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MOUVEMENTS DE LA MER ET MAL DE MER

§ i. — Mouvements de la mer.

Un navire à la mer n'est jamais complètement immobile, même par les temps les plus calmes ; l'influence de la houle ou de son propre sillage, quand il est mû par la vapeur, lui communique toujours quelques oscillations; sous l'action de la brise et des lames qu'elle soulève, ces mouvements s'accroissent et atteignent enfin dans les gros temps' une violence qui menace sa sécurité.

Lorsque le bâtiment descend dans le creux d'une lame et remonte sur sa crête, sa ligne axuelle passe de l'horizontalité à l'inclinaison s'élève et s'abaisse alternativement : c'est à ce mouvement que les marins ont donné le nom de tangage; A^us le roulis, au contraire, c'est axe transversal qui descend et remonte au-dessus et au-dessous de 1 horizon, et le navire oscille d'un côté à l'autre.

Pour concevoir la production du mouvement de tangage, supposons la mer parfaitement plane et calme, c'est-à-dire horizontale au moment ou la lame qui doit produire le tangage soulève sa surface. La section verticale de cette lame figure une courbe dont la hauteur se. mesure par la perpendiculaire abaissée du sommet de courbure sur le plan horizontal. Au fur et à mesure que la lame soulève l'arrière du navire 1 avant s'abaisse, et cette inclinaison s'accroît jusqu'au moment où la porlion du bâtiment comprise entre le centre de gravité et l'arrière a dépassé la plus grande hauteur de la lame ; arrivé à ce point le navire rencontre un plan incliné de l'arrière à l'avant sur lequel il glisse • mais e sommet de courbure de la lame progresse incessamment, arri've sur lavant du centre de gravité et soulève le navire de l'avant à l'arrière

Une nouvelle ondulation marine engendre de nouveau ce double mouvement, et le tangage est ainsi produit. Nous venons de supposer que la mer vient de l'arrière : vient-elle de l'avant ou du plus près, le tangage initial se produira, bien entendu en sens inverse, c'est-à-dire que l'avant sera soulevé et l'arrière abaissé. Cette théorie du mouvement de tangage permet de se rendre aisément compte de l'influence qu'exercent, sur sa violence, la longueur du navire (1), l'accumulation des poids sur l'avant, la hauteur des lames, leur succession plus ou moins rapide, les formes de l'avant du navire, etc.

Dans le roulis, le navire oscille d'un côté à l'autre autour de son centre de gravité; ce mouvement, qui acquiert, sous certaines allures, son maximum d'intensité, principalement lorsque le vent vient de l'arrière, a des limites plus ou moins étendues, suivant la répartition des poids, le tirant d'eau, la forme de la carène, etc.

Les combinaisons variées de ces deux modes d'oscillation, auxquels il faut joindre la trépidation particulière qu'éprouvent les navires à vapeur, engendrent toutes les secousses dont le bâtiment est agité, et que subissent les gens qui l'habitent. Étudions l'influence hygiénique de ces mouvements.

Si rien ne semble admirable, en physiologie, comme l'art mstmctif avec lequel l'homme équilibre le poids de ses organes et coordonne ses mouvements de manière à faire toujours passer, pendant la marche, son centre de gravité par le rectangle étroit que mesure l'écartement de ses pieds, ces efforts de mécanique instinctive ne sont rien auprès de ceux qu'exigent la station debout ou la progression sur le pont d'un navire à la mer Les mouvements, combinés ou successifs, du roulis et du tangage ne permettent pas, en effet, aux muscles un seul instant de repos ; dans le sommeil même, des contractions commandées par l'mstmct s'exécutent encore et luttent contre les forces de la pesanteur.

Dans le tangage sur l'avant, le corps, pour maintenir sa perpendicularité par rapport à la surface de la mer, s'incline fortement en arrière et l'angle dièdre qu'il forme avec le pont, au lieu d'être droit, devient obtus- dans Vacculée ou langage en arrière, le corps s'incline au contraire'en avant, et le même angle devient obtus en sens inverse. De même dans le roulis, le corps, comme l'aiguille d'un oscillomètre, se penche .alternativement dans un sens opposé à celui de l'inclinaison du Lvire; en même temps les pieds, s'écartant l'un de l'autre, élargissent la basé de sustentation, et la flexion des genoux, l'extension forcée de

m Tontes choses égales d'ailleurs, on souffre plus du mal de mer sur un navire très- (I) Toutes cnoses t-p'^» ' influence se fait sentir au maximum quand on

l'autre membre inférieur et l'inclinaison du torse en sens inverse du roulis, assurent, par un ensemble de laborieux efforts, le maintien mobile du centre de gravité.

La station debout sur un navire secoué par la mer est donc essentiellement active et exige l'intervention persistante de contractions musculaires. Les muscles qui étendent et fléchissent le tronc, ceux qui lui impriment des mouvements de torsion latérale, les leviers actifs que constituent les membres, entrent en action successive ou simultanée, et leur fonctionnement, dont le maintien d'un équilibre toujours menacé est le but, ne saurait se prolonger sans nécessiter une dépense considérable de forces et d'innervation.

S'il en est ainsi pour la station debout^ que sera-ce, à plus forte raison, de la marche? Combiner à chaque instant ses mouvements de manière à élablir convenablement les diverses bases de sustentation qui se succèdent les unes aux autres, les varier selon que le roulis ou le tangage sont plus forts, suivant que ces deux mouvements élémentaires s'associent diversement entre eux, autant de problèmes de dynamique dont un volume de physiologie épuiserait à peine l'infinie variété, et que l'instinct, ce guide si sûr parce qu'il est ignorant, résout d'une manière facile.

L'habitude d'osciller à la façon d'un pendule autour de son centre de gravité donne d'ailleurs à la démarche de l'homme de mer, alors même qu'il progresse sur un sol fixe, un caractère tout spécial, et le balancement de son torse, l'écartement de ses pieds, la flexion habituelle de ses articulations, sont des attributs propres à son attitude.

Tous ces mouvements commandés par la mobilité du navire sont volontaires, il en est d'autres pour la production desquels l'organisme est entièrement passif, ce sont les mouvements communiqués ou ceux de ballottement, pour nous servir d'une expression empruntée à l'obstétrique. Les organes meubles de l'économie les subissent,'; et le foie, les viscères digestifs, le poumon, le cœur, les gros vaisseaux, la moelle épinière, le cerveau, les fluides en circulation, éprouvent sous cette influence des modifications qu'il est aussi impossible de mettre en doute qu'il est difficile d'en déterminer la nature. Nous verrons tout à l'heure que cette locomotion de certains organes intérieurs a été invoquée pour rendre compte des phénomènes du mal de mer.

§ 2 . — Mal de mer.

Le mal de mer {ivresse nautique, naupat/iîe) est, il est inutile de le dire, la plus spéciale de toute les maladies professionnelles du marin ; c est la rude initiation de ce rude métier, et l'on compte les personnes privilégiées qui y échapppent.

L'étymologie grecque (vaûç, navire) est trop évidente pour que l'on

puisse admeltre avec quelques auteurs que le mal de mer était inconnu des anciens, circonstance due, suivant eux, soit à la forme et aux dimensions de leurs navires, soit à la nature de leurs voyages. Celte opinion qui se base sur le silence que gardent et la poésie et la médecine antique au sujet de cette pénible névrose, ne mérite guère réfutation; outre que des témoignages historiques irrécusables, empruntés aux auteurs anciens : Virgile, Horace, Sénèque, Cicéron, Pétrone, etc., indiquent très-clairement le mal de mer ; démontrer l'ancienneté de ce mal nous paraît aussi puéril que de défendre celle du coryza. Du jour oh un passager novice a mis le pied sur un navire, le mal de mer a pris naissance (1).

I. Symptômes. — On a contracté assez volontiers l'habitude de ne considérer cette affection qu'au point de vue de son peu de gravité, et l'on a fort peu de pitié pour les souffrances qu'elle cause ; il en est peu cependant qui soient plus insupportables.

Le mal de mer est caractérisé essentiellement par des vertiges, des éblouissements, de la pâleur, des hallucinations de la vue qui prêtent à tous les objets environnants une mobilité imaginaire, une susceptibilité maladive de l'odorat par suite de laquelle des odeurs, inappréciées dans l'état ordinaire, deviennent insupportables et provoquent des nausées, un goût savonneux désagréable, etc. ; la peau est froide, le pouls faible, les traits tirés, la voix presque éteinte; quelquefois la concentration des forces va jusqu'à un état semi-lipothymique. On assiste, en un mot, à toute la série des accidents que déroule l'action hyposthénisante de l'émétique ; les muscles tombent dans un état de torpeur remarquable; il y a de l'inaptitude aux mouvements, le malade reste courbé comme s'il craignait d'exciter par la contraction des parois du ventre le soulèvement de l'estomac; une salive abondante s'écoule des commissures ; la lèvre inférieure est inerte, pendante, et le visage exprime, dans l'intervalle des nausées, un affaiblissement profond. Peu à peu cependant les envies de vomir se rapprochent, deviennent plus impérieuses ; enfin le ventricule se soulève et chasse, par des contractions successives auxquelles le diaphragme coopère énergiquement, d'abord les matières alimentaires, si l'on est peu éloigné des repas, puis, dans les vomissements ultérieurs, les mucosités et la bile qui y sont versés en abondance. Après un ou plusieurs vomissements, il y a une détente ; le visage se colore un peu ; le pouls se ranime , et de profonds soupirs, des bâillements, diminuent pour un moment l'anxiété respiratoire qui n'a pas é(é Jusque-là l'un des traits les moins pénibles de cette scène douloureuse. La peau devient moite, se réchauffe, un sentiment de mieux-être est perçu, jusqu'au moment où la sensation d'une odeur désagréable, un mouvement oscil-

(1) Voy. Bulletin de thérapeutique, 1843, t. XXIV, p. 20; et Jour7ial de médecine et de pharmacie de MM. Fouquier, Trousseau et Beau, 1843, p. 148.

latoire plus marqué, le souvenir des premières souffrances, la vue d'une autre personne en proie au mal de mer, ramènent, avec les contractions de l'estomac, cet état nauséeux insupportable. Et alors, si l'on n'a pas eu soin d'ingérer des aliments ou des boissons dans l'intervalle des vomissements, les contractions de l'estomac, s'exerçant à vide, sont tellement douloureuses, que les spasmes les plus cruels de la gastralgie peuvent à peine leur être comparés; elles aboutissent au rejet de matières filantes, parfois striées de sang; à la suite s'établit encore une nouvelle période de calme momentané. Chez beaucoup de personnes il y a un tel brisement des forces, qu'elles gisent sur le pont comme des masses inertes sans s'inquiéter du lieu oh elles sont, souillant leurs vêtements de leurs évacuations, et la vie cérébrale est tellement dominée par cet état d'angoisse, que les deux sentiments les plus puissants et les plus vivaces cbez la femme, celui de la pudeur et celui de la maternité, sont quelquefois, comme on l'a fait remarquer, momentanément suspendus.

II. Etiologie. — Le mal de mer est le partage à peu près inévitable des gens qui n'ont pas' encore navigué, et pour le plus grand nombre, la pratique de la navigation diminue, sans la faire complètement disparaître, l'aptitude à en ressentir les atteintes.

11 y a plus, les exemples d'inassuétude absolue ne sont rien moins que rares, et beaucoup de marins, après une lutte courageuse, mais inutile, contre les angoisses de la naupathie, se sont vus contraints de renoncer à une profession vers laquelle leurs goûts et leurs intérêts les portaient, et d'embrasser une autre carrière. On peut dire que l'accoutumance n'est complète que pour un très-petit nombre ; et ceux-là même qui sont le plus solidement amarinés éprouvent encore, par les gros temps, quelques atteintes de ce douloureux malaise. Les mousses, les novices, les surnuméraires, les passagers surtout, lui paient invaria" blement leur tribut, et le pont d'un navire de guerre qui transporte des troupes représente fidèlement cette scène de nausée universelle que le pinceau de Biard a reproduite avec une vérité aussi impitoyable que spirituelle. Alors que les matelots, fortifiés par un commencement d'acclimatation nautique, n'ont pas le mal de mer ou luttent efficacement contre lui, les malheureux soldats en éprouvent toutes les angoisses, gisent anéantis dans tous les coins du navire, et leurs souflVances, qui ne provoquent d'ordinaire que ces quolibets oii se reflèl'e l'antagonisme des professions, demandent en vain quelque soulagement à des remèdes impossibles, piège innocent que la verve railleuse des matelots tend au quart de vin de leur ration.

La plupart des femmes sont vouées à la naupathie d'une manière à peu près irrémédiable, mais les enfants rompent, sous ce rapport, la chaîne naturelle de l'étiologie, et le mal de mer est d'autant plus rare chez eux qu'ils sont plus jeunes.

soi LA MER, LA NAVIGATION ET LES CAMPAGNES.

On a dit aussi que les animaux y échappaient, mais nous en avons vu des signes irrécusables chez des chiens et chez des singes, et le mal de mer des poules est un article de foi pour le gaillard d'avant; au reste, l'obscurité des expressions fonctionnelles chez ces êtres rend ce point assez difficile à décider. Peut-être l'immunité attribuée aux aliénés ne repose-t-elle également que sur une observation incomplète.

L'acclimatement nautique n'est pas toujours définitif: le privilège acquis par une longue navigation peut se perdre par un séjour prolongé à terre; tel individu qui se croit à l'abri du mal de mer, le subit de nouveau, parce qu'il change de bâtiment, ou parce qu'il est sous le coup d'une prédisposition accidentelle. On résiste à un gros temps, et un roulis médiocre rend malade, si surtout, avec les oscillations du navire, coïncident un calme plat et l'action vive du soleil, etc. Malgré toutes ces particularités individuelles, on peut établir toutefois que la violence du tangage, la longueur du navire, la trépidation spéciale des bateaux à Tapeur, les odeurs qui se dégagent de la cale ou de la machine, le séjour dans un compartiment peu aéré, sont autant de conditions qui donnent à la naupathie une intensité plus grande et font quelquefois perdre le fruit d'un laborieux noviciat.

III. Pronostic. — Le mal de mer disparaît ordinairement dès qu'on n'est plus soumis aux oscillations du navire, mais pas aussi complètement qu'on veut bien le dire ; les vomissements persistent quelquefois plusieurs jours après, ainsi que les vertiges et la faiblesse musculaire, et très-habituellement une illusion pénible continue pour le patient, lorsqu'il est à terre, pendant vingt-quatre ou trente-six heures, les oscillations qui lui ont donné le mal de mer (1).

On répète à loisir que le mal de mer est une indisposition passagère et sans gravité, et cette asertion a cela de commode qu'elle dispense en même temps et de plaindre ceux qui en sont atteints et de leur donner des soins. Elle ne saurait cependant être considérée comme d'une vérité absolue : des sujets atteints d'affections organiques de l'estomac,, d'un ulcère chronique de ce viscère ou d'un cancer du pylore, par exemple, verront, sous l'influence des mouvements du navire, s'accroître leur tendance aux vomissements opiniâtres et au dépérissement ; l'avortement pourra résulter de la pression continue des muscles du ventre sur le globe utérin (2) ; une hernie s'étranglera et Forget a cité,

(1) M. A. Fournicr a observé à bord de la Flore un cas de mal de mer très-grave et qui a obligé à débarquer le matelot chauffeur qui le présentait {Arch. de méd. nav.„ 1874, t. XXI, p. £9).

(2) M. Foucaut croit aussi que le mal de mer peut être abortif (A. Foncaut, La nnvigalion transatl. de nos jours, in Arch. de méd. «au., 1868, t. X). Il n'y a, reconnaissons-le, qu'un mal de mer prolongé et violent qui puisse produire ce résultat. Il faut le considérer comme touih fait mécanique et ne pas faire intervenir, pour expliquer ce fait, l'action emménagoguc que divers médecins do la marine, entre autres MM. Foucaut

d'après M. Allard, un cas d'encéphalite due aux vomissements répétés du mal de mer ; Mesnard a attribué à la môme cause l'origine d'une gastro-entérite mortelle (1). On a rapporté également le fait d'une perforation de l'estomac ; M. Le Roy de Méricourt nous a dit avoir vu des accidents hystériques prendre leur source dans un mal de mer prolongé, etc., etc. Si donc la naupathie est un accident sans importance dans les traversées courtes, il faut lui attribuer plus de gravité dans des voyages de long cours, car sa persistance peut, sinon produire fréquemment des accidents mortels, du moins entraver d'une manière fâcheuse la nutrition.

IV. rAe'ones.— Jl était plus facile d'observer le mal de mer et d'en décrire les phénomènes que d'en donner une théorie physiologique satisfaisante. La question a été au moins laborieusement remuée si elle n'a pas été résolue.

Voici les principales explications qui ont été successivement proposées :

1 ° Le mal de mer est dû au vertige que la mobilité des objets détermine (Darwin).

Malheureusement pour cette théorie, ainsi qu'on l'a fait observer, les aveugles ont le mal de mer comme les autres, et d'ailleurs on ne l'évite pas complètement en maintenant les yeux fermés. M. Aronssohn, médecin militaire, a repris la théorie de Darwin : il considère le mal de mer comme n'étant qu'un véritable vertige, et sur celte théorie, il édifie une prophylaxie particulière du mal de mer, qu'il expose 'dans les termes suivants : « Dès que le navire se mit en marche, dit-il, je me plaçai sur le pont, les jambes écartées, faisant face à l'avant et prêt à suivre tous les mouvements du bâtiment. Je remarquai bientôt la mamère dont les marins marchaient pendant les oscillations. Lorsque le navire s'abaissait devant eux, ils avaient l'air de descendre d'une montagne; lorsqu'il se relevait, ils semblaient la gravir; si l'inclinaison se faisait latéralement, ils semblaient monter ou descendre latéralement. Je comparai la position de leur corps avec l'horizon, et puisqu'ils restaient toujours dans la verticale, leur base de sustentation suivait seule le mouvement oscillatoire. Pour les mouvements latéraux, ils fléchissaient alternativement l'une ou l'autre jambe; lorsque l'oscillation se fai-

(Zoc. ce7.) et Leconiat {Arch. de méd. nav., 18G8, t. X, p. 351), attribuent au mal de mer. yuoi qu il en soit, les voyages sur mer doivent être déconseillés aux femmes enceintes et ne eur être permis qu'entre la fin du quatrième et le commencement du huitièmo mois de leur grossesse. Dans cette période, la greffe fœtale est en effet assez solide pour qu Clic n ait pas grand chose à redouter des mouvements du navire. Il n'y a que les cas û impressionnabilité exceptionnelle au mal de mer qui offriraient des inconvénients II viV^on, rl'w^ ne peut s'agir ici que des navigations do nécessité et non pas des navigations d agrément. Celles-ci doivent ôtre interdites ù toutes les périodes de la gros-

fl) Forget, op. cit., t. I, p. 328.

sait dans le sens anléro-postérieur da corps, celui-ci s'inclinait en avant ou en arrière, de sorle'que la verticale formait un angle plus ou moins aigu ou obtus avec la plante du pied... Pour maintenir ainsi le tronc dans une ligne verticale, quand on repose sur un sol mobile, il faut une ligne fixe de comparaison. Cette ligne fixe, c'est l'horizon. » En résumé, M. Aronssohn recommande de rester toujours dans la verticale par rapport au plan mobile de sustentation et de ne regarder ni les objets rapprochés, ni les vagues, mais d'avoir les yeux sur l'horizon. 11 ya certainement quelque chose de fondé dans cette influence de la vue des objets rapprochés sur la production du vertige nautique, mais on a autre chose à faire qu't\ regarder l'horizon, et en supposant que ce moyen fût aussi utile que le croit l'auteur, il lui manquera toujours d'ôtre pratique (1).

2° Le mal de mer est dû à V agitation des viscères abdominaux (Kéraudren).

Mais la naupalhie n'a pas toujours une intensité proportionnelle à la violence des mouvements du navire ; d'ailleurs le saut, l'équitalion, la gymnastique, impriment aux organes du ventre des secousses autrement brusques et fortes, et cela sans amener des nausées.

3° Le mal de mer est dû à la continuité des contractions musculaires nécessaires -pour le maintien de l'équilibi^e.

Cette théorie, étant tout à fait inhabile à expliquer la persistance si fréquente du mal de mer pendant la position horizontale, ne supporte pas la discussion (2)..

4° Le mal de mer est une influence morale, la peur en est Vorigine (3).

M. Guépratte, médecin de la marine, a défendu celte tbéorie. Il iuvoque-en sa faveur la prédisposition des femmes, des personnes timides, des gens n'ayant pas encore navigué et l'immunité prétendue des ma- • niaques(4) et des enfants (5). Cette explication serait la dernière à

(1) Union médicale, 1860. ,

(2) On a sous ce rapport comparé la naupathie au soroche ou mal de mer des Lo, dillères, mais le mal de mer persiste, quoique atténué, dans la position couchée,^ et cette explication est en défaut. (Voir sur la nature du mal de mer des Cordillères 1 article Altitude de M. Le Roy de Méricourt dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences OT'Wicfl/e.î, 1" série, I8G5, t. III. .

(3) La théorie de la production du mal de mer par 1 impression morale remonte fort loin, elle est de Plutarque <iai l'a développée dans son Traité des "'«^'^ relies. Montaigne en parle en ces termes : « Moy qui y suis fort subiect, sçay bien que cette cause ne me toïche pas et le sçay non par argument, mais par nécessa.r expérience C). » Nous avions employé le même mode dargumenlat.on avant daNOir m ce passage de Montaigne, il nous paraît péremptoire octobre

(4) Voir la discussion qui a eu lieu îi l'Académie de médecine (séance du 2. octobre IsVi sur l'aptitude des'aliénés ù avoir le mal de mer ^^^Z'Ir^^Jl^é'nt^'L^ suiet l'ooinion ciu'on lui prête; Ferrus, tout en croyant a cette immunité ne la consi dérait p'rZme absolue ; MM. Gimelle et Métivié ont vu des fous en proie aux souf-

'75TumL";iité'drï;uissent les enfants h la mamelle tient aussi, en partie, à ce que

(•) Montaigne, Œuvres compl. Paris, 1836, liv. III, cii. vi, p.

LA MER ET L'ATMOSPHÈRE PÉLAGIENNE. o07 laquelle nous nous arrêterions si nous étions obligé d'en choisir une. Nous avons eu le mal de mer, nous l'avons quelquefois encore, et h chacune de ses atteintes nous sentons bien qu'il ne dérive en rien d'une crainte rare chez ceux qui naviguent et presque d'ailleurs dénuée de motif.

5° Le mal de mer dépend d'une inodipcation survenue dam la circulation encéphalique (Wollaston, Ch. Pellarin, Fischer) (1).

Wollaston, comparant le système circulatoire agité parle tangage à un tube barométrique dans lequel le mercure monte lorsque l'instrument est brusquement baissé, expliquait les phénomènes delà naupathie ■par un engorgement vasculaire de l'encéphale. Cette théorie a été suffisamment combattue ; rien ne ressemble moins en effet à une congestion cérébrale que l'état lipothymique oîi jette le mal de mer. Il y a bien plutô^t anémie du cerveau, et ce qui le prouve, c'est que la position horizontale avec déchvité de la tête est une cause de soulagement. On ne peut s'empêcher de rapprocher sous ce rapport la syncope et le mal de mer. Il serait curieux d'étudier les effets de Vinversion pour combattre la naupathie.

En 1840, M. Ch. Pellarin, médecin de la marine, a dans sa thèse inaugurale fourni une théorie du mal de mer qui diffère notablement de celle de Wollaston. Le 25 janvier 1847, ce médecin, développant la même idée, a lu à V Académie des sciences un mémoire dont il résume ainsi les conclusions :

a. Le mal de mer, le mal de voiture, celui que produit chez quelques personnes la balançoire, sont tous des phénomènes de la même nature, essentiellement déterminés par l'inGuence exercée sur la marche circulatoire du sang par les mouvements que le corps subit dans les diverses circonstances.

b. Cette influence a pour principal effet de diminuer la force ascendante du liquide excitateur dans l'aorte et dans les artères qui naissent de sa crosse; de là résulte un état hyposthénique du cerveau par anémie. '

c. L'insuffisante excitation de l'organe cérébral détermine sur-le- 'îhamp, par voie sympathique, des contractions spasmodiques du diaphragme, des vomissements qui ont pour objet de reporter, de faire refluer vers le centre nerveux, véritable chef hiérarchique de l'économie,

le sang qui lui fait défaut, ce principal matériel de l'activité des organes(l). °

iuénae nou?pi?î 'y^*^™^ très-parfait de suspension qui

atténue pour eux la violence des oscillations du navire. . ^

(Ij Comptes re7idus de l'Académie des sciences, t. XXIV, p. 110. Le docteur FisrliPr tlié^oîl^ ^le^d^SeurCh '""^ ^" " tiZ'^:^

'Z\::T:Z^^^^^^^^ ^''^I>P^^-^ion entre les épaules

6" Le mal de mer est une intoxication miasmatique. — Nous devons aussi, pour être complet, indiquer une théorie de M. Sémanas qui considère la naupalhie comme une intoxication miasmatique que les riverains peuvent éprouver comme les navigateurs, qui ne revêt une intensité plus grande sur les navires à vapeur que parce que les roues agitent l'eau et favorisent la difl'usion du miasme marin, lequel est justiciable du sulfate de quinine, etc. Nous n'avons pas besoin de démontrer combien peu satisfaisante est cette théorie, qui est d'ailleurs en désaccord flagrant avec les faits.

7° Le mal de mer est une commotion cérébrale. — Une dernière théorie est celle de la commotion cérébrale produite par les oscillations dunavire (Gilchrist, Sper). Il y a bien longtemps, et alors que nous ressentions pour la première fois les atteintes du mal de mer, nous eûmes l'idée d'en expliquer tous les symptômes par des commotions répétées du cerveau et de la moelle épinière contre leurs enveloppes osseuses.

Nous jouissions en paix de cette théorie que nous trouvions, comme de raison, la meilleure de toutes, lorsque la lecture de l'ouvrage d'Elbeneser Gilchrist et de la thèse de Sper est venue nous démontrer que la priorité que nous nous attribuions ne nous appartenait en rien. L'un et l'autre de ces deux auteurs en effet font jouer à la commotion du cerveau un rôle essentiel dans leurs théories.

Dans la première édition de cet ouvrage je développais longuement celte explication des phénomènes de la naupathie, elle me satisfait beaucoup moins aujourd'hui et je ne la reproduirai pas ; elle n'est sans doute pas plus mauvaise que les autres, mais elle est loin de dire le dernier mot sur la nature du mal de mer. Je ferai remarquer cependant que le mal de mer de la balançoire, celui des mouvements du dromadaire (1), celui des machines tournantes, montrent que si les théories purement mécaniques sont inhabiles à expliquer tous les phénomènes du mal de mer, il y a cependant à leur faire une large part (2).

Y. Traitement curatif et préservatif du mal de mer. — Voilà certaine-

(1) Le général Carbuccia, dans un ouvrage spécial consacré à l'étude du ^romad^^^^^^^

considéré comme animal de guerre, conteste un peu S^'^^^f "^^f JfXl'^^^

mal de mer sous l'influence de ses mouvements ondulatou-es ; le fait est réel, seulement

l'assuétude dans ce cas s'acquiert plus vite que sur le navire.

(0) Cette théorie avait été également esquissée par Lnrrey : « f^/^ Ts\?cm^^^^^^^^ nature, dit l'illustre chirurgien, impriment des secousses dont « «^^e '^^^^^^^^ au cerWau, cette partie du corps la plus i'"l"'««^'°""^'^^\P"J/3'J^^^^^ et son peu d'élasticité. Les molécules de cet organe ^P^^^.^^^J.^f.^'^^^^^ d'ébranlement, sont affaissées sur elles-mêmes, cle a ous les symptômes q i ca^^^^^ térisent le ma de mer. » Il explique ensuite la variabilité des dispositions au mal de merpar les différences individuelles de grandeur et de mollesse du cerveau ^Memoves de chirurgk militaire. Paris, 1812, t. I, p- 13).

ment bien des théories, le médecin et le physiologiste ont de quoi choisir; le patient qui a le mal de mer les dédaigne toutes et aimerait mieux un remède. Or chaque théorie lui présente le sien comme infaillible, et nonobstant ces promesses décevantes il continue à souffrir tant que par une lutte courageuse il n'a pas conquis l'assuétude nautique. Une fois le mal de mer établi, on peut, par un ensemble de soins, diminuer les souffrances qu'il cause, mais ce traitement est tout palliatif, et si Thabitude de la mer n'en débarrasse pas le patient, il n'a d'espoir de soulagement que dans l'arrivée à terre, « ce planchier des vaches, » après lequel Panurge, en proie aux nausées du mal de mer, soupirait si ardemment (1).

Nous penchons trop vers une théorie mécanique du mal de mer pour que nous ne soyons pas quelque peu sceptique à l'endroit de son traitement, et nous dirons avec Forget « que le remède spécifique et unique peut-être du mal de mer, c'est démettre pied à terre. » Aussi avonsnous peu de foi dans l'efficacité de ces bonbons de Malte que le mercantilisme exploite; de cette ceinture abdominale dont MM. Kéraudren (2), Legrand (3). Jobart (de Bruxelles), Fischer, etc., ont préconisé l'usage (4). ; de la précaution recommandée par M. Wollaston de faire une inspiration profonde à chaque tangage, de l'avant, remède qui, pour le dire en passant, nous paraît pire que le mal, etc.

Pour nous tous le traitement se résume dans les trois points suivants : 1° si la navigation est accidentelle et de peu de durée, atténuer les souffrances du mal de mer sans se préoccuper de l'assuétude ultérieure; 2° s'il s'agit d'un marin de profession, s'efforcer de l'aguerrir, dès le début, contre une souffrance dont la continuité menacerait son avenir ; 3° combattre ceux des symptômes du mal de mer qui, par leur violence ou leur durée, peuvent devenir dangereux.

l°Le médecin d'un paquebot, si la traversée doit être courte, recommandera à ses passagers l'exercice sur le pont, en plein air, aussi longtemps que les nausées ne forceront pas à l'interrompre, l'aspiration de sels et des spiritueux pour ranimer la vie du cerveau et combattre la tendance syncopale ; la précaution de ne pas regarder le sillage ni de

(1) « Pleust à Dieu et à la bonoiste Vierge que maintenant, le diz toute h ceste heure le fusse en terre ferme, bien à mon ayse ! O que troys et quatre foys heureux ceulx qui plantent choulx ! O Parces, que ne me filastes-vous pour planteur de choulx ! (Rabelais, édit. Desoer. Paris, 18^^0, t. II. Pantagruel, liv. IV,chap xviii p G4 )

(2) Kéraudren, Dict. des se. rnédic, 1818, t. XXX, p. 134. Cet hygiéniste avait déjà recommandé cette pratique dans un mémoire antérieur inséré dans le Journal de médecine, de chirurgie el de pharmacie. Paris, 1812.

(3) Legrand, Du mal de mer. Thèse de Montpellier, ISli,

nassafp°"!'p connaissait refficacité de la ceinture abdominale, comme le prouve ce

sou nous fo'nno?' ^«.f ^^^^ les avirons donnent, desrobant le vaisseau

cins m'ont o^donn^ r '"'"^ '^''^ ^'««tomac. Les méde-

cins m ont ordonné de me presser et cengler d'une serviette le bas du ventre ce ouo je n'ai pomt essayé, » Liv. III, chap. vi p. 168. '

fixer les yeux d'une manière prolongée sur un objet mobile ; les distractions, la causerie, l'in^gestion de quelques aliments tout en continuant à marcher (1); l'usage de pastilles aromatisées, menthe, cachou, etc., le port d'une ceinture médiocrement serrée, comprimant un peu l'abdomen, mais laissant toute liberté à la poitrine.

Si, malgré l'ensemble de ces précautions, les vomissements surviennent et qu'à leur suite la naupathie fasse des progrès, résister plus longtemps serait aussi pénible qu'infructueux, il faut se résigner à garder la position horizontale qui soulage toujours, si surtout on est placé dans un cadre ou un hamac bien suspendu et si l'aération de la cabine est convenable, et qui permet surtout, point capital, de prendre et de conserver des aliments. Les infusions théiformes, aromatiques, le grog auquel les passagères elles-mêmes des packets anglais recourent comme moyen prophylactique, ont, par la stimulation rapide qui en résulte, des avantages qu'il ne faut pas dédaigner. On attend ainsi ou bien que le temps se fasse meilleur, ou bien que l'arrivée au point de débarquement mette un terme à des souffrances avec lesquelles on a été obligé de composer.

2° L'assuétude nautique exige du courage et de la force de volonté, mais à moins d'une impressionnabilité exceptionnelle, vouloir en pareil cas, c'est pouvoir, et il est bien rare qu'une persévérance opiniâtre ne conduise pas à une immunité absolue ou relative. Tout le secret de cette assuétude réside dans ces deux mots : continuer à faire de l'exercice et s'alimenter dans l'intervalle des vomissements (2).

Il importe au début de ne point s'éloigner du centre du navire, endroit où les oscillations sont beaucoup moins sensibles; mais au fur et à mesure qu'on s'aguerrit, il faut tenter davantage et essayer l'action de mouvements plus étendus. L'ascension dans la mâture est le degré le plus élevé de cette éducation nautique; les mousses et les novices sont souvent obligés de commencer par là, et la rigueur de cette épreuve assure quelquefois d'emblée leur initiation.

3° Si le mal de mer dépasse des limites raisonnables, il peut entraîner à la longue des accidents contre lesquels il faut se prémunir. La persistance des vomissements est une de ces complications habituelles ; des boissons alcoolisées, de l'eau de Sellz, une potion de Rivière, des morceaux de glace, quelques grammes de poudre de colombo, l'emploi des opiacés à l'intérieur, ou en applications endermiques, 1 mges-

fn Mauran a conseillé dans son livre {Avis aux gens de mer sur leur santé. Marseille. 178C dc ne donner que des aliments liquides aux individus atteints du mal de mer cSune mLvalse pratique, il est d'observation, au contraire, que les ahments solides

Pt secs sont plus habituellement supportés dans cet eiai. , <. , ,

et secs suiib pm« lia j.u ^ ,.p„,,\,lp du mal de mer est un beef-stcak.

CD Bvron disait que le meilleur remtuc uu mai

^ ' ^ The best of remédies is a beef-steak

Against sea-sickness. , , , , .i •„

Il est certain que s'alimenter est la condition de l'assuétude à la naupathie.

lion d'aliments et de boissons glacés, etc.,, mais par-dessus lont, le Champagne, consLituenl la série des ressources auxquelles il convient de s'adresser.

J'ai expérimenté sur beaucoup de passagers et sur moi-même l'efficacité du Champagne comme moyen de suspendre ou d'atténuer le mal de mer et je conseille toujours celte boisson qui diminue les nausées, stimule le cerveau et réveille l'action cardiaque. Tout récemment encore allant à Ajaccio pour y voir un malade, j'indiquai ce moyen à un conseiller général de la Corse, passager comme moi, et qui put, grâce à lui, figurer au dîner, bien que la mer n'eût pas cessé d'être trèsdure (1).

Le nitrile d'amyle en inspiration (3 gouttes sur un mouchoir) a été recommandé récemment comme un moyen très-utile contre le mal de mer par le Crochley Glapham qui a essayé ce médicament; dans 124 cas il a obtenu i21 succès. Ce serait bien beau si de pareilles promesses étaient tenues (2).

L'oxalate de cérium a aussi été recommandé à la dose de 2 grains anglais (0^^,12) par Faber (3) qui croit ce remède supérieur à tous les autres.

Le désir d'atténuer ou de faire disparaître le mal de mer ne devait pas s'arrêter à ces palliatifs insuffisants. Ne pouvant maîtriser la mer ni changer les lois de la stabilité et de la physiologie, on a cherché à faire des navires qui, par leurs dimensions et leur construction, épargnassent, autant que possible, à leurs passagers les souffrances du mal de mer. Les projets qui ont surgi à cet effet ont eu simplement pour objectif les traversées de la Manche. Le plus récent est celui dû à M. Dupuy de Lôme, qui avait mis au nombre des qualités de ses navires porte-trains leur peu de sensibilité aux mouvements de la mer J'ai parlé de ces navires en étudiant sous le rapport de l'hygiène les types de bâtiments que j'ai qualifiés de paradoxaux. Les navires porte-trains ont perdu de leur intérêt depuis que le projet du tunnel sous la Manche est entré dans une voie de réalisation pratique.

YL Emploi thérapeutique dumal de mer. — Le mal de mer a été très-

(1) Leconiat dit avoir obtenu de bons résultats de l'emploi de la faradisation cutanée de la région épigastnque et de l'usage intérieur de la strychnine. Ces moyens qu'il a employés à bord du paquebot le Saint-Laurent lui ont paru susceptibles de modérer les vomissements {Arch. de méd. navale, 1868, t. X, p. 351). Tout récemment M. Giraldès a signa é, après le docteur Pritchard, l'utilité de l'hydrate de chloral comme moveii prophylactique du mal de mer. Enclin aux souffrances de la naupathie, il a pu en afté nuer les effets bien que le temps fût très-mauvais, en prenant sous fome de siro , un; dose de 0,50 à 1,50 d'hydrate de chloral {Journal de thérap. de Gul^l^r 187/ 1 Z vembre, p. 812). C'est h essayer de nouveau. '

ÎS^T^'l^l^^^P^'^'"' ^'^'^'^^ °/ ""^U^ sea-sickness {The Lancet Aumisi 21 ( C -B. Faber, On tke influence of sea-voyages on the huma7Zcl,f aZ \^^^^^^^^^ m the treatment of consumpUon [The Praciitioner, septembre, 1876, p. 188)

anciennement utilisé comme moyen curatif de diverses affections. Les anciens y recouraient souvent; des essais analogues ont été renouvelés il y a peu de temps. Antyllus parle de cette médication dans les termes suivants : «De tous les mouvements passifs produits par un vaisseau, celui « qui se fait dans un navire à rames est ordinairement peu considéra- « ble; on le fait près de la terre et dans une mer sans vagues, par consé- « quent il ne produit pas beaucoup de troubles ni de ballottement, aussi « convient-il à peu près dans les mêmes cas que le mouvement en voi- « ture, seulement il a l'avantage de se faire dans un air pur qui contient « des évapora tions sèches, âcres, et non pas humides; par cette raison il <( est préférable. Le mouvement passif dans un navire mû par le vent de « la haute mer est très-varié et se compose d'éléments diamétralement « oppposés ; car il se fait avec un mouvement incessant très-rapide « et très-intense par suite de la marche ;du navire, il est accompagné « à la fois de quiétude et de peur, puisqu'il amène des changements «très-faciles et très-rapides ; et de pareils changements guérissent de « toute disposition invétérée aux maladies. Le ballottement pendant « la navigation a le même effet qu'un traitement léger par l'ellébore « blanc (l). »

Gilchrist, van Swieten, le docteur Fischer après eux, notre confrère et ami le docteur Lévêque, chirurgien de la marine (2), se sont attachés à faire ressortir tout le parti que la thérapeutique peut retirer des voyages sur mer. C'est ainsi que les maladies du foie ou des canaux biliaires, les coliques hépatiques ou rénales peuvent, suivant ces auteurs, retirer des vomissements répétés de la naupalhie un bénéfice appréciable ; que les dysentéries, comme Desgenettes en a cité des exemples, ou les diarrhées chroniques, se modifient sous l'inffuence des mouvements répétés que les oscillations du navire communiquent à la masse intestinale (Lévêque); que certaines névroses cérébrales, certaines vésanies, ont cédé à l'emploi du môme moyen (Fischer), etc. Ces faits sont, il est vrai, peu démonstratifs en ce qui concerne l'efficacité curalive du mal de mer, car celui-ci n'est qu'une des iniluences nombreuses auxquelles les voyages sur mer soumettent les malades, mais cependant il ne faut pas trop récuser la valeur de cette ressource perturbatrice, et nous croyons que les maladies cérébrales peuvent en effet se modifier sous l'influence des commotions répétées auxquelles le cerveau obéit dans les oscillalions du navire. Par malheur ce traitement est le plus habituellement inapplicable, et nous pensons que le mouvement lent et graduel d'une balançoire pourrait aisément le suppléer.

(1) Antyllus, m Oribase, ŒCuvres, trad. Bussemaker etDaremberg. Paris, 1851, t. I,

^'{1) Ch. Lévêque, De la navigation considérée comme moyen thérapeutique dans cernes affections. Thèse inaugurale, Montpellier, 1853.

La mobilité du navire, au lieu d'êlre une ressource médicale, constitue, au contraire, une entrave fâcheuse à la réussite des soins que l'on prodigue aux matelots malades. Ce n'est pas là, en effet, l'une des moindres misères de la médecine navale : les hommes alités, placés par la position de l'hôpital à l'extrémité du levier, reçoivent dans toute kur force les secousses du tangage, et ces chocs répétés, non moins que 1-es craquements des boiseries et le bruit des manœuvres, les privent de sommeil; les convalescents ne peuvent essayer leurs forces sur un sol aussi mouvant; les fracturés subissent des oscillations préjudiciables à la conformation régulière de leur cal (1), et enfin la pratique des opérations chirurgicales, aux difficultés qui naissent des mouvements inconsidérés des patients, réunit celles produites par les mouvements du navire luimême, par l'obscurité, l'exiguité de l'espace, obstacles accumulés que le talent et l'esprit d'initiative parviennent cependant presque toujours à vaincre.

SECTION DEUXIÈME

On entend, par navigation, l'alternance du séjour à la mer et des relâches, dont l'ensemble constitue une campagne déterminée, et, par campagne, la durée de la mission militaire, commerciale ou scientifique d'un navire. Pour l'hygiéniste, c'est le mode, le temps, la forme suivant lesquels les influences des climats exotiques sont subies par un équipage. Nous allons étudier successivement les éléments de la navigation, dans ce quMls ont d'afférent à l'hygiène, à savoir : les traversées et les relâches ; cela fait, nous traiterons des campagnes envisagées au point de vue de leur nature, de leur durée, des influences climatériques auxquelles elles exposent l'homme de mer.

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