Croue, Deutsch. milit. Zeitschr
ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX DES EXERCICES 69
La prophylaxie consiste à supprimer le mode de fabrication actuel de l’hydrogène par les produits chimiques, et de lui substituer le procédé par électrolyse de l’eau, ainsi que cela se fait maintenant au parc d’aérostation militaire de Chalais-Meudon.
Empoisonnement par les gaz développés par la pondre sans fumée h — Les gaz qui se dégagent à la suite des explosions brusques de la poudre B sont : l’oxyde de carbone et des vapeurs nitreuses.
Les effets de ces explosions ont été bien étudiés par L’Helgouach et Valence1 lors d’une explosion de cette nature survenue à bord du croiseur Forbin en 1904.
A la suite d’une explosion violente dans la soute aux munitions, un certain nombre d’accidents se produisirent sur les hommes logés à proximité du lieu de l’accident. Les symptômes observés, consécutifs en général à une sensation d’odeur acre prenant à la gorge, ont consisté d’abord en une irritation trachéo-pharyngienne très marquée donnant lieu à une toux sèche, pénible, courte, quinteuse, accrue par le moindre effort ou un simple changement de position. Dans les cas graves, on constata de la congestion pulmonaire tantôt au sommet, tantôt aux deux bases; dans plusieurs cas, on a observé des crachats hématiques. Cette toux s’est accompagnée de vertiges, de lipothymie, de torpeur et d’obnubilation intellectuelle; on note, dans presque tous les cas, une sensation d’angoisse précordiale ou bien une sensation d’étau enserrant la base de la poitrine; on note en même temps de la cyanose du visage et de la petitesse du pouls. La céphalée est intense dans presque tous les cas, chez quelques sujets on observa des crampes dans les mollets avec diarrhée légère et douleurs abdominales. Enfin on a constaté des vomissements bilieux, nausées et tous les symptômes de l’embarras gastrique. Les urines, rares au début, prennent peu à peu l’aspect d’urines fébriles, foncées en couleur sans albumine. Dans deux cas on observa de la glycosurie ayant duré deux ou trois jours (12 grammes de sucre). Le sang retiré de la veine par une saignée était noir. On n’a pas observé de troubles nerveux proprement dits, pas de phénomènes paralytiques. Cependant certains sujets ont accusé une sensation de courbature prononcée.
Il se peut que l’oxyde de carbone ait eu quelque part dans l’empoisonnement et qu’il ait préparé l’action des vapeurs nitreuses. Mais à part la fatigue générale accusée par certains malades, tous les autres symptômes et, en particulier, la coloration noire du sang permettent d’éliminer ce dernier gaz comme cause des accidents.
1. L’Helgouach et Valence, Arch. de méd. navale , juillet 1804, p. 3d.
Accidents consécutifs à T inhalation de vapeurs d'alcool et d'éther se dégageant au cours de la fabrication de la poudre B. — Les différentes opérations qui se succèdent dans la fabrication de la poudre B produisent toutes, à des degrés divers, des émanations d’alcool et d’éther dont l’effet se fait plus ou moins sentir dans les établissements destinés à cette fabrication. 11 sont caractérisés par des troubles du sommeil, des cauchemars au cours desquels les sujets se voient entourés de bêtes féroces, de flammes; il accusent en même temps des crampes dans les mollets survenant la nuit, des pituites matinales, de la sécheresse de la gorge et de la bouche, de l’anorexie, de la faiblesse dans les membres et des vertiges.
Toute la prophylaxie de ces divers accidents tient dans la ventilation énergique des locaux. La loi du 11 juillet 1903, d’ailleurs, portant modification de la loi du 12 juin 1893 sur l’hygiène et la sécurité des travailleurs dans les établissements industriels, prévoit l’élaboration de règlements concernant l’évacuation des poussières et des vapeurs, l’aération et la ventilation des locaux ouvriers.