‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 113 sur 252 · Revue d’Hygiène, avril 1910, p · texte numérisé non relu

Revue d’Hygiène, avril 1910, p

3. Ed. Bonjean, La stérilisation des eaux d’alimentation publique, Edilité technique, septembre, 1909, p. 351.

point d’absorption, l’eau mise au jour jaillira avec plus ou moins de force suivant la hauteur du forage; mais si celui-ci est pratiqué à un niveau sensiblement rapproché du niveau du point d’absorption, l’eau s’arrête audit niveau. C’est le cas du sous-sol de Paris qui en compte trois : sur l’argile plastique (forages de Saint-Denis), dans les sables verts sur l’argile du Gault (Grenelle, Passy).

II. Collectionnement de Peau. — Les eaux de source ou de résurgence sont recueillies à l’aide de puits ou de captage à une place quelconque de leur cycle tellurique, soit au gîte géologique, soit au point où elles émergent.

On collecte les eaux de pluie dans les citernes et les eaux de surface en les détournant de leur cours ou en les retenant au moyen de barrages.

A. Eaux de pluies. — La minéralisation des eaux de pluie est insuffisante : elles sont toujours pauvres en chaux et présentent en outre les inconvénients d’un mode forcément défecteux de collectionnement, qui les laisse exposées au contact de dalles de plomb, de zinc, de béton, dalles couvertes de poussières et de germes animés qui provoqueront la putréfaction durant la stase des eaux accumulées dans les citernes. Aussi les trouve-t-on souillées de matières organiques en quantité variable (de 0,10 à 0,50 milligr. par litre).

Pourtant, leur utilisation a été rendue nécessaire et pratique dans certaines contrées où la nature géologique des terrains ne pouvait permettre un approvisionnement en eaux de source. Il en est de même dans certains de nos forts où les citernes sont en ciment armé et comprennent un avant-bassin où se déverse l’eau, et un filtre intermédiaire à deux couches filtrantes qu’elle doit franchir avant d’arriver à un second bassin où on la recueille. Le filtre malheureusement s’encrasse rapidement. Des dispositions récentes ont été prises pour recueillir ces eaux dans des récipients non munis de filtres. C’est ainsi qu’on a cherché d’abord à obtenir des revêtements aseptiques, en ciment volcanique, sur lesquels l’eau tombante serait épurée par le goudron qui couvre leur surface. Ces revêtements n’ont donné aucun résultat favorable.

Dispositif plus pratique, on s’est arrangé de manière à faire écouler la première eau ayant passé sur les surfaces souillées en dehors de la citerne, pour ne recueillir dans celle-ci que de l’eau pure.

On a encore utilisé au Fort de Vitry-les-Reims un filtre à cuvette d’argile l.

1. Houdaille , Alimentation en eau des ouvrages de fortification, Revue du Génie, écembre, 1889, p. 435.

EAU DE BOISSON

B. Eaux de rivières. — Prise directe. — On peut faire des prises directes dans les cours d’eau au moyen d’une canalisation spéciale. Le point de collectionnement dans ce cas doit être fait en amont des centres urbains, et une enquête sur les causes de souillure, pouvant exister en amont de la prise projetée doit être poursuivie avec soin surtout si l’eau ainsi collectionnée doit être consommée sans épuration préalable. Il y aura à tenir compte de la distance à laquelle se trouvent ces causes de souillures, agglomération humaine, usines, lavoirs, dépôts d’immondices, etc.

Barrage. — Dans les pays où l’eau manque à certaines périodes de l’année, comme en Algérie par exemple, on construit des barrages destinés à arrêter le cours de l’eau pendant la saison propice, de façon à collectionner la plus grande quantité d’eau possible. Le barrage du Sig, dans la province d’Oran, a transformé complètement le pays en y amenant l’abondance des récoltes et en permettant de créer des centres urbains florissants dans un pays autrefois complètement abandonné. On crée ainsi de véritables lacs artificiels. Un semblable projet a été dressé pour la ville de Toulon.

Galeries parallèles au cours d'eau. — Ce mode de collectionnement consiste à creuser le long des rives fluviales, des galeries à 3 mètres au-dessous de l’étiage du fleuve. Ces galeries sont construites en béton et l’eau y accède par l’intermédiaire d’une série de puits creusés en amont d’elles; l'eau se collecte ensuite dans des réservoirs dits bassins de filtration. Le résultat parut d’abord satisfaisant, mais Belgrand vint, par l’élude comparative de la composition chimique de l’eau du fleuve et du bassin de filtration, par la recherche de la valeur hydrotimétrique propre de chacune d’elles et par la constatation d’une différence de température notable entre les deux couches aqueuses, démontrer que l’eau de ces galeries provient, pour une plus grande part, plutôt de la nappe souterraine superficielle que de la nappe fluviale.

Cette opinion a été revisée par d’autres recherches, et il a été admis que pour certaines villes, les galeries filtrantes reçoivent bien leur eau du fleuve.

Il peut arriver que ces galeries latérales reçoivent alternativement leur eau de la nappe avoisinante et du fleuve. Telle galerie qui en temps ordinaire reçoit de l’eau de la nappe peut, à la suite d’une exagération du débit, qui abaisse fortement son niveau au-dessous de celui du fleuve, voir le complément de son approvisionnement fourni par les eaux de ce dernier, de sorte qu’à un moment donné la galerie contient un mélange des deux. On comprend facilement le danger d’un tel régime, à moins que les deux eaux arrivent dans la

galerie assez épurées par leur passage à travers un terrain suffisamment épais et présentant une constitution favorable à l’épuration.

Puits Le fort. — - Ce système fut créé à Nantes en 1891 et porte le nom de système Lefort : il consiste en la construction d’un puits maçonné au milieu du fleuve. Nous verrons tout à l’heure les dispositifs adoptés pour filtrer l’eau qui se rend dans le puits.

C. Eaux souterraines. — Ces eaux sont collectionnées soit à l’aide de puits, soit à l’aide de drainages à ciel ouvert ou fermé. On utilise ainsi soit la nappe juxta-superficielle, c’est-à-dire la première qui se présente, soit des nappes plus ou moins profondes.

Fig. 22. — Coupe d’un puits dont le fond étanche laisse passer un tube T amenant l’eau

de la nappe souterraine.

Les puits creusés dans la nappe superficielle sont le mode de collectionnement le plus commun. C’était même il y a cinquante ans à peu près la seule ressource en eau de boisson des villes et de la campagne. Ils demeurent encore un mode d’approvisionnement très répandu et la plupart du temps antihygiénique. Cependant, en prenant certaines précautions, on peut conserver aux eaux qu’ils fournissent une certaine pureté.

Pour être utilisables sans danger, les puits doivent être cimentés sur toute leur hauteur, et comprendre à leur origine un tube d’acjer amenant directement dans le cylindre cimenté l’eau de la nappe. Si celle-ci est suffisamment éloignée des causes de souillures, si elle siège dans un terrain à filtration interstitielle et sous une épaisseur de 1 m. 50 à 2 mètres l’eau fournie peut être d’excellente qualité. Mais combien peu répondent à ces desiderata, surtout à la campagne!

On réalise plus simplement ces conditions en employant les puits

EAU DE BOISSON

tubés dits « puits Norton » ou « puits Abyssins ». Ils consistent à forer le sol avec des tubes d’acier d’un diamètre de 20 à 40 centimètres, vissés les uns sur les autres, dont le premier terminé en pointe perforée de trous est enfoncé jusqu’à la nappe souterraine. Cet outillage fait

Couche imperméable

Fig. 23. — Exemple d’un mauvais puits (Proust et Netter).

Couche imperméable

Fig. 24. — Exemple d’un bon puits (Proust et Netter).

partie des approvisionnements de campagne, en Autriche, en Allemagne et en Angleterre.

C’est au même système qu’on recourt pour creuser les puits artésiens. Ceux-ci sont en général excessivement profonds : celui de

Fig. 25. — Captage d’une source d’affleurement.

Parcours principal des eaux souterraines

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Fig. 26. — Captage d’une source de thalweg.

Grenelle a 548 mètres, Passy 580 mètres, La Chappelle 718 mètres, Raffinerie Say 600 mètres.

Le captage des sources se fait différemment suivant la façon dont elles émergent : ce sont tantôt des galeries creusées en contre-bas au flanc des coteaux, tantôt des drains ouverts ou fermés, tantôt un système de tubes aboutissant à une chambre de captage; par ce der-

nier procédé, le meilleur, une série de tubes plonge directement dans le grillon de la source, en pleine cuvette imperméable et, de là, conduisent l’eau à la chambre de captage où commence l’adduction.

Ce système demande une connaissance hydro-géologique parfaite du terrain, de ses plis, de ses cassures, des affleurements de la nappe, des obstacles qui la dévient, etc.

D’une façon générale, il faut partir de ce principe que le bassin alimentaire de la source, son point d’émergence et ses affluents, sont comparables à ceux des cours d’eau superficiels de la région et empruntent un parcours souterrain superposable. Souvent, à vouloir remonter vers le point principal de confluence, on abandonne les travaux de sondage et les galeries de recherches qui étaient les mieux appropriées, pour se perdre dans un affluent secondaire.

Aussi, le captage des sources est-il souvent fait à leur point d’émergence apparente, loin de leur affleurement vrai, à un endroit où elles ont déjà pu recevoir les impuretés du sol.

III. Adduction et distribution de l’eau. — Les eaux étant captées il faut les conduire au réservoir et de là les distribuer aux habitants de la ville : c’est ce qu’on entend par adduction des eaux.

L’adduction se fait en conduites libres et en conduites forcées.

L’adduction des eaux en conduites libres utilise les avantages d’un point de captage plus élevé que le point de distribution : elle se fait par gravité et nécessite une pente de 10 centimètres par kilomètre.

L’adduction par conduite forcée se fait au moyen de machines élévatoires. Les conduites d’adduction sont en fonte, en ciment, en acier, en bois, en grès fin, en poterie, en plomb, etc.

Les tuyaux de fonte sont inoxydables, mais cassants et facilement incrustés de carbonate de chaux et de sesquioxyde de fer : ce sont les plus employés, ainsi que les tubes d’acier et de grès pour les conduites principales; les conduites en bois ont été préconisées parles Américains, elles s’encrassent vite.

C’est l’emploi du plomb qui prédomine dans la construction des branchements domestiques, malgré l’avis défavorable donné par le Congrès de Bruxelles de 1887 : en fait, quand l’eau est chimiquement pure et assez riche en sels, il n’y a pas à craindre d’accidents de saturnisme. L’eau n’attaque le plomb que lorsqu’elle ne contient pour ainsi dire pas de sel. A. Gautier a fait voir qu’il suffisait d’un demi-milligramme de sel par litre d’eau pour éviter cette action.

Le long de cès conduites, on ménage des robinets d’arrêt, des robinets de décharge, des cloches à air et des réservoirs intermédiaires pour parer aux trop fortes pressions.

EAU DE BOISSON

Les eaux des conduites d’adduction doivent avant leur distribution être emmagasinées dans d’immenses réservoirs.

Au point de vue de l’hygiène, c’est une mauvaise mesure, mais on ne peut s’y soustraire. La capacité des réservoirs ne devrait dépasser que fort peu le cube d’eau nécessaire à l’alimentation d’une ville pendant vingt-quatre heures : ils doivent être naturellement à l’abri des eaux superficielles, isolés, aérés, faciles à nettoyer, situés assez haut pour rendre la distribution aisée, coupés de murs de refend pour assurer le mouvement de l’eau et protégés contre la chaleur par des remblais épais recouverts de gazon.

Quelle est la quantité d’eau nécessaire par habitant et par jour? Foucher de Careil disait : Il faut qu’il y ait trop d’eau pour qu’on en ait assez. Certaines municipalités ont réalisé cet aphorisme, et nous voyons que Rome distribue par jour à chacun de ses habitants 1100 litres.

Marseille 420 litres.

New-York 300 —

Paris1 257 —

Dans d’autres villes, la proportion est plus faible :

Berlin 113 litres.

Munich 150 —

Lyon « 150 —

Saint-Pétersbourg 100 —

Madrid 13 —

On admet que pour une ville de 50 000 habitants, il suffit de 250 litres : 50 destinés aux eaux de boisson, 200 au lavage, à l’industrie et aux animaux. Dans les plus populeuses, 150 litres suffiront.

Dans l’armée les quantités d’eau allouées ont été arrêtées aux proportions suivantes par l’instruction ministérielle sur le service de subsistances en temps de paix en date du 18 octobre 1909 qui reproduit pour l’eau les allocations de l’instruction du 14 juin 1900 2.

1. 97 litres d’eau de source et 160 litres d’eau de rivière (1905, A. Rendu, Rapport sur le service des eaux).

2. Les quantités d’eau allouées dans les casernes allemandes sont de 50 litres par homme et par jour; en Autriche, 40 litres; en Angleterre, 68 litres. Kirchner, Lehrbuch der Militâr-Gesundheitspflege. Leipzig, Hirtzel, 1910.

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