Dastre, Acad, des Sciences, 22 février
4. Cambier, Action bactéricide des radiations ultra-violettes, Revue d'hygiène et de police sanitaire, 20 avril 1910.
ÉPURATION DE L'EAU DE BOISSON
composé d’un cylindre métallique dans l’axe duquel on a fixé une lampe en quartz (9 ampères, 118 volts), de Ilérœus, a pratiqué pendant un an un grand nombre d’expériences, soit sur l’eau de la canalisation parisienne telle quelle, soit sur cette eau additionnée de coli à la dose de 0 cc. 5 de culture en bouillon par litre d’eau; il a toujours obtenu une stérilisation complète. L’appareil débitait 400 litres à l’heure. Aussi peut-on adopter la conclusion suivante de J. Courmout1 : « Le pouvoir stérilisant des rayons ultra-violets émis par
Fig-. 46. — Stérilisateur à lumière ultra violette du Dr Th. Nogier (Coupe). — A, compartiment de l'eau brute ; B, compartiment do l'eau stérilisée ; D , diaphragme percé d'un orifice en son centre par lequel passe l’eau du compartiment À dans le compartiment B et la lampe LL' ; P, pôle positif; N, pôle négatif; E, robinet d'arrivée de l'eau brute; S, orifice de sortie de l’eau stérilisée.
une lampe en quartz à vapeur de mercure immergée dans l’eau est, vis-à-vis des microbes contenus dans cette eau, d’une intensité telle, que le problème de la stérilisation intégrale, rapide, de l 'eau claire , peut être considéré comme résolu ».
L’eau s’échauffe légèrement au contact de la lampe, mais cette élévation de température est excessivement minime si on opère sur de grandes quantités.
Les matières dissoutes dans l’eau : matières organiques, ammoniaque, nitrites et nitrates, ne sont pas modifiées. L’action chimique n’est donc pas parallèle à l’action bactéricide.
Celle-ci est-elle due à la production d’ozone ou d’eau oxygénée? Certains expérimentateurs ont mis en évidence la production de ces deux corps, mais dans des conditions telles qu’il est difficile d’admettre l’importance de leur rôle dans la stérilisation.
La question du mécanisme suivant lequel se produit la destruc-
1. J. Gourmont , Les rayons ultra-violets, Revue d'hygiène et de police sanitaire, 20 juin 1910.
Lemoine. — Traité d’hyg. milit. 22
tion des éléments microbiens reste donc encore non résolue. Quoi qu’il en soit, l'eau ainsi stérilisée ne semble avoir aucun inconvénient pour la santé. Les expériences de J. Courmont et Th. Nogier sont très explicites à ce sujet. Les irradiations ultra-violettes diminueraient notablement, d’après Dienert1, les substances fluorescentes d’origine organique contenues dans les eaux superficielles. Il y aurait là un procédé facile de surveillance et de contrôle des installations de stérilisation.
Les rayons ultra-violets paraissent donc constituer un procédé de
Fig. 47. — Stérilisateur à lumière ultra-violette du Dr Th. Nogier (vue extérieure). — A, axe de bascule de l’appareil; bb’, arrêts limitant le mouvement de bascule; BB’, extrémités du brûleur munies de leurs fils conducteurs ; C, cabochon en cristal taillé permettant de voir si la lampe est allumée; e, e’, e”, oreilles métalliques avec écrous pour le serrage des deux moitiés de l’enveloppe; R, robinet; T, tétine métallique servant à l’adduction de l’eau.
choix pour la stérilisation de l’eau de boisson. Déjà Th. Nogier2 a construit un appareil d’un maniement facile destiné aux approvisionnements domestiques ou aux petites collectivités. Il se compose de trois parties : la lampe, son enveloppe et un robinet automatique.
La lampe a 0,15 centimètres de longueur; c’est une lampe à vapeur de mercure dont la paroi est très perméable aux rayons ultra-violets. Elle fonctionne sur courant continu. La tension nécessaire aux bornes est de 30 à 35 volts, l’intensité de 5 à 7 ampères. L’enveloppe, en métal très léger, qui contient la lampe, comprend deux compartiments séparés par un diaphragme percé d’un orifice lais-
1. Dienert, De la recherche des substances fluorescentes dans le contrôle de la stérilisation des eaux, Académie des Sciences, 21 février 1910.
2. Th. Nogier, Les rayons ultra-violels et leur application à la stérilisation des liquides, Revue d'hygiène et de police sanitaire, 20 avril 1910, page 429.
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sant passer le tube de la lampe autour duquel est ménagé un espace de quelques millimètres. L’eau brute qui arrive dans un des compartiments est obligée de passer par l’orifice du diaphragme où elle se trouve disposée en couche mince autour du tube dégageant des irradiations ultra-violettes. Elle parvient ainsi dans le second compartiment complètement stérilisée et peut alors être débitée directement au consommateur par un robinet adapté à la partie inférieure de celui-ci.
Pour garantir la stérilisation, on a imaginé un robinet contrôleur automatique qui ne laisse écouler d’eau que si cette eau est stérilisée. Le principe est un robinet pointeau commandé par un électroaimant mis en circuit avec la lampe.
Quand la lampe s’allume l’électro agit, l’eau coule; lorsqu’elle vient à s’éteindre l’eau d’arrivée est immédiatement supprimée.
Ce robinet contrôleur automatique est une des parties la plus importante de l’appareil, car, s’il ne fonctionne pas pour une cause ou pour une autre, l’extinction de la lampe peut passer inaperçue. C’est là, il faut bien le dire, une des parties délicates du problème à résoudre.
De toutes façons la stérilisation de l’eau de boisson par les rayons ultra-violets est passée dans la pratique, mais elle exige une source électrique, c’est-à-dire que son application ne peut se faire que dans certaines conditions.
L’expérience seule pourra nous faire connaître, d’autre part, ce que valent les appareils au point de vue de la sécurité qu’ils comportent et des dépenses qu’ils entraînent.
On a aussi essayé de stériliser d’autres liquides, le vin, le lait, la bière... Ceux-ci doivent être exposés aux rayons sous une mince couche pour pouvoir être pénétrés par eux. Ce sont là encore problèmes d’avenir et aussi sans doute questions pleines d’avenir.
C. Procédés chimiques. — Le traitement des eaux suspectes par des corps chimiques capables de les purifier complètement apparaît pour les armées en campagne comme le procédé de choix, à une seule condition, cependant, c’est que ce produit n’altérera pas les qualités organoleptiques de l’eau et ne laissera après son passage ni odeur, ni goût spécial.
Un grand nombre de procédés ont été préconisés, surtout dans ces dernières années.
Les uns ont comme résultat d’agir sur l’eau comme on agit sur le vin par le procédé connu sous le nom de collage. D’autres agissent en oxydant directement et énergiquement les matières organiques. Un troisième groupe, enfin, opère la stérilisation en utilisant l’action bactéricide de certains corps.
1° Procédés agissant par précipitation. — Le procédé utilisé de
temps immémorial par les Chinois consiste à traiter l’eau par Y alun.
En brassant ce mélange pendant quelques minutes et en laissant reposer l’eau pendant vingt-quatre heures, on obtient une clarification suffisante par précipitation des matières organiques qu’elle contient. Babès a calculé qu’il fallait employer 0 gr. 15 à 0 gr. 30 par litre. Mais ce procédé est loin de stériliser l’eau. Malméjac1 après trois jours a 1 pu compter encore 600 germes au centimètre cube après un pareil traitement. Tous ceux qui dérivent du procédé de l’alunage (procédé Werner : alun 0,25 -f* carbonate de soude 0,10) sont passibles du même reproche. Il en est de même de ceux utilisant le perchlorure de fer (6 gouttes), uni à l’eau de chaux (3 centimètres cubes par litre; alun d’Upsal), ou à 3 centimètres cubes d’une solution saturée . de carbonate de soude (Manget).
2° Procédés agissant par oxydation (Oxygène. Permanganates. t Peroxyde de chlore. Chlorure de chaux). — Tous ces procédés ont Te gros avantage de détruire les matières organiques en même temps qu’ils ont une action bactéricide considérable.
Eau oxygénée. — L’eau oxygénée à 10 volumes (qui doit être exempte de sels de baryte) a été préconisée par Mellière2 : 5 centimètres cubes, soit une cuillerée à café d’eau oxygénée, suffisent pour stériliser un litre d’eau.
Emploi des permanganates. — Ces sels agissent par l’acide manganique (Mn*07), qui a la propriété de colorer l’eau en rose. Cet acide, très riche en oxygène, le cède facilement à la matière organique et forme avec ses bases des sels manganeux incolores. Lorsque les bases des matières organiques contenues dans une eau sont toutes combinées avec l’acide manganique, celui-ci devient libre et recolore l’eau en rose. On est donc averti ainsi de la fin de la réaction qui marque en même temps la fin de l’épuration. Qu’on emploie, pour dégager l’acide permanganique, le permanganate de potasse ou de chaux, le produit de l’oxydation de la matière organique est toujours du bioxyde de man-ganèse qui colore l’eau en brun ; d’autre part la potasse ou la chaux forment, avec l’acide carbonique libre de l’eau, des carbonates. Bioxydes et carbonates se déposent au fond du récipient ou s’arrêtent dans un filtre.
Lereboullet, en 1870, avait déjà utilisé une solution de ce corps pour purifier l’eau consommée par les troupes. Chicandard puis Mlle Schipiloff 3 * conseillèrent d’ajouter à l’eau à épurer une solution de