Archives de médecine militaire
est dite dure lorsqu’elle contient une quantité de bicarbonate de chaux supérieure à 0,1b à 0,20 par litre et séléniteuse lorsque le sulfate de chaux excède 0,008. Dans ces conditions la nature de ces eaux se reconnaît facilement, car elles dissolvent mal le savon et ne cuisent pas les légumes. Elles sont dç plus, indigestes, lourdes à l’estomac. Ce dernier défaut est aussi celui des eaux pauvres en oxygène, pauvres en acide carbonique et ne contenant que peu de sels. L’eau a perdu alors cette sapidité spéciale bien appréciée et appréciable pour les buveurs d’eau.
Les eaux pures à leur origine météorique ne tardent pas à se charger de substances mortes ou vivantes, de sorte que météoriques ou telluriques, toutes les eaux qui tombent à la surface de la terre sont souillées.
Les analyses faites sur les premières recueillies dans le parc Montsouris 1 montrent combien parfois cette souillure est considérable, puisqu’on a pu y déceler la présence d’azote ammoniacal à la dose de 11 à 4b milligrammes par litre et que le taux de la matière organique a été trouvé variant de 4 à b8 milligrammes par litre. Ces eaux étaient, il est vrai, constituées le plus souvent par du givre, de la neige, de la gelée, du brouillard.
Veau de pluie présente une moyenne de 1,6 à 3, b par litre d’azote ammoniacal et de 0,9 à 2,6 de matière organique. Miquel a montré qu’elle contenait une moyenne de 4 bactéries par centimètre cube. Le contact avec le sol aggrave encore cette souillure.
Les eaux de ruissellement déversent dans tous les cours d’eau, dans les lacs, dans l’eau des nappes superficielles, une quantité plus ou moins grande de détritus en rapport avec la nature du terrain. A ces causes de souillures naturelles et constantes, viennent s’en ajouter un certain nombre d’accidentelles. La chaleur, le froid, la pluie, les divers modes d’aménagement du sol, ont à ce point de vue une grande influence.
La. chaleur , en activant l’évaporation de l’eau augmente par là même la densité des souillures qu’elle contient; elle favorise le développement des germes animés qui y vivent, et à ne considérer que ce seul facteur, on voit quelle supériorité conservent les eaux de source sur les eaux de rivière , dans l’approvisionnement des collectivités en eau de boisson, tant qu’on n’aura pas trouvé le moyen d’abaisser la température de ces dernières. La chaleur, en abaissant le niveau des rivières met à nu leurs berges et donne ainsi naissance à des phénomènes de putréfaction, qui ultérieurement peuvent
1. Albert-Lévy, Annales de l'Observatoire de Montsouris, 1905, p. 5.
EAU DE BOISSON
entraîner la pollution de l’eau sous l’influence de pluies abondantes. Enfin, l'eau souterraine elle-même peut subir les inconvénients d’une élévation trop prolongée de la température, pour peu qu’elle ne soit pas située à une profondeur suffisante. Dans ces conditions, en effet, elle subit un certain degré d’évaporation, d’autre part, le filtre tellurique trop mince qu’elle a traversé n’a pas permis une épuration complète, et dans ces conditions, le nombre de ses impuretés peut augmenter. En même temps, le sol se fendille, surtout s’il est composé d’humus, ses pores se dessèchent et la moindre souillure de la surface peut à la suite de pluies abondantes aller la contaminer. De plus, l’abaissement de la première nappe souterraine qui est en général celle des puits, diminue la quantité d’eau qu’ils contiennent. Le puisage expose alors à recueillir les souillures du fond. C’est à cet abaissement de la nappe se produisant brusquement à la suite d’une période de sécheresse succédant à des pluies abondantes, que Pettenkofer attribuait la production des phénomènes fermentatifs et le développement des germes du choléra et de la fièvre typhoïde, qui, grâce aux échanges constants entre l’air tellurique et l’atmosphère extérieure parvenaient à souiller celui-ci. La condensation des germes dans une eau préalablement souillée, ou l’inondation de terrains infectés faisant passer les micro-organismes dans l’eau des puits, expliquent aussi bien, soit les faits relevés par Pettenkofer, soit les faits qui ont été opposés à sa théorie, dans laquelle les épidémies cholériques et thyphoïdiques, coïncidaient au contraire avec une élévation de la nappe souterraine. Quoi qu’il en soit, le rôle joué par la chaleur dans la souillure de l’eau est considérable et il est utile d’en retenir tous les modes d’action pour élucider bien des problèmes épidémiologiques qui ont l’usage d’çau impure pour base.
Le rôle du froid dans la modification des eaux est à peu près comparable à celui de la chaleur. Comme elle, il les condense, met à nu le bord des canaux, cause des fissures multiples, mais ce n’est pas un facteur aussi favorable à la putréfaction des matières organiques et au développement des germes.
Les pluies en lavant l’air et le sol, tendent à mêler les eaux de surface aux eaux profondes et constituent par ce fait même une cause fréquente de souillure.
L' aménagement du sol , les modes de culture, la quantité des engrais employés, l’épandage sur le sol du contenu des fosses d’aisance pratiqué sans étude préalable, sans précaution, comme cela se fait aux environs d’un grand nombre de centres urbains importants; les fosses fixes, les dépôts de fumier ou d’immondices,
les puisards, les mardelles, les bétoirs, en un mot, tous les modes de contamination du sol, peuvent avoir les conséquences les plus graves pour la pureté des eaux de consommation. A ce point de vue, la constitution du sol lui-même joue le rôle le plus important par l’épaisseur de sa couche filtrante et par sa puissance de filtration.
On comprend donc que les sources soient constamment exposées aux souillures des habitants de la surface : hommes ou animaux, et qu’elles soient différemment nocives suivant l’hygiène et l’état de santé de ceux-ci.
La qualité d’une eau est subordonnée pour une grande part à la proportion des matières organiques qu’elle renferme et aux produits azotés auxquels elle donne naissance : ammoniaque, nitrites, nitrates, puis à des corps minéraux tels que chaux, phosphates, chlorures.
Duclaux a montré que l’eau la plus pure contient assez de matière organique pour entretenir des millions de germes. On conçoit donc quel intérêt s’attache à sa présence dans une eau destinée à l’alimentation. La recherche de ses dérivés ne semble pas moins nécessaire, bien qu’il faille attacher une valeur différente à chacun d’entre eux.
Les variations du taux des nitrites auront, d’après Schlœsing une certaine importance. Une eau ayant un titre à peu près constant de nitrites, serait une eau à l’abri de toute souillure accidentelle, ce serait une eau de source véritable. Il n’en serait pas de même des eaux à titre variable. C’est ainsi qu’à Paris :
L’eau de la Vanne offre un titre constant mensuel de 10,05 à 11 mm.
— la Dhuys — — 11,5 à 11,8
— l’Avre — — 6,6 à 12,7
Or, on sait en effet que cette dernière subit les influences des pluies d’une façon plus marquée que les deux premières. Mais on a pu constater cependant à maintes reprises que la Vanne et la Dhuys ne se trouvent pas à l’abri des souillures apportées par les eaux de surface ; mieux protégées, plus sûres, leur captation n’est pas assez bien faite pour comporter une sécurité absolue.
La présence de l’azote albuminoïde est un indice certain de souillure, tandis que les nitrates, indice d’une souillure ancienne ne peut faire exclure l’eau de la consommation.
Les autres éléments organiques sont le produit du déversement direct dans l’eau de détritus ou de produits d’excrétion tels que les chlorures, les phosphates, la chaux, indice de contamination par les urines, les fumiers, les fosses d’aisance.
EAU DE BOISSON
La richesse bactérienne vient enfin compléter l’ensemble des caractères des eaux suspectes ou de mauvaise qualité en nous montrant non seulement les souillures banales, mais encore en nous permettant de déceler la présence de germes spécifiques, tels que ceux de la fièvre typhoïde, du choléra et de la dysenterie.
Mais à part ces derniers éléments tous les autres peuvent être rencontrés dans une eau de bonne qualité, il a donc été nécessaire de fixer au moins approximativement le taux de ces substances compatible avec la potabilité de l’eau.
Tableau indiquant les variations de composition de l'eau. (En milligr. par litre.)
Eau très pure.
Eau potable.
Eau suspecte.
Eau mauvaise.
Degré h y droti métri-
que total permanent.
Aprèsune demi-heure
plus de 30°
plus de 100°
d’ébullition
Résidu salin à 110°
— de 20°
moins de 150mg
moins de 400
de 4 à 700
— de 700
Chlorures en NaCl. . .
— de 27ms
— de 66
de 85 à 165
— de 165
Chlorures en chlore.
Sulfates en sulfate
— de 15ras
— de 40
de 50 à 100
— de 100
anhydre de chaux. .
Matières organiques en oxygène emprunté au permanganate
de 3 à 8mg
plus de 50
— de 85
en milieu alcalin. . .
moins de lmg
moins de 2
de 3 à 4
— de 4
Nitrates
de 0 à 15
de 15 à 30
— de 30
Nitrites
Ammoniaque albumi-
traces
quantité
appréciable
noïde
moins de 0mg,0o
de 0,05 à 0,010
de 0,11 à 0,15
plus de 0,15
Bactéries
10 000 et audessus
Coli
1 à 10 par litre
10 à 50 par litre
au-dessus de 50 par litre
Au point de vue bactériologique, la nature des espèces trouvées a plus d’importance que leur numération. On peut déterminer parmi celles-ci deux groupes :
Le premier contient les bactéries se rencontrant en général dans les eaux potables. Ce sont les bacilles subtilis, aquatilis, sulcatus, aureus, aurantiacus, aeropliilus, etc. Microcoques agilis, aquatilis, aureus, aurantiacus, luteus, luteolus, agilis, citreus, cremoïde, candidus, candicans, roseus, l’uscus, brunneus.
Sarcines blanches, jaunes, oranges, lutea, rosea.
Levures oranges, blanches.
Le second comprend des micro -organismes rencontrés le plus souvent dans les eaux de mauvaise qualité. Ce sont : les espèces
putrides : bacilles proteus, termo, fluorescens liquefaciens , etc.; microcoques ureæ, prodigiosus, versicolor, etc. ; streptocoques et staphylocoques. Puis les espèces fécales : bacilles coli, éberth, paracoli, paratyphique, entérocoque, dysentérique, cholérique.
Il est du plus haut intérêt pour l’hygiéniste de connaître le résultat des analyses chimiques et bactériologiques.
Mais ces investigations ne doivent pas se borner là et comme l’a fait remarquer si judicieusement Duclaux, on devra toujours se livrer à une enquête locale concernant l’origine de l’eau, le milieu dans lequel elle se trouve, son mode de captation, de distribution; c’est souvent les renseignements tirés de cette enquête qui sont les plus précieux. Parfois même en campagne, en manœuvre, en marche, ce seront les seuls à la portée du médecin, les seuls qui lui permettront de donner des renseignements utiles au commandement pour ses approvisionnements d’eau.
VI. Expertise des eaux et enquête locale. — A. Analyse chimique sommaire. — Un grand nombre de méthodes ont été préconisées pour se rendre compte des qualités et des souillures des eaux.
La recherche de leurs caractères physiques et chimiques, regardée longtemps comme suffisante a été pour ainsi dire rejetée au second plan par la numération globale des espèces bactériennes qu’elles contiennent, puis par l’isolement du b. coli.
Les travaux de Duclaux ont contribué à rendre toute sa valeur à l’analyse chimique.
Il a fait voir à maintes reprises combien le dosage des chlorures, de la chaux, de la matière organique totale par exemple, fournissait des données plus rapides et plus précises sur l’origine de certaines contaminations, que la numération des espèces microbiennes. M. Ed. Bonjean1 pense aussi que « les données fournies par l’analyse chimique des eaux reposent sur des bases plus solides que celles de l’examen bactériologique ».
Il suffit d’ailleurs de parcourir les analyses faites parle Laboratoire du Conseil supérieur d’hygiène publique de France, pour constater que le jugement porté sur la potabilité d’une eau repose bien plus sur les résultats de l’analyse chimique que sur les résultats de l’analyse bactériologique, et que cette dernière ne vaut surtout que par la spécification des espèces trouvées, la mention mauvaise ou médiocre coïncidant toujours avec la présence du coli ou de certaines espèces bien déterminées, principalement celles dites putrides.
1. Ed. Bonjean, Interprétation des résultats de l’analyse chimique des eaux, Technique sanitaire, octobre-novembre, 1906.
EAU DE BOISSON
Ayant surtout en vue ici de mettre à la disposition du médecin un moyen rapide de se rendre compte de la souillure d’une eau, en marche, en manœuvre, en campagne, nous ne décrirons qu’un procédé chimique, simple, capable de donner un renseignement sur la contenance en matière organique, en ammoniaque, en nitrites et en chlorures en rapport avec le degré hydrotimétrique.
Un mémoire récent du pharmacien-major Kopp 1 nous fait voir quelle importance le service de santé de l’armée allemande attache à ces analyses qui font l’objet d’une notice spéciale du règlement sur le service de santé en campagne 2. Ce sont les pharmaciens de réserve attachés aux formations sanitaires de l’avant qui sont chargés de pratiquer ces opérations grâce à l’emploi d’un matériel sommaire facilement mobilisable.
L’armée japonaise pendant la campagne de Mandchourie avait organisé ce service d’une façon remarquable.
La méthode anglaise de Tresch a été introduite en France par le médecin-major Pignet.
Pignet et Hue utilisent pour la recherche des souillures de l’eau des réactifs sous forme de comprimés. La facilité de leur transport fait du procédé une méthode de choix pour les troupes en campagne. On peut ainsi se rendre compte rapidement de la qualité d’une eau de boisson.
Malheureusement certains produits s’altèrent rapidement sous cette forme, et il semble plus sûr de s’adresser à des réactifs conservés en ampoule.
MM. les pharmaciens-majors Gaillard et Bréteau, après de nombreux essais ont adopté une méthode d’analyse pouvant être exécutée à l’aide d’un matériel très simple, et capable de permettre un classement de l’eau analysée au point de vue de sa potabilité. Nous ne saurions mieux faire que de la reproduire ici.
Le matériel comprend : un appareil distillatoire , petit alambic genre Salleron, 2 éprouvettes à pied, l’une bouchée à l’émeri graduée de 100 centimètres cubes, l’autre sans bouchon de 20 centimètres cubes, des ampoules diverses en verre jaune contenant les divers réactifs.
Les analyses comprendront le dosage de l’azote organique, azote ammoniacal, des nitrites, des chlorures, et la recherche du degré hydrotimétrique.
1° Appréciation de l'azote ammoniacal. — Dans le ballon d’un appareil distillatoire, introduire 200 centimètres cubes d’eau, y