RACINES, FEUILLES ET FRUITS VÉNÉNEUX
La flore tropicale abonde en poisons qui sont d'autant plus dangereux qu'elle les dissimule sous l'attrait de la forme et la séduction des couleurs. Il ne saurait entrer dans notre plan d'énumérer toutes les plantes vénéneuses qui abondent dans les régions où la navigation conduit le plus habituellement l'homme de mer ; mais nous devons au moins le prémunir contre ces substances qui, par leur forme, leur goût, leurs ressemblances, peuvent être prises pour des matières alimentaires, et qui sont, par cela même, plus dangereuses que cellesdont la vénénosité n'est déguisée par aucun semblant de propriétés utiles. Dans une énumération de cette nature, l'ordre d'afiinité botanique serait parfaitement insignifiant, nous lui préférerons le classement par organes, qui a au contraiie une utilité pratique réelle, et nous diviserons ces substances toxiques en : 1" racines ; 2" feuilles ; 3° fruits.
§ I, — Racines.
Les racines peuvent produire assez fréquemment des méprises funestes, et cela se conçoit: formées généralement d'une masse plus ou
(1) C'est ce que fit M. Combo à bord do \ Audacieuse, pour le Telrodon maculalum. '1) Fonssagrives et Le Roy do Méricourt, Mém. cit . , p. 35.
moins considérable de fécule au milieu de laquelle les poisons les plus subtils ne décèlent souvent leur présence ni par le goût ni par l'odeur, elles offrent tout l'attrait d'un aliment abondant et savoureux; de plus, elles sont ordinairement assez amorphes pour que rien dans leur aspect ne puisse faire distinguer les végétaux d'où elles proviennent; enfin, beaucoup de plantes vénéneuses, sous le climat des tropiques comme sous le nôtre, semblent condenser, en quelque sorte, leurs principes toxiques dans leurs racines.
Les Aroïdées ont des racines féculentes dont quelques-unes doivent être évitées avec le plus grand soin : telle est la racine tubériforme du Draconte polypiiylle. Arrondi, brunâtre, avec des stries horizontales, ce tubercule (fig. 79), du sommet duquel part une hampe courte, supportant une Heur à odeur fétide et cadavéreuse, a quelquefois produit des accidents toxiques. Descourtilz dit avoir observé, à Saint-Domingue, un empoisonnement déterminé chez des matelots par la racine du draconte polyphylle employée en guise de chou caraïbe (1). La racine du gouet arborescent [Arum arborescens) est également toxique; mais la saveur âcre et brûlante qu'elle possède prémunit contre le danger delà faire servir à l'alimentation. 11 en est de même de la racine du gouet vénéneux, qui est imprégné d'un suc caustique dont les propriétés sont justement redoutées aux Antilles ; de celle du gouet hédéracé {Arum hederaceum) on herbe à méchants; de la colocasie hédéracée ou gouet Liane bridante, etc. Règle générale: dans les pays chauds, toute racine provenant d'une plante à spathe monophylle, ventrue inférieurement, ouverte en cornet à sa partie supérieure, contenant un spadice droit, cy-
(I) Descourtilz, Flore médicale des Antilles, 1827, t. III, p. G8, pl. 165.
(?) Fig. 53. — Draconte polyphylle. — Caractères botaniques : Racine tubéreuse do laquelle part un pétiole vert, pointillé de pourpre, portant des folioles nombreuses. Hampe courte. Spathe en capuchon, verte extérieurement, violette en dedans. Spadice jaune.
Fig. 79. — Draconte polyphylle (2).
lindrique, renflé à sa base, ayant assez la forme d'un gland Irès-allongé, à cupule inférieure, doit être considérée comme toxique et évitée avecle plus grand soin. Le taro {Ariimesculentum), Aroïdée dont la racine féculente paraît un excellent aliment, fait seul exception; mais encore renferme-t-il, comme la plupart des Aroïdées,un principe âcre et toxique que la cuisson détruit ou volatilise.
Les racines des liserons des pays chauds contiennent presque toutes un suc laiteux purgatif. Telles sont les racines du quamoclit purgatif on liane purgative, celle de la liane à Minguet {Çonvolvulus macrorrhizos), dont les racines tubéreuses ont un goût assez agréable, des divers méchoacans, etc. La tige grimpante, volubile, les feuilles généralement cordiformes ou hastées, les corolles hypocratériformes des plantes de ces familles, servent, au reste, à les faire reconnaître.
Les hryones, et surtout la bryone d'Amérique ou couleuvrée serpentine, de la famille des Cucurbitacées, sont particulièrement suspectes quand elles n'ont pas été débarrassées, par le lavage ou l'action du feu, de leur principe toxique. Mais ce sont les Euphorbiacées surtout qu'il faut tenir en suspicion; la plupart de ces plantes condensent leur principe actif dans les amandes de leurs fruits mous n'avons pas à nous en occuper ici, mais nous devons entrer dans quelques détails au sujet de la racine alimentaire et toxique à la fois d'une plante de cette famille, le jatropha
manihot, ou manioc.
Le jatropha mam'Ao^ présente cette particularité, qui d'ailleurs n'est pas rare dans la flore tropicale, d'une substance alimentaire et d'un poison subtil réunis dans le même organe, dans la même cellule végétale. Ce poison paraît de la nature des cyaniques. Pelouze, qui l'a étudié avec soin, a retrouvé de l'acide cyanbydrique dans le produit de la distillation du suc du manihot; et comme les dernières distillations en contenaient autant que les premières, il en a conclu que l'acide prussique du manihot s'engendrait dans la racine par un mécanisme analogue à celui qui produit l'acide cyanbydrique des amandes amères par la réaction de l'amygdaline et de la synaptase au contact de l'eau. Un médecin excessivement distingué de la Martinique, M. le docteur Rufz, a soumis ce poison à une étude approfondie; il a constaté l'extrême énergie toxique du jus de manioc, mais aussi la perte facde de ses propriétés nuisibles par l'action de la chaleur, la seule évaporation, le mélangeavec du sirop de sucre, du café, de la fécule de manioc elle-même. ]1 assimile cet empoisonnement à celui produit par l'acide cyanbydrique; décrit comme ses principaux symptômes, de la pesanteur de tête, des vertiges, des étourdissements, des mouvements convulsifs, du ba lonnement du ventre, des nausées, de la diarrhée, et attribue au café
(,) o. Henry et Boutron-Chalard iî.c'.rc/., ^^^jf ^f^^^^^r''!^'^^^ amer (Mémoires de f Académie de médecine. Pa"s 1836 t. V p, 212). Pelouze, iv sur l'eau distillée de vianioc {Ann. d'hygiene, t. XXXII, p. 41bj.
ACCIDENTS NAUTIQUES. 639 quelques propriétés antidotiques (1). Quoi qu'il en soit, les capitaines du commerce n'oublieront pas de prévenir leurs hommes des accidents terribles d'empoisonnement auxquels ils s'exposeraient s'ils mangeaient de la racine crue de manihot, ou de la racine mal préparée, et s'ils buvaient de l'eau ayant servi au lavage de cette fécule. Nous croyons qu'en cas d'empoisonnement, le traitement doit être le môme que celui de l'intoxication par les cyaniques. Le poison est si subtil, que l'indication d'évacuer ne se montre que rarement; toutefois, si les accidents étaient d'origine récente, si une quantité considérable de racine crue ou de farine contaminée avait été ingérée, il faudrait en solliciter le rejet par les vomitifs. Quant aux neutralisants chimiques, en lesquels nous avons ici une foi médiocre, on pourrait, si l'on en avait le loisir, essayer de l'antidote ferroso-ferrique de Smith, mais la neutralisation dynamique du poison est surtout la partie importante du traitement; or, quand on a réveillé la vitalité défaillante par les affusions froides, moyen héroïque que le docteur Herbst, de Gœttingue, a justement préconisé, il y a plus qu'une thérapeutique de symptômes à foire, c'est-à-dire une thérapeutique variable et que le médecin seul peut instituer.
§ 2. — Feuilles.
Les feuilles des végétaux sont rarement employées dans l'alimentation humaine, trop rarement peut-être, car on dédaigne ainsi une masse de
Fig. 80. - Ache des chiens. Fig. 81. - Persil,
substances nutritives qui pourraient être fructueusement utilisées. Le
p" 3^'^^'"'""'^ P""' d'^VB^ène, t, XXXII.
PATHOLOGIE ET ACCIDENTS NAUTIQUES, chou les épinards, diverses ombellifères oucrucifères aromatiques, emnlovées à aire de condiments, et les Chicoracées mangées crues sont à ^ peu près les seules feuilles comestibles.
Des accidents nombreux commandent la prudence aux marins, et invitent à n'utiliser des feuilles comme aliment, que si des connaissances botaniques précises ont permis d'en déterminer la nature, et surtout si la notoriété et l'expérience locales ont démontré qu'elles sont réellement inoffensives comme elles l'ont fait, par exemple, pour les brèdesmorelles (1). Je n'ai pas besoin de prémunir contre les erreurs botaniques qui peuvent faire prendre certaines feuilles toxiques pour des feuilles alimentaires : la ciguë pour le persil (Qg. 80, 81), le phellandre aquatique (ûg. 82) arrangé en guise de céleri, la lobélie à longues fleurs {Lobelia longiflora) con- Fig. 82. — Pliellandrie. fondue avec les feuilles de pissenlit ainsi
que Descourtilz en a vu un exemple à Saint-Domingue, etc. ; tous ces faits commandent une prudente réserve dans l'usage alimentaire de feuilles qu'on ne connaît pas et la nécessité de recourir, en cas de doute, aux conseils spéciaux des médecms du navire.
§ 3. — Fruits.
La Pomone exotique est une sirène dont il faut se défier ; ses séductions sont, en effet, de deux sortes : ou bien elle excite, par l'attrait de la sensualité, à abuser de fruits qui ne sont préjudiciables que par l excès qu'on en fait ; ou bien elle expose, par l'appâl de la ressemblance, à des méprises souvent fâcheuses. La tempérance prémunit contre le premier danger ; la défiance met à l'abri du second.
(W On donne, aux Antilles et à Bourbon, le nom do bvèdes à des légumes herbacés diJers nui serv'ent d'assaisonnement aux viandes. On les distingue en brèdes à calafou ce sont les Touilles de VAmaran'.e oleracca, et en brèdes ,nore lies. Ces dernières cettJ iarUailarité singulière d'une plante toxique, la morel.e f ,n,.«,. devenant inoffensive et alimentaire. Elle constitue un mets usuel à f ^
Réunion Ceue nnocuité ne paraît pas spéciale ît la morelle des pays chauds. MJurpfn ^ngé sans inconvénient des brèdes de morelle recueillies
!• tiPns de l'ancien conservateur du Jardin botanique de Brest, qui a\ait procuie, u la santé, art. BnfeDBS, p. 171).
Le nombre des fruits toxiques est très-considérable dans les pays chauds. Un ouvrage spécial qui consacrerait à chacun d'eux, et une description exacte et un dessin figuratif, rendrait aux navigateurs des services dont ils sentiraient vivement l'importance. De quelle utilité leur serait une énuméralion botanique dont l'aridité les rebuterait, et qui, par contre, resterait stérile pour eux au moment oii il leur faudrait reconnaître un fruit suspect pour prévenir un empoisonnement ou pour lui opposer des moyens convenables? Cette considération nous engage à. ne pas surcharger cet article de détails auxquels nous répugnons, parce que leur utilité ne nous frappe pas; aussi indiquerons-nous simplement ces fruits toxiques des pays chauds qui, à notre connaissance, du moins, n'ont jamais produit d'empoisonnements dans nos équipages: le fruit du mancenillier à feuilles de houx ou pomme zombi, dont la couleur jaune d'or ou rouge-vermillon appelle la vue et le désir ; celui du momordique nexiquen, qui ressemble assez à nos prunes de mirabelle ; celui de Vapocin citron qui, déta- ManceniUier à feuilles de houx
ché de sa branche, peut, à la rigueur, être pris pour un citron à écorce raboteuse, etc. Nous devons laisser de côté ces poisons équivoques et ne nous occuper que d'un petit nombre de fruits qui déterminent des empoisonnements plus usuels, et dont les effets ont été mieux étudiés. Tels sont: 1" le sablier élastique; 2° le mancenillier ; 3° le calebassier vénéneux ; la inorelle mammi forme ou 'pomme-poison. Nous ne ferons qu'indiquer le brinvilliers {Spigelia anthelminthica), poison pur, qui ne donne lieu à aucune méprise, et les amandes drastiques des Euphorbiacées [petit pignon d'Inde, ricin Jatropha curcas), qui ont une saveur âcre, comme strangulante' qui prémunit contre leurs dangers (1).
(t) Il n'en est pas toujours ainsi, cependant, môme sous nos climats. M. Pécholier agrégé de la Faculté de médecine de Montpellier, a cité quatre faits d'intoxication oar des semences de ncin, observés aux environs de cette ville (Pécholier, Élude sur les
(•) Caractères botaniques Feuilles à teintes variées, vert foncé, jaunes, rougcdtres. Fleurs scssiles Pommes a côtes, jaune d'or ou rouges. » ^uissi-ssiies.
FoNssAonivES, Hyg. nav.
Le sablier élastique {Hura crepilans] (fig. 84) est une Euphorbiacée originaire de l'Inde ; son port est à peu près celui de l'amandier de nos pays. Son fruil est Irès-reconnaissable; il est aplati, formé de douze côtes rayonnantes, renfermant chacune une graine qui ne remplit pas complètement sa loge, dans laquelle elle • produit, quand elle est
mûre, un bruit caractéristique. Cette graine est toxique ; on a vu des accidents très-graves survenir chez des enfants à la suite de l'ingestion de quelques-unes des amandes du sablier. Delioux nous a dit avoir observé un fait de ce genre. Le sablier est un des fruits que l'on considère aux Antilles comme l'instrument habituel de la vengeance des nègres. M. Rufz, qui a étudié ce poison avec soin, infirme un peu sa réputation de toxicité. Il dit avoir administré à un chien, sans produire la mort, 12 grammes de semences. M. La Porterie, pharmacien de Saint- Pierre (Martinique), a retiré de ces graines une huile qui paraît vénéneuse à la dose de 4 grammes (1). Du malaise, un état syncopal, des vomissements, de la chaleur à la gorge, des selles abondantes, du ténesme, sont les symptômes attribués à cet empoisonnement, qui ressemble tout à fait à celui produit par les autres Euphorbiacées.
Le mancenillier est le plus illustre, s'il n'est le plus dangereux des poisons végétaux. L'imagination renchérissant sur son activité toxique, qui
^^.aiwnnements par les semences rfe ricm. Montpellier, 1869). J'ai vu moi-niômc, au ObCroTcier'qui avait mangé quelques-unes de ces semences, ùtre pr.s d une suoerourgation qui n'eut pas d'autres suites. n a . t XWTI
^ lï) Ah, Empoisounemenls pratiques par les nègres {Ann. d hyg.ene, 1844, t. XXXII,
o ur <4ioc.m..P ( flum crevilans). - Caractères botaniques : Feuilles lancéolées, lactescentes.
Sl^eVi^n! S^urTLcUcs isolées : les unes el les autres sont d'un beau rou.e.- 1, rameau fructifère et florifère. - 2, fragment d'une grosse branche. - 3, fn.it.
Fig. 84. — Sablier élastique (*).
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tesl, il esl vrai, très-rcelle, on en a fait une sorte de substance intangible, ide végétal empoisonnant par ses seules émanations et frappant de mort (Ceux qui cherchent un abri sous son feuillage. Il y a eu là de l'exagérai lion comme nous allons le voir.
II existe plusieurs espèces de niancenillier : le gluttier des oiseaux, nu t mancenilliev à feuilles de laurier, le mancenillier à feuilles de houx (fig. 8i), Ile mancenillier vénéneux. C'est sur ce dernier que s'est concentré tout Il'inlérêt des toxicologistes.
Le mancenillier vénéneux [Hippomane mancenilla) est imprégné d'un :suc lactescent dans lequel paraissent résider louLes ses propriétés toxiiques. Les fruits de ce végétal ont avec nos pommes d'api une ressem- Iblance qui a souvent été l'origine de méprises funestes. Toutes les parllies de l'arbre sont toxiques, irritent fortement la peau et produisent .des éruptions vésico-pustuleuses avec gonflement érylhémateux et cuissson très-douloureuse. Il faut distinguer soigneusement cette action irrittante, topique, que le mancenillier partage avec les autres Euphorbiaccées, de l'action générale de ce 't poison. Ricord-Madiana dit avoir (éprouvé sur lui-même la caustiicité du suc de mancenillier , quand il louche la peau ou les 1 muqueuses (1). Plusieurs offiiciers de la frégate la Terpsiichore, surveillant un abatage de rmancenilliers qui les gênaient ;pour des relèvements, ont pu, mous a-t-on dit, constater à leurs idépens l'extrême causticité de ce s suc. M. Rufzaeul'idée d'utiliser ocette propriété du suc de manceinillier à titre de moyen de vé- >sicalion et d'épilatoire. On avait iprétendu que l'inoculation du -suc de mancenillier par des piiqûres amenait des accidents • mortels ; Ricord-Madiana et Rufz iinient ce fait. Les symptômes de i'rempoisonnement par le mancenillier sont les suivants : ardeur et ^«écheresse de la bouche et de la gorge, vomissements, selles sangui-
■ml fnï^';?"»?:""' expériences sur les poisons' d'Amérique . Bordeaux,
1, rameau llorifèrc et frJ if T 11 ^ f " t.'^^'l P'^'''^' Gra.ucs cordiformcs nou.brcuses.
Fig. 85. — Calebassier vénéneux {*}.
semences
Bit PATHOLOGIE ET ACCIDENTS NAUTIQUES.
nolentes, dyspnée, lilubalion, pouls petit, fréquent, syncopes, etc. Les Archives de médecine navale relataient en 1864, d'après un journal hollandais, le fait d'un matelot qui éprouva à Curaçao les accidents les plus graves pour avoir mangé une quarantaine de petits fruits d'un vert jaunâtre que l'on reconnut être des fruits de mancenillier. Il y eut des accidents locaux de vive irritation dans la bouche, la gorge et le long de l'œsophage, et, pour les conjurer, on fut obligé de recourir à plusieurs applications de sangsues. L'opium arrêta les vomissements et la superpurgation ; la guérison fut assez prompte (1).
Descourtilz indique l'infusion des feuilles du médicinier multip.de et du cèdre blanc {Bignonia leucoxylon), végétaux qui croissent à côté du mancenillier, comme des antidotes de ce poison (2). Le fait est des plus contestables. Après qu'on a sollicité le rejet du poison par les vomissements, il ne reste plus qu'à instituer un traitement d'indications, dont la formule ne saurait être tracée par avance.
Le calebassier vénéneux {arbre à couis des Antilles) (fig. 8o) est une solanée exotique dont les fruits, de la grosseur d'un citron, vert jaunâtre,
à sommet pointu, renferment une pulpe blanche mélangée de graines nombreuses, orbiculaires, comprimées. Ce fruit a été pris quelquefois pour des concombres ; il est excessivement dangereux. Descourtilz rapporte, d'après M. Tussac, que cinq soldats s'empoisonnèrent à Saint-Domingue,en faisant bouillir des couis dans leur soupe (3).
La morelle mammiforme, ou pomme-poison (fig. 80), fournit Fig. 86. — Morelle mammiformet*). également un fruit
dangereux. Elle est reconnaissable à ses feuilles lobées, velues, à ses
(1) Arch. de méd. mv., 1864, t. II, p. 458.
(2) Loc. cit.
(.3j Op. cit., t. III, p'. 17.
du fruit.
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fleurs bleuâtres, à ses fruits jaunes, acuminés, charnus, renversés, ayant un peu l'aspect de la corme. Ce fruit doit probablement ses propriétés toxiques ;\ la solanine. Est-ce à lui qu'il faut rapporter l'empoisonnement qui se manifesta, il y a quelques années, dans l'équipage de la gabare le Rhin, à Ih Nouvelle-Zélande, et qui, par la forme des symptômes, semblait se rattacher à l'ingestion de fruits de solanées?
On le voit, si le marin peut trouver dans les productions végétales ou animales des pays qu'il visite des ressources précieuses pour diversifier son régime et le rapprocher de ce qu'il devrait être normalement, ce bénéfice hygiénique estlui-même entouré de périls, et toute la vigilance des capitaines ne suffit pas quelquefois pour prémunir les équipages contre des empoisonnements auxquels la pénurie de substances alimentaires fraîches les expose d'une manière toute particulière.