‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 11 sur 224 · ET CHARGEMENTS · texte numérisé non relu

ET CHARGEMENTS

Si, au point de vue de l'industrie et de l'intelligence humaines, un navire est la réalisation la plus grandiose, peut-être, de ce que peut l'homme aux prises par' son génie avec les forces vives de la nature, au point de vue plus humble et plus restreint de l'hygiène, le seul oti nous devions nous placer, ce n'est qu'une habitation particulière réunissant un grand nombre d'individus sur un espace restreint, modifiant considérablement, par sa nature, les conditions habituelles de leur vie, et exerçant sur elle des influences spéciales dont l'étude présente un haut degré d'intérêt.

Dans les murailles de cette cité en raccourci se pressent et trouvent leur place toutes les questions relatives à l'hygiène privée et publique. Un bâtiment, comme une ville, est en effet habité par une population composée d'éléments divers sous le rapport des âges, des professions, du degré de culture de l'esprit, du bien-être, des aptitudes morbides; comme elle, il a son mode de construction, son atmosphère, sa salubrité et son ahmentation propres; leurs besoins d'air, d'eau et de lumière sont les mêmes, quoique des conditions dissemblables les satisfassent ; un système analogue d'assainissement, de nettoyage et d'égouts leur est FoNssAORivEs, Hyg. nav. 1

indispensable; sur l'une comme sur l'autre, enfin, s'abat de temps en temps le fléau des épidémies qui tantôt déjouent les plus sévères observances de l'hygiène, tantôt rappellent par un avertissement rigoureux à l'exercice de ses prescriptions essentielles (1). La comparaison entre ces deux milieux pourrait certainement être poussée plus loin sans rien

perdre de sa justesse.

Dans un navire plus encore que dans une ville, l'hygiène privée et publique sont étroitement solidaires l'une de l'autre; mais si, dans cette dernière, la nature des habitations modifie puissamment, pour ceux qu'elle abrite, les influences générales auxquelles ils sont soumis, le rapprochement forcé des individus harmonise au contraire, à bord d'un navire, les conditions de salubrité. En effet, quoique des cloisons élevées par le besoin des distinctions hiérarchiques fassent à un petit nombre d'individus une part qui leur est propre dans l'atmosphère commune, cette condition ne neutralise que fictivement une inévitable promiscuité d'influences. A peu de choses près, l'air des logements favorisés dans un navire est celui du logement commun; l'eau et les aliments essentiels sont les mêmes ; la lumière et l'espace sont répartis à tous suivant les exigences d'une parcimonieuse nécessité; enfin les mouvements du navire, les conditions climatériques, les exhalaisons qui s'échappent des matériaux de construction, des substances qui constituent les approvisionnements variés, ou du chargement, sont autant d'influences communes à tous, et qui font disparaître, en grande partie, ces nuances que la variabilité des conditions introduit au contraire dans l'hygiène de l'habitant des villes. « Peut-être, a dit un éminent hygiéniste, n'a-t-on pas assez réfléchi sur la solidarité vivante qu'établit entre les membres d'une même famille la cohabitation sous le même toit et parfois dans le môme espace clos (2). » Quelles sont les conditions de l'entassement dans une habitation privée qui présentent au même degré que le séjour sur un bâtiment cette solidarité et ce commerce miasmatique? Que toutes les différences d'idiosyncrasies et de résistance morbide viennent à s'effacer, en partie, au bout d'un certain temps de cette vie en commun, de cet échange prolongé d'influences réciproques, c'est là assurément une présomption légitime et que la pratique des maladies des gens de mer h'est pas de nature à infirmer. Nulle habitation, on peut le dire, n'exerce sur la santé et sur la vie une action aussi puissante, aussi permanente et aussi spéciale, et n'offre, par suite à l'étude un plus granil inléiêt.

(1) Fonssagrives, Hygiène et assainissement des villes, in-8". Paris, 1874.

(2) M. Lévy, Trailé d'hygiène privée et publique, 3* édit. Paris, 1857, t. I, p. 6-?0.

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