CONSTITUTION MÉDICALE DE LA RÉGION. UU
iiieliqués pour les troupes de l'Europe centrale; en Espagne ou en Italie, on pourrait prolonger leur séjour au camp jusqu'en noveuibre, de même (jue dans l'Europe septeulrionale les mois de juin et de juillet ollriraient, au point de vue dimalérique, peu d'inconvénients.
IV. Constitution médicale de la région. — Sans imiter les augures romains en ouvrant le corps des victimes, les médecins, que le commandement ne saurait tenir à l'écart des questions relatives h l'installation des camps, devront s'enquérir avec soin de la constitution médicale du pays, (ju'elle soit fixe ou accidentelle. Ils auront donc à parcourir la région et à provo(|uer, s'il se peut, une enquête sur les maladies les jilus communément observées dans les cantons voisins de ceux où l'on doit établir le camp.
Généralement ils- acquerront ainsi la conviction que ces maladies sont la résultante combinée de la climatologie de la région, de la constitution du sol et de l'hygiène suivie par les habitants; ils pourraient donc, à la rigueur, fornmier une opinion sur ces données seules, mais, comme complément d'instruction, on ne saurait non plus négliger d'apprécier l'inlluence locale sur son réactif toujours fidèle , sur l'homme lui-même. Apres avoir fait la part des causes morbides aux({uellcs il serait facile de soustraire le soldat, on doit considérer sérieusement celles qui sont permanentes et ne sont point modifiables dans leur ensemble; dans le groupe des causes modifiables, on peut ranger beaucoup d'infractions à l'hygiène, l'encombrement et la malpropreté des villages, les habitudes d'alcoolisme ou au contraire l'effet des privations; dans le second, on placera au contraire toutes les inlluences pathologiques proveiiant du sol cl du climat.
Enfin, il y aura lieu de tenir grand compte des constitutions médicales |)assagères, telles qu'épidémies de fièvres éruplives, de fièvres typhoïdes, (le choléra, etc. On ne doit point oublier ce principe essentiel d'épidémiologie : alors môme que ces maladies ne se manifesteraient dans la population que par un nombre de cas assez restreint, l'arrivée seule d'un grand nombre d'hommes fournirait un nouvel élément à l'influence épidcini<iuc, peut-être épuisée sur place. Les exemples de ce genre sont trop connus des épidémiologistes pour qu'il soit nécessaire de s'appesantir sur ces indications.
I-'étude |)athologique de la région doit donc être entreprise, au même titre que son étude tellurique et climatérique; elle est le pins souvent
MOUACiiE. — Hyg. milit. 29
iiilimenienl liée à ces dernières ; aussi semblerait-il logique d'altacher un médecin, particulièrement expert de ces recherches, à la station militaire chargée d'apprécier sur place les conditions de l'emplacement d'un camp.
§ II. — Constitution du sol au point de vue du campement.
L'importance qu'exerce le sol lui-même sur la salubrité des emplacements choisis pour établir un camp ou un bivouac, nous engage à rappeler ici les principales conditions telluriques, en tant qu'elles peuvent affecter la santé de l'homme ; cet ensemble de conditions est désigné par les hygiénistes sous le nom de modificateurs géologiques.
On peut considérer le sol comme un composé de substances minérales, végétales et animales, entre les interstices desquelles de l'air et de l'eau viennent se loger (1). Chacune de ces parties constituantes doit être envisagée dans ses rapports avec la salubrité.
1. Du rôle de Vair dans la saluhiHté du sol. — Seules les roches les plus denses ne contiennent point d'air ; les sables légers en renferment hO à 50 pour 100, les sables compactes 20 à kO, les terres végétales en présentent de 2 à 10 fois leur propre volume ; cet air est, en grande partie, composé d'acide carbonique, ainsi que l'ont prouvé les recherches de Corenwinder (2); cet observateur a démontré que le sol exhale cet acide spontanément, et Boussingault a fait voir, qu'outre l'acide carbonique, le sol laisse encore dégager de l'oxyde de carbone et une minime quantité d'hydrogène carboné ; dans les sols humides, lorsque les eaux contiennent des sulfates, on peut également rencontrer une certaine proportion d'acide sulfhydrique. Le dosage de l'air, l'analyse de ces gaz constituent une opération de laboratoire, trop spéciale pour être décrite et appréciée dans cet ouvrage.
L'air contenu dans les sols friables est en mouvement continuel; surtout lorsque le terrain est sec; la température ambiante et les pluies sont les principales causes de ces déplacements, ces dernières, en déplaçant l'air des couches supérieures, puis en élevant sensiblement le niveau de la nappe d'eau souterraine. Plusieurs causes accidentelles peuvent augmenter encore ces déplacements, en particulier la présence d'habitations chauffées
(1) E. A. Parkes, A Manual of pradieal hygiène, etc., ^^ édit., p. 303. London,
(2) Corenwinder, Comptes rendus de l'Académie des scieiices , 30 juillet 1855.
CONSTITUTION nu SOL AU POINT DE VUE DU CAMPEIMENT. 651
artiriciclleiiient qui exercent un appel direct sur les gaz du sol; de là, l'indication d'imperméabiliser le terrain sur lequel on veut élever des constriiciions, fait que nous avons déjà signalé en traitant des casernes. Si l'on ne peut toujours disposer un pavage ou une couche de béton, du moins est-il possible d'élever l'Iiabilatioii de quelques pieds au-dessus du sol, afin d'interposer une couche d'air renouvelable; ce principe s'applique d'une façon toute parliculière à la construction des baraques. — Les parties du soî voisines des habitations et, en particulier, les camps peuvent être assainis par la présence de couches de gazon, senié et entretenu avec soin; ces végétaux absorbent les gaz du sol, par leurs racines, et préviennent leur dispersion dans Talmosphère.
En j)rinripe, on regarde les sols poreux comme les plus sains, parce qu'ils sont les plus secs ; néanmoins ils laissent aussi passer plus facilement les ellluves lelluriques; il n'est point rare de rencontrer des terrains parfaitement secs, sur lesquels on contracte cependant des affections pyréliques, alors (lue théoriqueujent ce fait paraît inexplicable; le professeur Colin, du Val-de-Gràce, a signalé ces particularités et montré que les effluves fébrigèncs sont loin d'appartenir toujours aux terrains humilies (1) ; aussi, comme règle pratique, doit-on conclure à la nécessité d'imperméabiliser le sol sur lequel on veut fixer des habitations, lors même qu'il est relativement sec et d'apparence salubre. On a successivement attribué aux ellluves telluriqucs les fièvres d'accès et rémittentes bilieuses, la fièvre typhoïde, la fièvre jaune, le choléra et la dysenterie; nous n'avons pas à soulever ici cette question d'épidémiologie.
II. Du rôle de Veau dans la salubrité du sol. — L'eau contenue dans le sol peut y être mélangée en d'assez faibles proportions, et s'y trouver conjointement avec de l'air ou des gaz; dans ce cas, le sol est dit simplement humide; elle peut constituer une nappe continue dans laquelle les matériaux du sol sont pour ainsi dire en suspension, c'est ce que l'on nomme la nappe d'eau souterraine, à laquelle des travaux récents, en particulier ceux de Pettenkofer, doivent faire attribuer un rôle fort important pour la salubrité du sol.
Humidité du sol. — L'humidité du sol dépend du pouvoir que possèdent ses éléments constitutifs d'absorber et de retenir l'eau ; elle est, de plus, influencée par la présence de la nappe d'eau sous-jacentc et par l'in-
(!) L. Colirij Traite des fièvres intermittentes, p, 26 et suiv. "Paris, 1870.
lensilé des |)luies. Tous les éléments géologiques peuvent retenir l'eau en plus ou moins grande proportion. Suivant les expériences de PfalT (1), du sable de quartz placé sur un filtre retient jusqu'à 20 pour 100 d'eau ; il est vrai que les conditions de cette expérience ne sont pas ahsolumejit identiques avec celles où se trouvent les terrains, néanmoins il y a là une indication précieuse. Dans les circonstances ordinaires, la marne relient 13 à 17 pour 100 d'eau ; l'argile, si elle n'est pas très-dense, 20 pour 100 ; l'humus ei les marbres en retiennent encore de 0,U hU pour 100.
On peut, néanmoins, au point de vue prali(pie, diviser les terrains en sols non perméables et en sols perméables. Dans la première catégorie, il faut ranger les granits, les roches métamorphiciucs, les schistes ardoisiers, les argiles n)aigres, les argiles grasses, les oolilhes durs, les calcaires durs, les dolomites, etc. ; dans la seconde catégorie se trouvent les marnes, les sables, les pierres à sablon, les sols arables, etc. La quantité de pluie qui liaverse le sol varie naturellement suivant sa constitution géologique, mais aussi suivant la déclivité du terrain, suivant l'évaporation déterminée par la température et le vent, cnlin suivant la rapidité avec laquelle la pluie se répand sur le sol. En moyenne, dans nos contrées, la pluie pénètre suivant mie proportion de 25 pour 100 dans les terrains granitiques, de /i2 pour 100 dans les terrains marneux, de 60 à 96 pour 100 dans les terrains .sablonneux; le reste s'évapore ou coule à la surface du sol.
L'humidilé du sol est, on le voit, directement influencée par l'action des pluies, mais la nappe d'eau souterraine, dans ses niouvemenls alternatifs d'élévation et d'abaissement, ne laisse pas que d'y jouer un rôle, en augmentant ou diminuant la quantité d'eau qui remonte, par capillarité, entre les éléments constitutifs du terrain pour venir s'évaporer à la surface.
La quantité d'eau contenue dans un sol peut être facilement déterminée, en pesant un certain volume de terre avant et après un dessèchement complet à l'étuve.
Nap/je d'eau souterraine. — On rencontre la nappe d'eau souterraine à des hauteurs singulièrement variables, suivant que le sol est plus ou moins coinpacte, plus ou moins perméable, suivant la facilité plus ou moins grande de l'écoulement, enfin suivant la présence ou l'absence d'une couche absolument imperméable, à quelque distance de la surface; parfois on rencontre la nappe à 1 mètre de la surface, parfois à 50 mètres seulement. La
(1) Pfair, Zeitschrift fiir Biologie, t. IV, p. 249.
COINSTITUTION DU SOL AU POINT DE YUii DU CAMPEMENT. ^453
surface de celte couche d'eau n'est pas toujours horizontale, elie peut au contraire, en certains points, être plus rapprochée de la surface du sol qu'en d'autres ; elle subit un mouvement continuel cl, le plus souvent, se dirige vers les courants d'eau voisins. La présence des racines de grands arbres, si elles sont du reste abondantes, entrave plus ou moins son écoulement; son niveau varie quelquefois avec rapidité, la différence entre les points extrcMnes de l'année pouvant atteindre de (lueUiues centimètres à plusieurs mètres. Les principales causes de ces variations de niveau sont constituées parles pluies et par l'action des cours d'eau voisins, action qui peut s'étendre dans un vaste rayon, de même, qu'en un point donné, le niveau de la masse souterraine peut être influencé par des pluies tombées à de grandes distances.
L'hunndité du sol se traduit, au point de vue de la salubrité, par deux ordres de phénomènes : 1° par l'action de l'eau elle-même, en rendant le sol plus froid, eu augmentant l'humidité de l'air; 2" par l'action chimique de l'eau, comme favorisant l'évolution des fermentations organi(iues. Les émanations ou ellluves qui s'en dégagent ne nous sont encore connus que par kur action, mais on peut dire que l'eau joue un grand rôle dans leur évolulion, cette dernière semblant appartenir à celle des organismes inférieurs.
Nous n'avons pas à parler ici des maladies développées sous l'inlluence du refroidissement du sol, en tant que causé par la présence de l'eau, maladies auxquelles on applique l'éticiuette de rhumalistnalcs. Celles qui se lient à la présence des émanations organiques donnent prise à plus de discussions.
Il est, tout d'abord, inconleslablc que l'humidité du sol joue un rôle primordial dans le développement du principe producteur des fièvres dites di' ma/aria, quel que soit cet agent; les facteurs nécessaires p(>ur le produire paraissent être : un ceriain degré de chaleur du sol, de l'air, de l'eau, et la présence de substances organiques, vraisemblablement végétales dans le terrain. On peut supposer que les variations de niveau de la nappe souterraine, en modifiant l'humidité du sol, doivent coïncider avec les explosions ou les accalmies de l'cndémo-épidémie fébrile. C'est ainsi que, dans certaines régions, lorsque la nappe d'eau se rapproche de la surface du sol, soit par suite de grandes pluies, soit à la suiled'un alllnx considérable dans les cours d'eau voisins, ou constate une reprise des fièvres inlermittcntes ; de même lorsque, par des travaux de drainage ou toutes autres circonstances, cette nappe d'eau baisse sensiblement de niveau, on peut remar-
(jucr une diininulion générale de la niorbidilé fébrile; si ces causes sont durables, l'assainissement de la région peut en être la conséquence. Tel est, par exemple, le cas de la ville et des environs de Bt uiïarick, dans la Mitidja (Algérie), autrefois particulièrement insalubre et où, depuis que des travaux de drainage ont sensibicnjcnt modifié l'éiat du sol et le niveau de la nappe souterraine, la mortalité est tombée des deux tiers au moins (1).
Fetteiikofer cite un exemple intéressant de l'influence heureuse qu'exerce le drainage du sol sur la santé de ceux qui l'habitent : aux environs de Munich, deux haras situés à deux lieues l'un de l'autre et construits sur des plans absolument identiques, se faisaient remarquer l'un par une salubrité absolue, l'autre par une mortalité excessive des chevaux; les animaux envoyés du haras sain dans l'autre n'y importaient point la maladie, sorte de fièvre à caractère typhoïde; bientôt on put constater que ces différences de salubrité tenaient à ce que dans le haras sain le niveau de la nappe souterraine se trouvait à 6 pieds du sol, tandis qu'il se trouvait à 2 pieds 1/2 seulemei;t dans l'autre; des travaux de drainage judicieusement conduits vinrent lUvidifier complètement cette situation et, en déterminant l'abaissement de la nappe d'eau, rendirent parfaitement salubre le haras jusque-là si particulièrement dangereux.
Le développement de la fièvre typhoïde semble, de même, être sensiblement influencé par l'humidité du sol. Petlenkofer a remarqué qu'à Munich les explosions de cette épidémie coïncident avec les chutes brusques de la nappe souterraine, succédant à une ascension inusitée (2); les mêmes observations ont été faites par Seidel à Leipzig (3), par Buxbaum pour la casernedcNcustift [h). D'autres fois, l'explosion de la fièvre typhoïde a paru coïncider au contraire avec une élévation de la nappe d'eau souterraine, parce que, dans ce cas, les puits et fontaines peuvent recevoir, parle moyen de cette nappe d'eau, des produits infectieux qui sont ensuite absorbés par l'homme avec les boissons ; dans ce cas, la napjie d'eau jouerait le rôle de disséminateur des principes typhigènes; telle est la théorie de
(1) Voy. sur ces questions E. Vallin, article Marais, in Diction, encyclop. des se. médicales, série, t. IV, p. 654 et saiv., 1871.
(2) Pettenivofcr, Zeitschrift fiir Biologie, v. I, p. 1.
(3) Seidel, M., v. I, p. 22t,etv. II, p. 145.
(4) Buxbaum, Der iyphus in der Kaserne zu Neustift {Zeitschri/t fiir Biologie, V. VI, p. 1.)