CONSTITUTION DU SOL AU POINT DE VUE DU CAMPEMENT
longues périodes de séjour sons l'eau. Dans les marais de la Toscane, en parlicnlier, on retrouve sans dilTicullés dr-s formations végétales, encore l: èsrcconnaissables dans leur structure, jusqu'à une grande profondeur. Les débris de végétaux sont dus à la dissociation des espèces végétales encore existantes sur le terrain; ils sont si intimement mélangés au sol qu'ils y sont comme dissous. Dans quelques cas, les pluies les enlrainenl jusqu'à de grandes profondeurs, et cha(|ue particule minérale du terrain semble alors s'entourer d'une gangue végétale en forme d'incrustation. Un tel sol, souvent sablonneux à la surface, et fort salubre en apparence, peut, on le conçoit, laisser dégager des émanations fébrigènes, pour peu qu'il soit soumis à des alternatives de sécheresse et d'humidité.
Matières ammales. — Ces matières se rencontrent dans presque tous les terrains, alors même que les espèces animales semblent avoir disparu de leur surface, à plus forte raison lorsqu'elles y existent encore. Elles sont dues à la décomposition des organismes animaux et aux déjections de ceux qui y vivent. On les retrouve naturellement, en proportions beaucoup plus considérables, aux environs des agglomérations humaines, qui groupent autour d'elles un grand nombre d'animaux. Peltenkofer admet que, à Munich, 90 pour 100 des excréta de la population passent directement dans le sol.
Le sol, du reste, se purifie spontanément par suite de l'oxydation lente de ces produits animaux, de leur absorption par les végétaux ; aussi ne saurait-on assez multiplier les plantations au voisinage des agglomérations lumiaines et sur le sol même qu'elles habitent.
Madères minérales. — La croûte terrestre renferme une grande variété de substances minérales, mais quelques-unes d'entre elles se présentent plus communément que les autres, tels sont les composés de silice, d'alumine, de chaux, de fer, de carbone, de chlore, de phosphore, de potasse et de soude. Au point de vue hygiénique, il faut attacher plus d'importance à la constitution locale du sol d'un lieu qu'à la nature des grandes formations géologiques ; ces dernières ne laissent pas cejiendant que de jouer un certain rôle surles mouvemenis des eaux et les conditions climatériques.
Nous indiquerons très-rapidement les constitutions géologiques les plus communes des sols dans leur rapport avec la salubrité de la région.
Les roches granitiques et métamorphiques fournissent d'ordinaire un sol salubre, les pentes y sont rapides, l'eau s'écoule facilement, l'air y est relativement sec et la végétation de moyenne abondance. Rarement on y
trouve des marais et en général point de malaria. Cependant, lorsque ces roches ont été désagrégées, elles passent pour devenir malsaines, car alors elles absorbent l'eau plus facilement. Les schistes ardoisiers se rapprochent sensiblement des roches graniticpies, comme inlluence sur la santé; ces terrains ont une forte pente et sont assez imperméables, la végétation y est pauvre, mais l'eau y est rare et, après les pluies, elle s'écoule rapidement sous forme de torrents; en revanche, elle est potable, car elle n'a pu se charger de substances solubles.
Les calcaires et calcaires magnésiens ressemblent aux formations granitiques comme pentes générales et écoulement rapide des eaux; néanmoins les marais n'y sont point rares, car de grands amas d'eau peuvent se former dans des cavités, creusées peu à peu dans le calcaire sous l'aciion de l'acide carbonique contenu dans l'eau des pluies. Les eaux potables sont transparentes, mais- dures et chargées de sels de chaux.
Parmi les terrains calcaires, les oolithes sont les plus salubres; les calcaires magnésiens, au contraire, conviennent infiniment moins, et les terrains de cette classe doivent, s'il se peut, être évités au point de vue d'établissements à demeure.
Les terrains crayeux, s'ils ne sont point mêlés d'argile, sont particulièrement avantageux et salubres, h condition d'être perméables. Les eaux, quoique chargées de carbonate de chaux, sont claires et agréables au goût. Lorsque la marne se concrète, elle devient imperméable, retient l'humidité et donne des terrains froids; les terrains crayeux, mélangés d'argile, situés en contre-bas, recevant l'eau des terrains plus élevés, se transforment assez facilement en marécages et deviemient alors particulièrement insalubres.
Les sables agglomérés sous forme de cailloux forment des terrains perméables, secs, salubres; s'ils sont au contraire mélangés d'argile, il existe souvent une stratification, formant couche imperméable à petite distance de la surfiice. Le terrain relient alors l'humidité et perd ses qualités avantageusee.
Les sables peuvent constituer des terrains fort salubres, s'ils ne contiennent point de matières organiques et s'ils ont une grande profondeur; l'air y est pur et de bonne qualité; quelquefois les sables renferment une forte proportion de sels ferrugineux ; au contraire, les terrains sablomieux peuvent être dangereux s'ils sont constitués, comme ceux des Landts, par des parties de silice, entourées d'une gangue de matière végétale. L'insalubrité des terrains sablonneux peut tenir à la présence de couches argileuses sous-
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jacenles, formant slratilicalioii ; les sables rcllennent alors les eaux et laissent passer des effluves lébrigèjies; enfin, ils peuvent contenir des substances minérales sokibles, connue des carbonates de magnésie et de cliaux, les eaux devieuneiit alors impropres à servir de boissons.
Les terrains argileux, les marnes agglomérées, les terrains d'ailuvion, doivent, à priori, être regardés conmie insalubres. Les eaux s'écoulent difficilement à leur surface et n'y pénètrent point, les marais s'y forment facilement. Dans les terrains d'ailuvion, on rencontre fréquemment des couches alternantes de sables agglomérés et d'argiles, avec de fortes proportions de matières organiques. Les deltas des rivières et des fleuves présentent, en général cet aspect, aussi doit-on les éviter avec le plus grand soin comme lieu d'habitation permanente. Néanmoins, leurs dangers peuvent être de beaucoup diminués par des travaux de drainage; des établissements, élevés sur ces terrains, ont pu, par ce moyen, se transformer du tout en tout au point de vue de leur salubrité.
Les sols en culture sont souvent particulièrement sains, car les principes organi((ues nuisibles et l'excès d'humidité sont alors entraînés par la végétation. Certaines cultures, néanmoins, exigeant une quantité d'eau toute spéciale, comme celle du riz dans le nord de l'Italie, deviennent au contraire dangereuses; on doit en éloigner les habitations.
l\. F tôt lie la surface du sol — Plantations. — Les plantations exercent une influence très-sensible sur la salubrité du sol ; dans les pays froids, elles interceptent les rayons solaires calorifiques ainsi que les courants d'air et s'opposent à l'assèchement : aussi, les terrains boisés sont-ils froids et humides. Dans les pays chauds, les plantations rendent également le sol [)lus frais, mais ici ce défaut devient (pialilé.
Au point de vue hygiénicjue, les végétations peuvent se diviser en herbages, broussailles et planlalions arborescentes. Les herbages sont en général salubres; dans les pays chauds ils rafraîchissent le sol en le prolégeanl des rayons du soleil, et l'on ne saurait trop chercher à multiplier ces plantations dans les terrains sablonneux. Les broussailles sont en général nuisibles et deviennent un obstacle au campement, on est donc obligé de les enlever; néanmoins, il faut remarquer que leur destruction a souvent coïncidé avec une aggravation des fièvres dans les régions à nialaria, soit que ces broussailles constituent une voie d'élimination ou d'absorption des eflluves fébrigènes^ soit ({uele fait de leur arrachement mette le sol en mouvement et active le dégagement des mêmes principes.
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Sur un tCMTaiii desliiié à un campement, les arbres ne doivent être enlevés qu'avec circonspection. Dans les pays froids, ils préservent du vent, dans les pays chauds, ils rafraîchissent le sol; dans les deux, ils peuvent être un obstacle à la propagation des courants atmosphériques chargés de principes fébrigènes. On ne devra donc sacrifier ces plantations qu'à bon escient et dans des limites très-variables suivant les circonstances locales.
Absorption de la chaleur par le sol. Les terrains ne sont pas, tous au mcMnc degré, conducteurs du calorique; cette propriété varie suivant leur constitution géologique, leur couleur, leur agrégation; de plus, leur pouvoir d'absorption calorique n'est pas toujours égal à leur pouvoir de radiation, aussi certains terrains se refroidissent-ils beaucoup plus vite qu'ils ne s'échauffent.
Au point de vue de la puissance d'absorption du calorique, les terrains peuvent, d'après les expériences de Schiiblor, se ranger dans l'ordre suivant :
On le voit, les terrains sablonneux ont un pouvoir d'absorption calorifique considérable, les argiies et l'humus, au contraire, le possèdent à un degré beaucoup moindre. Dans les pays froids, par conséquent, les terrains argileux sont froids, et comme ils sont également humides, ils favorisent le développement de toute la série des affections rhumatismales ; les sables sont, au contraire, les terrains les plus ?alubres. Dans les pays chauds, au contraire, ces derniers sont dangereux, car ils conservent une température élevée, même pendant la nuit.
Les rayons du soleil déterminent dans le sol un double mouvement calorifique : 1° un mouvement calorifique diurne, la chaleur solaire pénétrant à une profondeur variable suivant les saisons et la nature du sol, mais ne dépassant guère 1^,30, et disparaissant pendant la nuit par voie de radia-
Désignatinii des terrains.
Sable calcaire
Sable siliceux
Argile maigre
Gypse
Argile grasse
Terre argileuse
Argile pure
Calcaire en poudre fuie .
Humus
Kafiilli' tli> rolonii- la clialfiir.
oelle du sable étant de 100.
100,00 95, GO 76,90 73,20 71,10 G8,a0 G6,70 01,80 Zi9,00
RÉSUMÉ DE l'examen d'UNE LOCALITÉ MILITAIRE. /|61
lion: 2" un mouvement annuel ayant son maximum en été, son minimum en hiver; son action se fait sentir dans les climats tempérés jusqu'à 20 ou 30 mètres de la surface.
Au reste, l'échaulTement du sol dépend de sa composition, de l'état de sa surface, de la proportion d'eau qu'il relient et de l'incidence des rayons solaires; pour la même incidence solaire, ce sont la couleur et Thumidilé qui inlluent le plus sur la quantité de chaleur acquise par ics terres dans un temps donné; les dilïérences qu'elles entraînent vont jusqu'à l/i ou 15 degrés, l'état de la surface et la composition des terres influent heaucoup moins; l'ohliquité des rayons solaires produit des dilïérences (jui s'élèvent à 2') degrés centigrades.
§ 111. — Blé.Hiiiné de rexamen d'une localité en vue d^établissenientM
militaires à y établir.
En résumant les conditions de salubrité résultant des faits étudiés dans les paragraphes précédents, on peut rapidement fornmler les points principaux, sur lesquels doivent porter les recherches des officiers ou des médecins, chargés d'étudier une localité en vue d'étaWissements militaires temporaires ou relativement durables.
I. Conformation du terrain et climatologie. — Rechercher la hauteur du lieu au-dessus du niveau de la mer et la hauteur relative des collines environnantes, déterminer leur inclinaison et celle du terrain en général, constater la direction et la profondeur des vallées ou des ravins, celle des torrents ; noter l'exposition du terrain par rapport aux vents régnants, les étudier dans leur direction et leur intensité ; préciser l'action des rayons solaires caloriliques, les températures moyennes et extrêmes, la quanliié et la fréquence des pluies.
II. Constitution du sol. — Rechercher la composition géologique du sol ; apprécier son degré d'humidité, la hauteur de la nappe d'eau souterraine, ses changements de niveau suivant les saisons et après les pluies. Présence ou absence de cours d'eaux.
Distance des marais les plus voisins, leur situation par rapport aux vcnls régnants.
Noter l'éiat de la surface du sol par rapport aux plantations qui s'v trouvent, préciser les espèces végétales qui y croissent. Rechercher la quantité des eaux qui peuvent servir à l'alimenlalion ;
!iCr2 HABITATIONS DU SOLDAT.
spécifier leur provenance, cours d'eaux, sources, puits, etc.; analyser chiniiqucniont ces eaux, ou déterminer, au moins succinctement, leurs qualités alimentaires. (Cette question sera traitée dans ce même ouvrage au chapitre : Boissons.)
Étendue du terrain qui peut être occupé par les troupes ; en déduire approximativement le nombre d'hommes à y établir.
III. Constitution médicale de la réçjion. — Nombre des habitants par kilomètre carré. État sanitaire de la population. Mortalité moyenne relevée sur les registres d'ctat civil des localités, causes ordinaires de décès. Résultats de l'enquête entreprise auprès des médecins et des autorités municipales. Endémies ou endémo-épidémies annuelles. Existence d'influences épidémiques passagères dans la localité ou les localités environnantes .
Causes probables de ces épidémies accidentelles ou permanentes.
IV. Travaux à entî^eprendre. — Travaux de drainage à entreprendre avant d'établir les troupes. Percements de tranchées. Canalisation des cours d'eau existants.
Appropriation de la surface, défrichement, déboisement, ensemencement de certains points pouvant servir de pâturages.
Nature des habitations qui conviennent le mieux à la région : tentes ou baraques. Conditions dans lesquelles celles-ci doivent s'élever, étant donné la nature du sol.
Toutes ces questions, on le voit, doivent être successivement soulevées avant d'accepter une localité comme heu d'habitation, même temporaire, pour les troupes; néanmoins il est bien évident que, s'il ne s'agit que d'un camp de passage, on ne saurait se montrer aussi rigoureux que lorsqu'il s'agit d'élever des établissements devant persister un certain temps.
Dans tous les cas, nous avons parlé uniquement au point de vue de l'hygiène, laissant de côté les questions militaires, qui parfois doivent fatalement l'emporter sur toutes autres considérations. Nous persistons à déclarer cependant que si, en temps de guerre, tout doit être subordonné à la question primordiale, celle des opérations militaires, l'hygiène ne doit cependant pas être absolument mise hors de cause; lorsque la question militaire n'est point aussi urgente, comme dans les camps d'instruction, les intérêts sanitaires doivent au contraire reprendre la première place.