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CHAPITRE V Intoxications venimeuses

.L'homme de mer peut, dans les circonstances diverses oii le place la navigation, soit à bord, soit à terre, dans ses excursions ou ses expéditions, subir des piqûres ou morsures virulenles dont nous devons indiquer rapidement l'origine. Je signalerai tout d'abord les oursins dont I quelques espèces, telles que Vechidnus mamillatus de la mer des Indes et de la mer Rouge, à épines assez grosses munies de piquants très-fins ; à leur base ; Vechidnus esculentus, etc., reposantsur les fonds sablonneux, ■ sont susceptibles, quand les hommes se jettent à l'eau pour haler les ' embarcations ou pour nager, de produire aux pieds des piqûres extrême- I ment douloureuses; beaucoup d'arachnides hémophages qui ne retirent 1 pas seulement du sang des points sur lesquels il se fixent, mais qui y insèrent en même temps un venin; tels sont Vargas de Perse (1) {Argas .persicus) ou punaise de Miana; le micromate sparassus, de la NouvelleiÇalédonie, arachnide noire tachetée de rouge-sang et dont la piqùredé- I termine une douleur vive et des accidents fébriles (2) ; les mygales, en ] particulier la mygale aviculaire qui verse son poison par un canal débordant à l'extrémité des mandibules; la galéode vorace du Bengale; Waraignée orange de Curaçao et l'araignée crabe de Madagascar; les scorpions des pays chauds, en particulier le scorpion tunisien ou scor- ! pion d'Afrique {Scorpio tunetanus) qui a O^.OG de longueur et dont la i piqûre paraît, dans des cas rares, il est vrai, susceptible de déterminer lia mort; le scorpion flavicaude du midi de la Méditerranée et du nord

(1) Op. cit., t. III, p. 145.

(2; Arch, de mécL mv,. 1806, p. If),

de l'Afrique. Dans la classe des Myriapodes se {TO\i\enl ]a scolopendre insigne {Scolopendra imignis) qui a 0=^,20 de long el qui détermine quelquefois des accidents au Sénégal et aux Antilles; la scolopendre cingulée appartient au midi de l'Europe. Le malfaisant des Antilles et le mille-pattes de la côte ouest d'Afrique- ne sont autre chose que la scolopendre mordante (5c« morsitans). Les Muscides ou mouches ne sont pas dangereuses par elle-mêmes, mais quand elles se sont imprégnées de matières septiques ou virulentes, elles peuvent, surtout les «mouches armées, comme le stomoxe piquant^ les introduire

Fig. 87. — Argas persicus.

rig. 88. — Scorpion tunisien ou scorpion funeste (de grandeurnaturelle).

dans les piqûres qu'elles font ou dans des érosions accidentelles de la peau et produire ainsi des accidents plus ou moins graves. Je ne parle pas ici des cousins; j'ai indiqué plus haut leurs agressions dans les pays chauds, et l'assuétude que l'on contracte peu à peu au venm que leurs morsures introduisent dans la peau. Les chenilles à peau velue sont tantôt venimeuses comme les processionnaires {Myx processi'^^^^^^^^ tantôt inoffensives, ce qui prouve que dans l'action irritante de leu s noils il Y a autre chose qu'un traumatisme, et qu'un venin intervient. Beaucoup de fourmis sécrètent un venin qu'elle, inoculent par un ai-

euillon anal canaliculé.

L'intérôl qu'offrent les reptiles comme animaux venimeux se concentre tout entier sur les Ophidiens. Si quelques autres reptiles : le crapaud, la rainette mridis), sécrètent par la peau un liquide agissant

comme venin, celui-ci est peu actif et ces animaux ne disposent pas d'instruments de pénétration. Les ophidiens des pays chauds élaborent les poisons les plus actifs et ce sont ceux aussi aux morsures desquels les matelolssont fréquemment en butte dans leurs campagnes. Ils trouvent dans l'Inde le naja iripudians, appelé aussi serpent à lunettes; !e cobra di capello ou aspic indien^ reconnaissable à sa tête large, recouverte de grandes plaques écailleuses, à sa langue très-extensible et bifide, à la propriété qu'il a d'élargir considérablement son cou par redressement des premières cotes ; un serpent corail {Ophiophagus elaps) ; différentes espèces de callopJm et 6^'hydi'ophi/des ; des vipères telles que la daboiœ Russellii et Vechis carinata; des crotales moins venimeux que leurs congénères d'Amérique et d'Afrique (1). En Afrique c'est l'aspic [Naja-

Fig. 89. — Scorpion flavicaude (de Fig. 90. — Scolopendra insignis (la partiegrandeur naturelle) . antérieure, de grandeur naturelle) .

Haje\ lecérasle d'Égyple {Cérastes segyptiacus), l'Échidne heurtanle- {Echidne arietans) ûw Gap, appelée aussi vipère-minute à raison de la rapidité, comme fulgurante, des effets de son venin, ou serpent cracheur ; l'échidnedu Gabon [Echidne gabom'ca), etc. L'Amérique nourrit un grand nombre de serpents venimeux parmi lesquels se distinguent : 1" les crotales dont une espèce, le crotale hovvihle {Crolalus horrùhs) habite Le Mexique, le Brésil et la Guyane, connus aussi sous le nom de serpenlsà sonnettes qu'ils doivent au bruit que font, quand ils marchent, des productions épidermiqufs emboîtées les unes dans les autres ; 2" les trigonocéphales, en particulier le bolhrops fer de lance ou vipère jaune de la Martinique ; 3° leserpent corail [Elaps coralinus) qui habite la Guyane, la. Caroline; 4° Vélaps de Marcgravequi habite Cayenne et qui est très-redoutable, etc. Dans l'Océanie habitent des Naias,des Elaps, des Hydrophjs à. habitudes aquatiques, le serpent noir {Acanthopis tortor), le serpent fouet , (Whip-snake), e[c. On \o\l que, en quelque endroit qu'aillent nosnavires,,

(1) Lauder Brunton and Fayrer, On the nature and physiologinal action o/ the poismofNa/a tnpudtans and othev indian venimous snakes, 187 i.

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ils ont à compler avec les serpents venimeux qui fourmillent à terre et dont quelques espèces (les Hydrophys sont dans ce cas), peuvent même venir à bord à la nage.

Fig. 91. Naîa ou Haye (l'aspic des anciens). Fig. 92. - Sonnette caudale de " crotale.

J'insisterai plus longuement sur les piqûres produites par les rayons des'nageoires de certains poissons de nos mers ou par ceux des pays chauds. Les poissons dont on redoute le plus les piqûres sont : la moringue {Murœnamoringa), le ctiirurgien [Acanthurus phlebûtomus)Mv^\& pastenague [Baia pastinaca), le machoiran {Bagrus barbatus), le poisson

Fig. 93. — Niplîon épineux.

armé (Diodonorbmdaris), le diable de mer ou scorpène {Scorpœna diabolusYle hkleux {Synancea bracchio), le irachinus aranea {l), le niphon épineux (fig. 93). M. Dupont a observé plusieurs cas de piqûres par le premier rayon de la nageoire dorsale du machoiran. Il les croit moins dangereuses qu'on ne le pense, e», en tout cas, il n'a pas constaté de faits

(1) Corrc, Noie pour servir à l'histoire des poissons ve7iimeux {Arch. de méd. mv. Paris, 1865, t. III, p. 13G.

de tétanos par celle piqûre (1). M. V;in-Leent, de la marine néerlandaise, a signalé le danger des piqûres du Plotosus lincalus de Java. 11 a vu deux cas de blessure au pied par ce poisson ; il y eut des douleurs atroces et du Irismus; dans un autre cas, chez un indigène, il se déclara un tétanos véritable; les trois blessés guérirent (2).

Les Acanlhoptérygiens (deày.avOy), épine, TtrépuE, aile), dont le nom est tiré du caractère épineux de leurs nageoires, sont particulièrement susceptibles de causer ces piqûres et il n'est pas rare de voir des abcès, des panaris, des phlegmons de mauvaise nature et même, comme je viens de le dire, le tétanos être la conséquence de ces piqûres. S'agit-il, dans ces cas, d'une simple dilacération qui emprunte sa gravité aux tissus serrés qui la subissent ou bien y a-t-il introduction d'un venin dans la blessure? MM. Nadaud (3) et Giinlher ont découvert chez quelques poissons à piqûres dangereuses une vésicule à venin communiquant avec uneépinecanaiiculée de tellesorte que ces piquants agissentpar le même mécanisme que les crochets à venin des ophidiens, que les dards des abeilles et des Arachnidés et j'ajouterai que les poils des chenilles venimeuses et des végétaux urticants. Tels sont le nohu {Synanceia bracchio) qui a, à la base de la nageoire dorsale, une poche à venin dont le contenu se vide par redressement de cette nageoire et à l'aide d'un canal qui règne dans toute la longueur de chaque rayon (4) ; le thalassoplwyne reticulata de Panama dont l'appareil venimeux est la représentation exacte de celui des serpents à crochets, etc.

La possibilité de ces accidents exige de la prudence et c'est une raison de plus, ajoutée à celles que j'ai déjà fait valoir (Voy. page 208) pour insister sur les inconvénients qu'a pour les matelots l'habitude de marcher pieds nus.

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