Martin. Hygiène hospitalière, p
Quant aux vêtements provenant des contagieux ils devront être désinfectés soit par l’étuve à vapeur, soit de préférence dans une étuve à vapeur d’aldéhyde formique dans lesquelles ce gaz devra être développé à raison de 4 gr. d’aldéhyde formique par mètre cube au moins (Décret du 10 juillet 1906).
Désinfection des objets de literie , du mobilier et des objets à usage. Désinfection des livres. — Les objets de literie tels que : matelas, traversins, édredons, oreillers, couvre-pieds seront l’objet de mesures différentes suivant leur degré de souillure. On peut dire que, dans la grande majorité des cas, la souillure de ces objets est superficielle et n’atteint guère que l’enveloppe; dans ces conditions, on pourra se contenter de la désinfection dans l’étuve à formaldéhyde ou bien on devra défaire ces objets pour immerger les enveloppes dans une solution de crésyl à 5 p. 100. Dans les cas où la souillure est profonde, il faudra passer ces objets à l’étuve à vapeur. Des expériences personnelles faites récemment me permettent de penser que, même dans ces cas, on pourra utiliser les étuves à développement d’aldéhyde formique, à condition de découdre les enveloppes et de desserrer légèrement le contenu en prenant les dispositions pour que la température de l’étuve atteigne au moins pendant une heure une température de 80 à 90° et que le dégagement du gaz aldéhyde formique soit précédé d’un dégagement de vapeur.
Les couvertures devront être l’objet d’un traitement analogue. Quant au lit, au mobilier et aux objets à usage, on devra les badigeonner avec la solution forte à 5 p. 100 d’aldéhyde formique, il en sera de même pour les toiles cirées, les objets en cuir, les masques d’escrime; cette désinfection devra être faite à l’aide d’une brosse puis d’un linge imbibé de la solution antiseptique.
Les instruments des perruquiers seront désinfectés par une immersion de' trois heures dans la solution d’aldéhyde formique à 5 p. 100 ou dans l’eau bouillante; il en sera de même des embouchures des instruments de musique. La décision ministérielle du 23 juillet 1890 prescrit pour ces derniers une désinfection toutes les fois que l’instrument change de propriétaire; de plus ils devront être nettoyés tous les mois.
Les objets sans valeur tels que paille, foin, chiffon, papier, pièces de pansement, décombres, fumier et débris d’animaux et de végétaux doivent être incinérés.
La désinfection des livres pourra se faire dans la cellule à formol sans dégagement de vapeur. En son absence on pourra appliquer le procédé de M. Miquel.
Dans une armoire fermant convenablement, on dispose des étagères
PRATIQUE DE LA DESINFECTION
en grillage de fer galvanisé, sur lesquelles on place les livres perpendiculairement, comme dans une bibliothèque, en ayant soin de les tenir ouverts sur un angle de 60 à 80 degrés. Cela fait, on immerge dans une cuvette contenant deux parties de formol commercial et une partie de chlorure de calcium cristallisé un linge de toile roulé sur une baguette de bois, en évitant de se mouiller les doigts. On déroule le linge et on le pend au-devant des étagères; on ferme l’armoire et on laisse la désinfection se poursuivre vingt-quatre heures.
Dans ses expériences, Miquel1 a constaté la stérilisation des livres souillés de cultures de staphylocoques, de bacilles de la diphtérie, de la fièvre typhoïde, de crachats tuberculeux. Seuls, les bacilles sporulés ne sont pas entièrement détruits.
Désinfection des locaux 2. — La propagation des maladies contagieuses s’opère surtout par les cas frustes, légers, et par les convalescents. Cette notion très ancienne et qu’on retrouve dans les ouvrages de nos maîtres a été objectivée par la bactériologie dans ces derniers temps par la démonstration de la persistance des germes dans l’organisme longtemps après la guérison des malades. Aussi, du même coup, la propagation par des locaux contaminés a-t-elle perdu un terrain que celle-ci d’ailleurs n’aurait jamais dû occuper3. Déjà avant cette période Fliigge, Moritz Wolf, Bard avaient nié toute participation des locaux à la propagation de la diphtérie, et l’exemple de la fameuse épidémie de diphtérie de la maison de Saint-Denis, cessant en juillet 1881 par le licenciement des élèves et réapparaissant en octobre lors de leur rentrée, malgré une désinfection très sérieuse des locaux, est un fait d’observation éloquent, qui démontre l’impuissance ou l’inutilité de cette mesure, en même temps qu’il apporte confirmation du rôle des convalescents alors méconnu.
Nous avons fait voir 4 5, par des exemples tirés d’une longue pratique, que, pour les fièvres éruptives du moins, la persistance des germes en dehors de l’organisme, notamment dans les locaux d’habitation, était absolument problématique.
M. Lesage 3 vient de rapporter des faits analogues. En faisant passer dans des boxes annexés à la consultation externe de l’hôpital
1. Miquel, Sur un mode de désinfeclion des livres, L'Hygiène générale et appliquée ,
2. Voir discussion sur la désinfection d’une chambrée dans le Bull, de la Soc. de méd. milit., nov. et déc. 1007 et janvier, mars, avril, mai 1908.
3. G. -H. Lemoine, Désinfection des locaux, Journal des Praticiens , 12 juin 1900, p. 309.
4. /(/., Persistance problématique des germes des fièvres éruptives dans les locaux, Revue d'hygiène, 1908, et Désinfection et maladies infectieuses, Journal des Praticiens, 1908.
5. Lesage, Consultations externes en boxe à l’hôpital Ilérold, Tribune médicale, 4 septembre 1909.
Lemoine. — Traité d’hyg. 'milit.
Hérold un très grand nombre d’enfants atteints d’affections contagieuses diverses, il n’a jamais observé de contagion de ce fait. Le contact direct était évité en ménageant des portes d’entrée et de sortie différentes.
Un classement s’opérera un jour plus méthodique et plus scientifique, basé sur la longueur de la maladie, sur le milieu dans lequel a vécu le malade, sur les mesures prises au cours de l’affection.
Quoi qu’il en soit cependant, la désinfection des locaux est une mesure de propreté qui, rien qu’à ce titre, ne doit pas être négligée par l’hygiéniste, à condition qu’elle ne soit exécutée qu’à bon escient et de façon à ne faire subir aux habitants qu’un minimum de gêne. L’épidémiologiste, d’autre part, n’y verra qu’une mesure accessoire pour arrêter la marche d’une épidémie. Comprise ainsi, et renfermée dans de justes limites, elle pourra rendre quelques services. Cette façon de faire est surtout nécessaire dans l’armée où régnent constamment des maladies contagieuses dont l’extension au moyen de l’habitation est plus que douteuse.
Il n’existe qu’un petit nombre de méthodes de désinfection applicable aux habitations. Le lavage des surfaces à l’aide de désinfectants et le flambage appliqué par le médecin-major Godin 1 à l’asepsie du casernement et au mobilier du soldat sont, avec l’emploi de gaz antiseptiques, les seuls procédés d’un usage courant. Le lavage et le nettoyage pratiqués avec énergie à l’aide de la brosse, du balai, de l’éponge, de la lance et de façon à ce que le désinfectant pénètre partout, tel est, d’après A. -J. Martin2, le procédé qui aura d’autant plus de succès qu’il aura réussi à porter l’antiseptique sur tous les points où les microbes pathogènes auront pénétré et qu’il l’y aura laissé un temps suffisant pour que son action microbicide ait pu s’exercer. Pratiqué avec soin, une telle désinfection dépassera à coup sûr cette épaisseur de quelques millimètres de poussière que les gaz les plus antiseptiques ne peuvent atteindre, L. Martin emploie pour ces lavages une solution d’eau de Javel à 1 p. 50. Lorsqu’il s’agit de surfaces revêtues de matériaux sans valeur comme les parois de nos casernes, le badigeonnage au lait de chaux à 20 p. 100 en ayant soin de ne pas gratter la couche précédente, opérera une désinfection suffisante comme l’a démontré Lapasset 3. Marage a fait voir qu’on pouvait encore recourir au lait de chaux pour le lavage du sol des
1. Godin, Désinfection du casernement, Caducée, 22 août 1903.
2. A.-J. Martin, Rapport lu au Congrès International de la tuberculose le 27 juillet 1898, Presse Médicale, 3 août 1898, Rapport au Congrès international d'Iiygiène de Bruxelles, 1903, Revue d'hygiène, 1910, p. 565.