CHAPITRE XXVI
PRATIQUE DE LA DÉSINFECTION
Maladies entraînant ta désinfection.
Désinfection du malade et de ses excreta.
Désinfection des ; linges et vêtements.
Désinfection des objets de literie , du mobilier et des objets à usage.
Désinfection des locaux. Procédés particuliers à cette désinfection. Dégagements de vapeur d'aldéhyde formique et pulvérisations. Appareils à dégagement de vapeur d'aldéhyle formique. Autoclaves divers, cartouche fumigator, procédé de fortune, autan, aldogène.
Pratique de la désinfection à la caserne , à V hôpital, en campagne : Appareils de fortune. Désinfection du champ de bataille. Crémation des cadavres. Mesures à prendre en fin de campagne.
Désinsection. Rôle des insectes et des petits animaux dans la propagation des maladies contagieuses. Lutte contre les rats. Emploi de l’acide sulfureux : appareils Glayton, Sanito-cleaner. Bacille de Danisz. Lutte contre les insectes.
Pratique de la désinfection. — La désinfection est obligatoire dans un certain nombre de maladies dont la liste présentée par l’Académie de médecine a été arrêtée par un décret du 10 février 1903 conformément aux prescriptions des articles 4, 5 et 7 de la loi du 15 février 1902 sur la « Protection de la santé publique ». Le décret du 10 juillet 1906 en fixe la réglementation.
Il a été établi deux catégories dans les affections contagieuses. Dans la première sont comprises les maladies entraînant la désinfection obligatoire; dans la seconde les maladies pour lesquelles la désinfection est seulement facultative.
1 . Liste des maladies entraînant la désinfection obligatoire. — 1° la fièvre typhoïde; 2° le typhus exanthématique; 3° la variole et la varioloïde; 4° la scarlatine; 5° la rougeole; 6° la diphtérie; 7° la suette miliaire; 8° le choléra et les maladies cholériformes ; 9° la peste; 10° la fièvre jaune; 11° la dysenterie; 12° les infections puerpérales et l’ophtalmie des nouveau-nés, lorsque le secret de l’accouchement n’a pas été réclamé; 13° la méningite cérébro-spinale épidémique.
(2. Maladies n entraînant que la désinfection facultative. — 14° la
PRATIQUE DE LA DÉSINFECTION
tuberculose pulmonaire; 15° la coqueluche; 16° la grippe; 17° la pneumonie et la broncho-pneumonie; 18° l’érysipèle; 19° les oreillons; 20° la lèpre; 21° la teigne; 22° la conjonctivite purulente et l’ophtalmie granuleuse.
Il faut savoir d’autre part quelles sont les matières dangereuses pour chaque maladie. A ce point de vue elles peuvent être divisées en plusieurs groupes dont le classement est basé sur le mode de rejet et la nature des produits d’excrétion.
1er Groupe. — Maladies dont le contage est contenu dans les matières fécales et urines.
Fièvre typhoïde (quelquefois crachats : pneumotyphoïde).
Dysenterie.
Choléra et maladies cholériformes.
2e Groupe. — Maladies dont le contage est contenu dans les produits bucco-pharyngés-naso-bronchiques .
Scarlatine (fragments d’épiderme lorsqu’ils proviennent de parties ayant pu être en contact immédiat avec le mucus pharyngé nasal, dans lequel seul existe l’agent du contage scarlatineux).
Rougeole (secrétion oculaire).
Diphtérie (catarrhe nasal fréquent).
Peste pneumonique (crachats et secrétions nasales).
Méningite cérébro-spinale épidémique (mucosités buccales et nasales).
Tuberculose pulmonaire (crachats secs et particules humides de crachats projetées par la toux; parfois matières fécales et produits de suppuration).
Coqueluche (crachats).
Grippe (crachats).
Pneumonie et broncho-pneumonie (crachats).
Oreillons (mucosités de la houche et du nez).
Suette miliaire (mucosités, sécrétions).
3e Groupe. — Maladies dont le contage est contenu dans les produits cutanés et autres sécrétions.
Variole (produits des pustules et surtout croûtes desséchées).
Peste bubonique (matières issues des pustules ulcérées ou gangrénées et des bubons).
Infections puerpérales (sécrétions vaginales, pus, lochies).
Ophtalmie purulente des nouveau-nés (pus provenant des yeux de
l’enfant).
Erysipèle (sérosités et parcelles d’épiderme détachées des surfaces emflammées).
Teigne (pellicules épidermiques du cuir chevelu).
Conjonctivite purulente et ophtalmie granuleuse (sécrétions oculaires).
4e Groupe. — Maladies dont le contage est contenu dans le sang et les parasites vivants.
Paludisme (moustiques).
Peste (rats et puces).
Fièvre jaune (moustiques).
Typhus exanthématique (puces, poux, punaises, etc.) et selon toute vraisemblance lèpre (les puces, poux, araignées, etc.); peutêtre suette miliaire (puces).
La pratique de la désinfection dans l’armée est réglée par la notice 7 du règlement sur le Service de santé à l’intérieur. Nous en indiquerons ici les principales prescriptions tant administratives qu’hygiéniques.
Dans les hôpitanx les désinfections sont ordonnées par le médecin-chef.
Dans les corps de troupe elles sont ordonnées par le chef de corps sur la proposition du médecin chef de service, toute les fois qu’il s’agit de désinfecter un nombre restreint de literies, d’effets d’habillement ou de locaux. Lorsque la désinfection doit s’étendre à un nombre considérable d’objets, des allocations exceptionnelles et l’autorisation d’y procéder ne peuvent être données que par le ministre; la demande qui lui est adressée est toujours accompagnée d’un rapport motivé établi par le directeur du Service de santé. Il est rendu compte au ministre de l’exécution de la désinfection.
Personnel d' exécution et de surveillance. — Les opérations de désinfection sont effectuées par le personnel des corps et services, sous la direction et la surveillance d’un médecin désigné à cet effet.
Le médecin préside à la préparation, à la répartition et à l’emploi des solutions désinfectantes : il demeure personnellement responsable des accidents d’intoxication qui pourraient résulter de leur emploi, pendant toute la durée de l’opération.
Moyens de désinfection. — Les moyens à mettre en œuvre pour les désinfections sont :
1° L’incinération;
2° L’ébullition dans l’eau;
3°. L’action d’un courant de vapeur humide avec ou sans pression;
4° L’emploi des antiseptiques en pulvérisation, lavages, vapeurs.
Nous avons donné plus haut la liste des désinfectants autorisés dans l’armée.
Pour les pulvérisations, il est exclusivement employé du formol.
Agents physiques. — Les désinfections par l’incinération et l’ébul-
PRATIQUE DE LA DÉSINFECTION
lition peuvent se faire dans des appareils improvisés, et la manière de faire, toujours simple, ne comporte pas d’explication.
Le troisième moyen exige une étuve avec générateur à vapeur sous pression, fixe ou mobile. Tous les corps d’armée étant pourvus d une étuve à désinfection sous pression locomobile, cette étuve, peut, sur demande du général en chef, être mise temporairement à la disposition des corps ou services qui ont à effectuer des désinfections importantes.
Agents chimiques. — Les corps sont pourvus des agents chimiques nécessaires aux désinfections courantes par les demandes trimestrielles de médicaments.
Lorsque des désinfections d’une importance exceptionnelle sont autorisées par le ministre, des demandes supplémentaires de livraison par les établissements du Service de santé, ou d’achat sur place, sont adressées au directeur du Service de santé, en y joignant une copie de l’autorisation ministérielle.
Les antiseptiques sont employés soit en solutions aqueuses, soit à l’état brut; nous avons donné plus haut les titrages réglementaires.
Le formol 1 (solution de formaldéhyde à 40 p. 100) du commerce doit être employé à trois titres différents, suivant l’usage qu’on en veut faire :
Pour immersion.
Pour pulvérisation.
Pour évaporation à chaud.
{ Eau
^ Formol du commerce
l Eau
r Formol du commerce l Formol du commerce ( Eau
970 cm3 875 — 1 *
Le sublimé à 1 p. 100.
Le crésgl à 5 p. 100.
Lessive de soude à 10 p. 100 et carbonate de soude à 10 p. 100 à chaud.
Lait de chaux à 20 p. 100.
Ces cinq désinfectants suffisent à tous les usages.
Désinfection du malade et de ses excreta. — Si les malades atteints de maladie contagieuse étaient toujours l’objet de mesures destinées à assurer l’asepsie des cavités externes de l’organisme et des orifices naturels ainsi que la propreté de la surface cutanée; si, d’autre part, tous les excreta étaient soigneusement isolés et reçus dans des vases contenant une certaine quantité de désinfectant, toutes les mesures
I, Nous devons faire remarquer que toujours le litre des solutions désinfectantes de
celte catégorie doit être exprimé en aldéhyde formique , et non en formol, qui ne repré-
sente qu’une solution d’aldéhyde formique.
ultérieures de désinfection deviendraient inutiles. Il faut donc apporter tous ses soins à réaliser cette antisepsie autant que possible. Aussi, les objets de pansement ou de traitement tels que : 1° canules à lavage ou à lavement, thermomètre; 2° objets à usage, urinoirs, seaux hygiéniques, objets culinaires, etc., devront être réservés à chaque malade en particulier.
Dans les hôpitaux, notamment les uns, canules, thermomètres, seront conservés dans une solution de sublimé à 1 p. 1000 et placée dans un récipient en verre spécial. Les autres seront nettoyés à l’eau de lessive bouillante, et les vases à déjections seront garnis d’une solution de crésyl sodique à 5 p. 100 ou d’un lait de chaux à 20 p. 100 sous un volume égal à celui des matières. La chambre du malade ou la salle dans laquelle il est en traitement devra posséder soit des récipients cylindriques en métal facilement stérilisables, soit des sacs à désinfection en toile imperméabilisée. Il est indispensable que récipients ou sacs soient d’un volume moyen de façon à pouvoir être transportés facilement. On devra notamment, dans les services de chirurgie, faire une séparation immédiate entre les objets à incinérer et les objets à désinfecter.
Désinfection des linges et des vêtements. — De ces deux groupes les linges, chemises, mouchoirs, caleçons, cravates, linge à pansement, chaussettes, serviettes, torchons, tabliers, bourgerons, pantalons de treillis, draps de lits, alèzes, taies d’oreiller sont certainement ceux dont la contamination est la plus dangereuse et demandent par conséquent à être désinfectés avec le plus de soin. Ils seront donc manipulés rapidement et sans secousse, de façon à ne pas disséminer les poussières qu’ils supportent; ils devront être disposés soit dans un récipient métallique clos, soit dans le sac à désinfection confectionné suivant les dispositions adoptées par la notice du 4 octobre 1894 L Ce sac est trop volumineux et il serait utile d’en réduire les dimensions. Les objets qu’il supporte quand il est rempli forment une masse trop lourde et rendent son maniement fort difficile; de plus, les objets sont en général tassés fortement et comme ces sacs, lorsqu’ils proviennent des corps de troupes, ne peuvent être ouverts parce qu’ils sont plombés , il en résulte qu’ils doivent être soumis à la désinfection dans cet état peu favorable à la pénétration de la vapeur ou des liquides désinfectants. Lorsqu’on manquera de sacs, les linges pourront être mis encore dans des draps mouillés avec une solution antiseptique.
La circulaire du 3 décembre 1907 prescrit que le linge à panse-