Fonteyne, Presse médicale , 25 sept
3. Fornet, Les intoxications alimentaires et les « Bacillentrager », Hygiène de la viande et da lait , 1908, p. 67.
En général, l’alfection débute douze à quatorze heures après l’ingestion de l’aliment, parfois une demi-heure, d’autres fois neuf à dix jours; celui-ci a toujours été une conserve, le plus souvent de saucisson, d’où « Wurstvergiftung », nom donné au botulisme par les Allemands.
Il se produit un malaise avec sensation de poids au niveau de l’épigastre, qui est douloureux au toucher, puis apparaissent du hoquet, des nausées, de la diarrhée avec coliques plus ou moins intenses. Bientôt celle-ci fait place à de la constipation, et les phénomènes nerveux qui peuvent survenir dès le début apparaissent plus souvent à cette dernière période, c’est-à-dire deux ou trois jours après le début des accidents. Ils consistent en troubles oculaires, diminution de l’acuité visuelle, sensation de nuage devant les yeux, diplopie, cécité complète transitoire, du ptosis, du strabisme, de la dilatation pupillaire constante avec perte du réflexe à la lumière et à l’accommodation. Les troubles auditifs seraient rares, d’après Müller, qui n’aurait rencontré des bourdonnements d’oreilles que 9 fois sur 88 cas; ils seraient fréquents d’après Husemayn. On observe encore -une perte de la sensibilité et de la motricité de l’isthme du gosier (glosso-pharyngien), puis des troubles de la parole, balbutiement dû à une parésie de la langue. Le nerf vague lui-même manifeste son intoxication par des troubles de la respiration et de la tachycardie. Les nerfs spinaux sont peu touchés.
La bouche se sèche, le malade a une sensation de brûlure dans le cou, la dysphagie s’exaspère, l’aphasie complète apparaît en même temps qu’une toux croupale et de l’enrouement, toutes les sécrétions sont supprimées et le malade succombe par paralysie respiratoire. Quelquefois, on a observé de la parotidite avant l’issue fatale.
Quand la maladie guérit, c’est-à-dire 60 fois sur 100 d’après les auteurs, les troubles nerveux disparaissent progressivement; la peau peut desquamer (Müller). Il n’est pas rare d’assister à la chute des cheveux, la convalescence est assez longue : laksch a noté des rechutes fréquentes.
La durée de la maladie est souvent courte; d’après Müller, sur 48 personnes atteintes, 6 moururent dans les vingt-quatre premières heures; chez les autres, la maladie dura plus de trois semaines.
Le microbe décrit par Yan Ermengem est un bacille anaérobie, saprophyte, sécrétant un poison très actif analogue aux toxines tétaniques ou diphtéritiques. Cette toxine ou le microbe injecté aux animaux reproduit en grande partie les symptômes du botulisme humain. Une température de 70° atténue sa puissance et celle de l’ébullition la détruit. La cuisson des aliments met donc sûrement ^
INTOXICATIONS ET INFECTIONS ALIMENTAIRES
l’abri des accidents, à condition que la viande ait subi l’influence d’une chaleur élevée dans toutes ses parties. C’est à la suite de la consommation d’un jambon que Yan Ermengem 1 isola le microbe de l’aliment contaminateur (épidémie d’Ellezelles). Depuis cette époque plusieurs accidents de même nature ont été observés en Allemagne, et Landmann et Fischer en ont rapporté en 1905 une série d’une sévérité exceptionnelle survenue à Darmstadt, où sur 21 cas, on observa 11 morts. Il s’agissait de l’ingestion d’une boîte de conserve de pois contaminés par des débris de viande.
En général l’aliment cause des accidents est presque toujours une viande conservée ou travaillée. Pflüger a relaté des accidents de botulisme à la suite de l’ingestion de fromage 2.
L 'ichtyosisme paralytique représente en son entier les accidents du botulisme et ne se différencie que par la nature de l’aliment ingéré qui est le poisson conservé. On l’observe souvent en Russie.
En résumé : Les empoisonnements alimentaires se manifestent sous deux formes : la gastro-entérite et le botulisme. Tandis que cette dernière affection a une étiologie microbienne spécifique bien nette, la gastro-entérite semble produite par des facteurs multiples. Intoxications par les ptomaïnes des viandes putréfiées, par des toxines d’agents microbiens divers, infections par ces mêmes microbes restesvivants dans une viande provenant d’animaux malades. Le bacille entéridis et les salmonelloses, dont le paratyphique B fait partie, sont les micro-organismes dont la présence a été le plus souvent relevée soit dans les aliments, soit dans le sang des sujets empoisonnés.
La gastro-entérite, confondue avec les infections paratyphoïdes par Trattmann, devrait, d’après Sacquépée, être regardée comme occupant une place à part dans le cadre nosologique en raison de son allure clinique qui est différente. Cependant cette différence accentuée dans les types extrêmes, se repose sur des caractères moins nets si on envisage l’ensemble d’une même épidémie au cours de laquelle on observe à la fois des cas de gastro-entérite avec ou sans symptômes cholériformes, et des cas de fièvre paratyphoïde. Il n’est pas douteux que, dans certains groupes de faits, gastro-entérite et paratyphoïde sévissent côte à côte. D’ailleurs la présence des salmonelloses est décelée dans l’un et l’autre cas.
Un même microbe peut produire ces deux formes. La différence d’allure clinique serait-elle due à des associations microbiennes encore
1. Yan Ermengem, Contribution à l’étude des intoxications alimentaires, 1897.