‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 236 sur 252 · Abel, Deutsch med. Wochenschrift · texte numérisé non relu

Abel, Deutsch med. Wochenschrift

bacille perd toute sa virulence. Par contre, il la garde tout entière dans des passages successifs sur agar.

Les expériences en grand, faites dans des écuries, des bateaux, des greniers, etc., n’ont réussi qu’une fois sur cinq. Dans un cas, il s’agissait d’une écurie infectée de rats, on en trouva plusieurs de morts et les autres disparurent pour ne plus reparaître. Dans les quatre autres expériences, le résultat fut négatif; quelques rats moururent, mais leur nombre ne diminua pas.

Abel ne pense donc pas que la destruction des rats puisse se réaliser au moyen du bacille de Danisz. C’est aussi 1a. conclusion à laquelle est arrivé un médecin australien, Tidswell.

Les essais faits par Calmettes, Loir à Tunis, par Madren à Copenhague démontrent que, 50 fois sur 100, on a observé une destruction complète des rats, 30 fois une destruction partielle. Les résultats n’ont été nuis que 20 fois.

En 1901 des expériences de cette nature ont été effectuées à Nuitssous-Ravières, à Sens, aux Aubrais (5e corps d’armée), à Nevers (8e corps d’armée) et à Jausiers (14e corps). Elles donnèrent des résultats favorables dans ces cinq places; elles amenèrent la disparition à peu près complète des rongeurs à Nuits-sous-Ravières et à Nevers, et une destruction partielle dans les trois autres places. Les denrées ravagées par les rongeurs n’étaient pas contaminées; les cadavres non dévorés étaient desséchés et ne dégageaient aucune odeur.

Les expériences de l’automne 1902 ont, seules, donné, dans le 5e corps d’armée, quelques résultats, et les essais qui y furent tentés au printemps de l’année 1903 sont restés à peu près inefficaces; dans le 20e corps d’armée, les résultats ont été satisfaisants à Troyes, mais à Toul la disposition des locaux n’a pas permis de les constater d’une façon certaine.

Une circulaire du 12 décembre 1902 a autorisé l’emploi dans l’armée des cultures du bacille de Danisz.

B. Lutte contre les insectes (mouches, punaises, moustiques). — Contre les mouches de nombreux moyens ont été préconisés depuis les divers systèmes de gobe-mouches jusqu’au papier revêtu d’une couche de gelée arsenicale et au quassia amara imbibé d’eau et saupoudré de sucre. Tous ces moyens sont aussi bons les uns que les autres. Trillat et Legendre ont proposé un mélange de lait et de formol à 1 pour 10.

Aux punaises on a opposé l’acide sulfureux. Meilleur est le nettoyage des lits avec du pétrole et de la literie avec une solution de lusoforme (formol dissous dans une lessive alcoolique de soude).

PRATIQUE DE LA DÉSINFECTION

La poudre de pyrèthre donne peu de résultats. Les vapeurs de formol sont désagréables et ont une action d’autant moindre que la quantité d’oxygène laissée dans la pièce est plus grande.

Contre les puces et les punaises on a aussi préconisé les lavages avec une solution mercurielle. Celle-ci doit être suffisamment concentrée.

Mais l’un des ennemis les plus redoutables de l’homme est certainement le moustique. Nous avons vu plus haut que le moustique pouvait propager le paludisme, la fièvre jaune, la filariose, etc. La lutte devra donc être double; empêcher l’homme de contaminer le moustique et empêcher le moustique de contaminer l’homme.

En réalité les moyens employés sont les mêmes dans les deux cas.

Ils sont de deux sortes : l’isolement de l’homme et la destruction du moustique.

1 0 Défense mécanique individuelle. — C’est la méthode la plus simple. Il suffit de garantir les parties habituellement découvertes du corps, la figure, par une voilette ou une gaze fine, les mains par des gants.

11 est de toute nécessité d’avoir autour de son lit une moustiquaire à maille excessivement fine.

Cependant la moustiquaire présente, au dire de certains, bien des inconvénients. Schilling, entre autres, lui reproche d’entraver considérablement la respiration dans les pays chauds.

Aa Tec M. Sergent et nombre d’auteurs, nous reconnaissons qu’il est plus facile de préserver la masse elle-même que chaque individu pris en particulier, car « la défense collective dépend moins de la bonne volonté des individus ». Cette défense collective des individus a été fort bien étudiée par M. Sergent dans ses études sur la lutte contre le paludisme en Algérie.

La séparation des Européens, des indigènes porteurs constants de germes dans le sang, malgré l’absence de manifestations extérieures de paludisme, est une des premières mesures à prendre dans un milieu paludéen, car les moustiques transportent l’hématozoaire des uns aux autres.

La seconde mesure consiste à organiser la défense mécanique en faisant obstacle au contact du moustique, et avant tout à son entrée dans l’habitation.

Toutes les portes doivent être doublées de tambours dont les panneaux sont en toile métallique et maintenus constamment fermés par un ressort. Les fenêtres seront obturées par des toiles métalliques ainsi que les cheminées; malheureusement ce procédé est un obstacle sérieux à la ventilation, et M. Kermorgant est venu dernièrement conter à l’Académie que ce moyen n’avait pas été fort goûté des

hommes d’un régiment qui avaient détruit la toile métallique à coups de baïonnettes pour lutter contre la chaleur produite par ce moyen de protection.

M. Sergent1 recommande de bien blanchir les murs de manière à voir les anophèles qui seraient parvenus à pénétrer.

A la protection de l’individu lui-même ne doit pas se borner la campagne antipaludique. Il faut éloigner le moustique ou mieux l’exterminer.

2° Eloignement et destruction des moustiques. — Nombreux sont les moyens employés pour éloigner les insectes.

Un grand nombre de pommades ou de teintures ont été préconisées. Ferrera a proposé la suivante :

Vaseline 100 gr.

Naphtaline 10 —

Camphre 1 —

Essence de girofle ) . , ..

Acide acétique \ °

Essence d'anis 40 gouttes.

Blanchard a proposé une pommade au quassia; on en a fait à base de menthol.

Le formol donne peu de résultat. Au pénitencier de l’île d’Osinata, Ferni, Lumbau et Tonsini ont employé avec succès les vapeurs de chlore. Blanchard et Laveran ont proposé le flambage des larves.

Les Américains, à Cuba, dans leur lutte contre la fièvre jaune, se sont servis de la poudre de pyrèthre : les moustiques endormis par la fumée dégagée par la combustion tombent; on les balaye puis on les brûle (Anncdes d'hygiène de juillet 1902).

Trillat et Legendre2, en faisant évaporer 0 gr. 10 de quinoléine, ont immobilisé les moustiques en trente minutes et les tuent au bout de trois heures.

Aces diverses substances on a ajouté Faction des ventilateurs, des courants d’air. Le moustique, en effet, fuit l’air agité.

A bord des navires, le gaz sulfureux projeté au moyen de l’appareil Clayton rend de précieux services. Le commandant William Keith, de F Ahergeldie, relate que, grâce à ce procédé, il fut, à Galveston, complètement débarrassé des moustiques, alors que les navires voisins en étaient infestés et que, durant le reste de la traversée, il n’en vit pas un seul.

Page 1