‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 151 sur 252 · TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

TYPHOÏDE

Ville de 0 à 5 000

— de 5 à 10 000

— de 10 à 15 000

— de 15 à 20 000

— de 20 à 50 000

— de 50 à 100 000

Au-dessus de 100 000

Ici, les chiffres de morbidité des fièvres éruptives et de la diphtérie sont, dans leur ensemble, absolument parallèles et démontrent un accroissement progressif de cette morbidité en rapport avec le nombre des habitants des villes, quel que soit le mode de construction des casernes. La contagion est ici favorisée par la multiplication des contacts.

La courbe de morbidité de la fièvre thyphoïde vient confirmer le rôle important du milieu urbain, mais à un autre point de vue. On voit, en effet, que la fréquence de la fièvre typhoïde se fait sentir surtout dans les petites et les grandes villes.

Les villes moyennes présentent, par contre, une morbidité relativement faible. La densité de la population urbaine n’a donc rien à

1. G. II. Lemoine et J. Simonin, Les rapports de la morbidité militaire avec l’habitation du soldat, Revue d'hygiène, juin 1906.

voir dans la propagation de cette affection, d’ailleurs peu contagieuse par contact interhumain. Il semble que l’explication doive être recherchée dans l’approvisionnement en eau de boisson de ces différentes catégories des centres urbains.

Les petites villes, faute de ressources, ne peuvent faire des amenées d’eau, leurs habitants se servent de puits et de cours d’eau superficiels.

Les grandes villes, surtout les très grandes villes, peuvent se procurer de bonne eau de boisson, mais leur population qui s’accroît sans cesse les oblige souvent à recourir, pour leur approvisionnement, à des eaux suspectes.

Les villes moyennes, au contraire, à population constante , avec des ressources financières moyennes, mais suffisantes, peuvent se procurer en tout temps de bonnes eaux de boisson.

Telle est, du moins, une des interprétations qu’on peut donner des chiffres obtenus dans l’étude de la morbidité par fièvre typhoïde.

Quant à la tuberculose pulmonaire, elle sévit d’une façon prédominante dans les garnisons des grandes villes. Mais sa plus grande fréquence semble plutôt être fonction des fatigues subies par les troupes que de la densité de la population au milieu de laquelle elles vivent. Le service dans les grands centres est plus pénible qu’ailleurs, et les jours dits de repos y sont beaucoup plus fatigants. Le médecin inspecteur Antony avait relevé en 1897 des chiffres analogues :

Morbidité

Morbidité

tuberculeuse

globale

Petites garnisons

Garnisons dans les villes moyennes . . . .

Garnisons dans les grandes villes

On devra éviter le voisinage des usines, des ateliers, des cimetières, des hôpitaux, des industries insalubres, car la caserne une fois construite aucun recours n’est possible contre le voisinage si celui-ci est antérieur à l’établissement du quartier.

Dans les pays paludéens, on devra rechercher au contraire les centres urbains ou un terrain situé à une certaine altitude si les circonstances obligent à installer les troupes en dehors de la ville. Il en sera de même dans les pays où sévit la fièvre jaune.

D’ailleurs, d’une façon générale, le choix d’un lieu élevé est préférable, à tous les points de vue; cette situation procure une meilleure ventilation et favorise le drainage naturel et artificiel du sol, et l’évacuation des matières usées.

CASERNES

Cependant les plateaux élevés, dénudés, sans protection d’aucune sorte, auraient le grave inconvénient de diminuer l’action protectrice que doit posséder l’habitation vis-à-vis des agents météoriques, surtout lorsqu’à proximité se trouve la cour où les hommes manœuvrent par tous les temps.

Dans ces cas, en tenant compte des vents dominants de la région, on s’arrangera de façon à rendre cette protection efficace.

Après avoir étudié l’emplacement, le milieu urbain et le milieu météorique, on s’inquiétera de la nature du sol, de sa porosité, de sa perméabilité, questions importantes au point de vue de l’humidité qu’on doit éviter à tout prix, de la situation de la nappe d’eau souterraine, des causes possibles de souillure de cette nappe, surtout si on doit y puiser l’eau d’alimentation.

On devra éviter les terrains qu’on appelle rapportés c’est-à-dire ceux qui ont été souillés antérieurement par des dépôts d’immondices et de matériaux de construction. Ces terrains, en effet, situés en général à la périphérie des villes, sont souvent offerts par les municipalités comme moins chers pour la construction des établissements militaires. Une enquête devra être faite sur l’usage auquel était affecté primitivement ce terrain. On devra s’arrêter de préférence au choix d’un sol neuf et jamais remué, aux terrains crétacés, sablonneux, en général secs et largement perméables, ou bien à des sols calcaires, imperméables; mais, dans ce dernier cas, il faut tenir compte de l’augmentation de dépenses résultant de travaux de terrassement plus considérables. On évitera les sols argileux en raison de leur affinité particulière pour l’eau et de l’humidité qui en résulterait pour les fondations et l’habitation tout entière. Enfin on arrêtera Y orientation des bâtiments et on aura soin de donner une exposition salubre et identique à tous ceux destinés au dortoir des hommes. A part quelques exceptions locales on peut dire que l’orientation Nord-Sud avec exposition Est-Ouest répond à la disposition la plus favorable dans le Nord et les régions moyennes de la France. Il est de toute nécessité d’utiliser les rayons pénétrants du soleil, matin et soir. C’est le meilleur mode d’aménagement hygiénique des bâtiments de nos casernes.

L’orientation Est-Ouest, avec l’exposition Nord et Sud doivent être réservées au Midi de la France et surtout pour les pays chauds.

1. Nave, Utilisation, transformation ou destruction des ordures ménagères, R. //., 20 août 1910, p. 865. D’après Th. Weyl la dernière épidémie de choléra qui ravagea Copenhague fit deux fois plus de victimes dans la partie la plus opulente de la ville que dans les quartiers populaires. Une enquête fit alors découvrir que le dit quartier avait été bâti sur un remblai de balayures de rues et de gadoues.

B. Construction proprement dite de la caserne. — L’instruction du 17 juin 1907 adopte pour les locaux d’habitation des bâtiments à » trois étages avec rez-de-chaussée sur cave, ou surélevé au-dessus du sol de 0 m. 50. Ce sont les dispositions du type 1889. Celles du type [ Tollet demandent une trop grande étendue de terrain.

a) Fondations. — On doit éviter avant tout l’humidité du sol. Pour cela on fera une étude de la nappe d’eau souterraine qui devra être suffisamment profonde pour que ses oscillations ne puissent jamais atteindre les fondations. Celles-ci devront toujours se trouver I au moins à 30 centimètres au-dessus des crues les plus élevées; 1 dans le cas où l’on serait forcé d’utiliser un sol humide, on fera usage de plaques d’isolement en ciment, béton, asphalte comprimé et le sol sera drainé.

Malgré ces précautions, l’humidité peut envahir les murs. Beaucoup de procédés ont été employés pour mettre obstacle à cette ascension de l’eau. Un des meilleurs semble être le drainage des murs pratiqué à quelques centimètres au-dessus du sol. Il consiste à placer dans l’épaisseur du mur des tubes faits de matière poreuse. Ceux-ci partant de la surface sont enfoncés à 40 centimètres dans une brèche faite au mur. L’eau pénètre à travers les pores du tube et vient s’évaporer à sa surface. Ce procédé a été appliqué au château de Versailles sous le nom de système Knapen.

b) Murs. — Ils comprennent la façade, les pignons, les murs de refend. Leur principal rôle est de protéger le logement contre les variations de température extérieure. Pour le remplir ils doivent être assez épais. D’après Galland et Lahache la température resterait constante dans un mur à la profondeur de 45 centimètres. Ces expériences ont été incomplètes d’après A. Laveran, qui demande { une épaisseur de 60 centimètres II est vrai qu’on peut employer les murs à double paroi; l’air est, en effet, moins bon conducteur de la chaleur que les matériaux de construction, et un simple espace de

15 centimètres ménagé entre deux murs correspond à une épaisseur de 0 m. 45. Ce dispositif permet en outre de rafraîchir l’habitation en été en mobilisant cet air intercepté, à l’aide d’orifices de ventilation disposés à la partie inférieure et supérieure du mur.

Mais cette couche d’air peut être souillée : d’autre part l’asséchement de la double paroi interne est difficile à réaliser : double inconvénient qui a empêché la généralisation du procédé.

Ventilation par les parois. — Doit-on considérer les murs comme r agents de ventilation? Doit-on, en d’autres termes, leur conserver leur perméabilité? La question est discutée.

Putzeys, Viel et Gnehm, Arnould répondent par l’affirmative et

CASERNES

veulent conserver ces échanges gazeux qui se font à travers les murs et renouvellent insensiblement l’air intérieur.

Trélat l, Rochard, Vallin, Claudot et Follenfant ne partagent point cette opinion. Ils font remarquer que ces échanges gazeux au travers du mur sont à peu près nuis et qu’on ne peut compter sur eux, car ils sont d’intensité trop variable sous diverses conditions, telles que pression barométrique, humidité, etc.

Ces auteurs incriminent d’autre part le danger de pénétration de germes microbiens, qui, sous l’influence de l’humidité et de la chaleur, se développent dans les pores des murs et peuvent devenir source d’infection pour l’habitation. Cependant les expériences d’Alfonso, de Naples, n’autorisent pas de telles conclusions et ce danger n’est guère à redouter que s’il s’agit d’habitations destinées à abriter l’homme malade, c’est-à-dire d’hôpitaux.

Aussi la conclusion pratique à retenir est la suivante : dans les casernes l’imperméabilisation n’est point nécessaire, et l’on conservera, pour couvrir les murs, le lait de chaux qui, suivant l’heureuse expression de Putzeys, agit à la manière du sable des filtres dans la distribution des eaux.

Les 'plafonds ne devront posséder ni saillies ni dépressions pour éviter le séjour de la poussière.

c ) Sol des habitations. — Le sol des habitations militaires a été accusé de bien des méfaits. La genèse d’un grand nombre d’affections contagieuses a été attribuée, bien légèrement, il faut le dire, à des organismes pathogènes conservés à la surface, dans les interstices des frises des parquets ou dans la cavité des entrevous. Le fait de la caserne de Jitomir2, où une épidémie typhoïdique fut attribuée aux souillures du sol des chambres, est cité toutes les fois qu’on a besoin d’un argument pour prouver la possibilité d’une semblable origine. Que la chose puisse arriver, lorsqu’on envisage un germe doué d’une grande vitalité et résistant aux causes de destruction multiples qui l’entourent, cela est admissible. Mais faire du sol des habitations la principale cause des affections épidémiques qui atteignent le soldat, c’est vraiment forcer les faits d’observation.

Ceci bien établi, il n'est cependant pas indifférent pour les habitants d’une chambre de respirer des poussières, de quelque nature soient-elles, et surtout lorsqu’elles sont constituées par des matières organiques, aussi est-il d'un intérêt hygiénique bien entendu de chercher à les faire disparaître de l’atmosphère des locaux habités.

Dans ce but les défectuosités à relever sont de deux sortes : les

Page 1