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AMENDEMENT DE L'EAU

On peut amender l'eau de diverses façons : 1° en la rafraîchissant ; 2° en l'aérant; 3° en la salifiant; 4° en la dépurant; 5° en la faisant bouillir; 6° à l'aide de certains correctifs. Étudions ces divers procédés.

§ 1. — Réfrigération de Veau,

La chaleur nuit à la conservation de l'eau; elle active la décomposition de ses matières organiques, la désaère, l'affadit et la rend indigeste et lourde. La température toujours très-élevée de la cale hâte la corruption de l'eau, et celle-ci s'imprègne en môme temps des gaz fétides qui séjournent dans cette partie basse des navires. L'altération de l'eau douce placée dans ces conditions peut aller jusqu'à produire des gaz susceptibles de déterminer l'asphyxie ou de s'enflammer avec explosion quand on approche un fanal des pièces qui la contiennent. Encore une raison puissante qui milite en faveur de l'établissement d'un système de ventilation qui rafraîchisse la température de la cale, et préserve les approvisionnements qu'elle renferme.

Dans les pays chauds, la fraîcheur de l'eau potable est une de ses qualités les plus essentielles. Forget a conseillé d'entourer le charnier de morceaux de toile à voile imbibée d'eau et de le placer dans un lieu a^ré, afin que la soustraction du calorique par évaporalion en refroidisse le contenu. Les officiers rafraîchissent l'eau leurs tables soit en immergeant les carafes dans des baquets d'eau de mer souvent renouvelée, soil en la plaçant dans des gargoulettes ou alcarazas en terre poreuse suspendues dans un courant d'air et qui rafraîchissent l'eau par 1 évaporalion qui s'opère à leur surface. Les gargoulettes de Dagana et de Saini - Martin jouissent, sous ce rapport, d'une réputation justement méritée,

et l'eau peut y descendre jusqu'à une température très-fraîche, si surtout on active l'évaporation en les suspendant dans un courant d'air. Forget voulait qu'on les plaçât à l'ouverture des hublots et qu'on les entourât d'un mouchoir imbibé d'eau; ces précautions atteignent en effet complètement le but. Nous recommandons aux officiers de surveiller minutieusement la propreté de ces vases, de ne jamais les remplir que d'eau provenant de la cuisine distillatoire, et de les laver fréquemment soit avec de l'eau bouillante, soit, ce qui vaut mieux, avec de l'eau acidulée fortement par l'acide sulfurique. Pour peu qu'on ait mis, en effet, dans une gargoulette, de Teau riche en matières organiques, celles-ci se déposent dans ses pores par une filtralion naturelle, imprègnent le vase d'une odeur marécageuse désagréable, et il devient susceptible de communiquer des propriétés insalubres à l'eau qu'il contiendra ensuite. Lorsque l'évaporation a enlevé l'eau sulfurique, il faut la remplacer par de l'eau ordinaire, et ne se servir de la gargoulette que lorsque celle-ci n'offre plus de goût acide appréciable.

La fabrication artificielle de la glace a fait, dans ces derniers temps, des progrès considérables et toutes les tables des navires devraient êire munies d'un appareil à congeler. Je ne puis qu'applaudir à la libéralité qui concède aux grands navires, pour l'usage des malades, un appareil à frapper l'eau, et je voudrais qu'elle fût étendue à tous les navires de guerre. Dans les pays chauds, boire frais est une nécessité ; d'ailleurs* la glace devient souvent un médicament et l'on se trouve désarmé si l'on n'en a à sa disposition. La disposition, dans les grandes chambres des navires, d'un réservoir à enveloppes multiples dont la plus intérieure reçoit de la glace et les autres des substances peu conductrices est le complément de cet appareil, en ce sens qu'il permet de refioidir pour toute une journée 20 ou 30 litres d'eau avec 1 kilogramme de glace.

§ 2. — Aération.

L'eau ordinaire contient d'habitude, quand elle est fraîche, une certaine quantité d'air, et il n'y a pas à pourvoir à lui en donner; mais l'eau distillée n'est pas dans le même cas, et son aération artificielle est une précaution indispensable. Haies avait imaginé, pour aérer l'eau, un long tube terminé à une de ses extrémités par une calotte hémisphérique percée en écumoire et à travers laquelle on soufflait dans l'eau. D'après Chardon de Courcelles, un quart d'heure de ventilation suffirait pour purifier l'eau la plus infecte (1). Ce procédé était singulièrement primitif. Je dirai à propos de l'eau distillée par quel moyen on arrive i\ l'aérer.

(I) Chardon de Courcelles, Mérn. sur le régime végétal des oens de m^r. Nantes

nsi. '.

§ 3. — Salî/îcation.

La saliQcalion de l'eau distillée proposée par M. Louyel de Bruxelles et parnous-même, a pour but de rendre à l'eau les sels qui lui manquent et qui doivent la rendre complètement potable. Je renvoie également à plus loin les détails dans lesquels j'entrerai à ce sujet.

§ 4. — Décantation et dépuration.

La décantation simple consiste à laisser en repos l'eau qui abandonne les matières qu'elle tient en suspension. La dépuration fait intervenir dans ce but des agents chimiques. La première est d'un usage borné sur les navires à cause de leur mobilité qui ne la favorise guère; on peut toutefois, dans certaines circonstances, en faire usage, comme fit habituellement la Capricieuse en 18o4-18oo dans le fleuve Bleu. Les rivières à cours rapide, comme le Congo, charrient des sédiments abondants qui rendent nécessaire cette opération. La dépuration chimique a employé jadis le sel de tartre ou bitartrate de potasse. Aaskow s'en servait pour clarifier l'eau demi-putréfiée des pièces en bois (4). L'alun a été beaucoup plus employé. Ragot prétend que les Chinois, qu'ils y aient été conduits par l'empirisme ou la théorie, emploient l'alun comme moyen de purification de l'eau du Yang-lse kiang (fleuve de Nankin), et|peuvent, grâce à celte précaution, en faire immédiatement usage. A bord de VÉrigone, on y eut recours dans le môme but ; 10 centigrammes d'alun lui ont paru suffisants pour dépurer 1 litre d'eau trouble (2). M. Foucaut a signalé également cette pratique de l'alunage comme usuelle en Gochinchine, et il ne la croit pas inofl'ensive (3). Arago a reproché à l'alunage de mal précipiter les matières terreuses, d'obliger à une fillralion ultérieure; de coûter assez cher quand elle est employée en grand (ici ce reproche n'a plus sa raison d'être), enfin d'introduire dans l'eau une substance qui n'est pas inactive (4). Je suis de cet avis et j'estime que de l'eau médicamentée cesse d'être de l'eau potable.

§ 5. — ÉbuUition.

L'ébullition de l'eau est la ressource extrême des gens réduits à une eau suspecte, mais c'est une ressource puissante et dont il faut tirer parti, le cas échéant. Celte pratique de l'usage de l'eau sous forme de thé est générale en Chine et en Cochinchine où les eaux sont mauvaises,

(1) Le Roy de Méricourt, Journal médical d' Aaskow [Arch. de méd.nav., 1866, t. V, p. 337).

(2) Ragot, lac. cit. u <or- ♦ tv

(3) Foucaut, Essai sur les eauz du Cambodge {Arch. de méd. nav., 186a, t. v\ ,

^■(^TArago, Rapport à l'Acad. des sciences, sur les appareils de fUtragr de M. Henri de Fonviclle, séance du II août 1837 {Ann. d'hyg. publ., t. XXI, p. 224}.

chargées de détritus organiques et de germes d'entozoaires. L'ébullition de l'eau tue les germes vivants et chasse les gaz putrides dont les eaux de mauvaise qualité sont imprégnées. L'addition d'eau-de-vie à cette eau en masque le goût, mais n'en change pas les propriétés. Je suis convaincu que les explorateurs du continent africain qui ne boiraient que du thé et qui emploieraient de la quinine à titre préventif mettraient de belles chances de leur côté. Dans l'expédition des Ashantis, le général Wolesley ne permit à ses hommes que l'eau filtrée et bouillie et il s'en trouva trèsbien (1). Diodore de Sicile semble avoir fait allusion à cette propriété de l'ébullition de l'eau quand il a dit qu'il était de l'essence du feu d'adoucir l'eau (2). Quoi qu'il en soit, le conseil est bon et il faut l'utiliser.

§ 6. — Correctifs.

L'amendement ou correction de l'eau potable y ajoute des substances qui en changent la saveur et en modifient les propriétés. L'amendement de l'eau en hygiène navale a reçu le nom d'acidulage quoique les substances employées ne soient pas toujours des acides. On amende aussi en effet l'eau en l'alcoolisant; l'addition d'une petite quantité de thé ou mieux de café me paraît de beaucoup préférable. Ici il ne faut pas oublier que de môme qu'on ne désinfecte pas l'air en le désodorant, de même aussi on n'enlève pas à une eau malsaine ses propriétés nuisibl es en en changeant le goût. Au reste, je ne puis ici que faire remarquer que l'abstention des boissons dans l'intervalle des repas étant pour moi, comme je l'ai dit plus haut, l'une des précautions les plus essentielles de l'hygiène des pays chauds, je ferais volontiers le sacrifice de Teau du charnier et des moyens qui servent à l'amender. Quant à l'eau employée dans les expéditions à terre, son emploi sous forme de thé donne seul, quand elle n'est pas de très-bonne qualité, des garanties suffisantes.

ARTICLE lY.

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