Rosenau et Allan, Pratique de la désinfection, p
DÉSINFECTANTS
médecin major Dopter fît de nombreuses expériences avec des cultures et avec des produits pathologiques, tels que matières fécales, exsudats diphtériques, crachats tuberculeux, poussières, avec la solution à 2 1/2 p. 100. Il a montré que cette solution détruit les microbes non sporulés. Un contact de vingt-quatre heures, quelquefois de seize heures suffît à stériliser des membranes diphtériques; trente secondes de pulvérisations rendent inoffensifs des crachats tuberculeux, mais il faut vingt-quatre heures pour des selles typhiques ou dysentériques.
Rechter admet cependant que l’immersion dans une solution à
I p. 100 suffît à désinfecter sûrement et rapidement sans indiquer le temps nécessaire. Par contre, il nie l’action du formol sous forme gazeuse.
De nombreuses recherches personnelles me permettent d’affirmer l’action désinfectante d’une solution à 1,5 p. 100 d’aldéhyde formique en mélangeant 30 centimètres cubes de formol à 970 centimètres cubes d’eau, sur des linges souillés de B. coli, B. diphtéritique, B. du charbon sporulé, staphylocoque, puis de pus, de crachats tuberculeux et de matières fécales après une immersion de trois heures.
L’inconvénient du formol en solution concentrée est qu’il se polymérise en s’évaporant.
11 faudra donc éviter que la solution s’évapore trop vite; aussi emploie-t-on, au lieu de la solution du commerce à 40 p. 100, des solutions plus étendues. Iloton emploie une solution à 10 p. 100 obtenue en ajoutant 250 cm3 de solution du commerce à 750 cm3 d’eau.
II faut I litre de cette solution pour désinfecter 30 mètres cubes, soit 3 gr. 3 par mètre cube. La solution à 5 p. 100, qui paraît suffisante, s’obtient avec 125 cm3 de solution du commerce pour 875 centimètres cubes d’eau.
On a encore essayé d'empêcher la polymérisation en ajoutant e la formaline ou au trioxyméthylène d’autres corps tels que le chlorure de calcium (formo chloral de Trillat),du menthol (holzène de Rosemberg), de la glycérine (glyco-formol de Waltlier), de l’acétone (formacétonc de Fournier), ce dernier est d’une puissance remarquable; enfin de la naphtaline comme dans le procédé Hélios.
Chlorure de zinc. — Le chlorure de zinc s’emploie en solution à 5 p. 100. C’est plutôt un désodorisant qu’un désinfectant efficace.
Le sulfate de cuivre est employé uniquement à la désinfection des matières fécales en solution à 5 p. 100. il imprime au linge des taches indélébiles.
Chlorure de chaux. — Les recherches de Fernbach et Chamberland
ont mis en lumière les propriétés désinfectantes du chlorure de chaux. La solution s’obtient en délayant 100 grammes de chlorure de chaux dans 1 000 grammes d’eau. On étend ensuite la bouillie blanche ainsi obtenue de 10 volumes d’eau. La puissance de l’antiseptique est augmentée par la température. On emploiera donc, pour diluer la bouillie, de l’eau à 40° ou 50° on fera les solutions dans des vases en terre vernissée, parce que le chlore attaque tous les métaux.
Le chlorure de chaux a une grande valeur désinfectante, parce qu’il joint à l’action de la chaux caustique celle de l’acide hypochloreux, mais il a une odeur insupportable. On s’en sert pour 1a. désinfection des vases et des objets en bois ou en cuir que l’on trempe dans une solution à 4 p. 100. On en humecte encore les draps destinés à ensevelir les individus morts de maladies contagieuses.
Sublimé. — Les solutions de sublimé doivent être colorées avec 40 gouttes par litre de solution alcoolique à 1 p. 100 de carmin d’indigo. Il s’emploie en solution à 1 p. 1 000. La solution se fait dans des vases en terre, en verre ou en métal émaillé, parce que le hichlorure de mercure attaque les métaux. La solution s’altérerait au bout de vingt-quatre heures? L’action antiseptique des sels de mercure est hors de conteste et le sublimé jouit à juste titre d’une ancienne réputation comme désinfectant. C’est lui qu’emploie encore la Ville de Paris en pulvérisations.
Le sublimé est beaucoup moins efficace quand il s’agit de désinfecter les excreta virulents, par suite de la combinaison que ce sel forme avec les albuminoïdes. Les albuminoïdes coagulées par ce sel constituent une coque protectrice aux germes qu’elles englobent. Behring a bien montré que l’albuminat mercuriel est aussi antiseptique que le sublimé qu’il renferme, mais à la condition d’être mis dans un liquide qui le puisse dissoudre. On obvie à cet inconvénient en ajoutant de l’acide tartrique, ou chlorhydrique, ou de 1 à 7 grammes de sel marin par litre de solution.
Si le sublimé n’avait pas l’inconvénient de rendre indélébile les taches de sang; si, d’autre part, il était doué d’une odeur destinée à en révéler la nature et par conséquent à en éviter les dangers pour l’homme; si, d’autre part, il ne produisait parfois des intoxications légères chez les désinfecteurs qui le pulvérisent, ce corps resterait un des meilleurs désinfectants. Malheureusement, dans le milieu militaire, son maniement peut être dangereux, c’est pourquoi nous serions assez disposées à l’éliminer de la pratique courante de la désinfection.
Rechter et Flüggele conseillent encore pour l’immersion des objets souillés.
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D’après A. -J. Martin, la solution salée resterait un excellent désinfectant des crachats, assurant, selon Miquel, immédiatement et indéfiniment leur stérilisation.
Acide phénique. — L’acide phénique jouit encore d’une réputation qu’il doit à son odeur pénétrante, à son emploi au début de l’antisepsie et aux bons résultats obtenus avec les pansements phéniqués.
La solution ordinairement employée est une solution à 5 p. 100 ou à 2 p. 100, colorée en vert par une solution alcoolique à 1 p. 1000 de vert sulfo.
Les expériences de Behring, de Gartner sur les cultures des divers microbes ont montré qu’il tuait rapidement en quelques secondes les bactéries non sporulées. Les spores sont en revanche beaucoup moins sensibles à son action.
L’acide phénique ne coagulant pas l’albumine n’en reste pas moins à 5 p. 100 un très bon désinfectant.
Huile lourde de houille. — L’huile lourde de houille, ou hydrocarbure phéniqué, est un liquide brunâtre employé surtout pour la désinfection des latrines, mélangée à l’eau dans la proportion de 50 à 100 p. 1 000. — Elle n’a pas d’action sur le bacille tuberculeux : elle possède d’ailleurs peu de propriétés désinfectantes et constitue plutôt un désodorisant et surtout un excellent isolant pour les urinoirs.
Le crésijl est un produit complexe formé de créosote d’huile lourde et d’huile d’anthracène ; il contient 10 p. 100 d’acide crésylique et 20 p. 100 de naphtaline. On l’obtient par distillation de la créosote qui elle-même est un produit de distillation du goudron de houille; il se présente sous la forme d’un liquide brun, sirupeux, à odeur forte rappelant celle de la créosote. Il s’émulsionne dans l’eau additionnée de carbonate de soude. Le liquide ainsi obtenu est laiteux, homogène et présente la propriété très précieuse pour la désinfection des excreta de s’émulsionner avec eux et de les pénétrer dans toutes leurs parties.
Les deux formules suivantes peuvent être utilisées :
Grésyl
Carbonate de soude
Eau
30 centimètres cubes.
10 grammes.
960 centimètres cubes.
Grésyl
Eau
50 centimètres cubes.
Ces deux solutions sont ainsi titrées : la première à 4 p. 100 de désinfectant et la seconde à 5 p. 100.
Après 3 heures d’immersion, des morceaux de toile ou de coton imprégnés de bouillon de culture de B. coli, diphtéritique, charbon sporulé, de staphylocoque, de pus, de crachats tuberculeux ou autres, de matières fécales, sont complètement stérilisées. On obtient le même résultat en immergeant un test dans le liquide pendant
10 minutes, et en le laissant simplement imprégné après avoir enlevé l’eau du liquide. Le même liquide peut servir pour 4 à 5 désinfections successives.
Le crésyl apparaît donc comme le désinfectant de choix , qu’on l’emploie directement pour la désinfection des excreta, ou qu’on l’utilise pour la désinfection des linges. Il a le très grand avantage de ne pas fixer les taches de sang ou de pus. Le seul inconvénient qu’il présente est de laisser sur le linge une très légère teinte jaune, qui d’ailleurs disparait complètement à la lessive.
Désinfectants alcalins. — Chaux , lessive de soude. — Ces corps alcalins sont des désinfectants par changement de réaction. Ils n’atteignent leur effet qu’à la condition de réaliser un degré d’alcalinité déterminé. La quantité de solution alcaline à ajouter au milieu à désinfecter dépend de la neutralité ou de l’acidité primitive de ce milieu, les portions employées à neutraliser l’acide ne comptent pas.
11 est plus difficile de déterminer la quantité de désinfectants à ajouter au milieu contaminé lorsque celui-ci présente lui-même une réaction alcaline due à la présence de l’ammoniaque en excès. Dans ce cas la quantité du désinfectant doit être de 3 à 5 fois plus élevée que si l’alcalinité était due à la lessive de soude ou à la chaux. Il serait donc indiqué de titrer le degré d’alcalinité obtenu quand on se trouve en face d’un milieu acide. Mais c’est là une affaire d’expérience de laboratoire, et il semble inutile ici d’entrer dans les détails de cette opération.
Lait de chaux. — Le lait de chaux se prépare en faisant déliter de la chaux vive dans la moitié de son poids d’eau. On obtient ainsi une poudre qu’on peut conserver dans un récipient soigneusement bouché, dans un endroit sec. Un kilogramme de chaux ayant absorbé 500 grammes d’eau, a acquis un volume de 2 litres en moyenne dont 1 litre de poudre de chaux + \ litre d’eau; on délaie dans 4 litres d’eau pour obtenir un lait de chaux à 20 p. 100.
D’après Behring et Jâger, le lait de chaux ne tuerait pas le bacille tuberculeux après 24 heures; même en solution concentrée à 1 partie de chaux pour 1 ou 2 parties d’eau et déposée en 3 couches successives. Le bacille du typhus, du rouget, du charbon, de la morve, le staphylocoque sont tués par une seule couche de lait de chaux à 5 p. 100.
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Les recherches du médecin-major Lapasset1 semblent établir qu’il est préférable d’employer un lait de chaux très clair. L’auteur avait en vue la désinfection des murs des chambrées, et employait la solution suivante :
Chaux fraîchement éteinte 2 kilogrammes.
Eau froide 5 litres.
On délaye, on mêle et on agite, puis on laisse reposer un quart d’heure et c’est avec le liquide décanté qu’on badigeonne les murs.
Croner, en utilisant un lait de chaux à 20 p. 100, stérilise la paroi d’une muraille au bout de plus de six heures et en moins de vingtquatre heures. Par contre, Giaxa prétend que l’efficacité est proportionnelle à la densité du milieu, c’est ainsi qu’il faudrait une solution à 20 p. 100 pour tuer la bacille du choléra, à 50 p. 100 pour celui du typhus et pour le staphylocoque ; cette dernière solution serait insuffisante pour tuer le bacille du charbon sporulé, le bacille de la tuberculose et celui du tétanos.
Quoiqu’il en soit le lait de chaux reste un bon désinfectant employé surtout dans la désinfection des selles. Sternberg recommande le lait de chaux fraîchement préparé contenant environ en poids une partie d’hydrate de chaux (1 kilogr. de chaux de vive pour un demilitre d’eau) pour 8 parties d’eau; ce mélange doit être ajouté par quantité égale à la quantité de matière à désinfecter, et on doit laisser au moins 2 heures le mélange au repos afin d’en disposer finalement. Liborius et Pfuhl2, puis Chantemesse et Richard3, qui ont contrôlé les recherches de ces auteurs, conseillent de verser dans les fosses d’aisance 5 parties de lait de chaux pour 100 parties de matière, et, dans les fosses mobiles, 7,5 parties pour 100; il ne faudrait jamais aller au-dessous de 2 p. 100.
Les expériences récentes d’ Auer 4 permettent de penser que le lait de chaux à 20 p. 100 serait susceptible d’amener en vingt-quatre ou trente-six heures une sorte de liquéfaction des matières fécales solides, suffisante pour assurer une désinfection complète de ces matières. Kaiser met formellement en doute la possibilité d’agir d’une manière efficace sur les matières compactes au moyen du lait de chaux. Auer a constaté en outre que la chaux hydratée pouvait rester longtemps exposée à l'air sans perdre notablement son pouvoir désin-