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Vincent, Ann. de l'Institut Pasteur, vol. XIX, p

D’autres trouvent ce chiffre compatible avec la bonne qualité de l’eau. Elle ne deviendrait suspecte que lorsqu’il existe 1 000 coli par litre. En réalité, disent ces auteurs, la présence de cet organisme n’a une signification précise que si on le trouve en doses massives. Il faut encore tenir compte à notre avis du degré de 'permanence de ce microbe dans Veau , des variabilités de nombre d'un jour à l'autre. Un chiffre constant et peu élevé semble devoir être indifférent, tandis que des décharges massives après des pluies abondantes sont un mauvais indice.

En définitive nous nous rallions à l’opinion exprimée par Ed. Bonjean1 pour qui la présence du b. coli dans l’eau n’a véritablement d’importance que si les résultats de l’analyse chimique viennent en démontrer le danger, par la présence de produits azotés insuffisamment oxydés.

L’abondance du coli-bacille, le grand nombre et la nature de ses associés^ la présence de b. putrides surtout achèveront de nous renseigner à ce sujet, et imposeront une conclusion ferme d’interdiction. H. Vincent2 insiste sur la valeur de ces associations et principalement sur la présence des microbes anaérobies. Ces derniers n’existeraient pour ainsi dire pas dans les eaux de bonne qualité, tandis que l’ensemencement des eaux contaminées donne 5, 10, 20, 50... germes anaérobies par centimètre cube.

Toutes les fois qu’il s’agira de capter une nappe souterraine, les analyses bactériologiques et chimiques devront être faites en grand nombre, espacées sur plusieurs mois, et dans différentes conditions de saisons, de pluies, de sécheresse et de température. D’autre part, ces mêmes analyses doivent être pratiquées pour les eaux distribuées aux collectivités urbaines ou militaires. La circulaire du 11 décembre 1907 prescrit une analyse tous les quinze jours, et plus souvent toutes les fois qu’on a lieu de suspecter les eaux de boisson. Il ne faut pas oublier qu’une circulaire du 21 mars 1899, adressée par le ministre de l’Intérieur aux préfets, invite les municipalités à faire connaître à l’autorité militaire les changements apportés dans la distribution des eaux, afin de permettre de prendre des mesures de préservation.

L'enquête locale proprement dite consiste à s’entourer de renseignements concernant la santé des habitants qui habitent la région où est puisée l’eau.

1. Ed. Bonjean, Interprétation des résultats de l’examen bactériologique, notamment de la présence du b. coli dans les eaux, Technique sanitaire, octobre-novembre, 1906, p. 1.

2. H. Vincent, Du bacillus coli dans les eaux potables, Annales de l'Institut Pasteur, 1905, vol. XIX, p. 243.

EAU DE BOISSON

On comprend toute l’importance qu’acquiert dans ces conditions le règne de la fièvre typhoïde, de la dysenterie, du choléra, de toute affection en somme, dont l’étiologie peut être rattachée à l’usage d’une eau de boisson impure.

L’enquête devra également porter sur la nature des terrains avoisinant la source, ou le puits, ou le cours d’eau dont on veut consommer l’eau. Les dépôts d’immondices, les fosses fixes, les fumiers, les puisards, puis l’existence de mardelles, de bétoires devront faire soupçonner une souillure, surtout si la source est superficielle.

La proximité des prairies où paissent les troupeaux d’une façon constante, l’établissement d’usines le long des rivières, de villages y évacuant leurs matières usées, de grandes villes, imposent la non-potabilité de l’eau en aval, lorsque ces causes de souillure sont à proximité.

Les grands approvisionnements d’eau, pour les centres urbains comme pour nos camps, réclament à ce point de vue les enquêtes les plus minutieuses. Ainsi, pour Paris, par exemple, des zones de protection ont été établies à l’entour des sources qui approvisionnent la ville.

Le meilleur mode d’aménagement de ces zones consisterait1 à les laisser incultes et inhabitées. L’existence d’une forêt remplit ces conditions de salubrité. Malheureusement, ces circonstances sont exceptionnelles, aussi a-t-on pris des mesures de surveillance hygiénique et sanitaire sur toutes ces régions. On a établi pour ainsi dire la carte des pollutions, en recherchant l’existence des communications de la surface souillée avec l’eau profonde. On décèle l’existence de fissures souterraines au moyen de matières colorantes versées sur les terrains soupçonnés dans les mardelles ou sur les fumiers; si des infiltrations se produisent, on verra apparaître rapidement la coloration au point d’émergence de la source ou en un point quelconque de la nappe utilisée. On emploie pour cette recherche la fluorescéine dont un kilogramme suffit à colorer 2 000 000 mètres cubes d’eau.

Quand cette coloration est peu intense, elle peut échapper aux yeux de l’observateur, aussi a-t-on eu l’idée de parer à cet inconvénient, par l’emploi d’un instrument dû à Trillat et qui porte le nom de fluorescope; cet instrument est composé de deux grands cylindres horizontaux de 1 m. 20 sur 0 m. 02 de diamètre dont l’un est obturé avec un bouchon recouvert d’un vernis noir et contient l’eau incriminée et l’autre plein d’eau distillée sert de point de comparaison :

1. Lire à ce sujet : La surveillance médicale des sources, Launay-Bechmann, A. -J. Martin, Revue d'hygiène, 1900, p. 920-999, puis Annales de L’Institut Pasteur, 1889, p. 644, et Service de la surveillance locale et médicale des sources captées pour l'alimentation de la ville de Paris, Revue d’hygiène, 1902, p. 35.

la coloration verte apparaît plus aisément sur fond noir et ressort au voisinage du tube témoin. Le fluorescope de Trillat donne la visibilité de 1/2 000 000 000 soit un gramme de fluorescéine pour deux mille mètres cubes d’eau au lieu de 1/200 000 000, limite de la visibilité ordinaire. Diener cependant a mis en garde contre les résultats obtenus dans ces cas, d’autres corps que la fluorescéine pouvant donner ces minimes colorations. Par des examens successifs après le début de l’épreuve on peut encore apprécier la rapidité des infiltrations.

Miquel a préconisé un autre procédé qui consiste à verser sur le sol 10 à 20 kilogrammes de levure de bière et à rechercher après prélèvement d’une certaine quantité d’eau et ensemencement en culture appropriée si la levure a traversé la couche de terrain interposée. Miquel a pu retrouver ainsi la levure au robinet de son laboratoire vingt-deux heures après son déversement à la surface d’une région située à 150 kilomètres de distance. On comprend, dans ces conditions, avec quelle rapidité peut se produire l’infection des habitants d’une ville ou d’une caserne lorsque l’eau reçoit en un point de son parcours des selles et urines typhoïdiques.

Cette expérience démontre donc l’importance de l’enquête locale, de la surveillance des périmètres de protection, et par conséquent toute la valeur de la déclaration obligatoire, et des mesures de désinfection qu’elle entraîne. En n’obtempérant pas à la loi, le médecin actuellement, demain le chef de famille, le logeur ou le chef d’une collectivité, commettrait une action véritablement criminelle, puisqu’il serait la cause d’épidémies de fièvre typhoïde qui se chiffrent toujours par une mortalité plus ou moins grande.

L’enquête poursuivie sur tout le parcours d’une adduction d’eau, et principalement au niveau des sources, est, nous le répétons à dessein, la mesure de prophylaxie la plus urgente, pour les maladies contagieuses d’origine hydrique. C’est elle qui solutionnera la question dans les villes où Veau d' approvisionnement contient du h. coli à l'état permanent . En pareil cas, une surveillance étroite devra être organisée sur les villes , villages ou hameaux , sur les fermes isolées qui se trouvent aux alentours de la source ou de la prise d’eau qui alimente la ville. La constatation de la fièvre typihoïde dans une de ces zones sera pour les Directeurs du Service de santé des corps d'armée un indice précieux , qui leur permettra de prendre des mesures préventives en temps opportun.

En résumé :

Toutes les fois qu’il s’agira de doter une collectivité militaire d’un approvisionnement d’eau, l’autorité militaire devra exiger la production des pièces suivantes :

EAU DE BOISSON

1° Évaluation du nombre des éléments à approvisionner afin d’allouer les quantités suffisantes.

2° Ces quantités devront être fixées en se rapprochant le plus possible de celles de notre tableau II, surtout en ce qui concerne l’eau de boisson proprement dite et celle fournie aux lavabos. Cette dernière devra avoir les mêmes qualités que la première.

3° Résultat de l’enquête géologique.

4° Résultat de l’enquête topographique. Etat de santé habituelle des habitants au voisinage des captages. Étendue de la zone de protection.

5° Moyens d’adduction employés. État de la canalisation.

6° Suppression des réservoirs de casernes ; des compteurs devront être établis, afin de distribuer l’eau directement.

7° Etude d’un procédé de filtration à la caserne s’il est nécessaire après études prolongées sur la qualité de l’eau débitée.

8J Analyses bactériologiques.

9° Analyses chimiques.

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