LE VÊTEMENT DU SOLDAT
L'élude pratique du vêtement doit comprendre deux ordres de recherches :
1° La détermination de la matière prennère à accepter comme matière vestimentaire, en se basant sur les propriétés physiques de ces substances;
2" La forme à donner à ces matières poni- les transformer en vêtements, et l'usage de chacun d'entre eux, dans les différentes conditions de la vie militaire.
ARTICLK I. — Matièues vestimentaires utilisables
POUR l'armée.
Le vêtement du soldat doit répondre aux mômes indications que celui des autres classis de la société; il doit en outre présenter certaines conditions spéciales, qu'il est important de ne point passer sous silence. Enfin, tandis que l'individu, livré à lui-même, peut modifier la forme de son vêtement et sa texture même suivant la saison, le vêtement principal du militaire doit suffire en toutes saisons et à peu près en tous lieux. Il convient donc de fixer, d'après des règles scientifiques précises, les matières que l'on doit mettre en usage pour vêtir le soldat, et leur nuance même.
§ 1. — Proprié(î><( pliysi(|U4'M difTérentcN matière»
vcHtiincntaircfii.
Les matières vestimentaires militaires, fournies par les animaux et les plantes, peuvent être appréciées : i"au point de vue de leurs rai)porls avec le calorique, suivant qu'elles présentent un pouvoir absorbant ou un pouvoir émissif plus ou moins prononcé ; 2° au point de vue de leurs rapports avec l'eau, suivant qu'elles sont plus ou moins hygrométriques; 3° au point de vue de leur utilisation dans le service militaire, en raison de leur plus ou moins grande appréciation aux grandes distances; 4° au point de vue de leurs rapports avec l'électricité, suivant qu'elles sont idio-électriques ou anéleclriques.
MORACHE. — Hyg. milit. 3(j
^62 VÊTEMliNT ET ÉQUIPEMENT DU SOLDAT.
I. Rapports des matières cestimentaires avec le calorique. — Dans leur rapport avec le calorique, les vêtements sont destinés «H protéger le corps contre les abaissements ou lesélèvements de température, quelquefois très-considérables dans certains climats et certaines saisons, à l'empêcher d'absorber par sa surface extérieure une trop grande quantité de calorique, ou au contraire à en émettre rapidement une forte proportion. Les matières vestimentaires jouent donc le rôle d'un écran placé entre le corps et l'extérieur, écran dont la puissance variera suivant ses propriétés émissives ou absorbantes^ et aussi suivant sa texture.
Pour arriver à déterminer le pouvoir mm^//" et le pouvoir absorbant des principales matières vestimentaires, le professeur de chimie du Val-de-Grâce, Coulier, a entrepris une série d'expériences qui présentent le plus haut intérêt (1). Il prend un récipient de laiton, mince, cylindrique, de 500 centimètres cubes, le remplit d'eau à une température n, supérieure à -|- 50°, et le suspend au moyen de cordons de soie dans un air tranquille; un thermomètre très-sensible, fixé au bouchon qui ferme l'appareil et plongeant dans le liquide, lui permet de constater les moindres variations de température. L'appareil étant laissé à lui-même, on note exactement le nombre de minutes et de secondes nécessaires pour obtenir une diminution de 5° ; on a soin du reste de ne commencer l'expérience qu'à partir d'un point, fixe, -j- ZiO° par exemple. Appliquant ensuite sur le vase des chemises faites des différentes matières en expérience, on note également avec précision le temps nécessaire pour amener, avec chacune d'elles, la chute thermométrique de -{- 40" à -f 35°.
Résultat de l'expérience relative au pouvoir émissif des matières vestimentaires militaires (Goulier).
Dmvo du refroidisseiiKiut fie
-j-40° ù -f-SB".
Récipient en laiton non recouvert 18' 12"
( A. Toile de coton pour chemises 11' 39"
Même ( b. Toile de coton pour doublures .... 11' 15"
récipient 1 C. Toile de chanvre pour doublures . . 11' 25"
recouvert \ D. Drap bleu foncé 14' 45"
avec ' E. Drap garance 14' 50"
\ F. Drap bleu gris pour capotes 15' 5"
(1) Coulier, Expériences sur les étoffes qui servent à confectionner les vêtements militaires. (Journàl de la physiologie de Thomme et des animaux, t. I, 1858: p. 122.)