour d'une seule nuit, les troupes devaient former le camp et s'y fortifier. — Pour cette opération, les augures consultaient les astres, et la buccine donnant le signal des travaux, les gnomoniciens et les métraleurs marquaient le terrain, les centurions désignaient les emplacements en affectant un espace de dix pieds carrés pour deux hommes, de cent pieds carrés pour trente chevaux. Les rangées de tente {strigœ) s'élevaient alors au nombre de cinq dans la direction décumane (de l'est à l'ouest), de trois dans la direction transversale; elles étaient séparées par les rues, viœ. On estime qu'au temps de Polybe, le campement d'une légion s'étendait sur une superficie de 9 ou 10 hectares.

Le camp était couvert d'un retranchement, fortifié de tours à parapets distantes entre elles de quatre-vingts pieds ; en avant, on établissait encore

(1) Michel Lévy et Boisseau. Article Camp, in Diction, encyclop, des sciences médicales, ire série, t. XII, p. 7, 1871.

•':36 HAniTATIONS DU SOLDAT.

(ks ouvrages avancés; un fossé de dix à vingt pieds et un parapet palissade de pieux ou de branchages rcntouraient sur tout son périmètre. Un certain nombre de portes, défendues par des chevaux de frise, formaient la com- .'nunication avec la campagne. Dans l'intérieur du camp, chaque service avait sa place désignée, et l'on y trouvait inC'malc valetudinariîun, destiné au traitement des soldats malades; Ilygin recommande de le placer à une bonne dislance du veterinariwn^ow infirmerie des chevaux, et de la fabrica <jui s'y trouvait accolée, et que l'on peut regarder comme devant être la maréchalerie du camp, afin que les malades ne fussent point incommodés par le bruit (1).

Tels furent les camps romains où Tordre et la méthode régnaient si parfaitement que, comme dit Polybc, dès que les troupes découvraient l'emplacement du terrain, les légions s'y établissaient sans erreur et sans confusion, c connue des citoyens sortis en armes de leurs villes se rendent, en y rentrant, droit à leurs habitations o . L'usage des camps romains disparut dans les Gaules sous Constantin, qui prit l'Iiabilude de mettre les troupes en garnison dans les villes importantes ; les vestiges de ces camps se retrouvent encore en beaucoup de points, quelques-uns môme sont presque entiers, comme celui de Cambrai, dit camp de César ; ce ramp, redevenu célèbre dans les premières années de la Révolution, est établi en forme d'arc tendu dont l'Iiscaut ferait la corde; comme ceux de l'Ktoile sur la Somme, celui de « la Cilé d'Afrique » dans le département de laMeurthe, et tant d'autres, épars en Europe, sans compter ceux que nos troupes retrouvèrent presque intacts en Algérie.

Avec l'empire romain et |)endant l'époque de barbarie qui envahit le monde, toutes les règles de la science militaire furent oubliées; on ne saurait faire etUrer dans la castramélation régulière les cam])ements des barbares, et en particulier celui d'Attila, élevé en l'an h^V dans les chanq)s Calaloniques, qu'il fortifiait, dit la tradition, « d'un rempart de cadavres ». — Évidenuiient celte expression doit être considérée comme une figure, mais elle a trait évidemment à une grande hécatombe huiuaine, et celle situation n'a point dù augmenter la salubrité de ces camps.

Au moyen âge, nous ne trouvons point d'indications spéciales sur les camps, si ce n'est dans Rhazès qui, dans un de ses ouvrages (2), aborde

i l) G. Moraclie. Article MiLiTAin?: (service de santé), in Diction, encydop. des s<\ médicaliis, 2« sério, t. YIII, p. 74, 1874. (2) Rhazès, De rc medica, lib. H, cli. xiiT.

LES CAMPS AUX DIVERSES ÉPOQUES DE L'HISTOIIU- DES ARMÉES. /l37

l'étude des liabitalioiis du soldat, sons le litre de : De mansioinbm exerci tuum expeditionum vel eonim qui sunt in casiris.

L'année française se constitua cependant pour les croisades, et à celle époque, on trouve mention de camps palissadés, en particulier dans la croisade de 1096; plus tard, pendant les guerres contre l'Angleterre, un camp palissadé fut également préparé par le connétable de Clisson, sous Charles VI ; c'était, dit Mézeray, « une ville de bois de 3000 pieds de diamètre, munie de tours et de relrancliements, et capable de conlenirune armée entière ». On devait s'en servir après un débarquement projeté en Angleterre, mais qui n'eut jamais lieu, comme chacun sait. Au contraire, Edouard III se servit d'un camp analogue pour le siège de Calais en 13/i7, opposant ainsi forteresse à forteresse. Frctissard nous a laissé la descriptioiî d'un camp élevé en 1372 à Chisay, en Poitou, et placé sous le commandement de Duguesclin ; il était de forme carrée, palissadé et formé de tentes.

Louis XI fit élever, en 'Ki79, un camp d'instruction en Picardie, et en lZi80 un second à Pont-de-l'Arche, en Normandie ; il était destiné à recevoir 20 000 hommes des compagnies d'ordonnances, et, d'après les chroniques de l/i81, rédigées par Jean de Troyes, affectait la forme d'un camp romain, était « dessiné en belles rues et en places carrées, bordées de tentes, d'hôtelleries, de boutiques» ; Louis XI y séjourna lui-même et y (il exécuter de grandes manœuvres (15 juin 1/!|81).

L'écrivain militaire et politique Machiavel a donné dans son Traité du l'Art de la guerre, des conseils sur l'installation et l'organisation des camps; il recommande, en ])arliculicr, de s'en tenir aux règles tracées pai" les Romains^ par Végèce et Vilruve (l/!j69-1527). — Sous (^harles-QuinL Prosper Coloniia s'illustra par son talent à fortifier les camps ; Maurice de Nassau (1590-1025) reprit la forme quadrangulaire des camps ronuiins et fortifia lescamps deiiultesou de baraques; Gustave Adolphe (1611-1632) continua la tradition de ce grand capitaine et, pendant ses nombreuses campagnes^ lit un fréquent u.>age des canq)s compactes.

Nous arrivons au xviii* siècle, à celle épocjue où les armées françaises avaient déjà une grande cohésion; en 1696etl708, un canq) d'instruction s'éleva à Compiègne, mais le luxe que l'on y déploya en fit un véritable camp de parades; ce môme emplacement servit h des camps sous Louis XV, en 1739, 176^i, 1767. — A la même époque, on doit ciler le camp de Richemond-sur-la-Moselle, établi en 1727 et 1732 sous le commandeinenl

(lu maréchal de Belle-Ile, enfin ceux de Soissons en 1766, de la Verberie en 1769.

L'un des plus grands capitaines des temps modernes, Frédéric de Prusse, attachait une importance particulière à la formation régulière des camps; dans un ouvrage très-remarquable à tous les titres (1), il a laissé en termes clairs et précis les règles qui doivent présider à leur installation, et les mettait en pratique, en venant commander lui-même ses camps d'instruction, en en faisant une école pour ses officiers. — L'armée fran çaise chercha à s'assimiler les institutions prussiennes, et pendant un temps elles furent même l'objet d'un engouement général chez les militaires; en 1778, un camp fut établi à Vaussieux, sous le commandement du duc de Brcgiie, pour étudier les différents systèmes de lactique dont Frédéric II avait usé pendant la guerre de Sept ans et dans ses camps de Spandau, Magdcboiwg et Postdam; enfin, en 1788, un camp d'iuslruclion s'organisait à Saint- Orner, lorsque la Révolution vint tout mettre en question (2).

La période militaire qui commence en 1792 est marquée par l'établissement de quelques camps baraqués, système adopté dès lors pour les camps permanents. Au début , les baraques, dit le général Bardin, étaient de simples réduits, bâtis par les soldats eux-mêmes, sans grande précision, ni sans idées d'ensemble. — Souvent on consolidait la construction par un revêlement de pisé ou de gazon, mais il ne semble point qu'une règle précise ait fixé les dimensions ou les dispositions intérieures des baraques. Tels furent les camps de la Bidassoa en 1793, de Dunkerque en 1796.

Le camp de Boulogne, élevé en vue d'une descente en Angleterre, est, sans contredit, le plus vaste camp que notre armée ait jamais possédé (1803-1805). Il contenait trois corps d'armée, soit 160 000 hommes, 9673 chevaux et un matériel fort considérable. — Pour loger un si grand nombre d'hommes, on avait disposé, sur plusieurs rangées, des fites de baraques, ayant quelquefois plusieurs lieues d'étendue ; les baraques, construiles sur un modèle uniforme, devaient avoir 10 mètres de longueur,

(1) Instructions militaires du roi de Prusse pour ses généraux, suiwi del'Art de la guerre, poëme en six chants. — Cet ouvrage, dicté en allemand par le roi, a été pour la première fois traduit en français par un officier sa\on, Fœlch, vers 1750; la première édition, aujourd'hui fort rare, parut sans indication de date.

(2) Pour cette partie historique, nous avons trouvé de précieuses indications dans l'article Camp, de Michel Lévy et Boisseau {lac. cit.), et dans les documents réunis par le général Bardin (Dictionnaire de l'armée de terre ou Recherches historiques sur l'art et les usages militaires). Paris, 18ii-1851. U vol. in-8°.

LES CAMPS AUX DIVERSES ÉPOQUES DE L'HISTOIRE DES ARMÉES. fl39

5 mètres de largeur sur 3 de haut. — Les soldats les construisirent euxmêmes. Fendant toute la durée de leur séjour, le commandeinent prit un soin spécial de la santé des lionunes, en ne les laissant pas demeurer oisifs, en les nourrissant abondamment, en leur procurant même des distractions, des fêtes, des jeux, des simulacres de combat, en leur faisant cultiver des jardins (1). — On sait quels magnifiques résultats on obtint de cet entraînement et quelle puissance militaire représentait cette armée, qui devint la (( grande armée », et fit la prodigieuse marche de Boulogne à Vienne sans s'arrêter et sans presque avoir de malades.

Les troupes impériales ne furent que rarement campées sous baraques, elles bivouaquaient ou cantonnaient, et ne furent guère installées de la sorte qu'en 1809 à Tilsitt.

Pendant la Restauration , deux camps importants furent organisés, en i8U pour l'infanterie à Saint-Omer, en 1826 à Lunéville pour la cavalerie ; ces camps subsistèrent après 1830, on y ajouta ceux de Metz, de Fontainebleau et celui de Compiègner, organisé pour la première fois en 1837, sous le commandement du duc d'Orléans, ce camp fonctionna chaque année jusqu'en 1847 ; en 18^15, un autre camp avait été organisé à Saint-Médard, près de Bordeaux, sous le commandement du duc de Nemours. Dans ces camps, les troupes furent logé(îS sous des tentes, et l'instruction poussée avec vigueur ; on en obtint de grands avantages au point de vue de la discipline et de la santé des soldats. Dès 1833, on constatait, dit le général Bardin, que le nombre des malades était moitié moindre dans ces camps que dans les garnisons.

Eu 1853, des camps d'instruction furent installés à Helfaut, à Sathonay et à Satory. — En 185^», un second camp de Boulogne réunit d'abord les premières troupes à destination de la Baltique, puis bientôt s'ouvrirent les camps d'Honvault, d'Equilhem, de "NVimereux et d'Ambleteuse. L'ensemble de ces camps renfermait l'effectif de deux corps d'armée; les honunes étaient logés en grande partie sous la tente, d'autres sous des baTaques disposées, les unes et les autres, au sommet de la falaise. — Les baraques étaient .calculées de façon à donner 2 mètres cubes seulement par habitant, chacune d'elles devant contenir en moyenne 12 hommes ; leurs murs consistaient en piquets enveloppés de saucissons de paille enduits de terre glaise, la loi-

(1) J. Périer, Histoire médicale des cnmps de Boulogne {Recueil des mém. de inéd. et de chirurfj. mil., 2<= série, t. XVIII, p. 1, 1856).

6/l0 HABITATIONS DU SOLDAT.

Une était de paille d'orge ou de froment. Cette sorte de hutte était percée d'une porte à l'une de ses extrémités, d'une fenêtre au-dessus, et d'une seconde à l'extrémité opposée. A l'intérieur, se trouvaient deux lits de camp élevés de 0'",25 à 0'"^35 au-dessus du sol et laissant entre eux un intervalle égal à celui de la porte. — Outre ces baraques, il en existait de plus vastes pour les cantines, les magasins et les cuisines ; ces dernières devaient en même temps servir de chauiïoir aux hommes, mais les fourneaux des cuisines étaient insuffisants pour élever très-sensiblement la température dans ces grandes baraques. On n'avait primitivement disposé ni infirmeries, ni hôj)ilal pour le service du canip, mais le choléra ayant fait son apparition dès le mois de juillet l'hôpital de Boulogne devint insuffisant et l'on dut établir dans la haute ville une infirmerie divisionnaire de 250 malades et y créer un hôpital de UQO lits. — Pendant les ujois d'août et de septembre 185^i , 859 cholériques entrèrent aux hôpitaux et 262 succombèrent ; sur l'ensemble de l'année, dans le premier semestre, il y eut 9293 entrées aux hôpitaux et 498 décès, dans le second 9251 entrées et Zi56 décès. (]ette mortalité exceptionnelle était due principalement à la fièvre typhoïde et à la dysenterie. En 1855, sur l'initiative du médecin en chef, J. Périer, on construisit une baraque-infirmerie pour le service du camp, comprenant une salle de 20 malades, une salle de bains, une cuisine et quelques accessoires ; on prit du reste des mesures hygiéniques sérieuses et la fièvre typhoïde, ainsi que la dysenterie, ne tardèrent point à décroître très-seiisiblement et, avec elles, la mortalité. Les camps de Boulogne ne furent définitivement levés qu'en juillet 1856.

Le c^>mp de Ghàlons, institué par décret du 15 novembre 1856, vint remplacer le camp de Boulogne et fut inauguré en 1857 par la garde impériale; il subsiste encore aujourd'hui, quoique les événements de 1870-71 aient singulièrement modifié ses installations. Chaque année, de mai à octobre, il a reçu trois divisions d'infanterie et les services accessoires, puis, en hiver, un seul régiment y demeurait pour garder tout le matériel fixe, matériel qui allait en s'augmentanl tous les jours, car peu à peu les quartiers généraux, les bureaux, l'hôpital et les magasins s'établirent sous des constructions sinon définitives, du moins beaucoup plus stables que les baraques ordinaires. On construisit alors un baraquement que nous aurons l'occasion de décrire plus loin avec détail (1).

(1) L'histoire médicale du camp de Châlons a été particulièrement étudiée dans les

l.r.S CAMPS AUX DIVERSES ÉPOQUES 1)1:: l/lIISTOIliE DES ARMÉES.

Dans los dernières années de l'Empire, divers autres camps d'insiruclion s'élevèrent à Lannemezan, dans le département des Pyrénées-Orientales, à Pas-dcs-Lanciers, près de ^larseille, à Sathonay, piès de Lyon. Pentlani la guerre 1870-71, les gafdes nationales mobilisées furent en partie réunies dans ces camps et dans d'autres créés à Sainl-'Médard, près Bordeaux, aux Alpines, à Saiut-Omer, à Conlie, à Avor; enfin, à la suite des événements politiques qui nécessitèrent la présence de grandes rnasscs dc troupes aux environs de Paris, le gouvernement saisit l'occasion pour expérimenter en grand les effets du baraquement, appliqué à l'inslallatioii permanente des troupes, qu'il répartit dans six camps principaux, disposés autour de Paris, et situés à Satory, Villeneuve-l'Étang, llocquencourt, Saint- Germain, Saint-Maur et Meudon. Du reste, on était obligé d'en agir ainsi, car ii était matériellement impossible de loger les troupes de l'armée de Versailles, formant, au 1" janvier 187o, un effectif de 98 085 hommes (Ù750 officiers et 93 335 soldats) (1), dans les casernes de Paris ou de Versailles et dans les forts de l'enceinte, dont un grand nombre avaient été fortement endommagés pendant les deux sièges (2). Nous reprendrons un peu j)lus loin la discussion des faits que l'expérience de ces camps sous Paris a permis d'observer.

Actuellement (1874), sur un grand nombre de points du territoire, des études sont entreprises en vue d'organiser, en principe, un camp d'instruction pour chacun des dix-huit corps d'armée, camp qui ne serait pas occupé d'une façon permanente, mais pendant quelques mois de l'été seulement.

Les armées étrangères actuelles possèdent généralement nn ou plusieurs camps d'instruction ; l'armée britannique a les camps de Curragh en Irlande et d'Aldcrshot eu Angleterre, disposés pour 10 000 honunes chacun, ceux deGolchester et de Shorncliffe pour 3000 hommes; de plus, en 1873, elle

travaux suivants : Baron H. Larrey, liapport sur l'état sanilaifc du camp de Chàloris {Recueil des mém. de niéd. mil.^ 2* série, t. XXI, 1858. — J. Périer, service de santé du camp de Châlons en 1858 (même recueil, 3'' série, 1. 1, 1859). — GofTres. Considérations historiques j hygiéniques et médicales sur le camp de Chnlons (même recueil, t. XIII^ 1865). — Bleicher, Géographie botanique dn camp de Châlons (même recueil, t. XXI, 1869),

(1) Général Vinoy, L'armée franmise en 1873^ p. liO. Pari?, 1S73.

(2) L'histoire hygiénique des camps sous Paris on 1871 et 1872 a été étudiée par A. Marvauil, Etude sur les casernes et les camps permanents [Ann. d'hyg. et de méd, lég., 2" série, t. XXXVIII, 1872 et t, XXXIX, 1873;.

[aU2 habitations du soldat.

a réuni 20 OOO à 2i 000 hommes dans deux camps de manœuvre, situés l'un à Dart'iioor dans le Devonshire, l'autre à Cannock Chase près de Birmingham. L'armée russe donne une extension de phis en plus grande au camp de Krasnoë-Selô, situé à 27 kilomètres de Saint-Pétersbourg (1), à celui d'Orane dans le gouvernement de Vilna, spécialejncnt destiné aux manœuvres d'artillerie ; le gouvernement autrichien rassemble chaque année plusieurs divisions au camp permanent de Bruck, sur la Leitha et dans celui de Vœrœsvar près de Pesth-Ofen ; l'Jtalie mobilise une partie de ses troupes pendant l'été et en envoie au camp de Saint-Maurice, situé à 20 kilomètres de Turin ; l'armée hollandaise possède le camp d'instruction de Milligen. L'armée belge a son camp de Beverloo (2) ; l'armée allemande ne possède point de camp d'instruction permanent, mais, chaque année, un ou plusieurs corps d'armée sont mobilisés pendant l'automne, exercés à de grandes manœuvres qui comprennent le campement, le bivouac et le cantonnement ; il en est de même dans l'armée suisse.

Toutes les armées, on le voit, sentant de plus en plus la nécessité de former les armées à la pratique du service en campagne, tendent à multiplier les manœuvres d'ensemble, et dès lors à rassembler les troupes, en grandes masses, dans des camps fonctionnant^ surtout lors de la belle saison, mais établis sur des terrains choisis à l'avance et oîi certains services sont pourvus d'installations permanentes.

§ II. — Des »livcr.scs espèces de camps.

Au point de vue militaire, on peut diviser les camps en camps tactiques, (V instruction ou de parades, ce sont ceux dont il a été question à la fin du dernier paragraphe, ou en camps de passage, ceux où une troupe ne séjourne point, où elle ne fait que reposer une nuit, ou quelques jours au plus; dans ces dernières conditions, on peut les nommer aussi camps de repos ; tels sont ceux par exemple que l'on établit, au retour d'une campagne, pour faire reposer les troupes avant leur rentrée dans les garnisons

(1) L'histoire médicale du camp de Krasnoë-Sélo a été étudiée particulièrement par 0. Heyfelder, Das Loger von Krasnoë-Selo ini vergleich mit dem vu7i Cholons. Berlin, 186G.

(2) Voy. Z. Merchie, Rapport sur les maladies qui ont régné penda?it la période de manœuvres de 1854 au camp de Beverloo {Arch. méd. mil. belges, t. XIV, 1854) et Delhaie, Camp de Beverloo; périodes des manœuvres de 1858 (mêmes archives, t. XXIV, 1869.

DES DIVERSES tSPËCES DE CAMPS. LiUZ

ordinaires, ceux qui, pendant le cours même d'une campagne, sont établis au contraire, en vue de réunir les unités lactiques, afin de constituer les armées et de se préparer à prendre l'olîensive. Les camps de siège sont les camps formés autour d'une place devant laquelle l'armée ou une fraction de l'armée est immobilisée; ils peuvent exercer sur la santé des troupes une influence très-marquée, car d'une part leur durée se prolonge (|ticlquefois fort longtemps, et de l'autre il n'est pas toujours possible d'y suivre l'un des principaux préceptes de l'hygiène du camp, celui de ne point maintenir trop longtemps les troupes sur un môme terrain, en raison de l'infection du sol qui ne tarde pas à se produire. Les camps des alliés sous Sébastopol en \ S3k, 1855 et 1856 sont un des plus récents exemples des camps de siège, car pendant la guerre 1870-71 l'armée allemande a plutôt cantonné, que campé, les troupes qu'elle amassait autour des places françaises.

Enfin les camps peuvent encore se diviser, au point de vue militaire, en camps o/fensi'fs ou camps défemifs ; ces expressions indiquent sufTisamment les indications stratégiques qui résultent de leur situation.

Au point de vue hygiénique, la grande division à établir entre les- camps est celle de camps temporaires et camps permanents. — Les uns et les autres offrent sans doute des indications communes, en ce qui touche la situation du camp, le sol, les eaux, l'exposition, mais dans le second cas ces indications ont une importance bien plus grande, par suite de la prolongation des influences qui en résultent sur la santé des troupes, en particulier des influences telluriques et météorologiques. Les uns et les autres peuvent se diviser en bivouacs, ceux où le soldat n'a point de logement, et en camps sous tentes ou sous baraques. Lorsque ces derniers sont absolument permanents, ils tendent singulièrement à se rapprocher des casernes bara quées ou même des casernes à pavillons multiples, comme le sont les casernes anglaises étudiées au précédent chai>itre et dont le nom même, barracks, indique la disjiosition, connue le sont surtout les casernes baraquées américaines dont nous signalerons plus loin les avantages.

Enfin, au point de vue médico-militaire, on peut également admettre une dernière division, celle des camps de malades et des camps de convalescents, où l'élément hygiénique et les soir.s médicaux doivent absolument dominer; la tactique et la stratégie n'y jouent presque aucun rôle, à moins qu'ils ne soient établis en pays ennemis ; ils doivent alors occuper une position militaire se prêtant, à la rigueur, à la défensive.

Dans l'étude des camps, nous ne pouvons tenir compte à la fois de toutes ces divisions; aussi, suivant l'ordre établi pour l'étude des casernes, nous envisagerons successivement les différentes parties constituantes des camps et du campement, sauf à signaler, chemin faisant, les modilications qu'il importerait d'y apporter suivant le rôle spécial de chaque espèce de camp. En agissant ainsi, nous pensons rester dans la logique même des faits, et gagner en clarté et en précision, qualités indispensables de tout travail, aussi bien pour l'auteur lui-même que pour le lecteur.

ARTICLE II. — Des localités pouvant servir a l'établissemExNt

d'un camp.

Sous ce litre, il convient d'envisager le choix de l'emplacement le |)lus favorable pour rétablissement du camp, les diverses conditions qu'il y a lieu de prendre en considération, au point de vue du sol, des eaux, des influences météorologiques auxquelles les troupes se trouvent soumises ; enfin les différents services dont il importe d'assurer le fonctionnement et les emplacements relatifs qui leur doivent être réservés.

§ ■: — Eiiiplncciucnt dos camps, choix de la région et de la saison.

I. Indications générales. — L'emplacement d'un camp est le premier des problèmes à résoudre ; mais si, eu temps de paix, on est à peu près maître de la situation, en temps de guerre, au contraire, il faut généralement subir plus ou moins ses nécessités. Dans ce dernier cas, en effet, s'il s'agit d'un camp de passage, il faut naturellement l'établir à cheval ou à peu de distance de la route que suit le gros de l'armée, et dans quelques cas foire prédominer avant tout la question de sécurité et de défensive. C'est ainsi qu'en Algérie, par exemple, les colonnes sont quelquefois obligées d'occuper des points dépourvus de bois et même d'eau, parce que la troupe étant en petit nombre, doit se garder de toute attaque et tenir fortement les hauteurs, s'il en est dans le voisinage. D'autres fois, comme dans uncamp de siège, le commandement ne pourra non plus porter ses camps trop en arrière, quelque mauvais que soient les emplacements, parce ([u'il élargirait la ligne d'investissement, au delà des limites possibles, et n'aurait plus alors la faculté de réunir rapidement, sur un point donné, assez de troupes pour s'opposer à une sortie de l'ennemi. Dans les temps de guerre, la plupart du temps, l'emplacement des camps temporaires ou définitifs est

EMPLACEMENT DES CAMPS- hkô

imposé par les circonslances militaires, et l'Iiygione ne peut que clierchcr à en modifier plus ou moins les conséquences, en tant qu'elles soient dangereuses.

Les camps du temps de paix, et en particulier les camps d'instruction, laissent plus de latitude. Sans doute, là encore on retrouve des indications avec lesquelles il faut compter; telles sont en particulier : la proximité de lignes de chemin de 1er, de villes ou de villages importants, ia cherté môme du terrain à acquérir, qui varie singulièrement suivant la nature du sol et des cidtures. Fort heureusement, comme nous le verrons au paragraphe suivant, ces deux éléments sont en parfait antagonisme, les terrains les plus fertiles étant, eu général, peu favorables à l'installation d'un camp.

L'importance du choix de remplacement ne saurait être mise en doute, car de ce choix dépendra, en grande |)arlie, la salubrité du camp; l'honmic l essent l'inlluence du sol sur lequel il hahilt', non pas autant sans doute que les végétaux qui y poussent, que les animaux qui y paissent leur nourriture, mais cependant d'une façon très-directe et très-rapide. Les anciens n'ignoraient point cette influence, aussi, à défaut de connaissances exactes dans les sciences physiques, avaient-ils résumé eu quelques données, toujours vraies et applicables, les indications relatives à la salubrité des emplacements destinés à servir de lieu de campement.

Yitruve s'exprime ainsi qu'il suit : « Il faudra considérer quelle est l'habitude du corps des habitants du lieu. S'ils sont robustes et de bonne couleur et s'ils ne sont sujets ni aux maux de jambe, ni aux fluxions sur les yeux, on sera assuré de la bonté du lieu ■) (1). Bien avant lui, Xénophon avait déjà signalé l'importance de la santé des habitants, comme élément d'appréciation de la salubrité d'un lieu : « Lorsque tu te proposeras, dit (lambyse à Cyrus, de séjourner longtenips dans un pays, tu commenceras par choisir un lieu sain pour camper; avec de l'attention tu n'y seras pas trompé, carie peuple répète sans cesse que l'air est salubre en tel endroit, malsain en tel autre; pour en juger plus sainement, examine la constitution physicpie des habitants et la coulenr de leur teint (2). »

Les Romains avaient Thabitude de consulter les augures sur le lieu à choisir pour asseoir le camp, et ceux-ci, puisant leurs indications dans des inlluences sidérales, un peu théoriques, ne négligeaient pas non plus quel-

(1) Vitruve, Traité de fnrchUcctuve, livre I, ciMp. iv, (2J Xénoplion, Cyropiidie.

ques moyens plus pratiques, ils ouvraient, en particulier, le corps des animaux liabilués à i)aîlre dans cet endroit. « J'approuve fort, dit Vitruve, l'usage où étaient les anciens de commencer, dans les endroits où ils voulaient bâtir ou camper, par immoler des animaux pour en examiner le foie. Si, après en avoir examiné plusieurs, ils en trouvaient de livides et corrompus, et s'ils jugeaient que cela n'était l'elTel que de queUiue maladie particulière et non de la mauvaise nourriture, puisque le foie des autres était sain et entier, grâce à l'usage des bonnes eaux et des bons |)âturages, ils s'y établissaient. Si, au contraire, ils trouvaient des foies d'animaux généralement gâtés, ils concluaient que ceux des hommes étaient de môme et que les eaux et la nourriture ne pouvaient être bons en ces endroits. » Nous ne conseillerions pointde s'en tenir aujourd'hui à des indications aussi vagues, car nous possédons des moyens d'investigation plus précis, mais cette citation prouve l influeuce qu'exerce le sol sur les espèces animales qui y séjournent. Du reste, Végèce ne laisse pas que de formuler des règles très-nettes au sujet du choix d'un emplacement pour le camp:

0 II faut, dit-il, asseoir un camp dans un lieu sûr, où l'on i)uisse avoir abondamment du fourrage, du bois, de l'eau et où l'air soit sain si on doit y demeurer longtemps. 11 faut camper, en été, à portée des bois et des fourrages, en tous temps Sur un terrain qui ne soit ni commandé, ni sujet aux inondations, ni embarrassé par des défdésetdes précipices (l). »

En tant qu'indications générales, on n'a jamais rien dit de plus précis que ces préceptes du général romain, écrits il y a déjà plus de quinze siècles. Les différents généraux qui ont formulé des règles sur la castramétation, depuis Gustave- Adolphe et Frédéric de Prusse jusqu'aux auteurs modernes, les hygiénistes qui s'en sont également occupés, les Colombier, les Vaidy, les de Kirckhoff, n'ont pu que répéter ces mômes formules, car elles sont éternellement vraies.

II. Altitucle de l' emjilacement du camp. — Exposition. — Autant que possible, il est avantageux de choisir un emplacement assez élevé , et d'éviter les plaines resserrées, les endroits plus ou moins marécageux, ceux qui se trouvent à l'abri derrière des collines ou des replis de terrain, où les courants atmosphériques ne peuvent librement circuler; au contraire, les ravins ou vallées encaissées, où les tourbillons de vent s'engouffrent, ne pourraient convenir non plus; du reste, même en tenant

(Ij Végèce, De re militari, lib. l, chap. xvm, et lib. III, ch. vni.

Page 1