LIVRE SIXIÈME
SECTION PREMIÈRE
L'homme de mer, en mettant le pied sur un navire, y apporte les maladies qu'il a déjà réalisées ou qui sont contenues en germe dans ses prédispositions personnelles ou héréditaires; les influences de l'habitat nautique et de la navigation agiront sur elles dans le sens d'une amélioration, d'une aggravation ou d'une prédisposition. Celte action préservatrice, corrective ou aggravatrice de la vie de mer sur les maladies communes offre encore, malgré ce qui a été fait à ce propos, un champ d'observations ou d'études dans lequel une foule de points sont inexplorés. Ce n'est pas le lieu d'aborder ici un sujet qui ressortit à la thérapeutique et non pas à l'hygiène. Le marin subit, de plus, les influences morbigènes du navire lui-même. Les diverses maladies exotiques trouvent en lui un terrain d'autant plus favorable que sa vie errante ne lui permet pas de profiter des bénéfices de l'assuétude. Il faut enfin faire entrer en ligne de compte, pour expliquer sa fragilité hygide, sa vie cosmopolite qui, le faisant changer incessamment de climats, lui crée, par cela même, une santé mobile et toujours menacée. En résumé: maladies communes ; maladies nautiques; maladies exotiques ; maladies climatiques, tel est le milieu hasardeux dans lequel se passe cette vie si agitée.
Existe-t-il donc une pathologie nautique, au sens rigoureux du mol? Non, si l'on veut entendre par là un ensemble de maladies spéciales à l'habitation maritime et qui n'existent pas en dehors de son rayon d'influences ; oui, si l'on donne à ce mot le sens d'une pathologie difl'érant sensiblement par sa forme , sa fréquence et sa gravité de celle des autres milieux. Et même, en se maintenant dans ces limites étroites de spécialité nosologique, le groupe des maladies que l'on peut considérer comme trouvant à bord leurs conditions génératrices les plus favorables est-il assez restreint. Essayons toutefois de le déterminer et de rapporter à chacune de ces maladies les conditions d'étiologie qui la produisent.