INFLUEINCES DÉFAVORABLES DES CAMPS SUR LA SANTÉ
caïuomiements à peine saliibres, lui faire liabiter des baraques étroites, el Irès-froides en hiver, les maintenir indélininient sur un même sol, où l'on n'a point procédé à des travaux de drainage et de voiries comme il en existe dans les villes, et cela sous le prétexte que le camp vaut mieux que la caserne, voilà où est l'erreur. D'un autre côté, des militaires très-impartiaux voient à ce campement longtemps prolongé d'autres désavantages; l'iuslruction générale et spéciale des hommes ne peut être entreprise au camp que dans la belle saison ; mieux vaudrait donc ne les y envoyer qu'à celte époque, et pendant l'hiver les garder dans les villes, mais s'ingénier alors pour employer presque tout leur temps à une instruction de détail bien dirigée. Puis, il n'y a pas (pie des soldats dans l'armée, il y a les oiïiciers et les sous-officiers ; croit-on que dans les camps permanents les premiers se perfectionneront beaucoup, les seconds élaboreront leur instruction générale et même l'instruction militaire théorique? On peut leur donner des livres, organiser des bibliothèques; mais les uns et les autres seront pris de la nostalgie de la ville, de la civilisation; dans les camps autour de Paris, dès que l'on a une après-midi de liberté, on vient la passer en ville; et le temps se perd sans profit.
Non, à chaque saison son emploi ; à l'hiver, pour les officiers et les sousofficiers le travail théoricjue, la direction de celui des soldats, à ces derniers l'instruction primaire et la préparation aux examens pour le grade de sousofficier; à la belle saison, au contraire, vidons les casernes, envoyons toute l'armée dans les camps et sur les terrains de manœuvre, elle y appliquera ce que la théorie lui aura appris pendant l'hiver. De cette alternance de séjour, résultera pour tous une satisfaction réelle et le sentiment qu'on attend de grandes choses d'une armée ainsi conduite ; la santé des hommes y gagnera aussi, et cette saison de vie en plein air sera l'équivalent d'une véritable villégiature.
L'expérience des camps sous Paris vient entièrement corroborer cette opinion. On a eu au début moins de malades qu'en garnison, et encore cette différence n'est-cUe pas bien sensible pour la période 1871-1872 ; mais les camps étaient nouveaux, les baraques, le sol lui-même n'étaient pas encore infectés. Dès l'hiver 1872-1873, on a vu éclater parmi les troupes des cas nombreux de fièvre typhoïde; la mortalité n'a pas été excessive, mais le nombre d'hommes atteints a été considérable. Si la nouvelle formation des dix-neuf corps d'armée n'eût amené, à la fin de 1873, le départ d'un grand nombre des corps de troupes, iml doute que l'on aurait eu
pendant l'hiver 1873-7/i une épidémie beaucoup plus grave. A l'Iieure où nous écrivons ces lignes (janvier 187^), la situation de ces camps est favorable, mais l'eflectif des troupes y a diminué de près de moitié ; de plus, de nombreux travaux d'assainissement et de drainage ont été entrepris.
Dans celte longue étude sur les habitations du soldat, nous avons pu constater l'influence capitale qu'elles exercent sur sa santé; nous avons cherché à formuler certaines indications, de l'observation desquelles dépend en grande partie la salubrité de ces milieux, et, avec elle, la vie ellemême des hommes que la patrie consacre à sa défense. N'est-ce point dire quelle sollicitude, officiers du commandement et médecins doivent apporter dans la construction, l'aménagement et les moindres détails de ces habitations; n'est-ce point montrer aussi que la science doit servir de base à toutes les décisions, car elle seule peut guider, dans la théorie comme dans la pratique. Ces connaissances ne doivent être étrangères à aucun de ceux que leurs fonctions appellent à trancher des questions aussi graves, mais les médecins, dont les études spéciales sont dirigées dans ce but, ne doivent-ils pas aussi intervenir très-efficacement dans tout ce qui a trait à l'hygiène du soldat? En France, malheureusement, il n'en est pas toujours ainsi; alors que dans les autres armées on juge avec raison que les médecins peuvent être consultés, non pas seulement pour les soins à donner aux malades, mais bien plus encore pour prévenir, s'il se peut, le développement des influences morbides , dans l'armée française on semble quelquefois attacher une moins grande importance à la science de prévention des maladies, à l'hygiène pratique, et bien souvent on ne prend l'avis du corps médical, que lorsque les circonstances fâcheuses sont déjà eu pleine activité.
Nous aimons h croire qu'il n'en sera pas toujours ainsi et qu'un jour prochain viendra où les médecins auront qualité pour intervenir activement dans l'établissement des casernes, camps ou baraquements destinés aux troupes, convaincus que cette intervention, laissant cependant au commandement toute l'autorité dont il doit être revêtu, se traduira par une augmentation de salubrité et de bien-être pour le soldat, par une diminution de la morbidité et de la mortalité générale de l'armée.