Gendens, Bull. méd. vétérinaire, 1909, p
ALIMENTS TIRÉS DU RÈGNE ANIMAL
La question demande à être étudiée au point de vue du danger de la consommation de :
A. — Lait provenant d’animaux tuberculeux;
B. — Du lait commercial.
A. Lait de vaches tuberculeuses. — La présence du bacille de Koch a été constatée par un grand nombre d’auteurs, soit directement après simple dépôt ou après centrifugation, soit en injectant du lait à des animaux de laboratoire.
L’expérimentation a porté tantôt sur le lait de vaches reconnues ou non atteintes de tuberculose généralisée, pulmonaire ou locale, tantôt sur le lait commercial.
Il est difficile d’accepter tous les résultats en bloc. De plus, depuis 1900, une nouvelle découverte, celle des bacilles acidophiles dans le lait et le beurre, par Rabinovitch et Pétris a contribué à jeter le doute sur la valeur des constatations antérieures.
Aussi, peut-on dire que toutes les recherches faites jusqu’alors, lorsqu’elles reposent sur un simple examen microscopique et la simple constatation du bacille sont sujettes à caution.
On peut ranger dans trois groupes principaux les opinions qui ont été émises sur les dangers que présente le lait provenant d’animaux tuberculeux.
a. Le lait est toujours dangereux parles microbes qu’il contient, ou par la toxine.
b. Il n’est dangereux que lorsqu’il y a lésion du pis.
c. Il ne donne pas fatalement la tuberculose.
a . — Le lait provenant d’animaux tuberculeux est toujours dangereux. — Une commission réunie à Berlin sous la présidence de Virchow a fait voir que dans un très grand nombre de cas, des animaux nourris avec du lait de vaches phtisiques devenaient tuberculeux.
1° Parce quü contient le bacille tuberculeux. — Brush a fait observer que plus un pays est riche en bovidés, plus il est riche en tuberculose. Ernst, dans une série d’expériences, constata la présence du bacille tuberculeux 31,5 p. 100 dans le lait des vaches tuberculeuses, mais sans lésions du pis. Sur treize veaux nourris avec du lait de cette provenance, il obtint cinq résultats positifs et un douteux.
Deinmer a cité le cas de quatre enfants morts de tuberculose intestinale à la suite de la consommation du lait provenant d’une vache tuberculeuse.
2° Parce quil renferme une toxine spèciale. — La toxine tuberculeuse admise par Michelazzi, Law, Jemme, ne serait pas tuée par la chaleur. Mais l’existence d’une telle toxine n’est pas admise par tout le monde.
b. — Le lait des animaux tuberculeux n’est dangereux que parce
QUE LA VACHE A UNE MAMMITE TUBERCULEUSE . BrOUardel cite
le fait suivant : Dans un pensionnat de jeunes filles, cinq ou six d’entre elles succombent à une tuberculose aiguë. Or, ces jeunes filles, sans antécédents personnels ni héréditaires, faisaient une très grande consommation de lait, qu’elles ingéraient cru, provenant d’une vache porteuse, on le reconnut plus tard, d’une mammite tuberculeuse.
Les expériences déjà anciennes de Chauveau et de Johne tendraient à démontrer la réalité de ces faits. Sim Wordhead, etSydner, Mutch, Michelazzi, partagent l’avis de Nocard, pour lequel la mammite tuberculeuse seule est susceptible de communiquer au lait des propriétés spécifiques.
C. Le LAIT DE VACHES TUBERCULEUSES NE DONNE PAS FATALEMENT LA
tuberculose. — Imlch nourrit des veaux sains avec du lait provenant de vaches tuberculeuses. Ces animaux sacrifiés au bout de deux mois ne présentent pas traces de tuberculose.
Gallavardin a consommé, lui et sa femme et ses enfants, du lait d’une vache reconnue tuberculeuse, pendant un an sans accident. Bollinger cite vingt observations d’enfants nourris du lait de vaches reconnues plus tard tuberculeuses. Aucun ne fut tuberculeux.
C’est qu’il faut faire intervenir en effet d’autres facteurs que le bacille, pour expliquer l’apparition de la tuberculose chez les sujets nourris avec du lait provenant d’animaux tuberculeux. Le nombre des bacilles joue un rôle important. Il est préférable de boire du lait de plusieurs vaches que d’une seule. La Amie d’introduction mérite d’être considérée : l’ingestion des bacilles est moins dangereuse que l’inoculation. C’est ce qui explique la discordance des cas cliniques et des cas expérimentaux.
Enfin, la virulence du microbe joue un rôle primordial dans l’infection.
B. — Lait commercial. — Le lait commercial, qui est un mélange de lait de vaches saines et de vaches tuberculeuses, doit toujours être tenu pour suspect. Les expériences sont nombreuses, mais les résultats très Arariables.
Beck \ en 1900, sur 56 échantillons vendus à Berlin, a obtenu les résultats suivants :
15 p. 100 contenaient le bacille acidophile de Bobinowitch et Pétris ;