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E. Sergent, La lutte contre les moustiques, Rueff

2. Trillat et Legendre, Procédés de destruction des moustiques et des mouches, Soc. de path. exotique , 9 décembre 1908.

PRATIQUE DE LA DÉSINFECTION

Les larves aquatiques 'sont plus faciles à tuer.

Dans ce but on peut utiliser les ennemis habituels de larves : les poissons ; les cyprins en particulier en sont très friands.

La larve n’aime pas l’eau courante : on a proposé la déviation des marais et la transformation de leur eau croupissante en une eau courante. Cela n'est pas toujours aisé à faire.

L’arrachement des herbes, des roseaux, ne donne pas des résultats absolument satisfaisants.

« Un autre procédé connu depuis longtemps consiste dans la répartition à la surface de l’eau d’une mince couche de pétrole. Quand les larves viennent respirer à la surface, de fines gouttelettes de pétrole, pénétrant dans la trachée, amènent la mort par asphyxie » (Laveran).

Quand la surface des eaux est couverte de végétation il est difficile d’étaler uniformément le pétrole. 11 faut enlever au préalable les algues ou plantes. Puis muni d’une longue perche coiffée à son extrémité libre d’un chiffon qu'on trempe dans le pétrole on promène l’instrument à la surface de l’eau, et le pétrole qui se détache s’étend et fait tache l’huile. Il suffit en général d’employer 5 centimètres cubes de ce liquide par mètre carré, tous les quinze jours. On peut encore utiliser un mélange de goudron et pétrole à la dose de 10 centimètres cubes par mètre carré, appliqué une fois au printemps. Quand les larves sont trop nombreuses, on peut mêler à l’eau des substances toxiques, délié préconise une couleur d’aniline : le larvicule. Cette substance est très soluble et aurait une action très prolongée. Il suffirait d’une concentration de 0,00031 p. 100 pour tuer les larves. Sauzeau de Puyberneau 1 a proposé de pratiquer cette opération à l’aide d’une macération de feuilles du cactus épineux.

Puisqu’il est à peu près impossible de chasser le moustique il faut le fuir. De fait, depuis la plus haute antiquité, on savait que pour éviter les fièvres il suffisait de quitter les vallées et de gagner les coteaux ou les montagnes. Le moustique, en effet, laisse difficilement de lui-même la région où s’est écoulée sa vie larvaire, et les anophèles ont le vol court en hauteur. Il en résulte que, dans les pays palutliques, les habitants ne construisent jamais au bord de l’eau mais toujours en un lieu élevé. Tout ce qui peut être un refuge pour les moustiques doit être détruit : arbres, broussailles, ileurs, etc., c’est ce que font les Anglais à Hong-Kong. Le moustique est, en effet, très friand de fruits juteux. Après s’être gorgé de sang, il se jette avidement sur une Heur, un fruit, pour en sucer le jus, alors qu’il refusera

I. Sauzeau de Puyberneau, Annales d'hygiene et de méd. coloniales , 1907.

de prendre un nouveau repas sanguin. Ces diverses cultures doivent donc être éloignées des habitations.

Tels sont les principaux moyens utilisés dans ces derniers temps contre ces vecteurs de contages. Les rats, les mouches et les moustiques ont accaparé jusqu’ici toute l’attention des hygiénistes. Il est probable que la connaissance plus approfondie des modes de contagion amènera la découverte du rôle d’autres animaux contre lesquels l’hygiéniste sera encore appelé à fournir des armes pour lutter avec succès.

CH A PITRE XXYII

DÉCLARATION, ISOLEMENT ET AUTRES MESURES PRISES CONTRE LES MALADIES CONTAGIEUSES

Malades et suspects. Maladies à microbe inconnu. Maladies à microbe connu.

Maladies se transmettant par des insectes. Prophylaxie internationale.

La déclaration des maladies contagieuses doit se faire dans l’armée conformément aux termes de l’article 5 de la loi du 15 février 1902, et de la notice 36, c’est-à-dire que tout contagieux doit être l’objet d’une déclaration individuelle. Elle sera faite à l’autorité civile aussitôt le diagnostic établi, à l’aide de carnets à souches.

Ces carnets à souches sont délivrés par l’autorité civile ellemême, c’est-à-dire par le Préfet dans les départements et par le Préfet de police à Paris, conformément aux prescriptions de la note circulaire n° 17 du gouvernement militaire de Paris.

Il arrivera souvent que le diagnostic définitif ne sera fait qu’à l’hôpital; dans ce cas, les carnets à souches sont remplacés par une formule collective sur laquelle sont portés les noms de tous les contagieux avec l indication de leurs provenances (corps, casernes ou domiciles), et, dans la colonne « observations générales », des renseignements sur l’étiologie possible de la maladie. Les imprimés de formule sont fournis par l’autorité civile et adressés aux hôpitaux par les soins du directeur du Service de santé.

Les maladies contagieuses ne doivent être déclarées qu’une fois. Les désinfections obligatoires ordonnées par la loi de 1902 sont faites dans l’armée pour les deux catégories de maladies contagieuses indiquées par le décret du 10 février 1903 et dont nous avons donné la liste plus haut. C’est-à-dire que ccs opérations doivent être faites aussi bien pour les maladies pour lesquelles la déclaration et la désinfection sont obligatoires que pour celles dont la déclaration est facultative.

D’autre part l’autorité militaire doit être informée du règne des maladies épidémiques. (Décret du 20 mai 1903.)

Isolement des malades. — L’homme atteint d’une maladie contagieuse est un danger pour les personnes de son entourage et pour les milieux qui l’environnent. Ce danger provient d’excrétions morbides dont la virulence persiste parfois longtemps après la maladie. Bien plus, cette virulence peut subsister chez des malades atteints de formes frustes et même chez des sujets sains. Ces données permettent d’orienter les mesures générales d’une prophylaxie rationnelle, dont l’exécution sera singulièrement facilitée par le groupement et la discipline des divers éléments constituant la collectivité militaire. Des mesures d’isolement devront donc être prises pour :

Les malades;

Les douteux (cas frustes; symptômes de la période d’invasion);

Les suspects (voisins sains des deux premières catégories) ;

Les porteurs de germes sains (?)...

La durée de l’isolement devra être en rapport : 1° avec la durée d’incubation de la maladie envisagée.

2° Avec la persistance de la virulence de l’élément contagieux chez le convalescent ou le porteur de germes sain.

Enfin l’isolement devra être étendu aux milieux contaminés par le malade ou les convalescents.

La durée de l’isolement pourra être abrégée par des opérations d’antisepsie et de désinfection.

Toutes ces mesures devront être commandées par la nature des différentes maladies, celles-ci comportant une incubation et des modes de propagation propres à chacune d’elles.

Nous n’envisagerons ici que les affections contagieuses le plus communément répandues dans le milieu militaire, et les maladies donnant lieu à des mesures de prophylaxie internationale.

Pour la clarté de l’exposition nous avons cru bon d’établir les trois groupes suivants :

1er groupe. — Affections dont l’élément pathogène est inconnu. Fièvres éruptives, oreillons, grippe, suette miliaire.

2e groupe. — Affections dont l’élémentpathogèneest connu. Diphtérie, méningite cérébro-spinale, fièvre typhoïde, dysenterie, choléra.

3e groupe. — Affections dont l’élément pathogène connu semble se transmettre le plus souvent par des hôtes intermédiaires (insectes). Paludisme, peste, fièvre jaune, typhus exanthématique.

1° Affections contagieuses à microbe spécifique inconnu. — Certaines de ces affections présentent ce caractère commun qu’elles se propagent surtout par les contacts interhumains, que leur règne ne

MESURES PRISES CONTRE LES MALADIES CONTAGIEUSES

paraît pas en rapport avec la souillure de milieux extérieurs à l’homme malade, eau, lait, aliments, ou du moins que les études épidémiologiques poursuivies jusqu’à ce jour ne nous donnent à ce sujet que des renseignements incomplets. On sait cependant que la scarlatine notamment a pu se propager par du lait provenant d’étables ou de fermes habitées par des malades atteints de cette affection.

Le microbe spécifique étant inconnu il n’y a pas lieu pour le moment de s’inquiéter des porteurs de germes, et par conséquent de procéder à des ensemencements destinés à nous les faire connaître. Cette recherche ne peut servir ici de base d’appréciation pour l’isolement primitif. Il ne s’ensuit pas cependant que nous soyons complètement désarmés pour l’application de mesures hâtives de prophylaxie. Ces affections présentent en effet, dès les premiers moments de leur période d’invasion, c’est-à-dire de leur période de contagiosité, certaines localisations morbides bien connues, mais souvent difficiles à déceler parce que très légères, échappant trop souvent à l’observation, mais qui peuvent donner une indication très précieuse pour la prophylaxie. Il en est de même des séquelles de la convalescence de ces maladies qui demandent à être recherchées.

Le succès des mesures de prophylaxie prises contre ces maladies contagieuses dans la collectivité militaire est en rapport avec la densité de la population casernée, et surtout avec le degré de promiscuité des hommes, c’est-à-dire avec l’existence ou la non-existence des chambres à effectif restreint.

La première mesure à prendre, en effet, lors de l'apparition d’un cas de fièvre éruptive, est de pratiquer l’isolement immédiat du malade par son envoi dans une chambre de l’infirmerie en attendant le transport à l’hôpital qui doit se faire dans la matinée. Il arrive trop souvent, en pratique, par suite de l’absence de ces chambres dans la plupart de nos infirmeries régimentaires, que ces malades, qui, d’ailleurs, cela est inévitable, sont arrivés au milieu du flot des camarades se rendant le matin à la visite du médecin, restent, malgré le diagnostic porté, au milieu des autres. Si une surveillance attentive n’est pas exercée, on les voit même sortir de l’infirmerie, rentrer dans leur chambre pour prendre de menus objets leur appartenant ou aller à la cantine étancher par un verre de lait ou d’autre liquide la soif qui dévore tout fébricitant. C’est ainsi que j’ai pu saisir sur le fait des contaminations dont l’origine au premier abord m’avait semblé en dehors d’un contact suspect.

Il faut donc insister sur la nécessité d’aménager dans les infirmeries des locaux d’isolement, et de les placer au rez-de-chaussée.

Le malade isolé, on devra également soustraire immédiatement

ses vêtements, son paquetage et ses fournitures de literie, en les transportant enfermés dans un sac ou dans un drap propre au local de désinfection. Cette manipulation devra être faite par un infirmier revêtu d’un vêtement spécial, et instruit et éduqué à cet effet.

Les voisins de lit devront être isolés dans un local de l’infirmerie pendant un temps égal à la période d’incubation de la maladie. Les camarades de chambrée et les amis du malade seront envoyés quotidiennement à la visite du médecin pendant le même laps de temps. Lorsqu’on a affaire à un premier cas, le médecin étendra son enquête à tous les hommes de l’unité à laquelle appartient le malade. Il m’est arrivé de découvrir ainsi l’importateur d’un premier cas de scarlaline1, à la caserne. Celui-ci, jeune soldat, avait quitté 8 jours auparavant sa famille dans laquelle se trouvait un scarlatineux, luimême avait été pris d’une simple angine le lendemain de son arrivée au régiment, angine si légère qu’il n’était même pas venu se présenter à la visite. La desquamation ultérieure de ce porteur de germes fît la preuve de la nature de la maladie.

En résumé : Isolement hâtif du malade, de ses vêtements, de son paquetage et de ses objets de literie.

Isolement des deux voisins de lit et autant que possible de ceux qui ont pu être en contact prolongé avec le malade dans les 24 ou 48 heures qui ont précédé son éruption.

Surveillance des hommes de la chambrée.

Temps d’isolement et de surveillance :

Pour la variole 12 jours.

— la rougeole 14 —

— la scarlatine 6 —

— les oreillons 25 —

— la grippe 6 —

— la suette 3 —

En dehors de ces mesures concernant le malade avéré, le médecin devra s’inquiéter de la recherche des cas frustes , et il portera son attention sur : les coryzas, conjonctivites et bronchites s’il s’agit de rougeole et de grippe, les angines s'il s’agit de scarlatine, les douleurs auriculaires et de mastication, le gonflement sublingual et sous-maxillaire s’il s’agit d’oreillons.

Deux procédés sont à sa disposition pour arriver à cette connaissance :

Ou bien passer une visite générale des hommes du régiment, ce qui n’est guère possible que dans les collectivités restreintes. Haury 2

1. G. -H. Lemoine, Contagion de la scarlatine, Bail, de la Soc. de méd. militaire, 1908.

2. Haury, Les porteurs ignorés d’oreillons, Hygiène générale et appliquée , mai 1909.

MESURES PRISES CONTRE LES MALADIES CONTAGIEUSES

a pu par ce moyen éliminer dès le début 6 hommes atteints de formes frustes d’oreillons (visite de 700 hommes).

Ou bien faire connaître par la voie de l’ordre que les hommes atteints de ces légères indispositions soient envoyés à la visite.

Ces dernières mesures concernant les cas frustes de la maladie ne sont guère applicables que lors de l’apparition du premier cas dans la collectivité.

A ce moment la rigoureuse observation de ces prescriptions peut arrêter l’extension de la maladie.

Mais si, malgré les premières mesures prises, l’affection se propage, les chances de l'arrêter dans sa marche envahissante diminuent avec le nombre des cas.

On devra cependant chercher encore à limiter autant que possible son extension en faisant exécuter d’une façon constante les mesures d’isolement des malades et des voisins de lit et amis, et en demandant au commandement de porter son attention sur les circonstances de service qui produisent un mélange des hommes appartenant à differentes unités, dans les réfectoires, les cantines, les corps de garde, les gardes d’écurie, etc., de façon à les supprimer autant que possible.

Il faut bien avouer enfin que bien des causes nous échappent encore sur le mode de propagation de ces affections. Il semble qu’il y ait, entre autres causes, des réceptivités de masse, comme il y a des réceptivités individuelles; les premières paraissent souvent commandées dans les régiments par des épidémies antérieures ayant produit des contingents de vaccinés qui limitent ainsi le ou les premiers cas par l’immunité du terrain en contact avec l’élément pathogène spécifique, Le plus ou moins de virulence des premiers cas, sous des inlluences inconnues, doit jouer encore un rôle important.

On se tromperait donc étrangement en attribuant toujours à l’insuffisance des mesures d’ isolement prises l’extension ultérieure de ces affections dans le milieu militaire.

Pour la variole, la première mesure à prendre après les isolements pratiqués comme il a été dit est de procéder à la revaccination non seulement des suspects isolés, mais encore de toute la population casernée. La circulaire du 17 février 1904 étend 1 obligation des revaccinations aux personnes civiles logées dans les bâtiments militaires.

y 1 V hôpital , les cas suspects seront l’objet d’un isolement individuel . Les malades seront dirigés sur le local destiné au traitement spécial de l’affection dont ils sont atteints. Il serait à désirer que ces locaux ne fussent pas de trop grande dimension, et que le nombre de lits

qu’ils contiennent fût aussi limité que possible. Le danger des fièvres éruptives, de la rougeole notamment réside dans des infections secondaires elles-mêmes contagieuses, c’est pourquoi nous voudrions voir rougeoleux, scarlatineux, etc., traités, pendant la période d’invasion et d’état, et tant qu’on peut craindre une infection secondaire, dans un cabinet individuel1. Ces malades, une fois la convalescence bien établie, seraient versés dans des salles communes différentes pour y subir le temps d’isolement réglementaire. Nous avons vu, en traitant de l’hospitalisation des contagieux, les dispositions à prendre à cet effet. Ce serait se faire illusion que de penser pouvoir maintenir enfermé pendant des semaines un homme qui, après quelques jours de période fébrile, est en réalité très bien portant. Donc traitement de tout malade dans une chambre individuelle; isolement du guéri dans une salle de 6 à 8 lits.

A quelle époque les malades de cette catégorie doivent-ils être rendus à la vie commune? Nous n’avons, pour élucider ce point que des données incertaines. L’expérience clinique a permis aux uns d’affirmer, par exemple, que le rougeoleux convalescent n’était pas contagieux; à d’autres, au contraire, que cette contagion ne faisait pas de doute. On peut dire d’une façon générale que la première opinion renferme la plus grande part de vérité, à condition de pas être trop absolue.

C’est ici qu’il faut faire intervenir les porteurs de séquelles, rares dans la rougeole, mais dont on ne peut cependant nier l’existence. J’ai rapporté un cas de ce genre 2. On a fixé cependant, d’une façon absolument arbitraire d’ailleurs, le temps d’isolement pour la rougeole à 15 jours. C’est aussi de la même manière qu’on a déterminé la durée de l’isolement du scarlatineux. Ici tous les auteurs sont unanimes à regarder la période de 40 jours comme un minimum; on s’est basé, pour la déterminer, sur l’histoire authentique de contagions qui se sont exercées longtemps après la convalescence delamaladie. On a même pensé regarder la desquamation cutanée comme le signe extérieur permettant d’affirmer ou d’infirmer le pouvoir de contagiosité du malade. Une saine critique ne permet plus de faire des squames le gîte des éléments de contagion ; ce sont ceux du pharynx qu’il faut craindre3. Malheureusement cette connaissance ne peut en rien préciser la durée de contagiosité puisque nous ne pouvons nous rendre compte de leur nature, de leur présence ou de leur absence.

Dans le doute nous sommes donc forcés de nous rallier à la durée

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