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ALIMENTS ALTÉRÉS

Les viandes sont susceptibles de produire des accidents d'indigestion cholériforme, avec ou sans accidents nerveux, dans certains états de décomposition intermédiaire n'ayant pas atteint îa limite chimique de la putréfaction. Les viandes grasses, et en particulier la viande de porc, sont surtout suspectes à ce point de vue : les charcuteries, les boudins, les saucisses, sont particulièrement dangereux et les empoisonnements que déterminent ces aliments, absolument distincts de ceux que le cuivre et l'infection Iricbineuse peuvent produire, dépendent d'une altération spéciale de la matière organique, que la chimie n'a pu encore préciser; Vaposépédine invoquée à ce propos est en effet une substance fort énigmatique.

Les conserves offrent quelquefois les aliments dans cet état dangereux. En 1866, M. Ad. Nicolas, médecin major du Magellan, a observé au Mexique un empoisonnement déterminé par l'usage de conserves de bœuf qui avaient contracté un goût aigre : 19 hommes furent atteints de coliques, de diarrhée cholériforme avec vomissements, algidité, épigastralgie, douleurs de tête, faiblesse des jambes. A cette période en succéda une autre de réaction vive. Au bout de trois jours, les accidents avaient pris fin ; nul homme ne sucomba (l). D'un autre côté, M. Mesnil a relaté en 1874 un fait d'empoisonnement de . 11 détenus de la prison de Lorient qui, ayant fait usage d'une boîte de conserve, vieille de deux ans et étant demeurée ouverte pendant cinq jours, et au mois de juillet, furent pris d'accidents très-graves auxquels deux de ces malheureux succombèrent (2). En présence de faits de cette nature on ne peut qu'approuver le décret de 1874 sur la ration, qui interdit de livrer

, ^'î J^'colas, /lccj£/e?2^.* (rempoisonnnmeyits produits par Vusage de conserves de bœuf altérées, Ar ch. deméd.nav., mi, t. VJU, p. 4G8.

(2) Mesml Thèse pour le doctorat, avril 1874. et Ann. d'hyg. pub/., 2« séi-ie, 1875, AJjlilj p. 47/»

à la consommation des conserves de bœuf provenant de boîtes dont l'ouverture remonterait à plus de vingt-quatre heures (1).

Je dois signaler aussi les accidents que peut produire la consommalion de la gy^isse de coq quand elle a pris des caractères de rancidilé. Yancouver, au dire de Delivet, vit, à la fm d'une longue campagne, le scorbut se déclarer dans son équipage dès qu'il fit usage de graisse de coq (2). Le même auteur accusait cette graisse de produire la dyssenlerie et conseillai d'en interdire sévèrement l'usage.

ANIMAUX TOXICOPHORES ,

11 est des animaux dont la chair est imprégnée de principes toxiques qui doivent la faire bannir de l'alimentation. Or, il est une remarque h faire, c'est que les aliments de cette catégorie sont exclusivement fournis par les classes zoologiques inférieures, et qu'on trouve d'autant plus d'animaux toxicophores qu'on descend plus bas dans l'échelle. Les zoophytes, les mollusques, les crustacés, les poissons, présentent cette gradation croissante de vénénosité ; c'est à peine si, dans les reptiles, on peut signaler quelques animaux toxicophores ; les oiseaux et les mammifères n'en présentent pas un seul. Est-ce difficulté qu'a l'organisme humain à s'assimiler, par l'alimentation , des tissus qui sont, chimiquement et histologiquement, si dissemblables des siens ? N'est-ce pas plutôt que les animaux inférieurs ne vivent en quelque sorte que pour la génération, comme le prouvent les proportions de leur appareil reproducteur, et que, dès lors, à chaque époque de frai, à laquelle se lie probablement leur vénénosité accidentelle, leurs tissus acquièrent des qualités préjudiciables? L'une et l'autre de ces explications peuvent avoir quelque chose de vrai.

§ 1. — Zoophytes.

Les zoophytes ne sont guère utilisés pour l'alimentation; l'étrangelc de Ipurs formes, la mollesse de leurs tissus, leur goût nauséeux et fade, inspirent pour ces animaux inférieurs une répulsion légitime ; aussi celle classe fournit-elle peu d'espèces toxicophores. Certaines physalies, notamment la physalie pélagique {Physalia pelagica), de la famille des Acalèphes etde la tribu des Cystisomes, vulgairement désignée sous e nom

galères (lig. 71), paraissent, sinon douées de propriétés réellement

Décret sur la composition des rations dans le département de la marine, 16 décem-

Principes d'Iajg. navale, 1808, p. 2ô9. La Vr^s.^^<y.^^J^^ aufait été plus justement mise en cause en ce qui concerne le scorbut, 1 autic chef d'accusation peut être retenu.

vénéneuses, du moins susceptibles de déterminer une irritation très-vive des points de la peau ou des muqueuses que leurs tentacules viennent à toucher, Dutertre et Leblond ont beaucoup insisté sur les propriétés toxiques de la galère. Ils rapportent avoir éprouvé l'un et l'autre des douleurs violentes dans les membres, avec tendance syncopale, pour avoir touché sans précaution de ces animaux. Lesson, premier pharmacien en chef de la marine, a fait, en 1823, à la Guadeloupe, un assez grand nombre d'expériences qui lui ont permis de constater, en même temps, et la réalité de l'irritation locale que détermine la physalie pélagique et l'innocuité de ce zoophyte pris comme aliment (1). Aux Antilles, cependant, on considère la galère comme pouvant empoisonner. M. Rufz a démontré qu'elle était inoffensive pôur les animaux (poules, chiens), et que, par conséquent, on ne saurait souscrire à l'opinion qui considère cette substance comme un moyen d'empoisonnement Fig. 71. — Physalie pélagique, que les nègres utilisent (2). Les méduses,

appelées aussi oy^ties de mer à cause des démangeaisons cuisantes et de l'espèce d'urticaire qu'elles produisent; la cyanée belle {Cyana caliparea), de la rade de Pondichéry, qui sécrète également un fluide des plus âcres et des plus irritants, sont des zoophytes qui ont les propriélés caustiques de la physalie pélagique , mais qui paraissent aussi inhabiles qu'elle, quand on s'en est nourri, à produire des accidents d'empoisonnement. Malgré tout, il importe de les tenir en suspicion et de s'en abstenir. Quelques actinies, notamment V actinie verte [Actinia vitndis), de la Méditerranée, et un petit nombre à' holothuries, sont comestibles(3) ; mais ce sont là des exceptions qui n'infirment guère le fait très-général de l'insignifiance bromatologique de celte classe tout entière d'animaux.

§ 2. — Mollusques,

Il n'en est pas de même des mollusques. Beaucoup d'entre eux peuvent revêtir des propriétés toxiques et il est important de les signaler. J'indiquerai en particulier les huîtres, les moules et les escargots.

Les huîtres, qui constituent un manger si sain et si savoureux, sont

(1) R. P. Lesson, Histoire des zoophytes acalèphes. Paris, 1843, p. 553.

(2) Rufz, Empoisonnements pratiqués par les nègres [Ann. cVIujyiène, t. XXXI).

(3) Ann. d'hyg. publ., 2« série, 1864, t. XXI, p. 219.

susceptibles malheureusement de produire d'une façon marquée des accidents qui sont de deux sortes: les uns dépendent d'une modification opérée dans leurs tissus sous des influences diverses, mais à laquelle le frai ne paraît pas indifférent : ainsi les huîires laiteuses, sans pouvoir ôlre réputées mauvaises, doivent-elles au moins être considérées comme suspectes; les autres viennent de ce que les huîtres contiennent du cuivre ; c'est un véritable empoisonnement cuprique. MM. Chevallier et Duchesne, Cuzent, Ferrand, etc., ont étudié ces empoisonnements par les huîtres contenant du cuivre, qu'elles doivent quelquefois, comme les huîtres deFalmouth, à ce que leurs bancs reposent sur un gisement de cuivre et reçoivent les eaux pyriteuses de certaines mines. M. Ferrand a retiré d'une seule huître pesant d^"", 50, et par l'incinération, 12 milligrammes de bioxyde de cuivre représentant 9 milligrammes de cuivre métallique (1). M. Guzent, pharmacien de la marine, a indiqué deux moyens d'expertise très-simples pour déceler la présence du cuivre dans les huîtres. Le premier consiste à verser sur l'huître' suspecte une certaine quantité d'ammoniaque pure. S'il y a du cuivre, il se manifeste une couleur bleue caractéristique. Par le second procédé, on implante une aiguille à coudre dans la chair de l'huître et on Tarrose de vinaigre de table; s'il y a du cuivre, ce métal se précipite sur l'aiguille et ia recouvre d'une couche rouge. Le même chimiste signale comme suspectes les huîtres dont le foie ou les lobes du manteau sont d'un vert malachite ou vert clair ; celles dont la nuance est foncée ou vert bleuâtre sont au contraire probablement inoffensives (2).

Les huîtres de manglier {Ostrea mytiloïdes) ont une réputation fébrigène que noire expérience personnelle n'a pas conûrmée, mais que, par prudence, nous ne voulons pas mettre en doute.

Les moules peuvent produire dans les pays chauds les accidents qu'elles développent quelquefois chez nous. Ces accidents sont-ils, sous les tropiques, plus fréquents et plus graves que sous les climats tempérés ?

Les escargots amènent quelquefois, dans les pays chauds, des empoisonnements qui tiennent, de toute évidence, à la nature des substances végétales dont ces mollusques se nourrissent. Grimai, chirurgien-major de la Belle-Poule, a vu des accidents graves survenir à Sainte-Marie de Madagascar chez un matelot qui avait mangé des escargots qui abondent dans l'île. Les symptômes relatés par ce médecin ne ressemblent

(n Voir A Chevallier et E. Duchesne, Mémoire sur les empoisonnemerds par les /ndtres, les moules et les crabes, etc. {Aun. ci^hyg., 1851, t. XLV, p. 387, et t. XLM, p. 108). — Balbaud, Empoisonnements par les moules et autres coquillages. Thèse de

^T2^0nlaitque la couleur verte des huîtres n'indique nullement une variété particulière mais tient aux conditions de milieu et de nourriture de l'animal. Les uns 1 attribuent à la présence dans l'eau d'une ulve de couleur verte, les autres à un infusoiro de même couleur, le Vibrip ostrecrius.

en rien à ceux des empoisonnements /"ro/cZs produits parles animaux toxicophores : il constata une céphalalgie atroce, un tremblement nerveux général ; le regard était fixe, la face pâle, le pouls d'une fréquence extrême; il survint un mutisme prolongé ; au bout de deux jours, tous ces accidents disparurent. On a signalé, il y a peu d'années, des cas d'empoisonnement par l'ingestion d'escargots trouvés sur des feuilles de redoul {Coriaria mijrtifolia) \ il nous semble très-probable que l'accident signalé par Grimai avait une origine analogue (1).

En 1854, notre collègue Quesnel, médecin en chef de la marine, fut appelé à faire une expertise médico-légale relative à un empoisonnement par des bucardes sourdon {Cardium edulé) (2). Il citait à ce sujet, dans son rapport, le fait de deux hommes qui, l'année précédente, avaient été empoisonnés à Terre-Neuve par des peVonc/es .-cette toxicité était tout accidentelle ; de temps immémorial, en effet, ces coquillages étaient consommés dans le pays, et sans inconvénient aucun. Il semble donc que, pour ces mollusques, comme pour les huîtres et les moules, il est des époques auxquelles leurs organes sécrètent un principe vénéneux.

§ 3. — Crustacés.

Certains crustacés comestibles (crevettes, langoustes,, homards) produisent quelquefois des accidents, sinon d'empoisonnement, au moins d'indigeslibilité, qui sont encore plus fréquents sous le climat des tropiques. Les crabes sont surtout dans ce cas. Le tourlourou des Antilles {Cancer rur kola) a été principalement incriminé, et l'on a encore accusé les fruits du mancenillier de rendre sa chair vénéneuse. En 1819, la frégate l'Aréthuse eut, sur rade d'Annapolis (États-Unis), une partie de son équipage empoisonnée par des crabes. En peu d'heures, plus de cent hommes entrèrent au poste des malades ; le deuxième maître d'équipage qui avait, il est vrai, ingéré du melon d'eau en même temps que des crabes, succomba au bout de vingt-quatre heures. Bienvenue, chirurgien-major de VAréthuse^ fait remarquer que ces crustacés sont suspects dans le pays (3). Le 23 novembre 1819, le ministre Portai crut devoir informer, par une dépêche, les commandants de la marine des accidents survenus à bord de celte frégate. Nous ne croyons pas qu'ils se soient reproduits sur un autre bâtiment.

§ 4. — Poissons.

Les cas d'empoisonnement des équipages par des poissons toxiques s'élant singulièrement multipliés dans ces derniers temps, nous devons^

(1) Grimai, Rapport cité. M. le Ad. Dumas (de Cette) a publié il y a peu de temps un fait intéressant d'empoisonnement de ce genre.

(2) C'est le coquillage appelé vulgairement coque, (3; Bienvenue, Rapport cité (CoUect. de Brestj.

t52i PATHOLOGIE ET ACCIDENTS NAUTIQUES.

à raison de l'importance pratique de ce sujet, l'étudier avec certains développements. Cette étude, à laquelle M. Le Roy;de Méricourt et moi avons consacré en 1861 un mémoire spécial (1), a réuni depuis cette époque un certain nombre de faits nouveaux dus en particulier à MM. Gauthier la Boulaye, Gorre (2), Beaumanoir, de Rochas, et l'on peut aujourd'hui tracer de cet empoisonnement spécial un tableau, sinon complet, au moins au courant actuel de son élude.

On peut ranger, jusqu'ici, dans les groupes suivants les poissons des pays chauds auxquels on a reconnu des propriétés toxiques : V les Perches; 2° les Trigles; 3° les Garangues ; 4Mes Spares ou pagres; o° les Gobioïdes; 6° les Glupées ou Sardines; 7° les Diodons; 8" les Tétrodons; 9" les Scombéroïdes ; 10" les Squammipennes.

I. Perches. — Gette famille renferme généralement des poissons à chair saine; cependant on a indiqué comme dangereux :

1» Le Mérou arara {Serranus arara), appelé aussi perche de mer, qui habile principalement la Havane (3).

r Mérou petit nègre {Serranus nigriculus). Il habite les Antilles, notamment la Martinique où il est connu sous le nom de petit nègre, grande gueule et vieille (4).

3° Sarde à dents de chien {Mesoprion jocu), poisson très-vénéneux qui habite la mer des Antilles. Il est de grande taille et atteint quelquefois le poids de quinze livres (5).

4° La Sphyrène hécune {Sphyrœna picuda). Elle habile les Antilles, les côtes du Brésil et de la Havane et ressemble beaucoup à celle d'Europe, vulgairement appelée Spet {Sphyrœna vulgaris ou bécune de la Méditerranée). Ge poisson atteint souvent 3 ou 4 pieds de longueur (6). La

(1) Fonssagrives et Le Roy de Méricourt, Rech. sur les poissons toxicophores exotiques fies naiis chauds {Ann. d'hyg. publ., 2= série, 1802, t. XVI). , , , . . .

(2) SreV n4 pour seÂir à l'histoire des poisson.- vénéneux {Arch. de med. nav.,

^^n) %lnafement': Grande taille - très-petites écailles à la mâchoire inférieure se«lemLf- c lur obscure parsemée de taches plus claires d'un brun doré - nageoire d'un noir bleuâtre - bord de la portion molle de la dorsale, bord de 1 anale et de la

'^TliZ!^e:t -"tIiT Js?efgr"anTe - corps oblong, brun violacé - taches a, roid\es,rrrTes d; couleur pâle yeux saillants - préopercule arrondi - épmes 1 l>^,^L^»„1^ a<;<»P7 faiblcs — naRCoire tachetée comme le corps. (I sîZae^^^^^^ «n'formo de scie sur le milieu de chaque côté de la tôte

^clrnf de cTuleur rosée ainsi que les nageoires pectorales - dorsale ventrale et TnaleTa^ines "tôte couleur d'ocrl vif - tache d'un gris pâle à la joue - préopercule dentelé - opercule terminé ^Jj^^'^^^?;,^:^^^^^ c, «u 10 fois dans la longueur -

iO) Signalement : Corps f"«^ " obc argentée sur les côtés et sous le

tête formant un peu plus du tiers du corps g ^^^^^^^

vpntre et plombée ou noirâtre sur le Qos • • j, ' 'ci c„nii

Jse ventrales et anale jaune clair - iris argenté - œil rond, voisin du P^Jl «"Pudeur ^t dirigé latéralement - mâchoires formant une pointe conique, la supé"eure éc^ncrée légèrement et plus courte, l'inférieure un peu recourbée en bas ; dents cani-

técune a produit, en 1866-, à bord du Marceau, en rade de Canala (Nouvelle-Calédonie), un empoisonnement dont M. Beaumanoir a bien Toulu nous communiquer les détails. Cette bécune, pêchée par 13 mètres de fond, pesait 10 kilogr., et avait r",30 de longueur. Elle est servie sur la table des maîtres: treize personnes en mangent, onze sont fortement atteintes; le maître amurier, qui n'a mangé qu'un petit morceau de la queue, n'a offert que des accidents insignifiants ; le maître canonnier seul n'a rien éprouvé. Les accidents débutèrent une heure après le repas. Les deux malades qui avaient mangé la tête du poisson ont été les plus malades ; le poisson avait été vidé avec soin. Au bout de trois jours il ne restait plus trace de ces accidents. Les habitants de Canala faisaient usage de ce poisson et sans inconvénients. 3° Grosse Sphyrène {Sphyrœna barracuda) (fig. 72) , très-répandue

1 CSWCflCtfEfv ic.

DELftHAYt oEi-

Fig. 72. — Grande bécune [Sphyrœna barracuda) .

dans les mers des Antilles et au Brésil (1). Gauthier, médecin principal de la division navale des mers du Sud, a observé, en 1862, à bord delà frégate la Pallas, en rade de Rio, des accidents produits par un poisson acheté au marché et nommé dans le paysmcao. Sur treize personnes qui en avaient mangé, quatre furent très-malades, trois furent indisposées et cinq ne ressentirent rien. Malheureusement la description de ce poisson fait défaut. M. Le Roy de Méricourt suppose qu'il s'agissait soit de la bécune ordinaire, soit de la grosse bécune, ces deux poissons habitant les côtes du Brésil.

IL Trigles. — Les Trigles appartiennent à la famille des Acanthoptérygiens et à la tribu des Acanlhoplérygiens à joues cuirassées. Ils sont renés aux deux mâchoires, tranchantes, arquées ; palatins armés de trois ou quatre dents tranchantes non arquées; pas de dents au vomer, dents en carde sur les os pharyngiens.

(1) Sifinalement : Elle atteint 0°, 90 h 1^,20 — sa largeur est d'un tiers plus considérable que celle de la bécune ordinaire — dents plus larges, non arquées aux deux mâchoires — de 5 à, Il dents aux palatins — préopcrcule arrondi, lisse — opercule terminé par deux pointes, la supérieure mousse, l'inférieure aiguë — ventrales et première dorsale moins en arrière que chez la bécune — môme nombre do rayons dans •les diverses nageoires.

FONSSAGRivES, Ilyg. nav. 40

marquables par la forme et l'armature de leur tête et par les rayons libres placés au-dessous de leurs pectorales. Nous ne trouvons à signaler dans ce groupe qu'un seul poisson toxicophore, c'est le scorpène à longs tentacules {Scorpœna grandie omis) (1). Connu à la Martinique sous le nom de crapaud de mer, à la Havane sous celui de rascacio et à Saint-Domingue sous celui de rascasse vingt-quatre heures (par allusion à la rapidité des accidents qu'on lui attribue dans cette île), ce poisson a été l'objet des jugements les plus opposés : à Cuba sa cbair passe pour excellente, mais on redoute beaucoup la piqûre de ses aiguillons ; à Haïti, au contraire, il est très-redoiité, comme nous venons de le dire. Cette divergence d'opinions laisse l'impression qu'il faut s'en défier.

m. Carangues. — Les carangues sont des Acantboptérygiens de la famille des Scombéroïdes ; MM. Chevallier et Duchesne indiquent comme vénéneuse la carangue vraie [Caranx carangus) et rapportent, d'après Janière et Moreau de Jonnès, des exemples d'empoisonnements produits aux Antilles par ce poisson. Ils font remarquer que ce sont des carangues prises à de grandes profondeurs et de grande taille qui causent de préférence ces accidents. Il y a eu évidemment confusion de leur part entre la carangue vraie, toujours inoffensive, et la fausse carangue {Caranx fallax), qui est vénéneuse.Yalencienne insiste avec soin sur les caractères qui servent à distinguer ces deux espèces.

Fig. 73. — Fausse carangue (Caranx fallax).

La fausse carangue (2) (fig. 73) {Caranx fallax), figurée dans l'ouvrage de Seba (t. IH, pl. XXVll, fig. 3), habite la mer des Antilles et du Brésil.

(i) Signalement: Couleur brunâtre mélangée de brun plus foncé '^'^^f/. J^^^^^ tache b?une semée de petits points blancs dans l'aisse le de ^''.'^'^^^^^^ sur la partie épineuse de la dorsale - appendices ou lambeaux tégumentaires remar-

'72) et en arc de cercle - crôte du crâne relevée et

Elle se dislingue de la caiangiie vraie : 1° par son volume et par son poids qui peut atteindre 2o livres; aussi, à la Havane, où ce poisson porte, comme la vraie carangue, le nom de jure interdit-on la vente des individus qui excèdent le poids de deux livres; 2° par l'absence de la tache noire qui se remarque à l'échancrure de l'cpaule de la vraie carangue; 3° par la présence constante de 22 rayons mous à la deuxième dorsale ; 4° par la disposition de la ligne latérale dont la courbure antérieure est plus arquée et qui prend brusquement la direction droite; 5° par le nombre des boucliers de la partie droite de la ligne latérale qui atteint quelquefois 35 ou 36; 6° par l'état de la poitrine qui est écailleuse au lieu d'être nue comme dans la vraie carangue (1).

TV.Spares ou pagres. — Le ^^agve {Sparus pagrus) â élé considéré comme vénéneux depuis Tobservation, on ne peut plus incomplète, de Forsler, mais il est permis de douter de l'exactitude de la détermination taxonomique du poisson qui aurait produit des accidents dans l'équipage de Cook. Quant au perroquet ou gueule pavée de Tîle de France {C/tnjsophrys sarba), celte daurade qui abonde à Pondichéry oîi elle est connue sous le nom de kaloury présente une chair très-recherchée et semble n'avoir jamais déterminé d'accidents. Au reste, il existe pour les poissons de ce groupe une synonymie si riche et si confuse qu'on ne saurait ni les innocenter complètement ni songer à déterminer les espèces suspectes. Il faut en appeler à des recherches ultérieures, plus rigoureuses que celles dont ils ont été l'objet jusqu'ici. La daurade commune des mers tropicales est un des meilleurs poissons qui servent au ravitaillement des navires. M. Payen nous a communiqué un fait très-curieux d'une épidémie d'hématurie survenue dans l'équipage de son navire,, sous l'influence de l'ingestion copieuse de daurade salée. Le même poisson frais n'avait rien produit de semblable. L'interdiction de cet aliment arrêta l'épidémie. Nous ne consignons ce fait qu'à titre de document,

Y .Lethrinus. — LegenveLethrinus, de la famille des A canthoptérygiens, renferme une espèce toxique, le mambo, dont nous devons la connaissance à M. V. de Rochas (2) et qui a été déterminé (3) par le P. de Montrouzier. Ce poisson atteint jusqu'à 0"',70 à 0",80; arrivé à celle taille,.

comprimée, — ligne latérale formée de deux parties : l'une droite, qui s'étend du milieu du corps, et qui est armée de pièces écaillcuscs formant bouclier; l'autre, courbe, est inerme; — pectorales longues en forme de faux; — épine couchée, mais souvent cachée dans la peau en avant de la première dorsale (Valencienne).

(1) Voyez Cuvier et Valencienne, Wùif. nat. des poisso7is,t.l\,p.ll . La fausse carangue habite aussi la Nouvelle-Calédonie. Ce poisson, qui est le plus savoureux de ces parages, a déterminé, chez un matelot du C'jclope, des accidents graves, mais dont on put heureusement se rendre maître.

(2) De Rochas, La Nouvelle-Calédonie et ses habitants. Paris, 18G2, p. G5. " '

(3) Signalement : corps comprimé, d'un bleu violacé supérieurement, d'un bleu pâle et argenté sous le ventre; îi bandes longitudinales, alternativement plus foncées et

il est très-vénéneux et les missionnaires français à la Nouvelle-Calédonie ont élé gravement incommodés pour en avoir mangé; les individus de O^'jlS à 0'",14 sontinollensifs.

YI. Gobioïdes, —Les Gobioïdes, dont notre goujon [Cyprinus gobio) est le type, sont des poissons Acanthoptérygiens de petite taille (1). Guvier et Yalencienne indiquent le gobie à soies {Gobius setosus) de Pondichéry, vulgairement appelé calou-ouloiwé, comme un poisson auquel on attribue

Fig. 74. — Gobius criniger.

des propriétés toxiques. En 1861 Collas a observé à Pondicbéry des accidents dus à l'usage d'un gobie (2) qu'il rapporte au gobius crmiger (fig. 14) de Cuvier et Valencienne (3). A. Collas ayant observé des empoisonne-

M.c nT.^nnPrrn1p arrondi, sans dentelures, bordé de jaune et de bleu — ^""Tu^^lnalement ■ ventrales attachées sur les pectorales, ou un peu en avant, et réunies

"'S°sSna Wi< ; longueur du corps de 0™,075 chez les individus les plus grands (2) S'â'''«'e»î^'« • millimètres - profil arrondi, comme busqué - yeux au

[ (*) Corre, loc. ci7., p. Hl.

ments produits par le Gobius criniger, l'essaya sur des poules et des chiens et constata sa toxicité; la lêle, le foie et les intestins sont les parties les plus dangereuses de ce poisson (l).

VIT. dupées. — Ce n'est pas d'aujourd'hui que des cas d'empoisonnement par des dupées des pays chauds ont été signalés. Pouppé-Desportes raconte qu'à Saint-Domingue, plusieurs personnes furent empoisonnées par une sorte de petite sardine (2). MM. Chevalier et Duchesnes indiquent aussi le cailleu-lassart ou sardine dorée {Clupea thrùsa), qui hahitc

Fig. 75. — Cailleu tassart (hareng de la Martinique).

les mers de Chine et des Antilles, comme susceptible de devenir dangereux à l'époque du frai (3). Enfin M. Payen a vu aux Seychelles des empoisonnements produits par une sorte de sardines.

Le cailleu-tassart (4) est quelquefois désigné sous le nom de hareng de la Martinique. D'après Chisholm il serait assez toxique pour déterminer quelquefois la mort en dix minutes. Nous n'avons pas de renseignements précis sur ce poisson dangereux.

La Melette vénéneuse {Meletta venenosa) est une clupée toxique qui a appelé justement l'attention des médecins de la marine depuis les accidents produits par ce poisson à bord du Catinat stationne à Balade (Nouvelle-Calédonie) et relatés par le médecin de ce navire, M. La-

(1) Je rappellerai un cas d'empoisonnement survenu à Paris, chez des personnes qui avaient mangé une friture de goujons, mais c'est là un fait de toxicité accidentelle tandis que le Gobius anniger est réellement toxicophore ((/«ion r«eV/i'ca/e, 20 décembre 1856) •

(i) Pouppé-Desportes, Hisl. des malnd. de Saint-Domingue. Paris, t. I, p. 108.

(3) Ann. d'Iujg., 1851, t. XLV, p. 387 ett. XLVI, p. 108.

(4) Signalement: corps en ovale assez régulier, hauteur égalant le quart de la longueur — tête courte et comprise un peu plus de cinq fois dans la longueur totale — couleur verdâtre sur le dos, argentée sur les flancs, tâclie noirâtre sur l'épaule — mâchoire supérieure échancrée, sans dents — mâchoire inférieure dépassant un peu la supérieure, également sans dents — rangée longitudinale de très-petites dents sur la langue — dorsale li dix-neuf rayons : les premiers six fois plus élevés que les derniers, mais le dernier prolongé outre mesure — anale vingt-trois — ventrales, huit — caudale fourchue (Cuvier et Valencienne, cités par Corre).

croix (1). Des ôchanlillonsde ce poisson vénéneux ont élé délerniinéspar M. Valencienne sur la demande qui lui en a élé adressée par M. Quoy. A^oici les faits les plus saillants de l'empoisonnement produit à bord du Catinat par la melette vénéneuse. Ce navire était à Balade (Nouvelle-Cali^donie); il faisait depuis quatorze jouis usage de poissons qui sem-

Fig. 7G. — Meletta venenosa.

blaient identiques à ceux qui devaient amener bientôt des accidents. Cinquante hommes mangent un matin de cette sardine à laquelle, paraît-il, on trouva un goût âcre et métallique. Sur ce nombre trente sont pris de symptômes d'empoisonnement el cinq sucombent. LeProny, qui était mouillé dans le voisinage, eut, sous l'inQuence de la même caus€, dix malades, mais personne ne mourut. Des crampes, des douleurs atroces de la nuque et de l'épigastre, de l'algidité, de la dilatation des pupilles, de la cyanose, des vomissements, des selles séreuses infectes avec ténesme caractérisèrent la première période. La réaction prit dans les cas graves une forme ataxo-adynamique avec délire, coma. Sur les cinq matelots qui succombèrent, trois moururent dans la premi re période et deux dans la seconde. Dans les cas de moyenne gravité, il y eut une persistance remarquable des douleurs articulaires, des crampes et de

Ici fcliblGSSG

La melelle (2) vénéneuse ressemble beaucoup à une clupée Irès-vo.sine et habitant les mêmes mers; la Bassunnera acuta ("g- "M"' parait être complètement inoffeusive. 11 sera.t donc d un grand m-

Calédonie). Rev. col., 1850, t. XV, p. 254. moins élancé que celui

(2) Signalemenl : longueur de 1-2 cenUmetres " ^^^^ a oûrc k ^ tô?e. contedc ll sardine ordinaire - hauteur îv P«>"C/"P i a ' oiTS sale à 18 rayons,

nue 4 fois et 1/2 dans la longueur totale ^^^^^^^^'f ' :^SC"))ie do s ^

durs à la base! mous au sommet " f faU a rsp^étriq^L, dont chacun est dale profondément bifurquée, divisée en ^^ux a ceaux sy. e 1 '

lérêtde les distinguer l'une de l'autre; ncialheureusement, les analogies sont très-fortes, et M. Valencienne n'a pu que signaler les différences suivantes : la Dussumiera a la hauteur plus courte que la lôte, et contenue S fois 1/2 dans la longueur totale. L'œil est recouvert d'une paupière adipeuse assez épaisse, son diamètre mesure le 1/3 de la longueur de

Fig. 77. — Dussumiera acuta.

la tête. Les nageoires ventrales sont petites, triangulaires, et ont entre elles une écaille assez large qui dépasse les rayons ; la pectorale a aussi une large écaille dans son aisselle (Valencienne). M. Léon Vaillant m'a indiqué, comme le caractère différentiel le meilleur, la forme des écailles ventrales, médianes, qui forment, chez la melette, une carène fortement dentelée en scie, tandis que chez la Dussumiera, ces écailles ne forment pas de dentelure sensible. De plus, dans cette dupée, le museau est égal, ou môme un peu supérieur au diamètre de l'œil, tandis que dans la melette le museau est plus court que le dia- -mètre de l'œil. Enfin, dans la Dussumiera la hauteur n'est que le 1/4 de la longueur totale.

VEngraulis japonica, sorte d'anchois, de la famille des Clupéoïdes, est un poisson toxique très-abondant dans la baie de Nangasaki et qui paraît dangereux, surtout de juillet à septembre. Sa couleur est sale, sans éclat, sa peau comme inucilagineuse. Quand on fait prendre de sa chair à des chiens, la mort survient deux fois sur trois. Chez l'homme, elle produit de la diarrhée, des vomissements (1).

Je signalerai enfin VEnorantis japonica, que M. H. Wawra, médecin de la frégate autrichienne Donau, a indiqué comme un des poissons de la rade de Nangasaki, susceptible de produire des accidents (2). Peutêtre est-ce le cailleu-tassart ou hareng de la Martinique, ou la sardine ^ovèiQ{Clupea thrissa).

VIII. Diodons. — Les propriétés toxiques des diodons des pays chauds ont été indiquées à plusieurs reprises, mais leur étude n'a été l'objet d'aucun travail. Cette lacune, que nous signalions, M. Le Roy de Méricourt et moi, aux médecins delà marine, en 1861 (3), existe encore tout entière

(1) Arch. de méd. )iav. I8GG, t. V, p. 28n.

L. Vincent, Analyse du rapport du D' H. Wawra {Arch. méd. nav., 1872, t. XVIII p. 75). »

(3) Mém. cit., p. 23.

aujourd'hui. M. V. de Rochas nous apprend qu'à bi Nouvelle-Caiédonie^ il existe un diodon fort redouté des indigènes. 11 en a expérimenté le frai et les intestins sur un chat qui a présenté de graves accidents d'empoisonnement (1). Le Diodon tigrinus (Orbe, Poisson armé) est un poisson dangereux par ses piqûres, mais rien ne dit que sa chair soit toxique.

IX. Tétrodons. — Les létrodons sont des poissons plectognathes, de la famille des Gymnodontes, très-rapprochés des diodons, dont ils diffèrent par ce caractère spécifique que les lames des mâchoires sont diviséesau milieu par une suture, ce qui leur donne l'apparence de quatre dents. Ils peuvent se gonfler comme les diodons.

Il règne une certaine confusion relativement aux variétés de tétrodons toxiques auxquelles il convient de rapporter les divers empoisonnements dont les annales de la navigation ont conservé le souvenir. N'y a-t-il qu'un tétrodon toxique, et le Tetrodon sceleratus, auquel Forster attribua l'empoisonnement qui se manifesta dans l'Océanie, à bord des navires de Gook; le Tetrodon maculatus, qui produisit à bord du Styx les accidents observés par M. de Rochas, ne sont-ils autre chose que le tétrodon du Gap, le toad fish? Gela me paraît vraisemblable, aussi n& décrirai-je que celui-ci.

Fig. 78. — Tétrodon du cap de Bonne-Espérance {Geneion maculnium).

Le tédrodon du cap de Bonne-Espérance (Qg. 78) {Tetrodon sceleratus, Geneiun macidatum de Bibron) habite les deux baies du Cap, spécialement Sinion's bay (2). Dans la première édition de ce livre, je signa-

(I) V. de Piocliasj np. cit., p. 65.

(?) Quand un navire arrive sur cette rade, le bateau du port lui remet une notice imprimée ainsi conçue: Caution. T/iere isafish in Simo7i\- bay, commonlii calh.d toadfish ; il is aboul six inches long, black dark, with deep black siriper, bell;/ white, wil/t fuint yellf.w pulclm; it swims near the surface and ii a conslant attendant on line s employed for fis/nng ; whm taken from the waler, il pup oui cniisiderabhj . Should any portion of Uns fish be eaten, deatli ensues in afewmmuUs. (Il y a, dans les eaux de Simons-Bay, un poisson appelé vulgairement poisson-crapaud ; il a environ six pouces (0"',152) de long; le dos est noir, sillonné de bandes d'un noir plus fonce ; le ventre blanc, mélangé de taches jaune pâle ; il nage près de la surface et surveille constaniment les lignes de pCche ; quand on le tire de l'eau, il se gonfle considérablement, bi l'on mange de ce poisson, môme en petite quantiié, la mort survient en quelques minutes.)

lais la toxicité de ce poisson, et j'exprimais le regret de ne pouvoir communiquer, à son sujet, des détails plus complets et plus précis. M le docteur Prœger, enlevé récemment à la science, répondit h cet appel et voulut bien nous adresser spontanément, et les renseignements qui nous manquaient et une aquarelle faite avec beaucoup de soin, et représentant ce tétrodon. Nous nous empressâmes de recourir aux lumières du savant et regretté professeur C. Duméril, qui détermina ce poisson, et reconnut que ce n'était pas un dïodon, comme on l'avait pensé d'abord, mais bien un tétrodon, le geneion maculalum de Bibron, seule espèce connue de ce genre. Duméril fit de la note que nous lui avions adressée une communication à l'Académie de médecine (4). M. de Rochas sur le Styx, et M. Combes sur Y Audacieuse, ont eu l'occasion d'étudier ce tétrodon; enfin, je dois à l'obligeance de M. A. Borius des détails intéressants sur ce poisson, qui est d'autant plus dangereux, qu'il nage à la surface et qu'il est l'un des premiers à mordre à l'hameçon. C'est à l'aide de sa description, rapprochée de celle dePrœger, que je puis donner ici le signalement exact de ce poisson vénéneux (2).

Les empoisonnements par le tétrodon du Cap ne sont rien moins que rares. M. Prœger nous citait dans sa lettre quatre faits de ce genre : en 1826, un mousse danois du navire le Christian- Laon succomba à cet empoisonnement; deux matelots du brick hollandais le Postillon moururent également, en 4845; enfin, un matelot de la corvette française VOise, en relâche au Cap, fut également victime de cet empoisonnement. Dans tous les cas, la mort fut rapide. M. Combes, médecin-major de V Audacieuse, dit que peu de temps avant son passage au Cap, une de nos canonnières eut des accidenls de cette nature. Je n'ai pu me procurer de renseignements sur ce fait.

En 1857, quatre hommes de l'équipage du Styx lurent pris aù mouillage de Port-de-France (Nouvelle-Calédonie) d'accidents très-graves d'empoisonnement pour avoir mangé du télrodon ; deux succombèrent. M. de Rochas essaya le frai de ce poisson sur deux chais : l'un d'eux

(1) Bullel. de l'Acfid. de méd., 1857-1858, t. XXIII, p. 1059.

(2) Signalement : longueur de 0,15 à 8,20 centimètres — partie antérieure du corps lourde, obtuse, massive — partie postérieure courte, effilée, conique; une section faite au niveau de la nageoire pectorale donne exactement à cette partie du corps la forme d'une bouteille dont la nageoire caudale est le goulot — tête grosse — mâchoire supérieure immobile, nasiforme, courte — mâchoire inférieure prognathe — deux dents à, chaque mâchoire, pas de barbillons — yeux gros à iris bruns, munis d'un sphincter cutané qui sert de paupière et se contracte rapidement quand on irrite l'animal — ventre mou, pendant, dilatable — nageoires pectorales larges, courtes, presque quadrangulaires — nageoires dorsale et anale étroites, triangulaires — nageoire caudale presque rectangulaire — robe noire sur le dos, recouverte de petites taches irrégulièrement rondes, gris jaunâtre ou verdâtre, et parcourue de bandes noir foncé. Sur les côtés, la teinte foncée se fond en un jaune pâle qui tranche sur la couleur blanc mat du ventre. Les nageoires ont une couleur ardoisée, bordée et mélangée de brun; la nageoire anale est moins foncée. Il se gonfle quand on le sort de l'eau en déglutissant de l'air, et quand, se dégonflant, il rejette celui-ci, on entend une sorte de faible cri que M. Borius représente par le son crô-crô.

fut empoisonné par 6 grammes de cette substance. A m. Lefèvre a fait à Brest deux essais sur des chats avec ce même frai conservé dans l'alcool; il y eut des signes non équivoques d'intoxication. J'ajouterai enfin, pour être complet, le fait observé à bord de la frégate américaine le Winchester sur deux matelots qui, sachant que le toad-fish était toxique, avaient voulu étudier sur eux-mêmes les effets de ce poison. Le premier mourut au bout de dix-sept minutes, le second au bout de vingt minutes. Ils avaient mangé à eux deux le foie, dont le poids était de 4 drachmes environ {iQ grammes) (1).

X. Scombéroïdes. — Ba.ns cette famille de poissons, se trouvent des espèces sinon décidément et absolument toxiques, au moins dans lesquelles il faut signaler une certaine tendance toxique. Je citerai à ce propos : IMe thon {Thynnus vulgaris) qui aproduit quelquefois, mais très-rarement, sous nos climats des accidents d'indigestibililé plus ou moins graves, mais qui sous les tropiques, aux Antilles en particulier, est considéré comme dangereux. M. Corre faisant remarquer que ces thons sont transportés de l'anse du Prêcheur où ils sont péchés à Fort-de- France, sous un soleil ardent, attribue les inconvénients qui résultent de l'emploi de leur chair à une simple altération; 2Me tassard {Cybium caballa) qui a déterminé à bord de VAchéron, dans le bassin du Carénage à Fort-de-France, des accidents chez quinze matelots ; 3° la bonite [Scomber pelamys) qui aproduit à bord du navire de guerre hollandaisMontrado, deux empoisonnements observés par M. Vernhout, médecin de ce navire.

XI. Squammipennes. — Onasignalé comme toxique dans cette famille le chœlodon de Java, mais il est souvent inoffensif, et on attribue sa toxicité accidentelle au corail dont il se nourrit (2).

Je citerai, pour compléter cette énumération des poissons toxicophores :

1° La Vieille {Scariis velu/a) de l'île de France, indiquée par Saineval comme un poisson vénéneux; celle des Antilles, appelée vulgairement patate verte;

2° L'Orphie {Belone caribœa) qui passe pour vénéneuse aux Antilles, surtout à la Guadeloupe, et dont M. Cheval, médecin de la marine, aurait constaté, à ses dépens, les propriétés toxiques (3);

3° Une baudroie, du genre Lophius, très-analogue au Lophim setigera des mers de Chine et du Japon, et à la chair de laquelle les Européens

(1) Wilson, Naval Htjgiene^ p. 104.

(2) Arch. de méd. 7iav., 1867. t. VIII, p. 95.

(3) Corre, Note pour servir à l'histoire des poissons vénéneux {Arch. méd. nav,, t. III, p. 145).

ACCIDENTS NAUTIQUES. 635 habitant la Nouvelle-Calédonie, et les indigènes eux-mômes, attribuent des propriétés toxiques. M. Glouet, médecin-major de l'Ms, en a rapporté un échantillon pour le Musée de Brest (1).

Quelle que sd'd l'espèce de poissons qui détermine des accidents, ceux-ci ont une physionomie assez uniforme. Nous avons proposé, M. Le Roy de Méricourt et moi, d'adopter pour cette maladie toxique, le mot de signalera, employé par les colons espagnols. La signalera revêt deux formes distinctes : celle d'accidents d'indigestion grave ou d'empoisonnement gastro-entéritique ; 2° celle d'algidité cholériforme avec dépression, et symptômes d'alaxie nerveuse. Chaque sujet peut présenter, dans une proportion variable, le mélange de ces deux ordres de phénomènes.

Quelle est la cause prochaine de la siguatera? Plusieurs fails sont à noter ici : 1° la localisation ou la concentration plus grande du poison dans certaines parties du corps de l'animal : la tête, le tube intestinal, les œufs, le foie ; 2° l'influence de l'âge du poisson sur sa toxicité, les jeunes poissons étant surtout inoffensifs, alors que les poissons adultes sont vénéneux. M. V. de Rochas croit que le frai seul est toxique. Pour mettre hors de doute cette opinion, qui a pour elle certaines vraisemblances, il faudrait une série d'expériences qui manquent encore.

Le traitement de la siguatera est essentiellement symptomatique, il repose sur l'emploi de vomitifs dès le début (en préférant la titillation de la luette à l'émétique pour ne pas déprimer l'économie) ; de la pompe gastrique (2); sur l'usage des stimulants diffusibles : alcooliques, éther, associés à l'opium; des moyens de caléfaclion : révulsifs cutanés, bains sinapisés, frictions, etc. Les indications consécutives dépendent de la forme de la réaction, et ne peuventêtre tracées par avance.

« Quant à la prophylaxie, il serait vivement à désirer que dans toutes les rades des pays civilisés, hantées par des poissons suspects, l'administration locale eût le soin de prévenir les nouveaux venus des dangers qui les menacent, soit par une notice, soit, mieux encore, par des dessins bien fails et, autant que possible, coloriés. Quand nous posséderons des notions plus précises sur ce point de toxicologie, qui est d'un si ' haut intérêt pour l'hygiène navale, il y aurait certainement grande utilité à ce que les chambres de commerce fussent munies d'un certain nombre d'exemplaires de dessins représentant les poissons toxiques, qu'elles distribueraient aux bâtiments, suivant la nature de leur campagne. Quant aux navires de l'État, les médecins de la marine ont non-seulement la mission de prémunir leurs équipages contre les chances d'empoisonnement de ce genre, mais encore de vérifier les faits acquis et d'instituer des expériences pour combler les lacunes si nombreuses

(!) Clouet, Relat. méd. d'un voyage autour du monde. Thèse de Montpellier, 1873. (2) L'apomorphine, employée par voie hypodermique, aurait ici son indication.

qui existent encore sur ce sujet. Le bâtiment arrive-t-il dans des localités où l'absence d'établissement européen permanent ne lui permet pas de recevoir des avertissements salutaires, il est un certain nombre de précautions qui sont dictées par la prudence et dont on doit s'entourer. Nous les résumerons ainsi :

« 1" Se renseigner auprès des indigènes, et, dans le cas où ils signaleraient des espèces dangereuses, se les procurer et les montrer à l'équipage pour qu'il en connaisse bien le signalement et puisse s'en défier à l'occasion (1);

« 2° Dans les cas suspects, faire, avant toute consommation, des expériences sur des animaux, principalement sur les chats et les poules, en ayant soin de leur faire ingérer surtout le foie, le tube intestinal et les œufs ;

« 3° Il sera prudent, en tout cas, dans les pays chauds, de ne jamais manger de poisson qui n'ait été préalablement vidé et débarrassé avec soin des moindres parcelles de foie (2). »

J'ajouterai, en terminant, qu'il importe que les médecins de la marine rapportent des échantillons des poissons toxiques, en les conservant dans la glycérine ou l'alcool, et qu'ils notent soigneusement les détails, tels que la couleur, qui peuvent se modifier dans ces liquides.

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