‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 149 sur 224 · THÉ · texte numérisé non relu

THÉ

Le thé n'entre que pour les campagnes exceptionnelles dans la composition de la ration réglementaire du matelot. Une dépêche ministérielle du 16 mars 1830 avait fixé h 65 grammes par homme, et pour toute la campagne d'Islande, la quantité de thé qui devait être fournie en complément d'armement, et à 2 kilogrammes la quantité de sucre en pains destiné à édulcorer cette boisson aromatique (4). On ne saurait trop

(1) Aubert Roche, Acclimatement dans les pays cliauds {Ann. d'hyg., \>. 23).

(2) Eue. Celle, Hygiène pratique des pnys chauds. Paris, 1848, p. 244.

3 Voy. ronssagrives, Enireliens familiers sur Vhyfne. P^)'' ,1? ^'^o"'» 'i' tretien : Les aiimmls discutés. - Didionn. encyclop. des se. méd., 1« série, 18G9, t. X, art.CAiÉ. — Didionn. de la santé. Paris, 1875, art. Café. . , a * ;i

(4) Aujourd'hui, le thé n'est donné qu'aux seuls bâtiments delà station dislande, et il es alloué aux équipages 30 grammes de thé et 1 kilogramme de sucre en pain par homme

applaudir h celle amélioration, comme à toutes celles, du reste, qui rompent la regrettable uniformité de l'alimentation de l'homme de mer, et la rapprochent du genre de nourriture des peuples au milieu desquels il est momentanément appelé à vivre. L'usage du thé s'est trop universellement répandu parmi les nations du Nord pour qu'il ne réponde pas, chez eux, à un besoin réel. Les Anglais, les Hollandais, les Russes en font une consommation énorme, et suppléent ainsi à la lacune que l'absence du vin laisse dans l'alimentation de leurs matelots. La stimulation active que le thé imprime aux fonctions de l'estomac, l'excitation cérébrale et sensorielle qui naît sous son influence est éminemment propre à neutraliser les inconvénients d'une nourriture monotone, à secouer la torpeur nostalgique, et à exciter cette force intérieure de calorilication par laquelle l'organisme résiste à l'influence antivitale des froids hyper- Loréens. C'est dans les hautes latitudes une boisson excellente et qui a une bien autre valeur, comme nous l'avons dit, que les boissons alcooliques.

Il est bien démontré aujourd'hui que les thés verts et les thés noirs proviennent d'une même plante et ne doivent leurs qualités différentes qu'à des procédés de manipulation.

Quoi qu'il en soit, les thés verts sont plus excitants et paraissent exercer à la longue, sur le système nerveux, une action spéciale caractérisée par des spasmes variés, des palpitations, des tremblements musculaires, une débiUté consécutive, et que ne produisent en rien les thés noirs dont les effets se réduisent à une stimulation cérébrale légère, à une réfocillation gastrique et à une expansion favorable des forces du centre à la périphérie. La composition des deux sortes de thés est, au reste, assez différente. D'après Mulder, le thé vert contient plus d'huile essentielle (0,79 au lieu de 0,60 pour dOO), plus de tannin (17,80 au lieu de 12,82), moins de théine (0,43 au lieu de 0,46). Suivant Péligot, les thés verts renferment moins d'eau (8 pour 100 au lieu de 10 pour 100) et plus de matières solubles (40 à 48 pour 100 au lieu de 31,3 à 4! ,5). Pour ledire en passant, ces résultats montrent que l'opinion qui considère la théine comme le principe excitateur du thé n'est rien moins que fondée, et qu'il convient bien plutôt d'attribuer ce rôle à l'huile essentielle. La quantité de théine est très-variable; fixée par Mulder à 0,43 ou 0,46, par M. Stenhouse à 1 ou 1,27, elle a atteint dans les analyses de M. Péligot le chiffre de 2,3i à 3 pour 100.

L'espèce de thé qui doit être délivrée aux navires de guerre destinés

et pour la durée de la campagne. C'est manifestement insuffisant. Pourquoi d'ailleurs les navires de Terre-Neuve, et ceux qui naviguent au delJi des 50" degrés de latitude boréale et australe ne participent-ils pas à cette faveur? Je ferais volontiers le sacrifice des 2 litres d'eau-de-vie que les règlements accordent aux navires d'Islande, pourvoir augmenter la ration de thé. Sur les navires anglais, le thé, qui est de distribution journalière, figure dans la ration pour la quantité quotidienne de 8 grammes. Le matelot reçoit GO grammes de sucre destinés en partie au thé, en partie au cacao.

pour les campagnes du Nord n'a pas été déterminée; mais ce que nous venons de dire montre qu'il faut, autant que possible, donner la préférence au thé noir, notamment aux thés noirs pekoe ou souchong, ou au moins à un mélange à parties égales de Ihé noir et de thé vert.

Suivant M. Payen, il faut pour une infusion d'un litre, 20 grammes environ de thé, qui donnent 6 grammes de matières dissoutes, si c'est du thé vert, ou 4s',55, si c'est du thé souchong. Les gourmets, qui ne demandent au thé que son arôme, peuvent se guider sur cette évaluation dans la préparation de leur liqueur favorite; mais pour la ration du matelot, la sensualité doit être beaucoup moins consultée que l'hygiène, et la quantité de thé nécessaire pour un litre d'eau doit être réduite à 5,00, si surtout on fait intervenir une décoction légère qui enlèvera tous les principes utiles de la plante, fournira une boisson plus astringente, plus sapide, mieux adaptée à des palais qui apprécient plutôt l'intensité que la délicatesse d'une sensation gustative, et qui échappera à l'appellation flétrissante de tisane que le gaillard d'avant ne manquerait pas de lui donner, si elle était préparée parla seule infusion et suivant les règles de la sensualité aristocratique.

En Chine, cértains navires de guerre ajoutent du thé à l'eau du charnier et s'en trouvent bien. Le thé joue du reste comme correctif des eaux médiocres, un rôle utile que j'ai déjà signalé.

ARTICLE m.

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