Rendon, Fièvres de surmenage , Paris
4. Lubanski, Archives de médecine militaire, 1883, V, n, p. 416.
ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX DES EXERCICES
une diminution ou un épaississement de la synovie, où apparaissent de nombreux globules blancs.
Il peut même exister parallèlement de l’érythème polymorphe (Dreyfus-Brissac1).
La forme cardiaque comprend la myocardite de surmenage de Peter, la dyspnée, l’angoisse, les arythmies rythmées, la douleur provoquée par la pression à la région précordiale en sont les signes habituels. La mort peut survenir en trois semaines, mais il est des cas plus bénins et tous les accidents peuvent se borner à la dilatation du cœur droit, un souffle systolique, de l’œdème malléolaire passager. Nul doute que certaines fièvres dites de croissance chez les enfants relèvent en réalité du surmenage. La fatigue répétée produit le surmenage chronique et un certain nombre d’états pathologiques que je ne ferai qu’énumérer.
Le surmenage chronique s’observe au régiment. Il se traduit par de l’amaigrissement, un état de faiblesse général; l’homme dit : « Je suis fatigué ». Il ne sent rien de plus, ne souiïre de nulle part, mais le médecin ne peul s’y tromper; les traits tirés du malade, la décoloration du tégument et des muqueuses le mettent sur la voie du diagnostic. Parfois le malade se plaint de palpitations et de dyspnée au moindre effort. J’ai observé de la bradycardie, des intermittences, des arythmies qui disparurent par un simple repos de quelques jours.
Ces troubles ne sont pas en général consécutifs à une marche, à un gros effort de courte durée, conditions qui président aux accidents aigus ou subaigus. Le plus souvent, il s’agit d’hommes ayant été de garde trop souvent, ayant manqué de sommeil d’une façon continue, ayant en somme fatigué chroniquement. Le médecin inspecteur Kelsch a insisté d’une façon toute particulière sur ce sujet.
La myosite atrophique (Lagrange), l’éndocardite et la myocardite, l’artério-sclérose entraînant la dilatation permanente du cœur, comme j’ai pu le constater moi-même à l’autopsie d’un bicycliste de profession, enfin l’athérome peuvent survenir dans les mêmes conditions.
C. Affections favorisées par le surmenage. — C’est un fait accepté par tout le monde que le surmenage favorise l’éclosion de maladies infectieuses. Charrin et Roger en ont donné une preuve expérimentale en créant la réceptivité morbide à une infection chez des animaux doués vis-à-vis d’elle d'une immunité naturelle. Ainsi le rat blanc, réfractaire au charbon, succombe cependant aux atteintes
1 DnEYFUs-BmssAC, Thèse de Paris, 1889.
du mal lorsque, après lui avoir inoculé la maladie, on le soumet à un travail forcé.
Le surmenage favorise donc l’infection dans sa genèse et l’aggrave quand elle existe; son rôle adjuvant dans la myosite infectieuse (Brunon), dans l’ostéomyélite des adolescents et surtout dans la tuberculose pulmonaire n’est pas discutable.
En ce qui concerne la dothiénenterie, le surmenage pourrait la faire éclore. Personne n’admet plus aujourd’hui que l’accumulation de simples déchets d’usure musculaire puisse produire à elle seule la fièvre typhoïde, mais la fatigue exagérée peut préparer le terrain. Les annales de la médecine militaire sont pleines d’exemples d’épidémies de fièvre tyhoïde dans lesquelles le surmenage semble avoir joué le principal rôle. Aussi mérite-t-elle d’être retenue, car elle mène à des données prophylactiques importantes, trop souvent oubliées.
D. Conditions qui favorisent le surmenage. — L’apparition des accidents du surmenage est favorisée par certaines conditions qui dépendent souvent de l’individu même ou du milieu extérieur.
L'âge est un facteur dont il faut tenir compte, car l’enfant, l’adolescent, non encore pleinement développés, offrent une résistance moins grande à la fatigue et certaines fièvres de croissance sont de simples témoins de surmenage. L’adulte résiste davantage, mais, de par les exigences de la vie, il est plus exposé aux conditions qui surmènent l’individu. Chez le vieillard, la lésion fréquente des émonctoires, du rein en particulier, est une cause prédisposante importante.
La profession , suivant le travail musculaire plus ou moins considérable qu’elle exige, est une cause adjuvante de premier ordre. Au point de vue militaire, les recrues sont plus exposées aux accidents. les grandes manœuvres en sont très souvent la cause déterminante.
On sait que, pendant le sommeil, l’organisme fait une véritable réserve d’oxygène et produit, d’après Bouchard, moins de toxine. On comprend dès lors l’importance qu’acquiert la 'privation de sommeil dans l’éclosion des accidents du surmenage.
Pratiquement, il y a danger à priver les troupes de sommeil lorsqu’on exige d’elles des fatigues prolongées.
D’après Helmholtz, les muscles, avec l’habitude, produisent un maximum de travail : l 'habitude crée ainsi une sorte d’immunité contre la fatigue. On s’explique alors les effets nuisibles des changements de profession, du défaut d’entraînement, peut-être même peut-on invoquer une hérédité d’habitude qui expliquerait la résistance de certaines races humaines à la fatigue.
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11 faut compter aussi avec Y influence morale. Un travail ennuyeux surmène plus qu’un travail intéressant. Des fatigues supportées par des gens démoralisés, tels que des soldats en déroute, sont particulièrement nocives.
A côté de ces conditions, qui relèvent de l’individu, il faut signaler également l’influence du milieu cosmique. La chaleur favorise l’apparition de la fatigue, non seulement parce qu’elle met obstacle à la déperdition de l’excès de chaleur qu’entraîne un exercice violent, mais parce qu’elle trouble fréquemment les actes digestifs. L’excès de froid exige une plus grande dépense d’éléments nutritifs pour sauvegarder l’équilibre thermique.
On a constaté aussi que la fatigue survient plus facilement avec l’abaissement de la pression barométrique.
L’état hygrométrique de l’air, lorsqu’il est près du point de saturation, entrave les éliminations pulmonaires et cutanées et peut constituer de ce fait une condition favorisante.
Enfin, la nature des exercices contribue pour sa part à provoquer la fatigue; ceux de vitesse et de force entraînant le surmenage aigu, ceux de fond, le surmenage subaigu et prolongé.
IV. Accidents dus à la chaleur. — L'érythème solaire ou « coup de soleil » n’est qu’un accident local léger sans retentissement sur l’état général.
Les sujets atteints d’accidents dus à la chaleur peuvent se diviser en deux catégories :
Les insolés passifs et les insolés actifs.
Les premiers reçoivent du milieu ambiant plus de calorique que leur organisme n’en peut céder, et il en résulte une augmentation de la température centrale.
Dans ces cas, la chaleur extérieure est excessive. C’est ce que nous voyons se produire dans les chambres de chauffe des navires ou sur le pont des bateaux sous les tropiques.
On peut en rapprocher les faits d'insolation survenant dans les revues après une exposition prolongée aux rayons directs du soleil dans l’immobilité.
Les seconds reçoivent aussi du milieu ambiant une certaine quantité de calorique, mais la chaleur extérieure peut très bien n’être pas excessive, elle est parfois modérée, mais à la chaleur subie directement s’ajoute une augmentation de température produite par le travail.
Dans ces conditions, l’élévation de la température du corps le rend plus sensible à l’influence des produits toxiques. C’est à cette
deuxième catégorie qu’appartiennent la plupart des insolés que nous observons dans nos pays et dans l’armée, au cours des marches et des manœuvres. Il s’agit en réalité d’accidents de surmenage favorisés par la chaleur. Nous retrouvons là des troubles de la régulation thermique du corps provenant du mauvais fonctionnement des organes épurateurs : poumons, peau dont le jeu normal est entravé par les vêtements, l’équipement, l’état hygrométrique de l’air, et en plus la chaleur de l’air ambiant. Les fonctions rénales périclitent également et, suivant leur degré d’altération, favorisent plus ou moins l’apparition des accidents. Ceux-ci consistent dans la forme légère, en éblouissements, faiblesse, gêne respiratoire, congestion ou pâleur de la face, battements artériels et tendance à la syncope. A ces signes viennent s’ajouter, dans les formes graves, des convulsions prolongées avec intermittences de quelques secondes (Brigdes, d’Espine, Moussous) ou bien du coma ou du délire avec ou sans contracture de la mâchoire et des membres. Ce délire s'accompagne souvent d’idées de suicide. Les pupilles sont dilatées ou contractées, il y a de la cyanose, des palpitations, de l’écume rose aux lèvres, les conjonctives sont injectées. La ponction lombaire a permis de constater de l’hypertension du liquide céphalo-rachidien. Le médecin major Dopter 1 a trouvé que, dans les cas graves, le liquide céphalo-rachidien, trouble, albumineux, renfermait des éléments cellulaires en abondance.
Du côté du tube digestif, on observe des vomissements, des selles involontaires. La température centrale a été trouvée de 42°, 43°, 45° au moment et même une demi-heure après la mort.
Quelle que soit la pathogénie de ces accidents, l’intervention du médecin, qui doit être hâtive., se hase sur les deux éléments cliniques suivants : l’insolé est pâle ou congestionné.
Dans le premier cas, on devra recourir aux stimulants, injections sous cutanées d’huile camphrée ou d’éther, le malade doit être étendu la tète dans une position déclive. Lacassagne a conseillé les injections d’essence de térébenthine qui devront être faites, à la dose de 1 centimètre cube, à la face externe de la cuisse. On recourra aux affusions froides et à la flagellation, enfin on procédera aux tractions rythmées de la langue.
Chez les insolés congestionnés, cyanosés, la méthode de choix est la saignée, puis la ponction lombaire en cas de céphalée persistante.
Dans tous les cas, on devra commencer par étendre le malade en