‹ Traite d'hygiene militaireChapitre 92 sur 241 · DISTRIBUTION DES EAUX, FONTAINES. LAVOIKS, BAINS · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES EAUX, FONTAINES. LAVOIKS, BAINS

conserver des réserves d'eau dans des citernes ou dans des caisses à eau métalliques, en vue du danger d'incendies, qui, dans les camps sous baraques, peuvent prendre en ((uclques instants une intensité singulière. Ces réserves d'eau, alinienlées par des sources placées sur un point un peu plus élevé, peuvent assurer le fonctionncnienlde bornes-fontaines à robinet, des abreuvoirs, des lavoirs. A défaut de |)enies assez marquées, on devrait élever l'eau jusqu'à une certaine liauteur, au moyen de macbines fixes, dont celles des gares de cliemin de fer peuvent fournir un bon modèle. L'eau régulièrement captée constitue un des éléments essentiels de la salubrité d'un camp; on ne doit donc rien épargner pour la distribuer largement à tous le f services.

Dans les camps teujporaires, les hommes lavent leur linge sur le bord des ruisseaux ou rivières ; on doit leur faciliter ces soins de propreté en leur permettant de s'établir, j)Our ce fait, sur des quais ou des planches préparés à cet effet, niais en leur ini|)osant de stationner en aval du point où l'on puise l'eau pour les aliments et de celui qui sert d'abreuvoir pour les chevaux. Dans les camps où il n'existe point de cours d'eau, des bailles ou même des lavoirs en pierre seront préparés pour ce service, mais les eaux devront s'écouler rapidement au travers de conduites communiquant avec les tranchées ; l'eau des buanderies cliargéc de savon et de matières animales est particulièrement dangereuse, en ce qu'elle forme, par sa sta^ gnalion, des marécages, où des fermentations se produisent avec une grande activité.

L'installation de bains dans les camps permanents serait un progrès considérable, car si la propreté est partout une condition de santé, c'est surtout lorsque, comme dans les camps, l'homme se trouve soumis à l'obligation de ne pas se devôtir pour se coucher. Dans les camps américains, lorsqu'il n'existe point de bains organisés ou que le voisinage de la mer ou de rivières, ainsi que la saison, ne permettent pas les bains en pleine eau, les soldats trouvent sous des hangars d'immenses réservoirs pleins d'une eau fréquemment renouvelée. Au camp de Krasnoë-Selo, le soldat russe peut faire usage de bains de vapeur ; h cet eiïel, on a disposé une baraque spéciale, attenant à celle de la boulangerie, de façon à ce qu'un seul fourneau suffise pour les deux services. Les locaux des bains comprennent un vestiaire et une chambre de transpiration, où l'on produit de la vapeur en projetant de l'eau sur des pierres brûlantes; les iiommes restent pendant dix à quinze minutes sons l'influence de cette haute icin-

Ô'xO IlAniTATîOLNS DU SOLDAT.

pérature, puis vonl se plonger clans de grandes cuves d'eau froide, ou se placer sous des robinels de douches. Un autre élahlissemcnt de bains, encore plus vaste, existe dans une autre partie du camp, mais on ne le cliaulîe (jue deux fois la semaine. Le service est réglé pour que chaque liomme prenne un bain tous les huit jours.

IV. Locaux d'instruction. — La vie du camp ne doit point se borner uniquement à la pratique des exercices militai^'es, mais l'instruciion théorique doit s'y continuer comme dans les casernes, surtout lorsque la troupe séjourne plusieurs mois. Les hommes trouveront, dans ces travaux intellectuels, un repos aux fatigues corporelles qu'entraînent les manœuvres, et un puissant préservatif contre le désœuvrement et l'ennui qui, trop souvent, accompagnent le séjour dans les camps. Des baraques spéciales, rappelant par leurs dispositions celles des locaux d'instruction dans les casernes (voy. p. 387), doivent donc être établies et pourvues des objets matériels et des livres destinés à l'instruction et à la di.slraction. Les officiers, ne pouvant chercher au dehors les éléments de travail, devront y trouver les ouvrages aiférant plus spécialement à leurs aptitudes intellectuelles.

Dans les canqis établis en France, des bibliothèques, relativement fort complètes, ont été organisées et s'augmentent tous les jours, soit par les soins du gouvernement, soit par des dons ou cotisations ; on ne saurait assez encourager ces institutions. Les Anglais et les Américains ne laissent pas non plus que de pourvoir largement à ces besoins intellectuels dans les camps d'instruction qu'ils ont organisés.

L'existence de bibliothèques n'est pas moins désirable, en campagne, dans les petits postes ou camps plus ou moins permanents, et nous souunes heureux de rappeler que, dès les premières années de nos campagnes d'Algérie, les pins petits postes de cette colonie, devenus aujourd'hui des points importants, mais alors simplement des stations militaires fort isolées, avaient été, sur l'avis du conseil de santé des armées, pourvus de bibliothèques choisies avec discernement. Elles ont formé le noyau de collections, dont quelques-unes ont acquis une grande importance par le nombre et la variété des ouvrages qu'elles renferment. On avait pensé, avec juste raison, que le travail et la lecture seraient un puissant préservatif de la nostalgie, qui n'était point rare dans ces petites garnisons, condanniées à rester pendant plusieurs mois coupées de toute communication avec les villes du littoral et, par conséquent, avec la mère patrie.

tCUBIES ET INSTALLATIONS DES AUX.— LOCAUX D'.SCIPLINAIRES. 5/il

V. Écuries et installations des chevaux. — Dans les bivouacs et camps sous lentes, les chevaux sont laissés en plein air el attachés par les pieds (le devant à des cordes ou piquets (art. /i2, ordonnance de 1832). En dehors de l'inlluence que ce séjour peut avoir sur la santé des animaux, le maintien des litières et fumiers à quelques pas des tentes ne laisse pas que d'être assez nuisible pour leshounnes eux-mêmes. Aussi doit-on procéder, au moins une fois par jour, au nettoyage complet du sol et à l'enlèvement des fumiers par le service de la voirie du camp. Si l'on séjourne quelque temps, les chevaux devront même être déplacés, car le sol ne tarde pas à se (létrenq)er en s'inliltrant de l'urine des animaux ; la santé de ces derniers, non moins que celle des hommes, est intéressée à ce (ju'il ne se forme point, de la sorte, des marécages imprégnés de matières organiques.

Le mode d'attache des animaux laisse quelquefois à désirer; les chevaux s'échappent à travers le camp, en renversant les tentes, en produisant partout du désordre et blessant même ceux qui les veulent reprendre.

Dans les camps permanents, j)articulièrement en hiver, les chevaux doivent être placés sous des baraques, maintenues ouvertes sur celle de leurs faces qui se trouve protégée contre les vents régnants. Sous ces baraques, le sol, tassé ou mieux imperméabilisé, devra être fréquemment nettoyé, et des ruisseaux d'écoulement entraîneront au loin les urines des animaux.

Pendant le jour, les animaux seront, si le temps le permet, maintenus en plein air, au piquet, et ne rentreront sous les baraques que pendant la nuit. Celles-ci, n'étant point toujours occupées, s'infecteront d'autant moins vite, et, pendant leur état de vacuité, on pourra procéder à un nettoyage beaucoup plus complet.

Les baraques-écuries des camps américains sont établies avec un soin |)ar(iculier, aérées par le faîte et pourvues de cloisons formant stalles pour les ciievaux.

Le parc aux bestiaux, relégué à l'mie des extrémités et en dehors même du camp, doit, on le comprend, changer fréqucnnncnt de place, sous peine de se transformer rapidement en un véritable marécage cl devenir un foyer d'émanations méphitiques.

VL Locaux disciidinaires. — Dans les camps de bivouac ou de lentes, on ne saurait imposer aux hommes une réclusion scniblable à celle des salles de police ou prisons ; aussi les hommes punis sont-ils simplement

IIARITATIONS DU SOLDAT.

isolés des autres el placés sous la surveillauce de factionnaires; d'autres fois, on les emploie, hors leur tour, au service de la garde du camp. Dans les camps permanents, on peut les renfermer dans des locaux disciplinaires qui ne doivent pas être différents des autres baraques, le but étant de punir les hommes par la réclusion et l'isolement, et non de les faire souffrir matériellement.

Les nécessités de la discipline, qui doit être maintenue en campagne avec la rigueur la plus absolue, rendent quelquefois indispensables certains moyens coercilifs tout exceptionnels. Ils ne sont j)as réglementaires, mais on comprend qu'il est indispensable de procéder avec une rigueur que commandent les circonstances. C'est ainsi que, en Algérie, on a dû recourir à l'emprisonnement dans des silos, c'est-à-dire dans des cavités de forme Ironco-coniquc, semblables à celles qu'utilisent les indigènes pour la conservation des grains. Les chefs de corps sont toujours trop soucieux de la santé de leurs troupes pour abuser de ce châtiment, que l'hygiéniste ne peut certainement pas approuver en principe, mais que le militaire ne saurait absolument repousser, en tant que cette pénalité s'applique à des délits très-graves, dans des circonstances de campagne où il faut sévir avec rigueur.

VII. Latrines. — Les produits de déjection des hommes et des animaux constituent, sans contredit, une des causes les plus sérieuses d'infection des camps. Contre l'insalubrité causée par les déjections des animaux, on ne saurait employer d'autre moyen que l'enlèvement et le transport dans des fosses éloignées, mais pour les hommes il en est autrement. Tous les écrivains qui se sont occupés de castramélation ont insisté sur les soins que l'on doit apporter à l'établissement des latrines; le plus ancien d'entre eux, Moïse, s'exprime ainsi qu'il suit à ce sujet : c Vous aurez un lieu hors du camp où vous irez pour vos besoins naturels. — Et portant un bâton pointu h votre ceinture, lorsque vous voudrez vous soulager, vous ferez un trou en rond, que vous recouvrirez de la terre sortie du trou, après vous être soulagé.. . Ainsi vous aurez soin que votre camp soit pur cl sain et qu'il n'y paraisse rien qui le souille, de peur que le Seigneur vous abandonne (1). » Dans ses institutions militaires, l'empereur Léon recommande également de ne pas placer les latrines dans l'intérieur du camp.

(1) Deutéronomc, ch. Xxui, v. 12, 13, 14 (traduct. Lemaislre de Sacy).

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