‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 124 sur 224 · INCENDIES · texte numérisé non relu

INCENDIES

L'incendie est certainement le plus terrible des accidents nautiques ; c'est aussi l'un des plus fréquents (3) surtout depuis que la navigation à vapeur s'est généralisée et qu'aux autres causes ordinaires d'incendie à bord sont venus se joindre le feu de la machine et les chances de combustion spontanée du charbon. En 1874, une statistique du Lloyd nous a appris que, sur 31,116 chargements de charbon de terre, il y a eu 70 cas d'incendies spontanés, c'est-à-dire 1 incendie sur 444 voyages.

(1) The Engineering , 187C.

(2) Hétet, No/e sur les causes de L'explosion du réfrigérant du vaisseau le Louis XIV {Arch. de méd. nav., 1804, t. Il, p. 113).

(3) Le bureau Veritas a indiqué sur 10,960 navires perdus en quatre ans, de 18G6 h 1870, S'iO sinistres de ce genre par incendies en mer ou 1 incendie sur 131 sinistre» maritimes. Cette proportion a dù certainement augmenter depuis cette époque.

o98 ACCIDENTS NAUTIQUES.

La combustion du charbon a été vingt fois plus fréquenle sur les navires alhint dans les pays chauds que sur ceux naviguant dans les mers tempérées. La Commission royale instituée en Angleterre pour étudier cette grave question et qui vient de déposer son rapport, attribue la combustion spontanée du charbon à l'oxydation de ses pyrites et à l'absorption de l'air par sa porosité, et par suite à la condensation de l'oxygène. La désagrégation de !a houille en menus morceaux et son humidité sont des conditions défavorables. La Commission établit que l'accès de l'air dans les soutes par les ventilateurs augmenterait les chances d'incendie. Celte asseition est grave et mériterait certainement des recherches plus attentives. Je crois, jusqu'à plus ample informé, qu'en établissant des tuyaux d'évent et en ventilant méthodiquement les soutes à charbon, on se placerait au contraire dans d'excellentes conditions pour empêcher la température des soutes de s'élever au point de produire la combustion du charbon. 11 serait certainement très-illogique devoir dans cette assertion dénuée de preuves expérimentales et de vraisemblance scientifique, un argument à opposer à la ventilation des navires.

Le feu déclaré à bord d'un bâtiment, on oppose à sa propagation et à ses ravages un ensemble de mesures techniques sur lesquelles je n'ai pas à m'étendre longuement. L'eau ne suffit pas toujours et l'on a imaginé, pour combattre ce sinistre, des expédients divers plus ou moins ingénieux et qui ont pour but de renfermer le foyer de l'incendie dans une atmosphère impropre à entretenir la combustion. Tels sont : 1° le procédé Babcock qui consiste à avoir à l'avant du navire deux récipients contenant du bicarbonate de soude anhydre; en cas d'incendie on introduit dans ces récipients de l'acide sulfiirique, et l'acide carbonique qui se produit est conduit dans la cale par des tuyaux (1) ; 2° le procédé Ch. Tellier qui emploie le soufre en combustion, à raison de L^ kilogrammes par 100 mètres cubes de cale, et qui a l'inconvénienl d'exposer à une nouvelle cause d'incendie et en môme temps de remplir le navire d'un gaz irrespirable ; S» le système Thompson qui combine l'action de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique (fig. 69). Un tuyau de prise de vapeur part de Tune des chaudières de la machine, de la machine de déchargement, ou du cabestan. Si on veut employer la vapeur seule on abouche le tuyau à d'autres tuyaux pouvant la conduire dans le compartiment où est le feu. Si on juge opportun de joindre à l'action de la vapeur celle de l'acide carbonique on fait traverser ;\ la vapeur un générateur de ce gaz. L'appareil Thompson qui a été installe

(1) I.C lioutcnant Barber do la marine américaine a proposé navires, dans dos récipients de O-,!)! sur 0-,:J0, 4.S litres d'ac.de carbonique l.quule. n s,?ti.me de tnyautage ramifié dans l'intérieur du nav.re et dont les brancbes p m innles sont rendues indépendantes par des robinets, part du sommet du -c.p.e., et permet de former dans telle ou .elle partie du navire des atmosphères d ac.dc carbonique gazeux. Le gaz acide carbmiique liquide se conserve indéfiniment.

sur la Brîtamiia et la Germania, deux grands paquebots de la ligne While- Star Line, ne revient qu'à 5,000 francs .

Je rappelerai ce que j'ai dit pins haut (le la nécessité de poursuivre la recherche d'un procédé propre à rendre incombustibles les matériaux indammables du navire (l) et de rendre obligatoire l'usage de la lampe de Davy pour les travaux de soûle. Resteront toujours les chances redoutables de la combuslion spontanée des chargements , mais encore pourront-elles être atténuées par les conditions de l'arrimage et par une bonne ventilation.

Le complément des moyens de préservation est l'établissement de systèmes avertisseurs de l'incendie. Tels sont les appareils électriques établis dans ce but à bord des navires de guerre américains le Swatara et le Tennessee; le système Perceval consistant en des tubes de fer ramifiés dans les divers compartiments suspects du navire, se terminant par des tubes en caoutchouc contenant des mèches vives et allant aboutir dans une boîle commune à autant de lampes que ces mèches sont destinées à allumer indiquant ainsi celui des compartiments du navire où l'incendie est déclaré ou qui est menacé. L'imaginative et la science n'ont certainement pas dit leur dernier mot en cette matière..

o JC3

OS

(1) Lo procédé Jackson qui a été essayé récemment pour rendre le bois incombiisle bois''^^'' '^'^'^'^^ atteindre le but. J'ignore quelle est la substance qui impi-ègne

Page 1