CHAPITRE XIII
EAU DE BOISSON
Origine et répartition de l'eau „ Son collectionnement. Citernes, puits, captage, prise directe, barrage. Adduction et distribution de l’eau. Allocation d’eau dans l’armée. Sa distribution dans les locaux militaires.
Caractères d'une eau potable : Qualités physiques, chimiques, biologiques. Altérations et souillures. Expertise de l’eau de boisson. Enquête locale et surveillance, des sources.
I. Origine et répartition de l’eau. — L’eau terrestre est formée par l’eau de pluie dont l’accumulation dans l’atmosphère est le résultat de la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique sous forme de nuage.
Cette eau, à l’origine, est très pure, mais après avoir traversé l’atmosphère, et en avoir balayé les poussières, après avoir imprégné la surface de la terre, elle se charge d’azote, de nitrates et de nitrites, d’impuretés de toutes sortes dont la quantité varie proportionnellement à la durée de son séjour sur le sol. Après sa précipitation, l’eau s’évapore, coule à la surface du sol, ou le pénètre.
La quantité évaporée varie avec la nature du terrain où elle s’est déversée : à la ville, l’évaporation est de 40 à 50 p. 100, à la campagne elle est de 80 p. 100 ; on explique cette différence par la présence des végétaux, des forêts surtout dont les éléments constituent une vaste surface par laquelle s’échappe une grande quantité d’eau.
L 'eau de ruissellement est en rapport avec la perméabilité du sol. Elle contient en dissolution une proportion de matières minérales qui lui donne une certaine supériorité sur l’eau de pluie au point de vue de la consommation. Malheureusement, elle entraîne tous les détritus de la surface, se contamine dans son passage en milieu habité, se charge des impuretés des égouts et des usines, et ne doit d’entrer en ligne de compte dans les projets d’approvisionnement des villes en eau potable, que par la facilité de son captage.
Enfin, une dernière partie des pluies imprègne le sol pour aller former les nappes souterraines.
On entend par nappe souterraine l’eau contenue dans un sol perméable situé au-dessus d’une surface imperméable.
Suivant la constitution géologique et stratigraphique d’une contrée, la profondeur et l’épaisseur de la nappe peuvent offrir de multiples variations qui ont leur importance hygiénique : aussi distinguet-on les nappes souterraines superficielles et les nappes souterraines profondes.
La nappe superficielle dite nappe des puits est la provision d’eau arrêtée par la première assise imperméable; celle-ci peut être coupée par des dénivellations de terrain qui permettent à l’eau de sourdre spontanément à la surface. Le toit de la couche imperméable est-il déclive, la nappe peu s’étendre fort loin; offre-t-il des diaclases, l’eau continue sa route en profondeur et filtre vers la nappe souterraine profonde.
Au point de vue de l’hygiène, la différence est grande entre ces deux nappes : la nappe superficielle, par le peu d’épaisseur ou la trop grande perméabilité de la calotte de terre sus-jacente, subira des variations dans sa nature et clans sa pureté et devra souvent être considérée comme suspecte.
Il n’en est pas de même pour les nappes profondes qui doivent leur pureté à l’épaisseur des terrains traversés à moins cependant qu’une diaclase ait permis sa souillure directe.
D’une façon générale, l’abondance des nappes souterraines dépend de l’état de la surface de réception des eaux de pluie, de l’aptitude plus ou moins grande du sol à évaporer : le débit dépend de la nature du sol, des saisons, du régime des pluies ; la qualité est subordonnée ! à la nature des terrains traversés.
A ce dernier point de vue, l’étude géologique a acquis surtout dans ces dernières années une importance considérable. Les travaux de M. Martel1 on contribué en effet pour une- grande part à montrer que certains terrains, ceux de la craie particulièrement n’épuraient pas l’eau qui les traversait et qu’au point de vue hygiénique il y avait un intérêt de premier ordre à s’enquérir de la nature du sol dans les régions choisies pour capter les eaux destinées à l’alimentation.
L’eau qui pénètre dans le sol rencontre en effet deux sortes de formations :
1. E. Martel, Veau, étude hydrologique. Traité d’ Hygiène de Brouardel et Mosny, et Congrès de Bruxelles, 1903. Les problèmes de l’eau potable, Presse méd., 6 avril 1907. Captage et protection hygiénique des eaux d’alimentation, Annales du Ministère de l'Agriculture, 1907, fasc. 35. — Creusement des vallées et érosions calcaires, Congrès de Lyon pour l’avancement des sciences, 1906.
EAU DE BOISSON
1° Les formations détritiques représentées par les éboulis, galets, moraines, scories et encore par les alluvions et la terre végétale, voient leur type le plus parfait réalisé par le sable. L’eau y descend sous la seule influence de la pesanteur enveloppant et isolant chacun des grains du terrain ; dans son parcours elle se fdtre réellement abandonnant ses impuretés et ses microbes. Un terrain ainsi constitué fournit sous une épaisseur de 2 à 6 mètres une eau extrêmement pure il constitue la nappe d'interstices.
2° Les formations fissurées représentées par les roches cristallines et sédimentaires, les grès et la craie. Les fissures y sont de deux sortes : les joints de stratification, parallèles au plan horizontal selon lequel le sédiment s’est déposé, et les diciclases qui recoupent les joints dans les plans divers soit obliques, soit perpendiculaires. Ici il n’y aurait pas de nappe à proprement parler pour Martel ; l’eau coule dans d’innombrables canaux s’anastomosant entre eux, baignant de tous côtés les polyèdres de toutes formes et de toutes dimensions; la craie en particulier ne serait pas un filtre , mais un crible. L. Janet1 conserve cependant à ces formations aquifères le nom de nappe, faisant remarquer, que souvent ces canaux sont si petits qu’ils peuvent être rapprochés des interstices des terrains perméables détritiques.
Aux formations fissurées appartiennent encore les cavernes et les abîmes, qui comme elles, fournissent une eau impure. Il s’agit en général de rivières ayant longtemps couru à l’air libre, qui s’engloutissent subitement et réapparaissent ensuite sous forme de sources, sans que leurs eaux aient subi une épuration suffisante. Cependant dans certains cas, on a remarqué une diminution des germes, sans doute due au passage de la rivière souterraine à travers des éboulis, semés çà et là sur son cours, par les effondrements intérieurs des cavernes, ou par les cailloux et détritus tombés dans les gouffres. Il peut en être de même des eaux des terrains crétacés.
C’est pourquoi les sources généralement peu abondantes, mais nombreuses, des terrains tertiaires des environs de Paris sont la plupart du temps de bonne qualité, à cause des nombreux horizons sableux et filtrants intercalés entre les strates fissurées et les horizons imperméables, limon argilo-sableux au-dessus des argiles meulières.
Quoi qu’il en soit, les terrains fissurés peuvent devenir une cause de dangers, surtout lorsque les points d’absorption existant à la surface du sol présentent des communications larges el directes avec l'eau souterraine, comme cela se voit pour les gouffres, mardelles. bétoirs, abîmes ou avens, etc. On comprend