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Circulaire du 8 novembre

CASERNES

de vue, d’ailleurs, qu’à cette époque toutes les maladies et surtout les affections épidémiques sont la conséquence du mauvais air. C’est dans le même but qu’on chercha, par le tyjie linéaire , à donner aux façades des casernes une meilleure exposition, en ne construisant qu’un seul bâtiment avec deux petites ailes en retour, auquel il était facile de donner une orientation convenable; tandis que, dans la disposition quadrangulaire, deux bâtiments seulement sur quatre étaient favorisés. Comme disposition intérieure, le type linéaire reste ce qu’il était auparavant, et on y voit subsister le couloir longitudinal, sur lequel donnent toutes les chambres, de sorte que celles-ci ne sont éclairées que d’un seul côté et ne peuvent s’aérer que par un couloir en général sombre, conditions peu propices à l’entretien et à la propreté des logements. Ce type est très commun en Allemagne, en Belgique, en Hollande, mais ici le couloir longitudinal desservant toutes les chambres est reporté latéralement.

A part Vauban, nul n’avait encore eu la pensée de modifier la répartition des hommes dans les locaux de la caserne; et les grandes chambres de 54 lits contenant de gros effectifs représentaient la disposition le plus communément adoptée. Certains couvents ou châteaux servant à loger les troupes contenaient bien de petites chambres, mais ce n’était là qu’une exception, et en tous cas, elle ne s’étendait pas, à cette époque, à l’ensemble du casernement.

A la suite de la guerre de 1870, les contingents appelés sous les drapeaux nécessitèrent la construction de nombreuses casernes, et c’est à partir de cette époque que nous voyons les ingénieurs et les médecins reprendre peu à peu les principes de Vauban et chercher, en fragmentant les bâtiments, à répartir dans chacun d’eux des unités d’un chiffre de plus en plus restreint.

Type 1874-1875. — Cette caserne comprend trois bâtiments, un central et deux latéraux, mais complètement séparés les uns des autres, et encadrant une vaste cour dont le quatrième côté est fermé par une grille et quelques bâtiments à simple rez-de-chaussée ou surmontés d’un étage, comprenant la salle des rapports, le corps de garde, les locaux disciplinaires, le local de la commission des ordinaires, etc.

Le bâtiment du fond a 80 mètres de long et les bâtiments latéraux 65 mètres. Tous trois ont une largeur de 15 m. 80.

Dans certaines casernes de ce type construites pour les régiments d’artillerie, le bâtiment du fond est affecté aux écuries. Celles-ci forment en outre des bâtiments parallèles aux bâtiments latéraux et situés à l’opposé de la cour centrale. Les locaux d’habitations comprennent chacun un rez-de-chaussée et deux étages, plus des combles

Lemoine. — Traité d’hyg. milit. 26

mansardés. Ils sont munis de 5 escaliers répartis uniformément et à distance égale les uns des autres sur toute la longueur. Le rez-dechaussée est réservé aux magasins, ateliers, lavabos, etc.

L’aménagement intérieur est représenté par une succession de chambres ouvertes directement sur chaque paroi extérieure et réparties de chaque côté d’un couloir central. Celui-ci est coupé de distance en distance par des chambres occupant toute la largeur du bâtiment. De là deux sortes de chambres : les unes, petites, d’une contenance de 12 lits, séparées par le couloir; les autres, grandes, comprenant 24 lits. Ces dernières sont largement aérées par des

Plan d'ensemble

fenêtres opposées, tandis que les premières, recevant le jour d’un seul côté, sont aérées d’autre part par un couloir en général obscur.

Ce type permet un certain, isolement grâce à la multiplication des escaliers qui forment la plupart du temps la limite d’une unité, compagnie, batterie, etc. Les locaux accessoires, cuisines, cantines, écuries, latrines, etc., sont situés en dehors des bâtiments principaux.

La caserne 1874-75 a réalisé un progrès hygiénique en supprimant les chambres d’une contenance trop grande et en plaçant en dehors des locaux d’habitation certains locaux accessoires. Mais la promiscuité des hommes persiste, et le couloir central obscur favorise la malpropreté et fait obstacle à une bonne ventilation.

La surface de 2 mètres carrés allouée à chaque homme ainsi que le cubage de 14 mètres sont insuffisants. De plus un ou deux bâtiments sont toujours mal orientés. Enfin la disposition des lavabos seulement au rez-de-chaussée, l’absence de latrines de nuit offrent

des inconvénients relevés d’ailleurs dans les casernements antérieurs et corrigés dans les projets de casernement moderne, comme nous le verrons plus loin.

L’infirmerie fait partie d’un des bâtiments latéraux et, bien que séparée complètement des logements voisins par un mur de refend, elle n’est pas suffisamment éloignée pour empêcher les mélanges constants entre les malades, les infirmiers et le reste de la troupe. Elle possède le plus souvent l’installation des bains-douches, ce qui rend toute mesure d’isolement illusoire. D’autre part l’infirmerie est trop petite et ne possède pas de chambres d’observation.

Type Tollet. — En 1880, Tollet1 et le médecin principal Ch. Sarazin préconisèrent un type de construction se rapprochant du block System anglais.

Profitant des conclusions de Douglas-Galton , rapporteur de la commission anglaise de 1857, Tollet proposa le type du casernement qui porte son nom.

Le block svstem comprend une série de petits bâtiments séparés les uns des autres, mais groupés cependant dans un endroit qui les contient tous. C’est en quelque sorte un hameau militaire.

Le type Tollet est surtout constitué par le mode cle construction ; en principe, la surface intérieure du casernement ne doit pas excéder la surface extérieure; pour cela on supprime les cloisonnements, les couloirs et les encoignures. La caserne présente une très grande surface de développement, 45 à 50 mètres carrés par tête; elle est divisée en pavillons sans étages d’une hauteur de 6 mètres et de 40 mètres de longueur ; chaque pavillon peut abriter 50 hommes, ce qui porte le nombre des pavillons à 15 ou 20 pour un régiment d’infanterie; l’aération est assurée par une fente longitudinale située au sommet d’une toiture ogivale. Cette disposition permet d'augmenter le cube d’air d’un cinquième, chaque homme dispose de 23 à 25 mètres cubes d’air. Les matériaux de construction, briques et fer, sont imperméables afin de faciliter le nettoyage et d’empêcher la ventilation interstitielle reconnue capable de favoriser l’introduction et la pullulation des germes à travers les pores des murs perméables, le sol est en mosaïque ou en ciment.

Les conditions générales de ces constructions sont énoncées par Tollet lui-même dans le texte suivant ;

1° Placer autant que possible les casernes en dehors et à proximité des villes.

2° Fractionner les masses casernées par unités d’effectif, et les

1 Tollet, Les logements collectifs, Casernes, 1880.

disséminer sur une surface qui ménage au moins 50 mètres superficiels par tête.

3° Supprimer les étages superposés.

4° Donner aux coupes des salles la figure qui fournira le maximum d’air clos avec le minimum de matériaux enveloppants et qui favorisera la ventilation.

5° Substituer le fer au bois dans la construction.

6° Supprimer tout corridor, cloisonnement et grenier, autrement dit, faire en sorte que les matériaux constituant les parois de la salle présentent au contact de l’atmosphère extérieure des surfaces autant que possible égales à celles qui seront en contact avec l’atmosphère intérieure.

7° Etablir, dans les parties les plus éloignées des lits et notamment dans toute la longueur du faîtage, des gaines de ventilation qui pourront rester ouvertes même la nuit.

8° Disposer le sol des logements de telle sorte qu’il soit imperméable, facile à laver à grande eau, inaccessible à l'humidité et aux rongeurs.

9° Arrondir tous les angles rentrants, supprimer toutes les charpentes saillantes et enduire les parois de substances imperméables.

10° Rendre la propreté des logements et des hommes obligatoire.

11° Mettre des lavabos à la portée du soldat.

12° Donner aux sous officiers des chambres individuelles convenables, avec accès et lavabos particuliers.

13° Séparer tous les services généraux et éloigner des dortoirs toutes émanations mauvaises.

Si l’on ajoute aux conditions qui précèdent les transformations des chambrées habituellement occupées jour et nuit en simples dortoirs, et par conséquent l’établissement de salles de jour, le nombre de lits limité dans une même chambre au nombre de 30 à 34, le cube de chambrée élevé au minimum au chiffre de 25 mètres par homme, on aura une idée suffisamment exacte du but poursuivi par Tollet.

Sur ces données furent construites les casernes d’artillerie de Bourges, en 1873. Elles comprennent une surface énorme, comme on peut s’en rendre compte par les quelques détails suivants :

Le premier quartier, qui est occupé par le 1er régiment dépourvu de batterie à cheval, couvre une surface de 101 500 mètres carrés.

Il loge savoir :

Hommes 1 416

Enfants 14

Chevaux 635

Total

2 065 individus.

CASERNES

Le deuxième quartier, qui est occupé par le 37e régiment avec batteries à cheval, couvre une surface de 105 000 mètres carrés.

Il loge savoir :

Hommes... 1437

Enfants 14

Chevaux 878

Total 2 329 individus.

Avenue du polygone

Fig. 61. — Caserne type Tollet (Bourges).

Le premier quartier offre à chacun de ses habitants, hommes ou

chevaux, une surtace de = 49

Le second une surface de

Ces chiffres, qui varient entre 45 et 50 mètres superficiels, sont intéressants à constater, si on les compare à ceux du type 1874. Celui-ci donne, pour un chiffre égal d'habitants, une surface de 37 mètres carrés.

L’entrée des hommes se fait dans un vestibule placé au milieu de la longueur du bâtiment et donnant accès à deux chambres, l’une de vingt-quatre, l’autre de trente-six lits disposés sur deux rangs, têtes aux murs.

La capacité du vaisseau réserve 18 mètres cubes d’air à chacun des 60 hommes ainsi logés.

Lorsqu’on mesure le développement des matériaux infectables dans une caserne du type 1874, on trouve une surface totale de 15 600 mètres superficiels, soit, avec 785 soldats habitant la caserne,

= mètres superficiels par homme.

Lorsqu’on fait la même opération dans un casernement équivalent de Tollet, on trouve : surface totale infectahle 1 300 mètres, soit, pour 780 soldats habitant 13 pavillons, 26 chambrées :

= 1 m. 66 superficiel par homme.

C'est là le trait le plus marqué 1 que l’on ait constaté dans les casernements de Bourges. Tollet y découvre une garantie contre les infections murales.

Nous voyons en somme que le type Tollet sacrifie tout à l’aération et au fractionnement. Acceptable pour les pays tempérés à température constante, il est inapplicable dans les pays froids et dans les pays chauds. Bien aérée, la caserne le fut trop, les briques creuses étaient insuffisantes pour maintenir un milieu thermique compatible avec un séjour hivernal; la brique et le fer, bons conducteurs de la chaleur, étaient de mauvais protecteurs contre le froid et le chaud et l’on dut songer à établir des doubles parois murales avec matelas d’air isolant, Il fallut encore supprimer la ventilation supérieure trop violente et nécessitant un système de chauffage dispendieux.

De plus, la grande surface de développement des bâtiments exigeait des achats de terrain considérables et rendait le commandement difficile, prolongeait le service, retardait les appels, les rassemblements, etc. On proposa de la restreindre dans les garnisons importantes et de construire des pavillons à étage : augmentation d’épaisseur des murs, suppression de la ventilation exagérée, élévation d’un étage, telles sont les modifications du type Tollet jugées nécessaires. Pénétrés de cette idée MM. Gruber et Yôlkner 2 étudièrent les moyens de modifier le type primitif et adoptèrent, dans leur

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