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DANS LES CAMPS

Dans les campements, c'est-à-dire dans leur installation en pleins champs, en dehors des autres habitations, les troupes i)euvenl faire usage de difi'érents abris ; suivant leur nature, le camp devient alors : 1" un bivouac, si les abris manquent absolument ou sont représentés par quehpies constructions très-légères et peu durables de bratichages ; 2*" un camp sous tentes, si ces abris, facilement transportables, sont faits de toile ou d'autres tissus analogues; 3" un camp sous baraques, lorsque l'habitation devient plus stable et tend à se composer de constructions moins iransportables, que ces baraques soient du reste en bois, en briques ou toute autre matière. Le camp sous baraques, devenant de plus en plus stable et permanent, tend h se rapprocher des constructions définitives et des casernes.

Cette classification permet d'envisager successivement tous les abris auxquels les troupes peuvent avoir recours dans leurs campements ; elle a pour base le principe de la mobilité, fort important à la guerre ; nous l'adopterons donc comme paraissant satisfaire au double point de vue des études hygiéniques et militaires.

§ I. — Des bivouacs.

I. Circonstances nécessitant le hivonac. — Le bivouac, c'est-à-dire l'établissement des troupes sur un terrain à ciel ouvert, est une des plus fâcheuses nécessités qu'impose le service en campagne, et si les armées i ont dù de tous temps y recourir, personne ne s'en est jamais dissimulé les dangers. Les Romains, qui cependant étaient particulièrement durs cl résistants aux fatigues, bivouaquaient le moins possible, et l'hisiorien Végèce conseille même de ne jamais recourir à ce campement improvisé, même en été... ne sine tentoriis œstatc milites commorentur.

Néanmoins, les difficultés du transport de lentes ou autres abris mobiles, celles non moins grandes de trouver sur place des matériaux de construction, et le manque de temps nécessaire à les élever, étant une des conséquences du mouvement des troupes en campagne, toutes les armées ont dû par moments se résigner au bivouac. Pendant les guerres du xvii'' et du xviii* siècle, on y eut fréquemment recours ; Maurice de Nassau le conseillait même comme particulièrement avantageux au point de vue de la

/jCi HABITATIONS DU SOLDAT.

inobililé des troupes ; telle fut aussi l'opinion de Napoléon, qui en usa lai genienl pendant ses campagnes, et ne souffrait de lentes qu'aux officiers généraux ou tout au moins supérieurs.

Le mécanisme de la guerre, dit de Brack, se borne à deux choses : se balire et dormir, user et réparer ses forces; conserver l'éciuilibrc indispensable de celte balance, c'est la science, et il faut souvent à un chef |)lus d'habileté pour rendre des forces à sa troupe que pour les user. Évidemment deux indications sont ici en présence, entre lesquelles le commandant demeure en suspens : l'indication militaire pure, qui réclame surtout la mobilité des troupes; l'indication hygiénique, qui voudrait leur assurer, même en campagne, le repos dans les conditions les|)lus salubres.

Aussi, ne fait-on bivouaquer les troupes que lorsque les circonstances l'exigent absolum.ent, lors(pi'on veut les concentrer et les tenir prêtes à être sous les armes au premier signal ; cela arrive dans le voisinage d'un ennemi très-actif ou lorsqu'on veut livrer un combat, quand on poursuit l'ennemi ou que l'on est en retraite, lorsqu'il n'y a que peu de lieux habités et Irès-éloignés de la station de marche. Autant que possible, les troupes chargées de la sûreté de l'armée doivent seules rester au bivouac (1).

Si dilTérentes armes sont réunies et qu'une partie seule puisse trouver place dans les villages, Vart. du règlement de 1832 sur le service en campagne prescrit d'y placer de préférence la cavalerie, en donnant pour raison la conservation et la subsistance des chevaux ; si cette indication est la seule quîse puisse invoquer pour agir ainsi, elle ne nous paraît pas aussi inq)ortante que ne l'est la conservation des hommes eux-mêmes. Le commandement doit donc être libre d'agir suivant les circonstances, la nature du terrain, l'étendue des villages, etc.

La question du climat et de la saison est un élément qui doit compter pour fort important dans la détermination à prendre. On conçoit sans peine qu'en été, dans les pays tempérés, quelques nuits de bivouac peuvent être imposées aux troupes sans grands dangers; il n'en est pas toujours de même dans certains pays chauds, où des nuits très-froides succèdent à des journées particulièrement chaudes; le sol est alors recouvert d'une rosée abondante et, comme l'observait Uesgenettesen Egypte, a ceux qui bivouaquent, quand ils s'éveillent, se trouvent contraints de prendre toutes les précau-

(1) Von Miller, Leçons sur la tactique des trois armes, traduit de l'allemand pai Uuydrecht. Bruxelles, 1846.

DliS BIVOUACS. M).")

lions nécessaires pour se réchaulTer (1) ». — A plus forte laison , le bivouac est-il dangereux dans les pays froids ou même dans les pays tempérés, en liivc r. Les feux que l'on allume alors, lorsque le voisinage de l'ennemi ne s'y oppose pas, sont insullisants, et l'on voit les soldats, endormis ou plutôt engourdis aupiès d'un grand feu, se réveiller avec des brûlures d'un côté, tandis que d'autres parties du corps, les orteils en particulier, sont congelés.

Dans les pays tempérés, même en été, le bivouac fréquemment répété constitue un danger sérieux ; pendant les mois de juillet et d'août 1812, au début de la campagne de Russie, les journées étant excessivement chaudes, les troupes faisaient néanmoins des niarclies excessives et arrivaient au bivouac harassées de fatigue; les soldats se trouvaient alors exposés, sans abri, à rinlluence de nuits froides et humides, n'ayant souvent même pas de |)aille à étendre sur le sol et ne possédant pour se couvrir que leurs capotes, aussi les enlérites et la dysenterie firent-elles de cruels ravages dans les rangs de l'armée. Nous reproduisons textuellement à ce sujet l'opinion d'un écrivain militaire des plus autorisés, le général Rogniat, qui s'exprime ainsi : « Qu'il me soit permis de réclamer contre un usage trèspernicieux à la santé et à la conservation des troupes, introduit parmi nous par la guerre de la Révolution : c'est de faire camper le soldat sans tentes. C'est une des principales causes de cette alîreuse consommation d'honunes qui s'est faite dans le cours des dernières guerres, où l'on peut calculer, terme moyen, que les hommes ne duraient pas plus de deux campagnes (2). ')

Très-souvent les soldats, après avoir fait une ii arche pénible, souvent dans la boue et par un temps de pluie, arrivent sur un terrain détrempé d'eau, qui ne leur oflVe aucun abri. Ils n'ont alors ni le temps, ni les matériaux nécessaires pour se faire des abris, et passent la nuit sous un ciel froid et pluvieux, sans dormir complètement, exposés à toutes les causes de refroidissement ; aussi, bientôt lond)ent-ils malades en grand nouibre, atteints d'allèctions rhumatismales et surtout d'entérites, de dysenterie, fléaux qui déciment les armées bien plus encore que le feu de l'ennemi.

(1) Baron Desgenetles^ Histoire médicale de l'année d'Orient, p. 303, 3'' étlit. Paris, 1835.

("2) Général Kogiiial, t 'unsidérutwns sur l'art de lu ynrm:^ p. 20'i. l'un?, 1630. MOKACHE. — Hyg. inilit. 30

^l6(i HABITATIONS DU SOLDAT.

Toutes ces considérations sont absolument vraies, et cependant nous ne pouvons absolument repousser le bivouac de la castramétation et de la stratégie moderne,«. Avec les effectifs énormes qu'atteignent aujourd'hui les armées, il est parfois impossible de toujours les cantonner dans les villages ou les habitations, surtout lorsqu'elles sont concentrées en vue d'une opération militaire. On doit donc les faire camper ; comme nous le verrons plus loin, on peut, sans doute, utiliser alors les tentes portatives, dites tentes-abris, que possède l'armée française, mais leur emploi ne laisse pas que d'avoir aussi ses inconvénients.

En premier lieu, la tente et ses accessoires constituent un poids considérable ajouté quotidiennement au chargement du soldai, poids qui ne s'élève pas à moins de 2"^'', 500 à 3 kilogrammes, lorsque la lente est mouillée ; de plus, l'existence de cette tente engage le commandement à faire continuellement camper les troupes, sans utiliser les ressources du cantonnement; or nous verrons plus loin que si la tente-abri est, en thèse générale, plus avantageuse que le bivouac sans tente, on ne doit pas non plus regarder c?am nos réfjions sa protection comme absolument efficace.

On pourrait dire que, en principe, les troupes devront être cantonnées dans les villages ou lieux habités, et qu'une portion seulement, celle qui sera destinée à former les grand'gardes ou les petits postes, devra bivouaquer, ces fractions de troupe étant naturellement relevées tous les jours. Dans des circonstances spéciales, le bivouac pourra être imposé à loute la troupe, mais, à tout prix, cette situation ne doit pas se prolonger au delà de deux ou trois jours au plus. Si les hommes sont pourvus de tentesabri, on trouvera plus commode de les faire camper, ce qui est absolument dangereux, il ne faut point l'oublier.

Du reste, l'exemple de la campagne 1870-1871 nous montre les troupes allemandes agissant d'après ces principes, textuellement inscrits dans leur règlement en campagne, qui s'exprime ainsi qu'il suit : « On ne doit établir des bivouacs en dehors des villages que lorsque les circonstances exigent que les troupes se tiennent toujours prêtes à combattre. Dans les autres cas, même quand on doit yarder les troupes réunies et sous la main, on doit les placer de manière qu'elles puissent profiter des abris offerts par les villages environnants (1). » Grâce à ces précautions, les troupes allemandes ont

M) Ch. de Savoye, Rèylemeid sio' le service des at'inées en campagne, annoté, ' ]). 3*^ édil. Paris, 1873.

ÉlABUSSEMENT l)i:S BIVOUACS. /|()7

conservé un état sanitaire des plus remarquables, niC'ine dans les mois de décembre et de janvier, tandis que les maladies de toutes sortes sévissaient sur nos troupes campées sous les tentes-abris.

En résumé, le bivouac est une malheureuse nécessité, dont on ne doit ignorer aucun des dangers ; il faut en user aussi rarement que possible, mais il parait cependant moins dangereux, lorsqu'on en use accidentellement, que la permanence du campement sous des abris aussi illusoires dans nos réf/ions, nous dirons ultérieurement pourquoi, que la tente-abri de l'armée française.

II. Établissement du bivouac. — Les bivouacs, dit Vordonnanci' du 3 mai 1832, art. hô, sont établis sur des terrains secs, abrités et à portée de ressources de vivres et de fourrages ; le règlement prussien reproduit ces dispositions et ajoute que l'on parvient à mettre les troupes à l'abri des intempéries, en les plaçant sur les lisières des villages et des forêts et en reléguant l'infanterie sous bois.

Ces indications sont exactes; il est manifeste que, lorsqu'il ne s'agit que d'un bivouac pour une nuit , on ne peut toujours trouver un terrain réur)issant toutes les conditions possibles de salubrité, on se contente donc de choisir un terrain aussi peu humide que possible, en pente, s'il se peut, et abrité du vent par les crêtes des collines; on s'établit naturellement de préférence sur le versant opposé au vent. Le voisinage des bois et les bois eux-mêmes sont précieux, mais à condition que le terrain ne soit pas trop détrempé; du reste, par les temps de pluie, c'est encore dans les bois touffus que l'on a chance de trouver des sols relativement plus secs que dans les terrains découverts.

Le voisinage des bois est encore fort utile pour fournir le combustible aux feux du camp, ainsi que des matériaux et des brancliages pour la construction des abris

Ces abris consistent en sortes de murailles légères élevées au moyen de branchages, réunis par des tortillons en paille, en foin ou en menues branches, de façon à former par leur ensemble une sorte de clayonnage. La base de ce brise-vent est légèrement enfoncée dans le sol et maintenue par de petits talus de gazon ; les hommes se molicnt ainsi à l'abri du vent et plus ou moins même h l'abri de la pluie; on peut, du reste, donner aux brise-vent une légère inclinaison, en les maintenant alors au moyen de branches plus longues eti forme de perche.

En appuyant l'un contre l'autre deux brise-vent^ de façon à les faire reii -

^68 lIAlUTATiONS OU SOLDAI".

conlrer sous un angle de 80 à 90° environ, on constitue une sorte de hutte fort utile, car, en se couchant dans l'intérieur, les hommes sont efficacement protégés contre le rayonnement nocturne et les courants atmosphériques. Les conditions du terrain, le temps dont on dispose, l'habileté des hommes, font naturellement beaucoup varier la construction de ces abris, dont les troupes apprécient bien vite les avantages ; en souvenir des campagnes d'Algérie, ils ont pris dans l'armée française le nom générique de gourbis, ce terme s'appliquant aussi bien à des abris très-légers et peu durables, qu'à d'autres beaucoup plus complets, que l'on utilise dans des campements ordinaires, à côté et comme complément des tentes ou des baraques.

Ces gourbis sont également avantageux dans les pays chauds, en protégeant, pendant le jour, de l'ardeur des rayons solaires ; ils domient à un campement un air de gaieté champêtre que le commandement ne saurait trop encourager, pour le bien-être physique et même moral des soldats.

Au bivouac, les hommes doivent coucher sur le terrain lui-même ; dans ces conditions, le sol étant toujours à une température plus basse que le corps, ce dernier tend à se mettre en équilibre avec lui, et par conséquent à se refroidir; aussi doit-on chercher à interposer entre le corps et le sol une couche isolante; la plus avantageuse serait un tissu imperméable, recouvert au besoin d'une couverture de laine ou d'une peau garnie de poils; mais généralement les officiers seuls peuvent être si bien pourvus.

Le simple soldat n'a que sa couverture (nous supposons la lente-abri supprimée), or ceci ne suffit pas. Autrefois le matériel de campement de chaque soldat comprenait un sac de campement dans lequel on introduisait de la paille, l'homme se glissait alors par l'ouverture supérieure et se trouvait dans l'intérieur d'une sorte de paillasse rudimeniaire. En traitant plus loin la question de l'équipement du soldat en campagne, nous proposerons le remplacement de la tente-abri et de rancien sac de campement par une pièce d'étoffe imperméable, en caoutchouc, de l'",50 sur 1 mètre environ, servant au besoin de manteau. liUe serait éminemment utile pour le bivouac. Le soldat l'étendrait sur le sol, avant de s'y coucher, en laissant déborder environ 0'",50 par en bas, celte portion serait relevée pour couvrir les pieds; l'autre portion, longue de 1 mètre, remonterait jusqu'au-dessus des hanches, et les épaules ainsi que la tète reposeraient sur le sac. Enroulé dans sa couverture, le soldat serait donc assez complètement protégé.

KTAIU.ISSEMENT DES lUVOUACS.

Coite loile imperméable a été utilisée dans l'année américaine peiuiant la guerre de la sécession, et semble avoir donné de bons résultats.

En tout état de cause, on doit se garder d'enlever l'herbe ou le gazon qui, s'il est sec, forme un matelas naturel, etautant que possible, le comniandement fera distribuer aux iiommes de la paille, saisie par voie de ré(|uisition dans les fermes voisines. Avec une grande quantité de paille et par les temps secs, le bivouac perd beaucoup de ses dangers.

Des feux de bivotinc sont allumés, indépendamment de ceux qui doivent servir à la cuisson des aliments, et sont entretenus toute la nuit, à moins que le voisinage de l'ennenù n'oblige à dissimuler la présence des troupes, ou que certaines autres conditions de guerre ne forcent également à n'en point allumer.

Les honmies se groupent auprès de ces feux, et disposent leurs abris aux alentours. Les feux de bivouac ne sont pas seulement utiles par leur chaleur même, mais encore [par la lumière qu'ils répandent et la gaieté qu'ils font naître dans le cœur des soldats ; assis en rond ou couchés près des feux, ceux-ci se laissent aller aux conversations animées, ils chantent des refrains, les uns empreints d'une réelle poésie, d'autres d'une crudité quelquefois un peu gauloise, mais rarement immoraux; les officiers ne peuvent qu'encourager ces chants, car, lorsque le soldat, le Français surtout, ne chante pas, il tombe bientôt dans la tristesse et le découragement: de la mélancolie à la maladie, il n'y a qu'un pas.

Dans les bivouacs, les cuisines et les fosses l\ matières fécales ou feuillées sont établis ainsi qu'il sera dit ultérieurement. Du reste, en règle générale, le bivouac doit être organisé comme un camp ordinaire, en tenant compte seulement de la courte durée qu'il doit avoir. La discipline la plus stricte y doit être observée, et, pour ménager les habitants, pour empêcher les soldats de se livrera des actes de brutalité et d'intempérance, les chefs militaires doivent, s'il se peut, envoyer à l'avance, ou au moment de l'arrivée des troupes, des officiers vers les autorités des villages avec l'injonction de faire immédiatement apporter sur le terrain la paille, le bois et les vivres nécessaires. L'entrée des villages demeurera absolument interdit au gros de la troupe, et les réquisitions seront régulièrement exécutées comme contributions de guerre, en faisant une juste balance entre les besoins de l'armée et les ressources des localités.

MO

§ II- — Des teate» et de leur utilisation.

Des lentes en peaux d'animaux élnient, nous l'avons vu, en usage dans les armées grecques et romaines; les armées du moyen âge suivirent cet exemple en élevant des tentes dans les camps qui devaient avoir quelque durée. Les tentes n'enti èrent dans le mîvlériel régulier des armées françaises que par les orr/om/ances des, 17 février et 28 avril 1778, sous le nom de Tentes canonnières ; elles étaient de forme, triangulaire à deux mâts, avec faîtière transversale, mesuraient 3", 25 de haut sur 2"", 60 de large, s'ouvraient à une seule de leurs extrémités, et devaient contenir 8 fantassins ou h cavaliers.

Une instruction du 12 août 1778 prescrit l'adoption d'une tente nouveau modèle ou à bonnet de police, angulaire comme l'ancienne, soutenue par deux mâts et une faîiière, mais mesurant 6 mètres de longueur sur U mètres de hauteur ; une ouverture existait sur chacune des grandes faces opposées, aussi Colombier lui donne-t-il le nom de tente à double courant d'air. Elle devait contenir 15 fantassinsou 8 cavaliers; pour les officiers, on la doublait, c'est-à-dire que l'on superposait une seconde tente à la première.

Pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, ce modèle resta théoriquement en vigueur, quoiqu'on en ait peu fait d'usage. Avec les effectifs énormes des armées mises sur pied, la mobilité que la nouvelle tactique leur imposait, il était, en effet, impossible de se faire suivre d'un matériel de tentes. Napoléon n'appréciait point les tentes pour la troupe, cl s'exprimait à leur égard, en disant : « Les tentes ne sont point saines, il vaut mieux que le soldat bivaque, parce qu'il dort les pieds au feu, dont le voisinage sèche promplemenl le terrain sur lequel il se couche; quelques planches et un peu de paille l'abritent du vent. Cependant la tente est nécessaire pour les chefs, qui ont besoin d'écrire et de consulter la carte ; il faut donc en donner aux officiers supérieurs, et leur ordonner de ne jamais coucher dans les maisons. Les tentes sont un objet d'observation \}our l'élat-major ennemi , elles lui donnent des renseignements sur votre nombre et la position que vous occupez (1) ».

Quelque précieuse que soit l'opinion d'un aussi grand tacticien, elle ne saurait faire loi absolue, surtout en ce qui concerne le mérite hygiénicjue du bivouac comparé à la lente, mais celte citalion explique en partie l'ab-

(1) Napoléon, Moximex de guerre, cité par Ch. de Savoye, Inc. cit., p. 116.

TENTES DF. 1,'ARMÉE KKANC.MSF. A71

seiice de icnies dans les armées impériales. Cependaiil un règlement du () prairial an IV avait fourni ([uelques conseils, au sujet de leur établissement, et notamment celui de les orienter de façon à les ouvrir au levan de les couvrir de feuillage en été, etc.

Il exista longtemps dans noire législation militaire une réelle incertitude au sujet du campement sous tentes et des modèles à mettre en usage, don le nombre ne s'élevait pas à moins de six, dans un tarif du 3 mai 1831. Les guerres d'Algérie devaient du reste bientôt modifier profondément le système du campement, et amener une transformation sensible dans le matériel réglementaire des tentes.

I. Tentes actuelles de r armée française. — Au début des ex|)éditions en Algérie, les soldats recevaient le sac de campement dont il a été question défa, mais bientôt ils eurent l'idée de s'en servir en manière de lente; en décousant d'un côté le sac de campement, ils obtenaient un carré de toile qui, joint à celui d'un camarade et soulevé par le moyen des fusils, constituait une petite tente très-basse, sous laquelle l'homme pouvait se glisser, s'abriter du soleil, de la pluie, et surtout se protéger contre la réverbération nocturne, si intense dans les régions où le ciel est toujours clair.

La tente-abri devint réglementaire pour les troupes d'Afrique à partir de 1850, et pour les troupes de toutes armes, entrant en campagne, à partir de iS3U. Au lieu de donner un sac de campement aux soldats, on leur remet une pièce de toile de l'^.TO sur 1", 60, pouvant se réunir à celle d'un camarade an moyen de boutonnières et de boutons. Par décision du 22 février 1853, le fusil employé pour dresser la tente-abri a été remplacé par un support de bois arrondi de 1"',20 de hauteur, divisé en deux morceaux réunis par un ajutage cylindrique en ferblanc; de plus, chaque soldat reçoit deux piquets pour fixer au sol les bords de la tente, garnis à cet effet d'une œillère en corde. Le poids de la pièce de toile parfaitement sèche est de O'',260, celui des accessoires de 0'^'',5()0, ce qui domie 1''" ,820 pour le poids lotal. La tente doit être portée sur le sac; à cet effet, on l'enroule par-dessus la couverture de façon que le tout forme un gros cylindre, que l'on aplatit légèrement pour le fixer sur les côtés verticaux et le côté supérieur du sac, où il est maintenu à l'aide de courroies; les piquets et les montants de tente sont fixés sur le côté gauche du sac, ainsi (|ue l'on peut le voir dans une figure reproduite au livre III de cet ouvrage, où il est plus particulièrement traité de l'équipement du soldat.

Four dresser la tente-abri, il suffit de réunir deux carrés de toile au

hl'2 JIXBITATIONS DU SOLDAI".

moyoïi (les boulons, de passer les exlréinilés des luontanls dans des œillères mélalliques, puis de tendre la toile aux quatre angles avec les piquets enfoncés dans le sol. Une cordelette, partant du sommet de chacun des montants et allant s'atlaclicr à un piquet éloigné de 1 ou 2 mètres , augmente la stabilité de l'édifice, mais ce complément n'est point indispensable. Deux hommes, en réunissant leurs morceaux de toile ont donc une lente de T^eO à 1",70 de long, sur l''\60 de large, cubant 2""-,U0, soit 1"" ,070 par homme; les extrémités restent ouvertes, à moins qu'on ne les ferme avec une couverture. Quatre hommes, réunissant leurs toiles, forment une tente de 3", 20 à S^j^tO de long, dont les extrémités restent encore ouvertes, mais que l'on peut fermer avec les deux morceaux de toile de denx autres hommes, lorsque six soldats s'associent en tribu, ce qui a lieu communément ; la tenic ainsi constituée cube i'"' ,080 et, à six hommes, cliacun d'eux n'a que 0"" ,713 d'espace à sa disposition. Dans ce cas, leur abri est relativement complet, mais la place de coucbage réservée à chaque individu est fort minime. En supposant qu'ils puissent se coucher dans le sens de la largeur, chaque homme disposerait d'un espace de 0"", 50 à 0'" ,55 de large sur l'",60 de long, ce qui est d'autant plus insuffisant que l'on perd toujours quelques centimètres au sommet de l'angle formé par la jonciion de la tenle avec le sol. En se couchant dans l'autre sens, les conditions sont à peu près les mêmes. Un meilleur système consiste à réunir les six pièces de toile pour former une longue tente de ^'",80 à 5"", 10 de long, sur l^'jGO de large; on ferme alors les extrémités avec deux des six couvertures et les hommes s'arrangent pour se suffire avec quatre. D'auires fois, si l'on est dans les pays chauds, les ceintures de flanelle comme celles des zouaves ou des tirailleurs, sont avantageusement employées comme rideaux. La tente faite de la sorte cube 6'"%/[|20, soit 1"",070 par homme. Huit hommes, en réunissant leurs toiles, peuvent construire des tentes encore plus grandes; mais en leur donnant trop de longueur, on en rend l'entrée et la sortie plus difficile, et en cas d'alerte, il est quelquefois difficile d'en sortir rapidement.

Différentes propositions ont été faites en vue de modifier la tente-abri, qui , fait assez remarquable , était déjà en usage dans l'armée anglaise vers 1750 (1). On a, par exemple, substitué des lacets aux boulons pour rapprocher les pièces de toile; ce système offre l'avantage de les réunir

(l) Rhodes (C), Tent^ nnrl fcnf-lifc frnm tltr cnrllesi agps io thr preftmf limn. Londnn, 185.").

TENTKS DK I.'aRMKP FMANCAISE.

plus paii'aiteinenl, et periueltrail à la rigiioiir d'uliliser les tentes-abris comme fonds de brancards, mais il a été repoussé, à tort peut-être, comme moins pratique que les boulons.

Le lieutenanl-colonel .Melley, de l'armée helvétique, présentait h l'Exposition de 1867 une tente-abri destinée à quatre hommes; formée d'éléments triaiii^ulaires réunis par des boutons, elle constituait une pyranjide à basequadrangulaire de 2 mètres de hauteur, niais elle avait l'inconvénient capital d'élre beaucoup plus lourde que la (ente-abri française. Un officier français, M. AValdéjo, proposait en 1869 un modèle de tente qui semblait, à celte époque, devoir être adopté ; la pièce de toile losangique, délivrée à chaque homme, était un peu plus large que dans le modèle réglementaire, mais aussi deux hommes possédaient une tente de \ de hauteur sur 2 mètres de côté; quatre hotnmes se dressaient une tente de U mètres de long sur 2 de large; les losanges de toile, les boutons et les boutonnières étaient disposés de façon à former toutes les combinaisons de nombres pairs, tout en donnant une fermeture complète. On n'a point encore pris de parti au sujet de celte tente, qui a été sérieusement expérimentée au camp de Châiotis.

La tente-abri peut servir à abriter, sous une autre forme, contre le soleil seulement. On détache deux piquets du même côté et la toile correspondante est alors maintenue horizontalement, an moyen de deux fusils, ou de deux montants quelconques, et de cordelettes allant se fixer à une certaine distance. Les homnies possèdent alors un abri sous lequel l'air circule largement, ce qui ne laisse pas que d'être avantageux, surtout dans les climats chauds.

La tente-abri offre donc d'incontestables avantages, nous sommes loin de le nier, elle est portative et le soldat, s'il garde son sac, conserve toujours un abri assuré, mais cet abri est-il en tous temps efficace ? Imposée par les guerres d'Algérie et parfaitement comprise pour un pays généralement chaud et sec, dans lequel ou a rarement à se défendre du froid et de la pluie, la tente-abri remplissait merveilleusement ses indications; transportée en Europe, elle ne répond point aux nécessités du climat, car elle se laisse facilement pénétrer par riiimiidité, lorsque môme l'eau ne filtre pas à travers la toile; en tous cas, elle n'empêche pas l'eau de couler en dessous de ses bords, pour peu que le terrain soit en pente; par les temps froids, par la neige, elle est singulièrement froide. Sans doute, on peut la perfectionner îi bien des points de vue, et en particulier la rendre absolu-

HAJUTATIONS DU SOLDAT.

ment imperméable, mais on ne pourra jamais lui enleverses autres défauts, qui sont d'être trop basse, trop étroite, de ne pas donner à l'iiomme une surface de couchage et un cubage suffisants, de laisser passer les courants d'air entre ses bords et le sol, enfin de ne pas protéger, et toutes les tentes présentent malheureusement ce défaut, contre l'humidilé du sol.

En revanche, la tente-abri pèse sèche li^'',820 et mouillée 2'>'',500 à 2'^'',82() au moins; on surcharge ainsi le soldat d'une façon permanente, pour ne lui donner qu'un abri le plus souvent illusoire ; la vulgarisation de la tente-abri dans l'armée française a entraîné à sa suite le campement indéfiniment imposé aux troupes, avec tout le cortège de maladies dont il est cause directe. Nous pensons donc qu'il conviendrait de ne pas prendre une mesure absolue, de réserver la tente-abri pour les campements d'été, les manœuvres et pour les corps de troupes d'Algérie, parce que là elle est utile et que le cantonnement est impossible ; en Europe et surtout dans les campagnes d'hiver, elle ne saurait être conservée, sauf circonstances exceptionnelles, comme ne donnant pas aux troupes un abri suffisant et surchargeant le soldat d'un poids considérable.

Fig. 66. — Tente elliptique à deux mûts.

L'armée française possède deux modèles principaux de tentes, plus spécialement destinées à des camps relativement permanents ou pouvant

TEiNTES T)E l'armI-e fkan(.;aisi:. /»7r)

servir aux ainbiilances. L'ancien modèle (lig. 06), de forme elliptique ou tente 'focunnet, a pour char|)ente deux montaiils verticaux de "2 mètres, réunis par une traverse horizontale de 2 mètres environ ; l'espace elliptique circonscrit sur le sol mesure 6 mètres de long sur 4"', 30 de large; la lente est percée de deux portes opp(>sées pouvant être maintenues lelevées au moyen de pi<iuels, de façon à figurer un auvent.

Celte tente est assez grande, spacieuse; le peu d'incliijaison de ses parois . permet de se tenir debout, même Irès-près de la toile, elle pèse 30 kilograinmes et mesure 2U mètres cubes; réglementairement elle doit contenir seize hounnes, qui se couchent alors en dirigeant les pieds du côté du centre de la tente; à cluKjue houjuie correspond 1"",590; cette tente convient particulièrement pour les ambulances temporaires, à condition de n'y point mettre plus de deux ou au plus trois malades, Malheureusement elle est encombrante et peu stable. Ces défauts l'ont fail abandonner malgré ses avantages, el l'adminislralion n'en paraît pas vouloir construire de nouvelles.

On lui préfère la lente conique, dile aussi tente tw'f/ne ou à ntamlimil ,

qui naturellement prêle moins de prise au vent, mais est aussi beaucoup plus lourde. Elle mesure 6 mètres de diamètre à la base et 3 mètres de hauteur. \ n seul mAt la soutient et deux rangées de piquets la fixent au sol (fig. 67).

^N<> IIARITATIONS DU SOr,r)AT.

Elle pèse 57' ,50, sa capacité esl de 30 mètres cirbes el, comme elle doit contenir seize hommes, assure près de 2 mètres cubes à chacun d'eux; son inconvénient capital est l'excessive inclinaison de ses parois, qui ne permet pas de se tenir debout dans tous les emplacements de la tente. Le renouvellement de l'air s'y fait par deux portes opposées et par le chapiteau, largement ouvert à son centre et que l'on peut baisser ou élèvera volonté; inférieuremcnt la toile de la tente s'arrête à un pied du sol environ et se continue avec une pièce de toile, nommée toile à poimnr, que l'on laisse tomber plus ou moins verlicalement, comme on le voit dans la partie droite de la figure 67, ou obliquement et suivant la direction générale de la tente, ainsi que le représente la partie gauche de la même planche. Si l'on relève complètement la toile à pourrir, la tente reste encore assez solidement fixée par la deuxième rangée de piquets, et l'on établit ainsi un courant d'air balayant la surface môme du sol et aérant suffisamment l'intérieur.

Ll'administration délivre, dans certains cas, des tentes dites de conseil pour les quartiers généraux; l'ancien modèle du genre représentait une tente elliptique de grandes dimensions, le nouveau modèle consiste en une tente conique de 6 mètres de diamètre à la base, soutenue par un montant vertical de S", 50, recevant à mi-hauteur huit rayons de l'",75, qui s'appuient sur la toile et en augmentent l'écartement ; la forme générale de la tente n'est donc pas absolument conique, mais affecte celle d'un tronc de cône jusqu'au niveau des rayons divergents, pour devenir conique audessus. Cette disposition augmente singulièrement l'espace intérieur.

Jusqu'à ces dernières années, les officiers se munissaient de tentes à leur choix; dans le but de diminuer les bagages, déjà si encombrants, des corps de troupe et d'y introduire une uniformité indispensable, l'administration délivre actuellement aux officiers, moyennant remboursement, des tentes, dites tontes de marche, de forme bonnet de police, mesurant 2 mètres de longueur sur 1 mètre de largeur et 1"',70 de hauteur; la toile est soutenue par une traverse horizontale, à la partie centrale de laquelle viennent se fixer, au moyen d'un ajutage en cuivre, deux montants inclinés qui maintiennent ainsi les parois de la tente. Cette tente est percée d'une seule porte, elle n'est ni spacieuse, ni solide et n'offre point d'autres avantages sérieux que d'être relativement légère.

Si l'on supprime la tente-abri pour les soldats, on doit également supprimer celle des olficiers qui seront cantonnés avec leurs troupes; lorsque

TiiNTES DE I/AHMHL; ANGLAISE. /l77

des circonslaiiCL'S spéciales pcrmeUroiii (ramener pour le camp un inalériel de teiiles coniques, il conviendra d'en délivrer également aux officiers, à raison de une pour deux officiers, au besoin l'on pourrait en loger trois.

En Afrique, les officiers, généralement pourvus de moyens de transport, font usage de différentes tentes qui ont toutes quelques inconvénients et quelques avantages ; le modèle le plus pratique est celui de la tente bonnet de police, le plus agréable celui de la tente quadrangulaire.

II. Les tentes dans les armées étrangères. — xirmée britannique. — L'armée anglaise possède, pour le service en Europe, une tente conique à murailles, tlie IJell-Tent, de U pieds (^'",20) de diamètre à la base, 10 pieds (3 mètres) de hauteur, elle couvre une superficie de 154 pieds carrés {13""i,8-'i) et mesure un volume de 513 pieds cubes (13""', 85) ; son poids est de 70 livres (26 kilogrammes) environ, lorsqu'elle est parfaitement sèche; les cordes s'étendent à 50 centimètres tout autour. Elle peut contenir de dix à seize hommes et accidentellement, en temps de guerre, jusqu'à dix-huit, mais alors tous couchés la téte du côté de la circonférence, leurs épaules se touchant. La ventilation est fort imparfaite, quoique des orihces y aient été percés, mais leur action est presque insensible. Parkes ne reconnaît à cette tente que l'avantage de sa légèreté (1); à tous les autres points de vue, elle lui paraît défectueuse.

Une tente marquise, Hospital marquée, entre dans le matériel de l'armée britannique; le modèle le plus récent ne date que de 1872. Otte tente est de forme (luaclrangnlaire et naturellement à deux mais, elle mesure !28 pieds (b^j/iO) de long, sur ik pieds .'i'",30) de large, sa hauteur maximum est de 17 pieds (3'°,10); elle couvre un espace de 353 pieds carrés \31""i, 77) et mesure 2766 pieds cubes (7/i""',6821 ; son poids est de 500. livres (186'^'' ,50), auquel il faut ajouter celui d'une pièce d'étoffe imperméable destinée à recouvrir le sol et qui pèse 1^5 livres (5aki',08).

Cette tente, destinée en principe à des malades, peut également servir au campement de dix-huit et môme de vingt-quatre hommes, mais cette dernière fixation paraît un peu exagérée. Elle est largement aérée, au moyen d'orifices de ventilation, d'une ouverture supérieure utilisable à volonté, enfin par le relèvement facultatif des bords inférieurs. Parkes la

(1) E. A. Parivcs, lue. p. ôl^i.

'l78 HAlilTATlONS DU SOLDAT.

regarde comme avantageuse, il voudrait seulement que l'on pût en relever un côté tout entier pour y introduire l'air extérieur en plus grande proportion.

Les soldats anglais ne possèdent point de tente-abri pour le service en Europe; au Cap, il est délivré à chaque homme une pièce d'étoffe rectangulaire de 5 pieds 3 pouces (r',57), sur 5 pieds 9 pouces et une pièce triangulaire de 5 pieds 3 pouces (l'",57) de base, sur 2 pieds 8 pouces (0'",80) de hauteur; les borcjs sont garnis de boutonnières et de boutons; la tente se dresse à l'aide de montants de U pieds (l'"/20) de hauteur, chaque homme en possédant un et en plus trois piquets et des cordelettes; quatre hommes, réunissant ces éléments, se construisent une tente-abri de forme quadrangulaire, de k pieds (l'°,20) de hauteur. Son seul inconvénient consiste dans son poids, qui s'élève à 6 livres k onces (2i"^362) par homme; cet inconvénient nous paraît capital, carie poids doit monter à plus de 3 kilogrammes quand la toile est mouillée.

Outre ces tentes réglementaires, un assez grand nombre d'autres modèles entêté proposés en Angleterre. A l'Exposition de Londres de 1851, on récompensait la tente Edgington, de forme pyramidale, supportée par un mât central, divisible en trois morceaux, et par deux plus petits pour la porte. Les côtés étaient maintenus par une forte cordelette, intimement unie à la toile et fixée à des piquets. Cette tente pèse 90 livres (33 kilogrammes) et pouvait contenir seize hommes. Une tente, présentée par G. Tu» ner, de forme conique oblongue, a pour caractère principal d'être soutenue par un màt et des cordelettes métalliques fortement tendues auxquelles on peut suspendre des hamacs. La lente pour dix-huit hommes pèse 300 livres (11 1'''' ,90). Le principal mérite de celte tente consiste dans la ventilation qui s'opère au moyen du mât lui-même, creux à sou intérieur et jouant le rôle de cheminée d'évacuation; en outre, les hommes n'y sont pas couchés sur le sol lui-même.

Le major Rhodes, qui s'est beaucoup occupé du campement, a également construit un modèle de tentes absolument différent des précédents^ en ce que les parois sont formées de roseaux, ou autre substance semiflexible, qui rayonnent autour d'un chapiteau central et sont maintenus en contact par des cordes entrelacées; on peut donc se dispenser de mâts, car par leur intime union, ces lames acquièrent une grande stabilité. Sur ce principe, le major Rhodes a établi trois types : la tente de garde {guardtent), jwuvanl contenir quatre à cinq hommes et mesurant 2"', 80 de dia-

TENTES m l'armée PRUSSIENNE. 479

mèlre, sur l'",5r) de hauteur, elle cube environ 6 mètres; la tente de campagne [ficld-tent) sert pour liuil lioniines, elle a h mètres de diamètre et 2'^,50 de hauteur, son cubage de 20 mètres assure 2'"s50 à chaque habitant, elle pèse 37'^'' ,30 ; enfin la tente d'hôpital {hospital-tenl) est formée de deux tentes, réunies par une sorte de couloir en roseaux, soutenus par une faîtière métallique. L'ensemble de la construction présente 9 mètres de longueur sur 4"', 50 de largeur et 3 mètres de hauteur, elle cube environ 86 mètres, pèse 150 kilogrammes, et peut assurer à vin^t hommes un cubage de plus de h mètres, à trente hommes un cubage de près de 3 mètres. Les tentes du major Rhodes présentent l'avantage de donner proportionnellement plus d'espace superficiel et cubiijue, plus de stabilité que tous les autres modèles et de se prêter parfaitement au chaulïage.

Dans l'Inde, l'armée britamiique fait usage, pour ses campements, de tentes marquises à deux mâts et à faîtière de 21 pieds (()"', 30) de long, sur 15 pieds (4°, 50) de large et de 11 pieds 9 pouces (3"", 50) de haut; on y loge vingt-cinq fanlassitis ou vingt cavaliers avec leurs selles. L'espace cubicjue y est, dans le premier cas, de 85 pieds cubes (2'"%295) par homme; dans le second, de 100 pieds cubes (2""', 700) (1).

Armée prussienne. — L'armée prussienne ne fait pas un grand usage de tentes, elle cantonne autant que faire se peut, elle possède néanmoins deux modèles de tentes réglementaires. Le modèle conique ressemble beaucoup à ceux dont il vient d'être question ; destinée à quinze hommes, cette tente mesure 15 pieds 3 pouces de diamètre à la base (^'",80); le miit vertical a 11 pieds 10" (3"", 70) de hauteur, son poids total de 85 livres (39'^'' ,69). La paroi de la tente reste verticale jusqu'à 1 pied 3/7i (0'",55) du sol, ce qui tend à élargir sensiblement l'espace réservé au couchage. Cette tente conique est spécialement destinée à l'infanterie.

La cavalerie et l'arlillerie font usage de tentes marquises ou plutôt de tentes à forme cubique, dont la partie supérieure, le plafond, est en double toile, tandis que les faces latérales sont simples. Sur le sol, elles aiïectent une forme en fer à cheval et ne présentent qu'une seule porte située vers la face non arrondie. La charpente de la tente consiste en mats verticaux de 6 pieds (1"',87) de hauteur, réunis par des faîtières de 7 pieds J 0 pouces (2'"â5 ; elle couvre un espace de 8 mètres carrés environ; elle est des-

Ij E. A. l'arkcs, Ak. r/l., p. iJl6.

Zt80 UAHITATJOJNS DU SOLDAT.

tinée à six cavaliers avec leurs éqiiipenieiUs, luoins la sellerie. Les teiiles pour officiers sont un peu plus élevées (i).

Armée auslro-horicjruise. — Ju^qu'eu 1858, l'armée austro-hongroise possédait deux modèles de tentes: l'une, dite tente lont/ue, ne mesurait pas moins de 12 mètres de longueur, elle était formée d'une série de pieux de ('i"',25, reliés par une barre transversale et recouverts d'une forte toile retenue en terre par des piquels. CMla tente devait contenir cinquante hommes. L'autre tente , dite de marche, était de forme à soulllet, maintenue par deux mâts de 2"', 15, réunis par une faîtière. Actuellement l'armée autrichienne fait usage d'une tente à un seul mât central de 4°", 05, avec faîtière, circonscrivant sur le sol un espace de 7°', 90 sur 6"", 60; elle est munie d'une porte à chaque extrémité. Quatre de ces tentes doivent loger une compagnie. Les oÛiciers prennent place dans une cinquième tente, dont l'intérieur est alors divisée en quatre compartiments. Cette tente porte le nom de son inventeur le capitaine Theurekauf.

En outre, on a expérimenté une lente de marche, de section également ellipsoïde, mais de dimensions plus petites. Elle circonscrit un espace de 5"", 60, sur Zi'",35;le mât central mesure 2"', 15 de haut, la faîtière 1"',70; elle est également percée de deux ouvertures et doit contenir dix hommes ou deux officiers.

Dans ces tentes, les cordages sont presque entièrement maintenus à l'intérieur de la tente, en sorte qu'ils restent secs pendant les temps de pluie, ne sont pas soumis à ces allongements ou raccourcissements successifs qui diminuent singulièrement la solidité de l'édifice (2).

Armée américaine . — Aux États-Unis, pendant la guerre de la sécession, on se servit au début de la tente Sib/ei/, de forme conifjue, mesurant 1 8 pieds (5"", 40) de diamètre à la base, sur 13 pieds (3'", 90) de hauteur; elle cube 1 1 02 pieds (29"" ,754), et peut contenir vingt ou vingt et un hommes, ayant chacun à leur disposition 1"'%487 environ ; en fait, on n'y logeait que quinze fantassins ou treize cavaliers, et même moins dans les camps permanents. Le mât, au lieu de descendre jusqu'au sol, se termine en forme de trépied, que l'on peut ouvrir plus ou moins, en abaissant ainsi d'autant la tente elle-même ; au sommet du cône, existe une ouverture garnie d'un anneau métallique, solidement fixé au mât; la ventilation s'exerce donc

(1) C. Kirchncr, U-hrlmch der MitiU'ir Ih/'jienc. Erlangeii, 18G9, [). 275.

(2) Michel Lévy et Boisseau, toc. cit., p. 31.

TENTES DE L'AHMÉE HUSSE. ^81

dans l'inlérieiir de la tente avec la plus grande facilité, dette lente a été, à peu de choses près, imitée de celle dont font usage les Indiens Conianches; le trépied, en particulier, leur a été emprunté (1'.

Pendant le cours de la guerre, on fit également usage de la fente en coin, Wedge-Tent, de 6 pieds 10 pouces (2"', 10) de long, sur 8 pieds k pouces (2", 50) de large, et 6 pieds 10 pouces (2", 10) de hauteur; sa capacité cubique est de 194 pieds (5'"%238); elle est destinée à six honmies, qui ont ainsi en partage 0'"'=,873 chacun. Une tente conique, Bell-Tent (lente en cloche), fut aussi distribuée à quelques corps d'armée, mais ni les unes ni les autres ne parurent satisfaire complètement, surtout en raison de leur poids; à partir de Télé de 1862, sur le Potomac, on délivra aux hommes des punchos en étoffe imperméable, pouvant, au moyen d'une fente centrale, être employés comme vêlement de pardessus en cas de pluie et, réunis à celui d'un camarade, constituer une petite tente-abri (2). Le vêtement, dit puncho, est d'un usage vulgaire au Mexique et dans les Étals espagnols de l'Amérique du Sud. Il mériterait de franchir l'Atlantique et d'êire importé en Europe, car il est à la fois souple, léger et abrite parfaitement de la pluie.

L'armée hollandaise possède une tente-abri de dimensions semblables k celles de l'armée française, mais elle est faite d'étoffe imperméable, de nuance foncée, se dresse avec le seul soutien des armes, possède une toile également imperméable pour placer sur le sol et ne pèse cependant que 2 kilogrammes. On peut la rouler et la porter en sautoir.

Armée russe. — Au camp de Krasnoë-Selo, l'armée russe fait usage d'une tente quadrangulaire, souteime par quatre piquets aux angles et un mât central; elle mesure 2'"10 de côlé et 2"", 10 de hauteur au centre; pouvant abriter quinze hommes à la rigueur, elle n'en reçoit que douze au camp. Les tentes d'officiers, de même dimension que celles de la troupe, sont recouvertes d'une étoffe de caoulchouc, qui s'oppose bien à la pénétration de l'humidité, mais s'oppose aussi au renouvellement de l'air.

A rp:xposition de Vienne, en 1873, le colonel Lischine a présenté une tente-baraque, constituée par une carcasse en fer très-facilement démontable, sur laquelle viennent s'appliquer des bandes ou couvertures, faites en i)lan-

(1) W. A. Hammond, yi Treatisa on Hygiène with spécial référence to thc miiitciry service. Philadelpliia, 1863, p. A/lQ.

(■1) Woodward, Outiines of the chief camp diseuses of thc V. S. aniiij^ p. Un

MORACHE. — Hyg. luilit. 31

US'2 HABlTATlOiNS DU SOLDAT.

clieites de bois de sapin, se recouvrant les unes les autres coinine les jalousies d'une fenêtre. Ces planchettes, peintes en couleur claire, sont disposées par bandes de 3"", 20 de longueur, sur 0'",33 de large, dont une voiture à bagages peut porter 150 à 200. Elles doivent au sapin, dont elles sont formées, d'être à la fois solides, légères et de longue durée, à la couleur qui les recouvre d'être peu sensibles à l'aciion de l'eau.

Ces tentes, destinées en principe aux ambulances, peuvent cependant être avantageusement employées dans les camps de manœuvre, ou en campagne.

Outre les différents modèles de tente que nous venons de voir employés dans les grandes armées, il en existe encore un fort grand nombre, destinés en particulier aux ambulances ou hôpitaux provisoires. Nous en parlerons en détail dans une autre partie de cet ouvrage ; pour le moment, il ne devait être question que des tentes servant habituellement au campement des soldats valides.

Comparaison des divers modèles de tentes. — Malgré leur diversité apparente, tenant en grande partie à ce que les différents modèles ont pris le nom de la personne qui leur avait apporté le plus léger pej'fectionnement, les systèmes de tentes se réduisent en somme à un petit nonibre. On peut les classer en deux grandes catégories : 1° Tentes coniques et 2° tentes quadrangulaires ou ellipsoïdes. — Les tentes coniques sont toutes à un seul mât, elles offrent l'incontestable avantage d'une plus grande solidité et d'une grande résistance au vent ; en revanche, h surface de sol égale, elles renferment un moindre cubage atmosphérique que les tentes quadrangulaires ou ellipsoïdales; les hommes ne peuvent se tenir debout au voisinage de la paroi et son inclinaison peut gêner, même pour le couchage, lorsque les soldats s'y disposent en cercle, toutes les têtes reposant du côié de la circonférence. Cet inconvénient est, en partie, diminué par l'adoption du système dit à muraille, dont la tente conique prussienne offre un bon modèle; il consiste à disposer à la partie inférieure deux rangées de cordes, l'une qui tend la masse de la tente en lui donnant sa forme conique, l'autre qui abaisse verticalement une portion de toile variant entre 30 à 60 centimètres. Cette disposition est incomplètement remplie par la toile à pourrir de la tente conique française (voy. lig. 67).

Les tentes quadrangulaires ou elliptiques comprennent : 1" les tentes en coin ou en bonnet de police, dont la tente-abri française ou la tente

ÉTABLlSSEMliNT DU CAMPtMliNT SOUS TENILS. U^'ô

Taconni-t (fjg. 66) offrent deux modèles, et 2° les tentes marquises. — Elles peuvent être soutenues par deux mats réunis par une faîiière, ou par un seul mât soutenant la faîtière en se fixant à son milieu; on peut encore prendre point d'appui sur le mât pour y fixer quatre rayons allant s'arcbouter aux angles de la lente ; enfin, on peut également y fixer une sorte de cadre qui soutient également la toile en la tendant i)lus parfaitement.

Par le fait même de leur forme, ces tentes offrent, à surface de so égale, un cubage atmosphérique sensiblement plus élevé que les tentes coniques, mais elles offrent aussi beaucoup plus de prise au vent et sont quelquefois emportées dans une nuit de tempête, ainsi qu'il arriva cji Crimée, lors de l'ouragan du iU novembre 185^. — Elles conviennent cependant dans quelques campements particuliers, particulièrement abrités, et sont beaucoup plus avantageuses pour les ambulances, mais, en général, elles sont plus lourdes que les tentes coniques.

Les lentes de marche, ou tenles-abris ne sauraient appartenir au type conique, car, en raison de leurs dimensions restreintes, on n'y trouverait plus la place nécessaire pour coucher les hommes, aussi presque tous les modèles du genre appartiennent-ils au type bonnet de police.

Il nous reste à examiner les conditions hygiéniques qui doivent présider à la construction, l'aménagement et la disposition des tentes.

III. Conditions hygiéniques du campement sous tentes. — Matières premières. — Les tentes sont, en général, faites de tissus de coton ou de toile. La toile a l'avantage d'être sensiblement plus épaisse que le coton, mais elle se laisse pénétrer par l'humidité et même quelquefois se transforme en un véritable filtre; elle est, plus que le coton, bonne conductrice du calorique et, par conséquent, permet à l'intérieur de la tente de se mettre rapidement en équilibre de température avec rexlérieui ., de s'échanlfer lorsqu'il fait chaud, de se refioidir au contraire lorsqu'il fait froid; ce sont là des conditions défavorables, aussi doit-on, pour la confection des lentes, préférer le coton qui, de plus, est moins cher que la toile, moins perméable ei |)lus mauvais conducteur.

En se basant sur les propriétés physiques seules, il est évident que les tentes de laine seraient préférables dans les pays où la saison froide l'emporte en durée sur la saison chaude, car le pouvoir émissif de la laine est beaucoup moindre que celui du coton ou de la toile. D'un autre côté, les tentes de laine ou de drap peuvent acquérir une grande épaisseur, leur tissu peut subir une sorte de feutrage qui le rend à peu près imperméable ;

U8U HABI l AXIONS DU SOLDAT.

le seul inconvénient de ces tentes est de coûter cher et d'être fort lourdes. Néanmoins, dans les pays où l'industrie textile est peu développée, tandis que la laine est commune, comme en Algérie, en Tartarie et, en général, parmi les peuples pasteurs, on rencontre généralement des tentes en laine ou poils de chameaux, qui présentent une grande résistance et des conditions de durée tout exceptionnelles.

L'imperméabilisation de l'étoffe des tentes peut être obtenue par l'inlerposilion de caoutchouc ou de gutta-percha entre les fibres de l'étoiïe, ou par l'adjonction d'une couche de ces substances sur sa partie extérieure. Ce procédé, recommandé en Amérique, ne laisse pas que d'avoir ses inconvénients, car la ventilation, déjà si difficile à obtenir sous la tente, ne bénéficie pas de l'échange atmosphérique s'opérant entre les mailles du tissu. Nous préférerions voir imperméabiliser les étoffes pour tentes au moyen d'un composé, comme l'acétate d'alumine, par exemple, qui s'oppose à l'action de l'eau sur le tissu végétal, mais laisse cependant entre ses mailles quelques espaces libres, au travers lesquels l'air peut se tamiser.

Couleur de la tente. — Non moins importante est la couleur dont ces étoffes doivent être teintes. En prenant pour base la puissance absorbante des différentes couleurs relativement au calorique, question dont nous parlerons plus en détail en traitant du vêtement, on serait conduit à choisir le blanc pour les tentes des pays chauds, le noir ou toute autre couleur foncée dans les pays froids. En pratique, le blanc est remplacé par la couleur écrue naturelle du coton ou de la toile, et si l'on avait à faire campagne dans un pays froid, il serait logique de donner aux tentes une couleur brune ou noire qui les rendrait sensiblement plus chaudes, à condition de se trouver exposées aux rayons du soleil ; telle est, par exemple, la tenle-abri de l'armée hollandaise. Une excellente méthode, mais qui augmente singulièrement le poids des tentes et n'est guère applicable qu'à celle des officiers, consiste à doubler la tente d'une étoffe de laine de couleur foncée, bleue, par exemple. En agissant ainsi, on utilise la propriété de la couleur blanche pour l'extérieur de la tente, celle de la laine comme protection contre le refroidissement, on interpose enire les deux parties de la tente une couche d'air, c'est-à-dire l'un des corps les plus mauvais conducteurs du calorique; enfin, la lumière ainsi tamisée et les rayons solaires trop intenses ne pénètrent point dans l'intérieur, le bleu, comme on sait, s'opposant au passage des rayons calorifiques de la lumière. Cette disposition est donc fort avantageuse pour les pays chauds. Par contre, dans les pays froids, il serait

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