Dopter, Société médicale des Hôpitaux , 4 décembre
ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX DES EXERCICES
plein air, après l’avoir débarrassé de son équipement et avoir ouvert ses vêtements.
Sabatier a conseillé l’administration de 5 à 9 gouttes d’une solution d’adrénaline à 1 p. 1000.
La proph)daxie est celle de la réglementation rationnelle des marches que nous avons déjà fait connaître et qui peut se résumer ainsi :
1° Choix de l’heure des marches.: ne pas marcher de neuf heures du matin à quatre heures du soir en été. Heures de départ fixées en songeant à sauvegarder les heures de sommeil. Léger repas avant de se mettre en route. Choix d’un itinéraire en rapport avec la température ;
2° Desserrer les vêtements;
3° Protéger la tête par un mouchoir mouillé;
4° Décharger les faibles;
3° Desserrer les rangs ;
6° Haltes plus fréquentes (ne pas laisser les hommes s’étendre sur le sol et choix d’un emplacement ombragé et largement aéré). Eviter les endroits resserrés ;
7° Boisson : provision emportée en route : thé, café; approvisionnements d’eau le long de la route.
8° Surveillance du médecin qui doit parcourir les rangs.
Surveillance des employés malingres, douteux, de tous ceux qui ne sont pas entraînés.
La pathogénie du coup de chaleur a été établie par les auteurs d’une façon di ITé rente . Ces accidents semblent d’ailleurs susceptibles de recevoir plusieurs interprétations suivant les circonstances qui ont présidé à leur genèse.
Lorsque la température subie est excessive, la coagulation des fibres musculaires du cœur, opinion défendue par Cl. Bernard. Vallin, semble assez rationnelle, bien qu’expérimentalement Laveran et Begnard n’aient pas trouvé de rigidité cardiaque.
La diminution du taux de l’oxygène du sang a été trouvée par Cl. Bernard, Vallin, Mathieu et Urbain, mais le sang avait été recueilli après la mort. Vincent n’a pas constaté le même résultat dans le sang recueilli pendant la vie. La teneur en oxygène resterait normale.
D’autre part, Laveran et Begnard, qui ont fait la même constatation que Vincent, ont vu que la quantité d’acide carbonique diminuait d’une façon très marquée.
La capacité respiratoire de l’hémoglobine est donc intégralement conservée, et on ne peut tabler sur les troubles proprement dits de l’hématose.
La toxicité du suc des organes d’animaux ayant succombé à l’insolation, a fait penser à Hirsch, Lereboullet, Stillet, qu’il se produisait une auto-intoxication. Laveran et Regnard, ayant pu injecter impunément à un chien sain 250 centimètres cubes de sang défibriné pris sur un chien mort par la chaleur après un travail prolongé dans l’étuve, pensent que les produits toxiques accumulés dans l’organisme dans ces conditions ne sont pas suffisants pour produire les accidents, et ils concluent de leurs recherches que la mort par la chaleur est due à des troubles de l’innervation qui surviennent quand la température du milieu intérieur atteint 45° chez l’homme et les animaux supérieurs. Mais les accidents dus à la chaleur peuvent ne pas s’accompagner d’une pareille élévation thermique. Ne peut-on penser qu’alors il se produit au sein du système nerveux une combinaison avec les substances toxiques toujours fournies par l’organisme; celles-ci seules sont impuissantes à produire les accidents, mais la chaleur en augmente l’action comme dans les expériences de Langlois et Richet J. Ces observateurs ont fait voir en effet qu’on déterminait chez le chien des convulsions à l’aide de la cocaïne, du lithium, etc., la dose suffisante pour déterminer l’accès convulsif était d’autant plus faible que l’on élevait la température du chien. D’où ces expérimentateurs ont conclu que la chaleur favorisait la combinaison du poison avec la substance nerveuse. Enfin Kelsch a attiré l’attention sur l’insuffisance des émonctoires sur la méiopragie de certains organes, comme le rein, par exemple. Chauffard, en démontrant chez nombre de sujets sains en apparence l’existence des néphrites parcellaires, a permis de comprendre la pathogénie invoquée par Kelsch. D'après mon expérience personnelle, c’est à l’existence des lésions rénales légères et latentes qu’il faut attribuer le plus souvent la genèse des accidents de surmenage avec ou sans insolation.
En réalité, dit le médecin inspecteur général Vaillard1 2, la pathogénie du coup de chaleur ne semble pas comporter une explication univoque, parce que les accidents qui le traduisent ou qu’on lui impute révèlent un état complexe, ayant des degrés nombreux, des formes diverses et sans doute aussi des causes multiples.
Les accidents éloignés de l’insolation ont été peu étudiés. E. Regis3 a appelé l’attention ces derniers temps sur certains états psychopathiques aigus, état de confusion mentale avec délire hallucinatoire, suivis d’obnubilation intellectuelle et d’amnésie à la fois rétrograde
1. Langlois et Richet, Société de biol., 1893, et (I’Espine, Congrès de Toulouse, 1902.