‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 105 sur 224 · TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE

NOMBr.E

de pulsations.

NOMBRE

d'observations.

26° centigrades.

91 observations.

M. Crevaux a étudié avec le même soin l'influence du passage de la zone tempérée dans la zone torride sur le rhythme respiratoire. Sur 81 sujets examinés sous ce rapport il a constaté les résultats suivants : i° chez 15 le nombre moyen des respirations a été plus considérable dans la zone torride que dans la zone tempérée ; la différence moyenne a été de 3 respirations par minute ; 2" chez 20 autres, le nombre des respirations s'est accru de 3 et demi : 3° chez 27 autres, il n'y a pas eu de changement appréciable en passant de la zone tempérée dans la zone torride ; 4° chez les 19 autres, des circonstances perturbatrices ont traversé l'observation et n'ont pas permis de conclure.

Je dois rapprocher de ces recherches de MM. Raltray et Crevaux, celles antérieures de John Davy qui, dans un voyage de Southampton à la Barbade, étudia la marche de la chaleur organique au fur et à mesure que s'accroissait la température extérieure. Il trouva que la chaleur organique s'élevait et que cette élévation ne dépassait pas 1°,5, ce qui e=t déjà quelque chose (1). Comment expliquer ce phénomène? Y voir une simple transmission calorifique de molécule à molécule, une TPlation mobile d'équilibre de température entre l'air l'extérieur et le corps c'est ne donner qu'une partie de l'explication de ce fait. Il faut aussi faire intervenir cette loi physique formulée par Newton, en vertu de laquelle le refroidissement d'un corps est proportionnel à l'excès de sa température sur celle du milieu ambiant, de telle sorte que les animaux doivent conserver plus aisément leur chaleur propre quand la température extérieure s'élève. U faut sans doute ajouter a ces explications physiques la stimulation exercée sur l'économie par la chaleur

(,).Tol.n Davy, Observ. div. faites pendant -.V«^-'l^So«j;'«-;f " ' trad. Guérard, ^nr». d'/njg. pubL, 1« série 1846, t. XXXVI, p. 318.

el la lumière des atmosphères torrides. Quoi qu'il en soit, il serait bien intéressant de savoir si celte augmentation de la chaleur organique est durable ou bien si l'organisme rentre, par l'assuétude, dans ses conditions normales de température. Or, les recherches de Davy s'étant bornées à la seule traversée laissent complètement inexploré ce point de physiologie.

On le voit, il y aurait dans ces recherches, entreprises et conduites d'après une méthode uniforme, répétées dans les conditions les plus diverses, une mine de résultats intéressants à mettre au jour. La physiologie et l'hygiène des traversées étudiées non pas seulement la balance, la montre à secondes, et le thermomètre en main, mais en associant à ces moyens de précision toutes les ressources d'une analyse clinique attentive, voilà un beau sujet et que je recommande au zèle des médecins navigants.

Les maladies déterminées par les transitions de température auxquelles soumettent les vicissitudes climatériques sont peu nombreuses sans doute ; mais les imminences morbides qui en résultent sont innombrables. Les constitutions vigoureuses, celles que rien n'ébranle, traversent ces épreuves sans les sentir; les organisations délicates, celles qui portent une épine diathésique ou une prédisposition morbide héréditaire y trouvent des dangers réels. « Où la guêpe a passé, le moucheron demeure. » Entre ces prédispositions je signalerai surtout la prédisposition tuberculeuse. Des faits nombreux sur lesquels mon attention est fixée depuis longtemps et empruntés surtout à l'observation de la classe des fonctionnaires, si constamment et si abusivement déplacés d'un bout à l'autre de la France, m'ont montré que la phthisie se développait fréquemment dans des familles indemnes jusque-là de cette tare quand on les envoyait soit du nord au midi, soit du midi au nord; à rencontre d'une opinion assez répandue, l'émigration vers le midi ne serait, pas sous ce rapport, moins dangereuse que celle en sens inverse si elle s'accomplit brusquement. La phthisie des fonctionnaires, résultat fréquent des heurtements climatériques, doit, à plus forte raison, menacer les plus instables et lès plus voyageurs de ces fonctionnaires : les marins. Il y a là un point de vue étiologique qui a d'autant plus d'inzportance que les moyens actuels de locomotion nous font voyager « à la manière d'un boulet de canon, » pour me servir de la vive expression de H. Bennett.

Les maladies produites par la transition brusque du froid au chaud ont leur siège de préférence dans les organes de Tabdomen; tandis qu'au contraire les aptitudes morbides créées par le passage dans les latitudes froides intéressent plus particulièrement la poitrine et produisent d'une façon générale les maladies ou indispositions à frigore: les bronchites, les laryngites, les pneumonies, la phthisie pulmonaire, le rhumatisme sous toutes ses formes, les névralgies {frigus nervis inimi-

o22 LA MER, LA NAVIGATION ET LES CAMPAGNES.

€im). On a signalé également certaines récidives de fièvres paludéennes ou la transformation subite d'accès simples en accès pernicieux. Raoul, qui m'a précédé au Sénégal et qui était doué d'un excellent esprit d'observation, m'a dit avoir souvent fait cette remarque sur des bâtiments de commerce. Un séjour de plusieurs mois dans les rivières les plus infectes de la côte avait laissé quelquefois intacte la santé des équipages ; dès qu'ils reprenaient la mer et qu'ils trouvaient, avec une température plus fraîche, des conditions meilleures, la fièvre apparaissait à leur bord et souvent sous les formes les plus graves. Le commodore Jones, de la frégate anglaise la Pénélope, a été enlevé par un accès pernicieux en revenant en Europe après une longue station qui avait laissé sa santé intacte. Il est d'observation que les grandes brises des Açores, dont l'impression fraîche est si vive pour les organisnaes habitués aux chaleurs du Sénégal, ont souvent pour effet de produire des rechutes de fièvres intermittentes ou de transformer des accès simples en accès pernicieux. M. Swarz, médecin de la frégate autrichienne la Novarra, a vu son navire, qui avait séjourné impunément à Nicobar pendant un mois, envahi par les fièvres intermittentes au bout de huit jours de mer (1). De même M. Bourel-Roncière a constaté que, quand sa frégate, allant de Rio à Montevideo, atteignait des latitudes fraîches, des hommes qui, à Uio-Janeiro étaient restés indemnes de paludisme, payaient leur tribut à la fièvre (2).

Je crois qu'il n'y a qu'une seule explication à donner à ces faits d'où découlent des enseignements de prophylaxie : c'est que le poison paludéen, s'éliminant par les sueurs profuses, produit ses effets, et des effets parfois accumulés, dès que la fraîcheur de la température ferme cet émonctoire. J'ai remarqué que les fièvres contractées à la •côte d'Afrique récidivent en France, surtout pendant les froids, c'est-àdire au moment oti il est le moins possible de faire intervenir une impàludation nouvelle et sur place. J'ai connu à Brest un lieutenant de vaisseau qui, subissant ces récidives hibernales des fièvres du Gabon, avait constaté qu'un certain nombre de' matelots, ses compagnons de voyage, résidant également à Brest, étaient simultanément en butte à ces rechutes. Et ce fait est d'autant plus remarquable que Brest ne saurait être considéré comme une ville palustre, et qu'il ne s'agissait là, par conséquent, que d'un réveil de fièvres d'origine exotique.

(1) Arch. de niéd. nav., t. II, p. 563.

(2) Bourel-Roncière, La stulion navale du Brésil et de la Plata {Arch, de viéd. >mi'., 1872, t. XVIII et 1873, t. XIX et XX).

SECTION TROISIÈME

Les campagnes qui réunissent les influences complexes de l'habitation nautique, du séjour à la mer et des climats, subies par un équipage entre son départ de la métropole et son retour, offrent à étudier en hygiène navale : 1° leurs conditions de durée et d'excursion ; 2" leur nature suivant le but qu'elles se proposent ; 3° la zone géographique dans laquelle elles s'accomplissent.

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