LES BARAQUES DANS LES CAMPS SOUS PARIS
jusqu'à la crèlc du loit et 2"°, 55 sur les côtés. Destinées à quarante hommes, elles cubent 508 mètres, soit environ T^'^TOS par individu.
On est véritablement surpris que ces baraciues, élevées à la même époque, dans des camps voisins les uns des autres et, pour une même armée, ne présentent point des dimensions uniformes; il semble qu'il y ait eu, dans leur construction, absence d'une idée d'ensemble, qui cependant n'aurait pas dû faire défaut, car le gouvernement tenait beaucoup à leur bonne installation. Malheureusement, on ne prit fjuère l'avis d'hygiénistes, à propos de ces camps, car on eût sans aucun doute évité plusieurs des erreurs qui furent commises, en particulier l'absence de tout plancher ou de disposition pour iuiperméabiliser le sol. Cette absence constitue l'un des défauts les plus grands de ces abris; l'insuflisance du cubage atmosphérique en est, du reste, un non moins grand. En comparant entre elles ces différentes baraques, au point de vue de leur capacité atmosphérique, on trouve que dans les canq)sde
Saiiit-Maur, la baraque destinée à 60 hommes cube 721^000 soit 13,000 par homme.
Meudon, — 60 — 476,650 — 7,944 —
Roqueucourt, -- — liO 508,200 — 7,705 —
Villeneuve-l'Étang, — 40 — 267,193 — 6,660 —
Satory, — — GO — 350,000 — 5,830 —
Saint-Germain, — 60 — 214,000 — 3,575 —
c'est-à-dire que, sauf à Saint-Maur, l'espace réservé à chaque homme est de beaucoup inférieur aux fixations réglementaires dans les casernes (12 mètres cubes), fixation dont nous avons déjà démontré l'insuffisance. Enfin celte capacité, déjà plus que parcimonieuse, n'est point combattue par un système (iuelcon([ue de ventilation. Dans quelques baraques, il n'existe même pas de fenêtres, et dans celles qui en sont pourvues il est impossible de les maintenir ouvertes pendant la nuit, car placées juste au-dessus des lits de camp, elles déversent sur les hommes pendant leur sommeil une atmosphère froide et humide. Aussi, le renouvellement de l'air y est-il presque nul, à peine s'exécule-t-il par les fissures du bois et les interstices des planches ; avec la tendance, louable du reste, que l'on a d'imperméabiliser celte paroi et d'en augmenter l'épaisseur, ces fissures disparaissent, au grand avantage de la température intérieure des baraques, au détriment de la venlilalion.
Les baraques des camps sous Paris, existantes encore à l'époque actuelle (i87^i) ne peuvent donc pas être regardées comme des modèles; elle» pèchent, sous beaucoup de points de vue, et sont inférieures à celles du
MOHACHE, — Hyg. milit. 32
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camp de Chàlons. Néanmoins, il convenait d'en parler à celte place, car elles marquent une époque dans l'histoire des camps permanents. A vrai dire les difficultés de la situation ont été telles, en 1871 et 1872, que l'on ne saurait trop incriminer ceux qui en ont ordonné la construction ; l'armée se trouvait dans une de ces circonstances oiî l'hygiène doit se subordonner aux possibilités militaires et administratives. En pareille occurrence, l'hygiéniste signale le danger, mais en est réduit à s'incliner devant la force des choses.
Dans ces mêmes camps, les officiers logent dans des baraques si)éciales où les conditions hygiéniques ont été plus respectées. Généralement à double paroi, elles sont pourvues d'un plancher et d'un plafond. Leurs dimensions étant les suivantes : longueur, 6™, 80 ; largeur, 3™, fiO ; hauteur jusqu'à la crête du toit, 3", 80; hauteur des côtés, 2 mètres (fig. 70), leur capacité cubique est de 106"'°, /i80. Elles sont divisées intérieurement en trois compartiments (plan, fig. 70), occupés chacun par un officier, en sorte qu'une même baraque renferme l'état-major d'une compagnie. L'une des deux chambres, destinée au capitaine, est double de celles des lieutenants. Chaque chambre possède une fenêtre et une porte particulière. Dans quelques camps, comme à Satory et à Meudon, les officiers sont logés dans de grandes baraques divisées en sept compartiments; elles mesurent 29 mètres de long sur k'°,ZO de large, ce qui donne environ 17 mètres carrés et environ 50 mètres cubes par chambre d'officier; mais, dans ces chambres, les officiers des grades inférieurs, lieutenants et sous-lieutenants, sont groupés deux par deux.
Le camp d'Avor, créé près de Bourges pour le 8^ corps d'armée, possède des baraques beaucoup mieux construites et mieux aménagées que celles des camps sous Paris; chacune d'elles mesure 25 mètres de long sur 8 mètres de large, 3 mètres de hauteur sur le côté et 6 mètres de hauteur jusqu'au faîtage. La baraque est divisée en cinq compartiments, égaux entre eux, et cubant environ 180 mètres, dans lesquels sont logés 12 hommes, qui ont ainsi chacun 15 mètres cubes de ration atmosphérique. C'est la plus haute fixation existante, jusqu'à présent, dans des baraques françaises. Les pignons des baraques sont en maçonnerie de 8*", 45 d'épaisseur, les parois sont en planches, revêtues d'un doublage intérieur en briques posées de champ; entre le bois et la brique existe un espace vide de O^jlO à 0™,12; la couverture des baraques est en tuiles placées sur planches jointives, celles des officiers sont seules plafonnées. Le plancher repose sur des lam-
bourdes, déposées elles-mêmes sur une couche de brocailles qui les élève de C^jOOS au-dessus du sol (1).
Ces baraques constituent, on le voit, un progrès incontestable sur celles des camps sous Paris; leurs trois grandes qualités sont un cubage beaucoup plus élevé par rapport au nombre des habitants, leur double paroi avec matelas d'air et leur plancher élevé de près de 1 mètre au-dessus du sol. Elles font honneur à ceux qui en ont ordonné ou réglé la construction.
Les circonstances nous ont amené du reste à construire en 1872 des baraques encore mieux aménagées peut-être ; elles furent destinées à loger des troupes allemandes d'occupation, dans vingt-neuf localités des départements de l'Est. Ces baraques ont été élevées sur des plans acceptés par une commission militaire allemande, présidée par un médecin militaire prussien, qui vérifiait tous les détails de l'aménagement et imposait ses volontés aux architectes et constructeurs. Aussi laissaient-elles peu de choses à désirer. Chaque bâtiment mesurait Zi5 mètres de longueur, sur 8 mètres de large et 3 mètres de haut. A l'intérieur, existait un couloir d'une largeur de 2 mètres, terminé d'un côté par une chambre destinée au feld-webel (sergent-major), de l'autre par deux pièces pour les autres sous-officiers de la compagnie. Les hommes étaient répartis par chambres plafonnées, de 3 mètres de haut, contenant 12 à 20 lits, dans lesquelles le cubage ne descendait jamais au-dessous de 12 mètres cubes par homme. De nombreuses fenêtres donnaient accès à l'air et à la lumière.
Les planchers, très-bien ajustés, étaient élevés de 0™25 au moins audessus du sol. L'ameublement de ces chambres consistait en lits de fer ou de planches, en petites armoires (fig. 71) pour loger les effets, en tables, bancs, poêles, etc.
Les pavillons des officiers, construits en briques, comprenaient chacun quatre pièces d'habitation, plus une cuisine et des locaux de service. Parvenus h ce degré de perfectionnement, ces pavillons ne sont plus des baraques ou des abris de campement, mais de véritables chalets du plus grand confortable.
On peut constater, dans l'aménagement des baraques destinées à l'armée allemande d'occupation, l'influence exercée parles prescriptions hygiéniques delà commission dont il a été parlé ; sans doute cette dernière était maîtresse
(1) Communication personnelle du médecin-major Ch. Sarazin, attaché à l'étatmajor du commandant en chef du 8'' corps.