Kayser, Centralblatt die med. Wissenschaft
MATIÈRES .USÉES
fécales avec des agents chimiques quels qu’ils soient, si elles n’ont été préablement délayées et sans élever la proportion de désinfectant à un taux considérable et par conséquent fort coûteux.
La solution de crésyl à 10 p. 100, le lait de chaux à 20 p. 100, tout en étant plus ou moins efficaces à l'égard des excréments liquides^ sont absolument insuffisants, disent-ils, pour désinfecter les matières fécales épaisses fréquemment évacuées dans les maladies infectieuses, même dans la fièvre typhoïde, et dont la quantité varie de 1/5 à 1/3 dans la masse excrémentitielle commune.
Le seul moyen, dit Kayser, de réaliser chimiquement cette désinfection consisterait à se servir d’une solution de soude caustique à 15 p. 100, mais, ajoute-t-il, l’emploi de ce désinfectant est dangereux pour ceux appelés à le manipuler.
Le procédé de Schumacher, qui consiste à recevoir dans une citerne l’effluent des water-closets et à l’y brasser avec du chlorure de* chaux à la dose de 1 p. 2 000, puis à égoutter, presser et brûler ensuite le dépôt, outre qu’il constitue une manipulation répugnante et dangereuse, est très imparfait.
Tous les systèmes d’emmagasinage qui précèdent nécessitent des manipulations qui aboutissent tous en fin de compte à l’évacuation d’un effluent incomplètement épuré et par conséquent non exempt de danger. Le procédé suivant supprime toute crainte à ce sujet.
5° Incinération. — L’incinération des matières fécales est certainement, au point de vue hygiénique, la méthode de traitement de choix. Ainsi disparaît tout danger par la destruction complète des éléments pathogènes des maladies infectieuses. Malheureusement cette solution du problème a des conséquences économiques et financières qui font entrer agronomes et administrateurs en lutte avec les hygiénistes. Or, ceux-ci doivent compter avec les premiers souspeine de voir disparaître les ressources nécessaires à l'accomplissement de leurs desiderata. Les matières fécales, en effet, plus encore que les ordures ménagères, constituent un engrais précieux utilisé journellement par les cultivateurs, et la vente de cet engrais ou les produits agricoles qui en sont le fruit deviennent un élément rémunérateur pour les villes qui s’imposent des sacrifices financiers considérables pour le traitement de leurs matières usées. Comme on le voit, les uns et les autres ne manquent pas d’arguments pour détruire ou pour accaparer les matières fécales, et l’entente entre tous est encore loin d’être faite. Elle pourrait cependant trouver un terrain d’entente, si l’incinération pouvait, par la chaleur produite, devenir un élément de force applicable à l’industrie. C’est ce qu’on essaye de faire pour les ordures ménagères.
Il est cependant des circonstances qui semblent devoir faire primer la solution hygiénique. Ces circonstances sont celles créées par l’infection spécifique des matières fécales. Celles fournies chaque jour par les hôpitaux sont de cet ordre. Il en est de même pour la collectivité militaire au milieu de laquelle on observe quotidiennement des manifestations frustes de maladies infectieuses localisées sur le tube digestif et provoquant l’émission au dehors de selles d’autant plus dangereuses que le sujet qui en est l’auteur inconscient a des apparences de bonne santé. Dans les casernes et dans les camps, l’incinération des matières fécales résolvent un problème important au point de vue du maintien du bon état sanitaire des troupes. On sait que les camps surtout, en campagne principalement, sont visités d’une façon constante par la fièvre typhoïde et la dysenterie.
Des applications d’incinération ont déjà été faites dans de nombreuses circonstances1.
Pendant la guerre de Cuba notamment, les Américains2 ont employé des incinérateurs de matières fécales, installés dans des wagons spéciaux du poids de 2 000 kilogrammes. Le wagon contenait huit incinérateurs individuels au-dessus desquels étaient huit sièges. Le modèle indiqué par Munson est celui de Bizzelli consistant en une sorte de cuvette destinée à recevoir les déjections et placée au-dessus de la grille d’un foyer. La contenance était de 25 litres et le poids de 60 kilogrammes. Malheureusement ces wagons ne pouvaient marcher avec la colonne et arrivaient au campement lorsque celui-ci était déjà infecté.
M. Bréchot, après quelques essais, vient de construire un appareil qui, par les résultats déjà acquis, nous permet d’entrevoir une heureuse solution du problème de la destruction des matières fécales et de la stérilisation des urines et produits dangereux.
Nous laisserons de côté l’installation de l’hôpital Claude-Bernard, qui emprunte encore des éléments de désinfection aux produits chimiques pour l’épuration des liquides. L’incinération des matières fécales s’y exécute de la même manière qu’au Vabde-Grâce. Il suffira donc de décrire ce dernier appareil.
Incinérateur de matières fécales du Dr Bréchot 3.
Celui-ci est composé de trois parties, superposées dans l’ordre suivant de bas en haut :
1° Un brûleur de gaz A; 2° au-dessus, une cuve de stérilisation B; 3° en haut, l’incinérateur C.
1. Bréchot, Prophylaxie des maladies contagieuses, Revue d'hygiène , 1904.