LATRINES DANS LES CAMPS
Le danger de la présence des latrines dans l'inléricur du camp est de plusieurs ordres : tout d'abord les émanations d'une quantité considérable de matières fécales, mélangées à de l'urine^, iermeulant avec d'autant plus d'activité que la tenipérature est plus élevée, donnent lieu à des accidents, alors même que la santé générale est parfaite; mais, pour peu qu'il règne une affection épidémique, comme la dysenterie, cette grande endémie des camps, la propagation de la maladie tend à s'établir par la voie des émanations, détritus organiques ou produits de végétation cr\ ptogamique qui se dégagent des matières excrétées par les malades. Enlin, la permanence de ces matières sur le sol du camp, et leur infdtration dans le terrain sous-jacent, amènent tôt ou tard l'infection relative de la nappe d'eau souterraine et celle des puits, sources, ou autres prises de l'eau destinée aux usages alimentaires. On a pu vérifier, par des expériences diverses, à quel degré de dilution des agents infectieux peuvent être réduits, en conservant encore toute leur puissance ; on ne sera donc pas surpris qu'une nappe d'eau, s'étendant sous une surface de terre considérable, puisse être infectée par son contact avec les produits organiques suspects, existant sur un seul point de ce territoire.
L'hygiène iloil, par tous les moyens, chercher à annuler ou à diminuer les dangers provenant du voisinage des matières fécales dans les camps. Elle peut y parvenir par deux ordres de procédés : en isolant ces matières et en les soustrayant au contact de l'air ambiant, en retardant ou détruisant en eux toute fermentation par le moyeu d'agents chimi(iues, dits désinfectants. Enfin, la décence exige encore certaines précautions qu'il importe de maintenir avec rigueur.
Les art. ^il et /t2 de Vordonnance de 1832 établissent que, dans les camps, les latrines de la troupe doivent être placées à 150 pas (100 mètres) en avant de la ligne de baraques ou du centre de chaque bataillon ; celles des officiers à 100 pas (66 mètres) en arrière de la dernière ligne des baraques. Ici, baraque peut être pris comme synonyme de tente, ou d'abri quelconque.
Généralement les fosses des latrines dans les camps, ou feuillées, sont constituées par de simples excavations de 1 mètre de profondeur ; on couronne de branchages les terres du déblai, jetées sur les trois bords extérieurs, et le talus du côté du camp est coupé fort roide ; on eu prévient la dégradation au moyen d'un revêtement en planches soutenues par de forts pitpiets, ((u'on chasse avec une masse en bois dans le fond de la fosse;
leui lêle doit s'élever de 0"\/iOà 0"',50 du terrain naturel. D'autres piquets, de l^jGO de longueur iiors de terre, croisent les premiers à O^jSO de liau leur et soutiennent, à 0"',75, une traverse ou siège horizontal contre lequel les hommes s'appuient, tandis qu'ils ont les pieds à sec sur un seuil ou marche-pied, composé d'un madrier et de deux traverses placées sur le sol entre les piquets recroisés.
Cette disposition, proposée parles colonels Fallot et Lagrange (1), se rapproche beaucoup de celle qu'indiquait d'Arcet en 1 83/4; ce dernier commence par établir un siège et un dossier au moyen de deux poteaux fichés dans le sol et de traverses en planche, puis il fait creuser la fosse en contenant les terres, s'il est besoin, par quelques planches étrésillonnées. On abat ensuite le bord du fossé dans toute sa longueur du côté des deux poteaux et l'on pose quelques planches en avant de ce siège pour assurer le sol (2).
Ce système, dcsiiné simplement à contenir les matières et à donner à l'homme une certaine assurance, en lui facilitant l'accès du bord même de la fosse et en lui enlevant la crainte d'y tomber, a l'inconvénient de laisser librement les gaz se répandre dans l'atmosphère. Il conviendrait mieux de disposer une fosse moins perfectionnée, moins longue à établir, mais de la renouveler tous les jours, en comblant celle de la veille au moyen des terres de déblais, fortement piélinées et lassées par-dessus. Du reste, en se tenant assis ou appuyés sur la barre de bois formant siège, les hommes projettent les urines en dehors de la fosse, et les bords, bientôt détrempés, deviennent dégoûtants et inaccessibles; les hommes prennent alors l'habitude de déposer les matières en dehors de la fosse, et l'on voit reparaître tous Icsinconvénienis dus à la dissémination de ces produits d'excrétion.
Si le camp est un simple bivouac d'un jour, ces inconvénients sont peu sensibles; ils sont considérables, au contraire, lorsque le camp persiste quelque temps, et ce système n'est point acceptable dans les camps permanents. L'ancien camp de Chàlons et les camps de Krasnoë-Selo présentaient des dispositions de ce genre, plus ou moins régularisées; à Chàlons, en particulier, les fosses étaient recouvertes de hangars; au point de vue de la décence, cela est bien, mais l'hygiène n'y gagne rien.
Il faut, de toute nécessité, arriver à des moyens plus complets d'isole-
(1) Fallot et Lagrange, colonels du génie, Cours d'aj^tynilitaire. Bruxelles, 1857,
(2) D'Arcet. Lairines à l'usage des camps et des réunions temporaires d'un (jrand nombre d'hommes (Ann. dhyg. et de médec. légale. 1'"= série, t. XII, p. 390. 1834).