‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 131 sur 252 · Yaillard, Ann. d'hyg. et de méd. légale, vol. 48 et · texte numérisé non relu

Yaillard, Ann. d'hyg. et de méd. légale, vol. 48 et

Ce procédé a été utilisé en grand et a donné de bons résultats. L’eau ne conserve aucun goût, mais lorsque le soldat prépare l’eau dans un sac en toile celui-ci s’imprègne d’iode et communique pendant longtemps un mauvais goût à l’eau qu’il contient, bien que celle-ci n’ait subi aucun traitement. Il suffit d’être averti de cet inconvénient et d’utiliser les ustensiles métalliques, en usage dans les corps de troupe.

Le procédé à l’iodate de soude a été expérimenté au cours de la campagne de Casablanca.

Acides. — Christmas1 conseille de mêler chaque jour, en temps d’épidémie, 10 grammes d'acide citrique à chaque seau d’eau qui sert aux soins de la toilette, de la cuisine, pour laver les légumes, pour tous les soins du ménage, et même pour les boissons. La dépense est minime, le kilogramme d’acide coûte 4 à 5 francs, et la stérilisation serait très réelle.

L 'acide lactique ajouté à l’eau de boisson à la dose de 8 à 10 gouttes pour 200 grammes d’eau fait disparaître en cinq minutes le b. coli d’une eau souillée au taux de 50 et 100 par litre, c’està-dire par conséquent que, dans la pratique, une eau considérée comme bactériologiquement mauvaise peut être bue sans danger après addition de cet acide dans les proportions indiquées. J’ajoute qu’une expérience personnelle déjà longue me permet d’affirmer qu’une eau ainsi traitée ne présente aucun inconvénient pour l’estomac.

Bisulfate acide de soude. — Le bisulfate acide de soude a été utilisé en Angleterre et dans la guerre Sud-Africaine par Parkes et Rideal. Sa puissance antiseptique est due à son acide sulfurique. Le bisulfate acide de soude s’emploie à la dose de 1 gr. 20 à 2 grammes par litre (Parkes et Rideal), pendant cinq minutes. Lutrot2 emploie 4 comprimés de 0 gr. 30 par litre, ce qui ferait 1 gr. 20.

Les inconvénients sont l’acidité très marquée de l’eau, qu’il faut neutraliser par du bicarbonate de soude à raison de 3 grammes de bicarbonate par litre.

Il exerce peut-être une action fâcheuse sur le tube digestif.

Chlorure de chaux (0,02 par litre). — C’est le procédé préconisé par Traube, Basseng, Sikenberg, Lode, Schumburg.

Il donne une purification très suffisante, mais non pas une stérilisation; celle-ci serait cependant obtenue après trente minutes.

La quantité moyenne de chlorure de chaux est calculée d’après la

1. Christmas, De l’acide citrique comme moyen de stérilisation de l’eau pendant les épidémies de choléra, Méd. moderne, 1892, et Revue d'hygiène, 1892, p. 1014.

2. Lutrot, Approvisionnement d'eau en campagne , Th. Lyon, 1904.

ÉPURATION DE L’EAU DE BOISSON

teneur plus ou moins grande des eaux en matières organiques, de façon à ce qu’il y ait 8 milligrammes de chlore libre par litre (Lôde). Ces 8 milligrammes de chlore sont dégagés par 2 centigrammes d’hypochlorite de chaux.

Les inconvénients de ce procédé sont : l’excès de chlore, négligeable d’après Schücking, l’augmentation du degré hydrotimétrique et la lactescence de l’eau qui oblige à la filtrer, mais surtout l’eau conserve un goût de chlore qui la rend imbuvable.

Chaux. — Désinfection des puits. — La chaux n’est guère employée que dans la désinfection des puits.

Voici comment on procède : on éteint 10 kilogrammes de chaux vive dans 40 litres d’eau et l’on jette ce mélange dans le puits ; on a soin d’agiter avec une perche pour faciliter le mélange, on laisse s’écouler trois jours et on enlève toute l’eau du puits jusqu’à ce qu’elle ressorte claire.

Le quantité de chaux restante est inoffensive.

Il est bien entendu que la désinfection d’un puits ne peut donner de résultat satisfaisant que lorsqu’il a été souillé accidentellement par le versement direct de matières organiques. Lorsque la contamination relève de la souillure de la nappe, cette désinfection est inutile. Il faut dans ce cas rechercher la cause et la faire disparaître (désinfection ou obturation de fissures, puisards, bétoires, etc. enlèvement de fumier, isolement de fosses d’aisances, etc.)

L 'approvisionnement d'eau des troupes en marche, manœuvres et en campagne 1 est un des plus gros soucis du commandement et du service de santé, car tous deux ont à se préoccuper à la fois de la quantité et de la qualité de l’eau. Il est facile de se rendre compte, simplement en assistant à des manœuvres où sont groupées de fortes unités, de la complexité et de la gravité du problème. Il s’impose à l’attention d’une façon encore plus impérieuse pendant la guerre et surtout au cours de celles qui se poursuivent dans les pays chauds, où on est obligé de subordonner souvent les mouvements stratégiques au mode de ravitaillement en eau de boisson.

Une distinction fondamentale doit être faite entre les groupes militaires prenant part à des opérations actives : les uns se déplacent tous les jours, et les autres restent en stationnement. Ces derniers séjournent dans des camps, des forts, des cantonnements, dans des formations sanitaires. Là, on a le temps de procéder à des opérations d’épuration plus complètes qu’en marche ou en manœuvres.

1. Lapasset, Des procédés extemporanés de purification des eaux, Congrès de médecine, 1900, et Kouget, Alimentation en eau d’une armée en campagne, Hygiène générale et appliquée, septembre 1907.

La plupart du temps, d’ailleurs, surtout dans les guerres européennes, on aura recours aux ressources du pays, sources, puits, cours d’eau, lacs, étangs...; en leur absence on pourra forer des puits abyssins, en des points éloignés de tout cause de souillure. Le médecin inspecteur Trifaud, au cours de la campagne de Casabianca, a amélioré d’une façon très heureuse les puits du pays en établissant autour d’eux des zones de protection de 10 à 20 mètres sous forme d’enclos. Quand il s’agira de l’aménagement d’un cours d’eau, on aura soin de faire une répartition judicieuse des différentes régions qu’il parcourt, en puisant l’eau de boisson en amont des agglomérations humaines.

De toutes façons, il faudra s’assurer de la qualité de l’eau, d’abord par une rapide enquête sur l’état sanitaire des habitants du pays, et sur la présence plus ou moins éloignée des puits ou des cours d’eau, de dépôts d'immondices, de fosses fixes, de fumiers, de lavoirs, etc., et en même temps procéder à une analyse chimique rapide. L’analyse bactériologique permettra de compléter ultérieurement au bout de quarante-huit heures les renseignements déjà obtenus par les deux premiers procédés, qui suffisent en général pour permettre de juger de la potabilité de l’eau. L’expertise chimique peut se faire même au cours d’opérations actives de manœuvres.

Déjà un médecin fait partie du détachement qui, dans ces circonstances, va préparer le cantonnement. L’adjonction d’un pharmacien paraîtrait rationnelle.

Si l’eau est reconnue mauvaise on recourra à l’un des moyens d’épuration signalés plus haut : épuration chimique, filtration ou stérilisation par la chaleur (thé).

Le choix du procédé dépendra du degré d’urgence de la distribution de l’eau et du matériel mis à la disposition des troupes.

Dans beaucoup de circonstances, surtout dans les campagnes aux colonies, on devra opérer d’abord une clarification, qui parfois restera la seule opération réalisable. Cette clariûcation peut se faire au moyen de filtres improvisés comme ceux déjà décrits, à l’aide de sable, cailloux, etc. Mais heureusement, en station, l’épuration pourra être en général plus parfaite.

Les filtres Chamberland et Berkefeld ont été employés depuis trente ans dans différentes campagnes : au Dahomey, en Chine, dans le Sud-Algérien. Épurateurs parfaits, ils ont l’inconvénient de se colmater rapidement. De tous les essais pratiqués au laboratoire d’hygiène du Val-de-Grâce depuis dix ans, il résulte que ces appareils sont parfaits pendant quinze à vingt minutes, mais qu’au bout de ce temps le débit est tellement réduit que leur utilité est nulle, à moins

de démonter l’appareil et de nettoyer les bougies. A ce point de vue les appareils à une seule bougie de gros volume, comme le Berkefeld ou le Slack et Browlow, sont beaucoup plus pratiques. Morgenroth et Weigt ont loué l’efficacité du Berkefeld pendant la campagne de Chine, mais en avouant cependant les ennuis causés par l’encrassement des bougies. Or, le maniement de ces objets, à quelque système qu’ils appartiennent, est excessivement délicat, les hommes les cassent trop souvent, et le renouvellement des bougies devient trop onéreux.

Tous les médecins sont unanimes à leur sujet.

Il faut reconnaître cependant que le filtre est le mode d’ épuration le plus pratique , le plus facile à appliquer et le meilleur, car il ne touche pas aux qualités de l’eau. L’épuration chimique, d’ailleurs, ne peut se passer de son aide, soit avant, soit après traitement. C’est du côté du perfectionnement des filtres qu est l'avenir de V épuration de l’eau de boisson en général, et pour les troupes en campagne en particulier. Munir d’un filtre chaque petite unité est le but à atteindre. Ce filtre, possédant des qualités épuratives certaines, devra être robuste, suffisamment perméable et peu coûteux.

Quant aux stérilisateurs, ils n’ont pu servir aux troupes en marche à Madagascar. Ce que nous avons dit de la délicatesse de leurs organes suffit d’ailleurs à les faire rayer de la liste des appareils transportables à la suite des troupes au cours des opérations militaires. Ils doivent, avec les filtres actuels, être réservés pour les formations de barrière, avec les appareils distillatoires.

En marche et en manœuvre active, l’ébullition avec thé et l’épuration chimique sont actuellement les seuls moyens d’obtenir une sécurité suffisante. Il faut, en effet, que l’homme puisse boire de suite. Ou bien on aura largement pourvu les bidons des hommes d'infusion de thé, avec réserve d’infusion en arrière de la colonne, au train de combat par exemple, comme je l’ai vu faire plusieurs fois avec succès aux manœuvres, ou bien on utilisera l’eau qu’on a sous la main. Dans cet ordre d’idée, la première place revient certainement aux permanganates (filtres Lambert, Ily et Lapeyrère), puis à l’iode (procédé Vaillard), ou au brome (procédé de Schumburg), ou encore à l’acide lactique. Tous les autres procédés chimiques nous paraissent inférieurs à ces quatre derniers.

Page 1