LATRINES DANS LES CAMPS. 5Z
inenl des matières fécales. Le procédé le plus simple est évidemment reiifouisseiuent quolidien des matières excrétées pendant les dernières vingt-quatre heures, mais il faut le combiner avec des procédés de désinfection , car on doit toujours craindre que les gaz ne percent la terre qui les recouvre, ou (|ue les matières li(|uides ne filtrent dans le sous-sol et de là dans la nap|)e d'eau. Des recherches récentes, entreprises en Angleterre par Moule, ont démontré que la terre, et en particulier l'argile , la marne et la terre végétale, désséchées et réduites en poudre, ont la propriété d'absorber les li(|uides organiques en détruisant absolument toute odeur, et même en arrêtant vraisemblablement la fermentation putride. Cette propriété a été utilisée pour la désinfection des latrines dans les habitations; elle paraît également applicable aux latrines des camps, dans lesquels la terre ne manque pas ; lorsqu'il en est de même du combustible, on pourra toujours dessécher une j)ortion de terre en creusant des fours dans l'intérieur du sol. On pourrait de môme, après avoir, chaque matin, creusé la fosse destinée à servir pendant le jour, y allumer un grand feu, que l'on entretiendrait pendant peu de temps, une heuie au plus; les cendres, abandonnées sur place et la terre desséchée recevraient les déjections qui, le lendemain, seraient recouvertes au moyen de la terre des parois de la fosse, également desséchées par le feu de la veille. Ce procédé aurait l'avantage d'utiliser les propriétés absorbantes du charbon de bois et des cendres du foyer; cette action serait encore activée, si, avant de combler la fosse, on y jetait les cendres ramassées dans les différentes cuisines du camp.
M. A. Chevallier a proposé, pour les établissements publics, un système de latrines qui pourrait être introduit dans les camps permanents; il consiste à monter sur roues une sorte de bâtis contenant plusieurs sièges avec lunettes, en plaçant cet appareil au-dessus d'une fosse de dimensions convenables; le lendemain, ou seulement lorsque la fosse est pleine, on fait avancer l'appareil de quelques mètres, au-dessus d'une nouvelle fosse. L'ancienne est alors innnédialemcnt cou)bléc. Ce système mobilise l'appareil des latrines, en permettant de faire disparaître et de désinfecter les matières excrétées; il constitue, pour ainsi dire, un système de fosses mobiles, en sens inverse, mais le résultat hygiénique est à peu près le même (1).
(1) Alpli. Chevallier, De l'établissenicnl des Inlrines niolnles (Ami. 'f/iijfj. et (le niéck'i:, léynles, 2<^ série, t. \XVil).
MOiîACHE. — liyg. niilit. 35
Du reste, on doit autant que possible accepter, pour les camps, le système des fosses mobiles. Déjà, dans l'ancien camp de Châions, les latrines des officiers étaient pourvues de tinettes mobiles, et dans les camps sous Paris, en 1871-72, ces appareils ont été universellement adoptés, en imitation des installations analogues aux camps anglais d'Alderscliolt et de Colchesler. Dans les camps sous Paris, les latrines sont établies dans de petites baraques ou cabinets en planches, isolés les uns des autres, élevés à O'^'jeO au-dessus du sol, avec porte d'entrée et plancher recouvert de zinc, percé d'une lunette. Les matières tombent dans des tinettes mobiles, remplacées dès qu'elles sont pleines.
A Villeneuve rÉtang et à Saint- Maur, on a mis en expérience un appareil de tonneaux mobiles, connu sous le nom de sijstème Goux, dont le but est de désinfecter les matières dans l'intérieur même du tonneau. A cet effet, ce dernier est rempli d'un mélange désinfectant, composé de paille
' stitue qu'un perfectionnement, mais il
Fig. 88. — Tonneau mobile pour est avantageux, peu coûteux, facilement
de quinquina qui, à peu près privés de toute substance active, n'agissent guère que par le tannin qu'ils peuvent encore contenir. La terre argileuse et le charbon jouent le rôle essentiel, la paille hachée donne au mélange plus de consistance et augmente sa porosité.
hachée, de terreau, de poudre de charbon, de résidus de quinquina; un espace tronco-conique (fig. 88) est réservé par la présence d'un mandrin, ou cône de bois, que l'on enlève après avoir fortement tassé le mélange. Les matières liquides sont absorbées très-rapidement et comme au travers d'une éponge, les matières solides n'exhalent aucune odeur, et l'appareil lui-même est enlevé avant
qu'il soit tout à fait plein (1). A proprement parler , ce dispositif ne con-
(IjA. Marvaud, Élude sur les casernes pA les camps pennanenls, p. 1 Paris, 1 873.