‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 37 sur 252 · Abelous, Arch. de Physiologie, 1893, p · texte numérisé non relu

Abelous, Arch. de Physiologie, 1893, p

ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX DES EXERCICES

ensemble de phénomènes pathologiques qui forment de véritables entités morbides ; elle peut encore favoriser l’éclosion de certaines maladies infectieuses.

La fatigue occasionne parfois des accidents suraigus, caractérisés par de l’angoisse précordiale, accompagnée de cyanose, d’irrégularité du pouls aboutissant à la syncope, à l’asystolie aiguë, à l’endocardite ou à l’œdème aigu du poumon. Ces accidents sont suivis de mort brusque ou rapide. On cite partout l’histoire du soldat de 'Marathon qui vint annoncer la victoire aux Athéniens et qui tomba mort après s’etre acquitté de sa mission. Bertherand a observé en Algérie deux coureurs indigènes qui moururent ainsi brusquement l’un après une course de 192 kilomètres en quarante-cinq heures, l’autre de 252 kilomètres en soixante-deux heures. Dans ces cas on constate après la mort une rigidité cadavérique rapide, suivie à très bref délai de putréfaction.

Le premier phénomène s’explique par la coagulation de la myosine par l’acide lactique produit pendant l’exercice immodéré du muscle (Ilerzen). Quant à la putréfaction, due comme on le sait aux microbes anaérobies, elle a été favorisée par la disparition d’oxygène consommé par le muscle.

Les accidents aigus ou suraigus sont assez souvent observés dans l’armée au moment des marches d’épreuve ou de grandes manœuvres sous forme de courbatures simples ou fébriles.

La fatigue, sans malaise général, a ses symptômes dans une sensation d’épuisement et qui consiste dans un retard dans le temps de la réaction psychique qui produit les fautes d’attention ou de mémoire.

A. Courbature simple. — La courbature simple se caractérise par de la lassitude, des maux de tète, des douleurs musculaires dans les membres, elle est apyrétique et passagère.

B. Courbature fébrile. — La courbature fébrile débute brusquement après l’exercice ou la marche qui l’a produite. Elle est caractérisée par trois symptômes primordiaux : céphalalgie, rachialgie, myalgies, ces dernières s’étendent à tous les muscles, elles sont spontanées et augmentées par la pression. Il est commun d’observer simultanément un état saburral et de l’insomnie. Cet état dure cinq à dix jours et se termine par la guérison. Souvent on constate un peu d’albumine dans les urines, l’urée, d’abord diminuée, augmente dans la convalescence. On a observé de véritables débâcles d urée. C’est ainsi que Bevilliod rapporte un cas dans lequel on a relevé le chilfre de 120 grammes en vingt-quatre heures. D’autre part, l’acidité de l’urine est augmentée, et Loger, Bouchard, Tissié, Bergonié, Chauffard ont noté une augmentation de la toxicité

urinaire. Le taux de l’urine est lui-même diminué (oligurie orthostatique, Linossier et Lemoine), ce qui explique en partie l’accumulation des déchets dans l’organisme.

Fournol1 a signalé chez ses malades une langue blanchâtre, rouge sur les bords, de la diarrhée, de la douleur et des gargouillements dans la fosse iliaque droite, de l’hypertrophie de la rate et même de petites taches ecchymotiques sur l’abdomen. Marfan, Peter ont insisté sur l’aspect typhique des sujets. Si l’on joint à cela la constatation d’une asthénie cardiaque avec dilatation, d’une lièvre subcontinue ou à rechute, on peut se demander si de nombreux cas qui portent l’étiquette de courbature fébrile ne relèvent pas en réalité de la fièvre typhoïde.

La lecture des nombreux travaux publiés sur ce sujet avant et après la thèse de Carrieu2 prouve surabondamment qu’ii en est ainsi. Un certain nombre d’observations de Fournol sont dans ce cas. Revilliod, en 1880, dans son étude sur les maladies de la fatigue qu’il réunit sous le nom de ponose, commet aussi cette confusion qui se répète dans le travail de Rendon3.

Quoi qu’il en soit la courbature fébrile existe, et Lubanski 4 en a bien établi l’expression clinique.

La pathogénie, qu’on dit encore aujourd’hui dans les classiques relever uniquement de l’auto-intoxication consécutive à la résorption des déchets organiques usés, semble devoir résider peut-être plus souvent qu’on ne pense dans une infection de l’organisme, par des microbes venus soit de l’intestin, soit d’ailleurs.

La diminution des sécrétions digestives sous l’influence de la fatigue vient encore enlever à cet organe des éléments de défense.

Cette façon d’envisager l’accident grave de fatigue n’implique nullement le rejet des autres causes invoquées par les auteurs pour expliquer les phénomènes observés. Les douleurs musculaires sont le résultat à la fois de la meurtrissure des muscles par les efforts répétés, équivalents à des traumatismes, et de l’accumulation des produits de déchets dans l’intimité de leurs tissus.

Enfin, la céphalée et l’insomnie sont observées dans la plupart des infections et des intoxications.

A côté de ce type fréquent d’accident par le surmenage se placent des formes diverses et plus rares. Telle la forme rhumatismale. Sous l’influence de la fatigue expérimentalement provoquée, on a constaté

Page 1